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Au fond des choses avec Hocine Malti : Sur Sonatrach, les réserves de gaz, la formation des cadres et l’état de l’Algérie

Ali Saket
Mardi 27 Septembre 2011
lanation.info

Le secteur vital des hydrocarbures a été mis en « débat » récemment avec la publication des câbles diplomatiques par l’organisation Wikileaks avec notamment des estimations alarmistes sur l’état des réserves gazières. Ce thème et d’autres questions liées au secteur des hydrocarbures et donc nécessairement à l’état général du pays sont évoqués au fond dans cet entretien avec Hocine Malti, un des fondateurs de Sonatrach et l’auteur d’une « Histoire Secrète du Pétrole Algérien » publié aux éditions « La Découverte ».

La Nation : Un câble de Wikileaks rendu public récemment  laisse penser que l’Algérie éprouverait bientôt des difficultés à honorer ses contrats gaziers en raison de l’épuisement des gisements. Qu’en est-il d’après vous ?

Hocine Malti : En fait, ce câble reprend les propos de l’ancien DG de BP Algérie qui annonce que le pays ne pourrait plus honorer ses engagements à partir de 2014. Si l’on se base sur les chiffres publiés par le ministère de l’Energie, l’Algérie aurait exporté 69 milliards de m3 de gaz naturel en 2008 et 63 en 2009. Certes il y a une diminution des quantités exportées non pas en raison de l’épuisement de la ressource mais du fait de la baisse de la demande, probablement en lien avec la crise économique globale.  L’Algérie produit environ 140 milliards de m3 par an dont grosso modo la moitié est réinjectée dans les puits (après extraction des condensats) et l’autre moitié est commercialisée. Au rythme actuel de production et de consommation les quantités de gaz réinjectés représentent à elles seules la couverture des besoins de l’exercice suivant. Il est néanmoins certain que dans un avenir assez lointain la production pourrait baisser mais certainement pas dans les années à venir et encore moins à partir de 2014. Cette réalité peut être illustrée, entre autres,  par le fait que le nouveau gazoduc Galsi qui doit approvisionner l’Italie via la Sardaigne devrait entrer en fonctionnement en 2014. Ce gazoduc est propriété d’un consortium composé de Sonatrach, associé minoritaire et de compagnies étrangères, italiennes en particulier, dont on voit mal qu’elles se seraient engagées avec une confondante légèreté sur des engagements à long terme. Le même raisonnement explique le récent règlement du litige qui avait opposé la Sonatrach à la compagnie espagnole Gas Natural.

Siège de la Direction Générale de Sonatrach à Alger
Mais alors pourquoi ce représentant de BP avance-t- il des prévisions aussi alarmantes ?

Soit par incompétence soit, ce qui est plus probable, parce qu’il cherche à nuire à l’image de Sonatrach. Ce dirigeant avance, selon ce même télégramme, que BP est l’une des trois grandes compagnies mondiales qui maitrise la technique d’exploitation des gaz de schiste, ce qui est exact. S’agirait-il alors d’une approche marketing qui viserait à pousser Sonatrach à se lancer dans l’exploitation de ces fameux gaz de schiste ?

Il est quand même incompréhensible qu’un responsable de ce niveau puisse colporter de telles allégations et que l’ambassadeur des Etats-Unis les prenne pour argent comptant. Ceci alors même qu’il aurait pu vérifier une information aussi sensationnelle auprès des compagnies américaines présentes en Algérie !

C’est effectivement incompréhensible. Par ailleurs, dans l’hypothèse où la situation des gisements aurait atteint un tel seuil catastrophique, à brève échéance de surcroit,  je vois mal l’ancien ministre de l’énergie ne pas en référer au chef de l’Etat, quoique l’on puisse penser des uns et des autres. Cette autre affirmation de l’ancien DG de BP est au moins aussi surprenante que celle relative au soi-disant épuisement des réserves de gaz. Imaginez vous que l’on dise aujourd’hui pour le lendemain qu’on ne livre plus de gaz à la France ou à l’Italie…C’est purement invraisemblable. Il ne s’agit pas de gestion boutiquière, mais bien de relations stratégiques et de questions éminemment sensibles. Comment penser qu’à l’image d’un épicier de quartier Sonatrach dise à l’un de ses clients « Ca manque…. ». Ce n’est pas sérieux.

La presse nationale s’est fait récemment l’écho de propos particulièrement sévères de l’actuel ministre de l’énergie Yousfi sur la situation héritée de son prédécesseur le décidemment très contesté Khelil en matière de formation. Existe- il vraiment un risque de pénurie de cadres dans le secteur des hydrocarbures ?

Si les propos rapportés par la presse sont exacts et si la réalité est telle que décrite, nous nous trouvons alors devant une situation désastreuse : l’Algérie est revenue quarante ans en arrière, au moins. Le ministre dit que nous avons pris un énorme retard dans le forage et que nous n’avons pas d’équipes d’engineering. S’agissant du forage, l’effort de formation consenti dès les années soixante-dix avait permis de produire un nombre de cadres qualifiés au point qu’une bonne partie des équipes de foreurs opérant aujourd’hui dans le Golfe sont constituées d’Algériens. En Algérie même, les plus grandes compagnies de forage au monde, Nabors par exemple, emploient des ingénieurs et techniciens algériens débauchés de Sonatrach. Au sujet de l’engineering, le ministre ne fait que confirmer ce que l’on savait et que j’avais personnellement dénoncé en de nombreuses occasions, à savoir que BRC n’avait pas formé d’Algériens dans ce domaine et n’était, en réalité, qu’une courroie de transmission, un apporteur d’affaires agissant pour le compte de Brown and Root, filiale de Halliburton, dont le président n’était autre que Dick Cheney, vice-président des Etats-Unis.
L’exode massif de cadres est le résultat direct de la faiblesse des rémunérations, de l’absence de plan de carrières et plus généralement de la politique de gestion de personnel voulue par Chakib Khelil en personne. Le système mis en place pour la promotion des cadres par ce ministre n’a servi en définitive que de camouflage à la promotion des pistonnés et des protégés et bien évidemment, au départ en nombre des plus expérimentés et des plus méritants. D’ailleurs pour revenir à ce fameux télégramme diplomatique américain, l’ambassadeur reconnait lui même qu’à une seule exception, tous les cadres supérieurs de la Sonatrach restés en place après les arrestations de 2010 ne présentaient pas le niveau requis par leurs fonctions.
Quant à l’IAP, sa situation s’est particulièrement  dégradée suite à la décision de Chakib Khelil de transformer l’Institut en entreprise privée en y associant une compagnie étrangère, la norvégienne Statoil. L’actuel ministre déplore que l’Algérie  n’ait pas formé le moindre spécialiste de l’offshore. Ceci est d’autant plus étonnant que l’associé norvégien est précisément l’un des plus grands spécialistes au  monde de l’offshore…On  peut se poser légitimement des questions sur un tel état de fait plutôt curieux. Peut-être est il plus profitable pour des intérêts particuliers de faire appel à des compétences extérieures plutôt qu’à des nationaux…

La situation du secteur des hydrocarbures nous emmène naturellement à évoquer celle du pays. Dans un contexte international troublé l’Algérie semble en panne de projet et de perspectives ?

Le seul projet que l’on peut identifier est celui du maintien en l’état du régime grâce à la rente hydrocarbures justement. Le régime dispose d’un très important matelas financier qui lui permet d’acheter un semblant de paix sociale et de conforter ses fragiles alliances extérieures. Ce que l’on constate aujourd’hui est que de l’ensemble des pays de la région, le seul pays immobile est l’Algérie. Tous ont bougé, du Maroc, même si c’est superficiel, à l’Egypte. L’Algérie est sans voix alors même que l’Otan est à ses portes. Il fut un temps où les Occidentaux tenaient  compte de la position algérienne, sourcilleuse quant aux intrusions étrangères et aux aventures militaires des puissances extracontinentales. Cela appartient au passé. Le régime actuel est complètement dépendant pour sa survie de ces puissances qui ne rencontrent donc plus aucune résistance dans leurs stratégies de domination. Mais cette situation ne peut perdurer,  car un pays composé à plus de 70% de jeunes de moins de trente ans ne peut indéfiniment être dirigé par un groupe inamovible de quasi-octogénaires. C’est le même personnel, en place depuis l’indépendance il y a cinquante ans, qui conduit dans une impasse renouvelée une société en panne.

Beaucoup se posent la question : pourquoi la jeunesse algérienne ne bouge-t-elle pas ?


Je ne vous apprendrai rien en vous disant que cette jeunesse ne veut pas imposer au pays le retour à la violence et aux atrocités de la guerre civile des années quatre-vingt-dix. Chacun de ces jeunes a un parent, un voisin, un ami ou connait quelqu’un qui a tué ou a été tué, torturé ou emprisonné ; cette jeunesse est saturée de violence et ne veut pas revivre ce cauchemar. Par ailleurs, le régime  continue de bénéficier du soutien des grandes puissances qui n’ont pas encore sifflé la fin de partie. Mais aussitôt que les Occidentaux auront stabilisé la situation en Libye, ils seront amenés naturellement à traiter l’exception algérienne. Les puissances qui ont conduit la guerre en Libye ne rééditeront probablement pas le même scénario en Algérie, les conditions n’étant  pas les mêmes que chez le voisin.  Elles affirment néanmoins haut et fort que la stabilité à long terme, dont elles ont besoin pour la préservation de leurs intérêts, ne peut être garantie que par un système  démocratique. L’épouvantail islamiste semble avoir fait son temps et l’alibi ne trompe plus grand monde. Il est certain que des pressions de plus en plus vives s’exerceront sur le pouvoir réel pour l’amener à évoluer et à ouvrir sérieusement le champ politique. Personne ne se satisfera à l’intérieur et à l’extérieur de réformettes cosmétiques. Les risques induits par le blocage actuel sont très importants en termes de sécurité régionale notamment. La panne économique et sociale de l’Algérie pourrait déboucher sur des ruptures extrêmement graves. L’évolution démocratique est inscrite dans la logique de l’Histoire.

En conclusion, êtes-vous  plutôt optimiste ou pessimiste ?

Hocine Malti: Je suis de nature optimiste et j’ai confiance en la jeunesse algérienne. Elle saura imposer le changement. Les potentialités sont immenses et la construction d’une société libre et heureuse appartient au domaine du possible. Utiliser nos ressources pour construire un pays prospère où tous auraient leur chance est largement dans nos moyens. Les facteurs du blocage actuel, aussi puissants soient-ils, sont condamnés à disparaitre. Espérons que leur chute sera la moins douloureuse possible pour une population qui a déjà payé un tribut très élevé pour sa liberté.


L’argent

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Quelques courtes remarques lues sur un portail de blog m’ont suggéré ce billet. Ces remarques concernaient l’attitude face à l’argent. Une en particulier m’a interpellé: «Avoir un toit, manger à sa faim, faire la fête avec des amis, lire des bons livres, élever des enfants, tout cela dépend de l’argent dont on dispose dans une large mesure, la mesure qui sépare la misère de la dignité.»

L’argent est souvent mal vu dans notre société. Une sorte de pudeur. Une pudeur que l’on rencontre surtout chez ceux qui en ont peu ou moyennement. Ceux qui en ont beaucoup n’ont pas la même pudeur. Pourtant ce serait une erreur de leur laisser la prédominance de parole dans ce domaine.
Je souhaite poser quelques balises, avec lesquelles ont peut être d’accord ou non. Nous sommes dans un espace de discussion, profitons-en:

– l’argent est nécessaire, même indispensable pour vivre dans notre monde; c’est grâce à lui que nous pouvons manger, nous loger, avoir une existence décente et ne pas être à la rue soumis aux maladies ou à la faim;

– l’argent est donc une priorité; il n’y a dès lors pas de gêne à en vouloir et à passer beaucoup de notre temps et donner de notre énergie pour en obtenir;

– l’argent est la contrepartie de notre production; paysan, employé, indépendant, nous produisons des biens utiles: alimentation, vêtements, meubles, etc; nous produisons plus que pour notre propre besoin de manière à pouvoir échanger le surplus (par le troc ou contre de l’argent); grâce à cet échange nous pouvons acquérir ce que nous ne produisons pas nous-mêmes mais dont nous avons besoin;

– nous ne refusons pas les augmentations de salaires ou de revenus, mais nous sommes fâchés contre les réductions.
Le temps que nous passons à travailler c’est du temps à chercher de l’argent. Plus nous produisons plus la société vit bien et se civilise. Par exemple les épisodes de réchauffement climatique du passé, au temps des romains ou pendant l’optimum médiéval, ont été des périodes d’abondance et de prospérité. Le refroidissement de la fin du Moyen-Âge s’est accompagné d’insécurité, de criminalité, de racisme, etc.
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Que la prospérité soit due à notre seul travail ou qu’elle reçoive un coup de pouce du climat, ou qu’elle soit la conséquence d’une colonisation, elle consolide la société (ce qui ne justifie bien sûr pas la colonisation). On voit aujourd’hui, alors qu’il y a une paupérisation de l’Europe par exemple, que les tensions sociales s’aggravent et que la morale sociale, le respect mutuel et d’autres facteurs civilisationnels perdent de leur prégnance. Moins d’argent ne signifie pas automatiquement plus de morale.

Pourquoi, si la richesse et la prospérité font avancer les sociétés humaines, y a-t-il fréquemment des jugements très négatifs sur l’argent? «L’argent ne fait pas le bonheur»: cela reste à prouver. Par contre trop peu d’argent ne fait pas le bonheur, à moins d’être moine dans un monastère bouddhiste et de méditer sur le détachement du monde. Et encore: le moine vit de dons faits par ceux qui travaillent et sont dans le monde. Il participe à sa manière à la chasse à l’argent.

La recherche de l’argent est donc légitime. Mais il est difficile de l’assumer, de dire: l’argent m’intéresse. Comme si l’argent et l’intérêt pour l’humain par exemple étaient incompatibles. Ou comme si qualité et business se contredisaient. On dit par exemple de Claude François: il faisait de la musique commerciale. Le mot «commercial» est devenu une opprobre. Pourtant des millions de gens aimaient cela. Même si je ne suis pas fan, je ne peux prétendre que ces personnes n’ont aucun goût ou achètent de la musique moins signifiante parce que commerciale.

Le commerce est le moyen d’échanger le produit de notre travail contre autre chose que nous ne produisons pas. Critiquer le commerce c’est comme se dénier soi-même. Et pour être cohérent, il faudrait alors vivre sans argent. Ou avec très peu. Mais quelle est la norme de besoin?

N’aimerions-nous pas être riches? N’aimerions-nous pas pouvoir réaliser de nouveaux projets, ou des rêves encore en attente? Et si vous étiez paysan et que quelqu’un vous propose 10’000 francs pour acheter votre récolte alors que son prix habituel est de 5‘000 francs, refuseriez-vous? Et s’il vous l’achète 100’000 francs, refuseriez-vous?

Je n’ai pas de conclusion à ce billet. Je le laisse sur cette question.

http://doriot-univers.blogspot.com/


Paradoxe de la zone Euro : Pourquoi ça ne vaut pas la peine de sauver l’Euro (The Guardian)

 Mark WEISBROT

L’Euro est tombé aujourd’hui à un très bas niveau par rapport au Franc suisse et les taux d’intérêt des bons du trésor italien et espagnols ont atteint des sommets. Le dernier épisode de la crise de la zone Euro provient de la crainte que la contagion ne s’étende à l’Italie. L’Italie qui a une économie de 2000 milliards de dollars et 2,45 mille milliards de dette est trop importante pour qu’on la laisse faire faillite et les autorités européennes sont inquiètes. Bien qu’il y ait peu de chance que les intérêts de la dette italienne n’augmentent assez pour mettre le pays en faillite, les marchés financiers agissent de façon irrationnelle et augmentent ainsi tout à la fois la peur et les chances que ce qu’ils craignent ne se produise. Le fait que les autorités européennes ne puissent même pas se mettre d’accord sur la manière de résoudre le problème de la dette grecque -une économie qui est six fois moins importante que celle de l’Italie- n’inspire pas confiance dans leur capacité de faire face à une crise plus grave.

Les pays dont les économies sont les plus faibles de la zone Euro -la Grèce, le Portugal, l’Irlande et l’Espagne- sont déjà confrontées à la perspective d’années de punition économique, y compris de hauts niveaux de chômage (16, 12, 14 et 21% respectivement). Puisque le but de toute cette souffrance volontaire est de sauver l’Euro, il faut se demander si ça vaut la peine de sauver l’Euro. Et il faut se poser cette question en se mettant à la place de la majorité des Européens qui travaillent pour vivre, c’est à dire en partant d’un point de vue progressiste.

On dit souvent que l’union monétaire qui comprend maintenant 17 pays, est nécessaire à la mise en oeuvre du projet européen qui est d’empêcher la progression du nationalisme de droite pour promouvoir des idéaux respectables comme la solidarité, l’élaboration de principes communs pour les droits de l’homme et l’insertion sociale tout en favorisant aussi bien sûr l’intégration politique et économique qui sous-tend un tel progrès.

Mais cela revient à confondre l’union monétaire, la zone Euro, avec l’Union Européenne elle-même. Le Danemark, la Suède et la Grande Bretagne par exemple font partie de l’Union Européenne mais pas de l’union monétaire. Il n’y a aucune raison pour que le projet européen ne puisse pas se poursuivre et que l’Union Européenne ne puisse pas prospérer sans l’Euro.

Et tout porte à croire que ce serait en effet le cas. Le problème est que l’union monétaire, à la différence de l’Union Européenne est un projet indiscutablement de droite. Si on ne s’en est pas rendu compte au début, on devrait en avoir malheureusement pris conscience maintenant que les économies les plus faibles de la zone Euro subissent le traitement punitif qui était auparavant réservé aux économies du tiers-monde prises dans l’étau du Fond Monétaire International (FMI) et de ses dirigeants du G7. Au lieu d’essayer de sortir de la récession grâce au incitations fiscales et/ou monétaires, comme la plupart des gouvernements l’ont fait en 2009, ces gouvernements sont forcés de faire le contraire au prix d’un énorme coût social. Les humiliations qui s’ajoutent aux souffrances, comme pour les privatisations en Grèce ou « la réforme du marché du travail » en Espagne ; les effets régressifs des mesures prises sur la répartition des revenus et de la richesse ; et la diminution et l’affaiblissement de l’état providence pendant que les banques sont renflouées par les contribuables -tout cela montre clairement que les autorités de l’Europe suivent un programme de droite ; la manière dont elles profitent de la crise pour mettre en place des changement politiques de droite vient corroborer cette analyse.

Le positionnement à droite de l’union monétaire a été institutionnalisé dès le début. Les règles qui limitaient la dette publique à 60% du PIB et les déficits budgétaires annuels à 3% du PIB -même si en pratique elles n’ont pas été appliquées- sont des règles inutilement restrictives en période de récession et de chômage endémique. Le mandat de la banque centrale européenne de veiller seulement sur l’inflation et pas du tout sur les emplois est un autre signe de ce positionnement néfaste. La Réserve Fédérale (Fed) des USA par exemple est une institution conservatrice mais la loi lui demande quand même de s’occuper de l’emploi tout en essayant de contenir l’inflation. Et la Fed – même si elle a prouvé son incompétence en se révélant incapable de prévoir la bulle immobilière de 8000 milliards de dollars qui a fait s’écrouler l’économie des USA, a fait preuve de souplesse en émettant plus de 2000 milliards de dollars dans le cadre de la politique d’expansion monétaire pour faire face à la récession et à la faible reprise. Les extrémistes qui dirigent la banque centrale européenne ont, quant à eux, augmenté les taux d’intérêt depuis le mois d’avril en dépit de la dépression et du taux élevé de chômage dans les économies les plus faibles de la zone Euro.

Des économistes et des observateurs politiques disent que la zone Euro a besoin d’une union fiscale avec une meilleure coordination des politiques budgétaires pour bien fonctionner. Mais la politique fiscale de droite est contre-productive, comme on peut le constater, et le restera même si elle est mieux coordonnée. D’autres économistes -et j’en fait partie- disent que les écarts importants de productivité entre les membres de l’union rendent une union monétaire très difficile. Mais même si on pouvait surmonter ce problème, le fait est que la zone Euro ne vaut pas la peine d’être sauvée si c’est un projet de droite.

L’intégration économique européenne antérieure à la zone Euro était d’une nature différente. A la différence de l’approche « nivellement par le bas » de l’Accord de libre-échange nord américain (NAFTA) qui a provoqué l’exode de centaines de fermiers mexicains tout en faisant baisser les salaires et l’emploi dans les usines des USA et du Canada, l’Union Européenne avait fait des efforts pour augmenter les bas salaires et protéger les plus faibles. Mais les autorités européennes qui président à l’union monétaire se sont révélées impitoyable.

L’idée que l’Euro doit être sauvé pour préserver la solidarité européenne joue sur une interprétation simpliste de la résistance que les contribuables de pays comme l’Allemagne, les Pays-bas et la Finlande opposent au fait « d’aider » la Grèce. Il est certes indéniable que cette résistance vient en partie de préjugés nationalistes -que les médias de masse encouragent souvent- mais pas seulement. Beaucoup d’Européens n’aiment pas l’idée d’avoir à « aider » les banques européennes qui ont fait de mauvais prêts. Et les autorités européennes « n’aident » pas plus la Grèce que les USA et l’OTAN « n’aident » l’Afghanistan -pour mentionner un autre débat où ceux qui s’opposent à des actions destructrices sont aussi qualifiés de « réactionnaires » et « d’isolationnistes ».

Il semble que la gauche européenne ne se rende pas compte que les institutions, les pouvoirs ni surtout les politiques macroéconomiques de la zone Euro sont essentiellement de droite. Cette méconnaissance fait partie d’un problème plus général qui est que personne dans le monde ne comprend les enjeux macroéconomiques ce qui a permis aux banques centrales de droite de mettre en oeuvre des politiques destructrices parfois même sous des gouvernements de gauche. Cela ajouté au manque de participation démocratique explique peut-être que les politiques macroéconomiques de l’Europe soient plus à droite que celles des USA en dépit du fait que l’Europe possède des syndicats et d’autres organismes qui promeuvent une économie progressiste beaucoup plus puissants qu’aux USA.

Mark Weinsbrot

Mark Weinsbrot est économiste et co-directeur du Center for Economic and Policy Research. Il a écrit « the phony crisis » avec Dean Baker, de Social Security.

Cet article a été publié originellement dans The Guardian.

Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/weisbrot07132011.html

Note :

L’économie et la macroéconomie :

L’économie consiste en la réunion de millions de consommateurs et d’entreprises qui interagissent quotidiennement pour déterminer quels biens et services seront produits, quelles entreprises fourniront ces biens et services, quels consommateurs les emporteront chez eux à la fin de la journée et à quels prix ils seront vendus. Même dans les pays à économie de marché, tels que le Canada et les États-Unis, tous les ordres de gouvernement jouent un rôle important : ils se procurent des revenus en levant des impôts sur de nombreuses activités économiques et consacrent ces ressources à la fourniture de services comme la défense, les soins de santé, l’éducation et le logement social. Même lorsqu’ils ne taxent pas et ne dépensent pas directement, les gouvernements font souvent sentir leur présence au moyen des règlements qu’ils prescrivent en matière de sécurité des produits, d’intérêts étrangers, de permis de télédiffusion, de quotas de production laitière et de salaire minimum, pour nommer quelques exemples.

La macroéconomie entre rarement dans le détail des données relatives à des marchés de biens et de services particuliers ; elle s’intéresse plutôt au comportement des indices économiques tels que la production totale, l’inflation, le chômage et la croissance économique. La politique macroéconomique comporte deux grands volets : la politique budgétaire et la politique monétaire. La politique budgétaire est l’ensemble des décisions que prend un gouvernement en matière de fiscalité, de dépense et d’emprunt. Les trois ordres de gouvernement (fédéral, provincial et municipal) ont une politique budgétaire, tous ayant la capacité de se procurer des revenus par une forme quelconque de taxation, et de dépenser ces revenus en biens et services. La politique budgétaire de tout gouvernement, en particulier celle de l’administration fédérale, comporte de multiples dimensions, car les recettes fiscales proviennent de diverses sources et les dépenses peuvent porter sur de nombreux produits dans différentes régions et viser tout un éventail de bénéficiaires. (Site de la Banque du Canada)

URL de cet article 14202

http://www.legrandsoir.info/paradoxe-de-la-zone-euro-pourquoi-ca-ne-vaut-pas-la-peine-de-sauver-l-euro-the-guardian.html


Premier semestre 2011

Algérie : L’excédent commercial en hausse à 13 milliards de dollars

21 juillet 2011

L’excédent commercial de l’Algérie s’est inscrit en hausse pour s’établir à 13,34 milliards de dollars au premier semestre 2011, contre 11,22 milliards durant la même période en 2010, selon le Centre national de l’informatique et des statistiques des douanes (CNIS).

Les exportations ont atteint 36,63 milliards de dollars, contre 31,27 milliards de dollars au cours de la même période de l’année écoulée, en hausse de 17,13 %, a précisé le CNIS. Quant aux importations, elles se sont établies à 23,29 milliards de dollars contre 20,05 milliards de dollars au cours de la même période en 2010, soit une hausse de 16,14 %, indiquent les chiffres provisoires du CNIS.

Sur le montant global des exportations, les hydrocarbures ont représenté 97,15 % en s’établissant à 35,59 milliards de dollars lors des six premiers mois 2011, contre 30,45 milliards de dollars durant la même période de 2010, en hausse de 16,87 %. Les exportations hors hydrocarbures, malgré une hausse de près de 27 % durant les six premiers mois de 2011, demeurent toujours faibles, avec seulement 1,04 milliards de dollars, soit 2,85 % des exportations globales de l’Algérie.

Les principaux produits hors hydrocarbures exportés sont constitués du groupe des demi-produits avec 798 millions de dollars (+30,18 %), des biens alimentaires avec 155 millions de dollars (+ 27,05 %), des produits bruts avec 68 millions de dollars (+13,33 %) et des biens d’équipements industriels avec 15 millions de dollars (+7,14 %), selon la même source. Par ailleurs, les exportations du groupe des biens de consommation non alimentaires ont connu une baisse de 46,15 % totalisant sept millions de dollars durant les six premiers mois 2011, contre 13 millions de dollars à la même période en 2010. Pour les importations, il est constaté une hausse de tous les groupes de la structure à l’exception de celui de l’énergie et lubrifiants, qui a reculé de 34,42 % pour un montant de 404 millions de dollars, note le CNIS. La hausse la plus importante de la structure des importations a été enregistrée par le groupe « alimentation » avec 4,83 milliards de dollars (+59,87 %), « produits bruts » 907 millions (+35,37 %) et des biens de consommation non alimentaires 3,39 milliards de dollars (+28,23 %).

Les autres groupes de produits de la structure des importations ont également connu des hausses, il s’agit des biens d’équipements agricoles avec 218 millions de dollars (+26,74 %) et des biens d’équipements industriels avec 8,19 milliards de dollars en hausse de 5,48 %.

La France toujours premier fournisseur et les Etats-Unis premiers clients

De janvier à juin 2011, les cinq principaux clients de l’Algérie étaient les Etats-Unis (8,29 milliards de dollars), l’Italie (4,91 milliards de dollars), l’Espagne (3,81 milliards de dollars), la France (2,86 milliards de dollars), et les Pays-Bas (2,38 milliards de dollars). Quant aux fournisseurs, la première place est revenue à la France (3,65 milliards de dollars), suivie de l’Italie (2,55 milliards de dollars), la Chine (2,02 milliards de dollars), l’Espagne (1,70 milliards de dollars) et l’Allemagne (1,30 milliard de dollars).

Plus de la moitié des importations proviennent de l’UE

La répartition par régions économiques montre que les pays de l’UE restent toujours les principaux partenaires de l’Algérie, avec 53,78 % des importations et 45,69 % des exportations. Par rapport au premier semestre 2010, les importations en provenance de l’UE ont enregistré une hausse de 19,05 %, passant de 10,52 milliards de dollars à 12,52 milliards de dollars, les exportations de l’Algérie vers ces pays ayant augmenté de 10,69 %, passant de 15,12 milliards de dollars durant le premier semestre 2010 à 16,74 milliards de dollars à la même période en 2011.

Les pays de l’OCDE (hors UE) viennent en deuxième position avec 38,98 % des importations et de 37,76 % des exportations de l’Algérie. Par rapport aux six premiers mois 2010, des augmentations « appréciables » des exportations algériennes ont été réalisées avec ces pays, passant de 11,40 milliards de dollars à 13,84 milliards de dollars, en hausse de 21,36 %, alors que les importations ont diminué de 1,27 %, passant de 3,23 milliards de dollars à 3,13 milliards de dollars. Les échanges commerciaux entre l’Algérie et les autres régions restent marqués par de faibles proportions. Ainsi, le volume global des échanges avec les pays Asiatiques s’est établi à 6,67 milliards de dollars au premier semestre 2011 contre 6,31 milliards de dollars à la même période 2010, enregistrant ainsi une hausse de 5,79 %. Avec les pays arabes (hors UMA), le volume des échanges est passé à 1,35 milliard de dollars au premier semestre 2011, contre 882 millions de dollars, en hausse également de 53,17 %.

Le volume des échanges avec les pays de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) a augmenté lui aussi de 55,41 %, passant de 924 millions de dollars durant les six premiers mois 2010 à 1,44 milliard de dollars durant la même période de référence en 2011.

Tags: Algérie Exportation Importation Devises Balance commerciale

Source : El-annabi.com

 


Propos recueillis par Hamid Guemache TSA

Vous venez de publier votre premier livre, « La Martingale algérienne ». Pourquoi avez‑vous décidé de parler maintenant ? 
Parce que nous sommes à une étape de changement fondamental et crucial pour notre pays. Avec l’arrivée au pouvoir des nouvelles générations qui n’ont pas vécu octobre 1988  et qui pensent qu’il faut faire table rase du passé pour réussir. Ces générations se trompent. Il faut au contraire tenir compte du passé et surtout des erreurs passées. J’ai 59 ans, bientôt 60 ans. Je parle à ces jeunes parce qu’il y a une chance qu’il ne faut pas rater. Eux sont prêts, et à un moment où le reste du monde est dans un processus de changement profond.  L’Algérie ne peut rater cette séquence.
 
Que dites-vous dans votre livre ?
Je donne des clés qui permettent de concrétiser la transition, entre l’ancien et le nouveau; entre l’ancienne et la nouvelle génération, à un moment où tout est possible. Il y a un puzzle qui se met en place pour permettre aux nouvelles générations de prendre les destinées du pays. Dans mon livre, il y a des formules pour tenter de comprendre. Ces formules constituent des axes directeurs à partir desquels  je voudrais engager un débat avec la nouvelle génération.
Il faut se rappeler que le Maghreb était fort durant la période préhistorique. C’était une zone d’inventions. Mais nos ancêtres avaient dû quitter leur territoire pour des régions mieux pourvues en eau, indispensable pour tout développement. Aujourd’hui, c’est la première fois qu’on peut faire venir l’eau vers nous, grâce à la technologie et non pas aller vers l’eau, comme l’avaient fait nos ancêtres. La richesse se construit autour de l’eau, de l’agriculture et des richesses du sous‑sol mais bien sûr, surtout de l’homme. Aujourd’hui, nous avons tout pour réussir. On peut ramener l’eau vers nous et on a les compétences humaines. Ne laissons pas le système perdurer. C’est un système destructeur de valeur.
 
 
La transition va‑t‑elle se faire ?
Il faut absolument initier un dialogue avec les jeunes ! Nos prédécesseurs ont fait le 1er novembre 1954, mais ils ont tourné le dos à   leurs prédécesseurs comme Messali Hadj et Ferhat Abbas. Aujourd’hui ils refusent de passer le témoin à la nouvelle génération ; considérant même la mienne comme étant trop jeune. C’est cela qui les a affaiblis face aux manipulations de l’État colonial et c’est cela encore qui ne permet pas, encore aujourd’hui, la construction d’un État moderne. La solidarité des générations est fondamentale dans l’évolution d’un peuple.
 
Quel diagnostic faites‑vous de l’économie algérienne aujourd’hui ?
Il n’y a plus de réflexion sur l’économie algérienne depuis 20 ans. Dans le temps, il y avait un système cohérent, avec le plan, les statistiques, les études stratégiques. Tout cela a été détruit. L’administration et le pouvoir se sont retrouvés sans capacités d’études et de prospectives.
On ne peut parler d’économie. Il y a des décisions administratives, sans soubassement économique, ni idéologique, ni technique. On ne comprend pas s’il y a une politique de création de richesse, une politique industrielle. L’Algérie participe au bon fonctionnement de l’économie mondiale au détriment de la création d’emplois et de sa propre économie. Les augmentations erratiques de salaires, les passations de contrat avec l’étranger sans contreparties en sont des manifestations éloquentes.
Dans le livre, j’essaie d’expliquer que cette situation n’est pas le fait d’un individu, mais d’un processus dans lequel nous nous sommes progressivement installés. Mon message est qu’il est urgent d’engager une réflexion pour sortir des pièges et des impasses dans lesquelles nous stagnons, à la lumière d’une grille d’analyse  qui est précisément le contraire d’une martingale.
 
Vous proposez une refondation de l’État algérien…
Je propose une reconstruction du système politique algérien sur la base de l’expérience internationale mais aussi de l’expérience nationale en remontant jusqu’au néolithique s’il le faut. On ne fait pas de démocratie parlementaire en tournant le dos à la Djemâa (assemblée du village). Nos institutions traditionnelles ont résisté aux épreuves du temps. Calquer des institutions théoriques provoque le rejet des populations. L’homme neuf, issu de la tabula rasa, ne peut être que le produit d’un fascisme ordinaire ou d’esprits dérangés.
A votre avis, le dialogue politique initié par le président Bouteflika va‑t‑il aboutir à de véritables réformes démocratiques ?
Je reviens à mon livre. Je parle de l’économie informelle dont nous savons que son existence est liée à la présence d’un pouvoir informel. C’est dire que nous avons une société civile désignée qui parle avec la façade désignée du Pouvoir. Donc, la réalité du pouvoir, comme celle de la population, n’est pas concernée par le débat. La population n’est pas concernée par les débats actuels, elle en subira pourtant les conséquences.
La situation d’aujourd’hui est la conséquence de ce qui s’est passé depuis 1956 dans notre pays. Au départ, nous n’avions pas pu résoudre la question liée à l’équilibre des pouvoirs. Les choses n’ont fait que se compliquer pour aboutir aujourd’hui à une impasse.
 
Vous avez dirigé la Banque centrale d’Algérie. Cette institution est‑elle indépendante aujourd’hui ?
Lorsqu’on a un pouvoir informel, on ne peut pas avoir une Banque centrale autonome et tenue par le formalisme et la légalité. C’est objectif. Ce n’est pas lié à un gouverneur particulier.

Abderrahmane Hadj Nacer dédicacera son livre, « La Martingale algérienne », samedi prochain à 14 h 30 la librairie du Tiers‑Monde, place Emir Abdelkader, Alger.


Jean Ziegler aux Tunisiens: « Ne comptez pas sur la loi pour récupérer les biens des Ben Ali en Suisse »

 

  • Pourrait-on juger les prédateurs de la finance pour crime contre l’humanité? Peut-être, mais pas en Suisse, estime Jean Ziegler, sociologue suisse réputé pour dénoncer les abus des «seigneurs de la guerre économique qui ont mis la planète en coupe réglée».
  • En 2005, Jean Ziegler publiait son ouvrage «L’empire de la honte». Aujourd’hui, il parle en Tunisie du pouvoir de la honte. «Si vous voulez récupérer votre argent, ce n’est certainement pas en suivant des procédures légales à ne pas en finir mais en militant, en vous exprimant par tous les moyens pour faire honte à ces Etats occidentaux qui «attaquent le pouvoir normatif des Etats, contestent la souveraineté populaire, subvertissent la démocratie, ravagent la nature et détruisent les hommes et leurs libertés… La dette et la faim sont les deux armes de destruction massive utilisées par les maîtres du monde pour asservir les peuples, leur force de travail, leurs matières premières, leurs rêves. Sartre disait que “pour aimer les hommes, il faut détester fortement ce qui les opprime“.

C’est ainsi que s’est exprimé Jean Ziegler lors de la conférence organisée par l’Association tunisienne de la Transparence financière qu’il a présentée samedi 11 juin à Tunis.

Le 19 janvier 2011, le gouvernement fédéral suisse a gelé les avoirs de 48 personnes de nationalité tunisienne. L’opération consiste à envoyer via un message électronique à Berne aux banques suisses un message disant «Si vous avez des comptes au nom de Ben Ali et des personnes qui se trouvent sur cette liste, toute transaction de retrait ou de transfert est interdite à partir de demain 12h». C’est une saisie qui n’a aucun impact sur le plan judiciaire, elle est une ordonnance constitutionnelle. Donc, les mesures effectives ne pourraient être prises que si les intérêts de la Confédération sont menacés à l’international. L’Etat qui veut rapatrier ses avoirs doit user d’une loi appelée loi sur l’enquête judiciaire. Il n’est pas dit, non plus, que cette procédure sera efficace car les banques suisses sont libres d’indiquer l’existence de comptes ou de ne pas le faire. Des clients comme Ben Ali sont par ailleurs très appréciés par la nomenclature bancaire suisse très concurrentielle car elle peut leur imposer des intérêts très bas puisque la provenance de capitaux n’est pas des plus transparentes.

Et même si le gouvernement suisse avait communiqué au gouvernement tunisien avoir gelé et saisi les avoirs de 70 noms soit un montant de 60 millions d’€ (une somme insignifiante), on ne peut arriver à cerner l’étendue des fonds déposés dans les banques suisses et autres. Les racketteurs à l’échelle de l’Etat peuvent user de mille et un subterfuges pour camoufler leurs malversations et principalement à travers les sociétés off shore et la diversification des lieux et des paradis fiscaux. Le président de l’Union des banques suisses a d’ailleurs protesté violemment contre la saisie et le gel précoces des biens des biens des Ben Ali et alliés.

Pour récupérer les biens spoliés à la Tunisie et déposés en Suisse, il faudrait que les législations des deux pays en matière de malversations bancaires et financières soient conformes, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Il faudrait aussi prouver le rapport entre ces fonds et leurs provenances par des pratiques mafieuses ou dans le cadre du blanchiment d’argent, ce qui n’est pas évident.

La Suisse, les capitaux spoliés sont chez moi, ils y restent. Vive le secret bancaire!

Le secret bancaire est sacré en Suisse, ceux qui le violent sont passibles de lourdes peines de prisons pouvant aller jusqu’à cinq ans. C’est en 1934 et suite à la mise à mort par Hitler de trois Allemands pour cause de compte en Suisse, que l’Etat helvète a convenu définitivement de la nécessité d’une loi stricte réglementant le secret bancaire afin de permettre aux clients de ses banques de bénéficier de la protection du code pénal. Et bien qu’en 2009 le Conseil fédéral suisse ait voté une loi permettant la levée du secret fiscal couvrant les évadés fiscaux étrangers, il n’est pas dit que la tâche pour la récupération des capitaux déposés dans ses institutions bancaires soit aisée. Berne n’aurait rien lâché sur ce qui constitue l’essence du secret bancaire suisse, c’est-à-dire la sauvegarde de la sphère privée pour toute personne «honnête».

Comment prouver que les fonds déposés dans les banques helvètes sont mal acquis? Et combien de temps cela prendrait? Dieu seul le sait.

En attendant, les Sani Abacha (Nigeria), Mobutu (ex-Zaïre), Jean-Claude Duvalier (Haïti), Marcos (Philippines), Ben Ali, Trabelsi et autres continueront à déposer en toute confiance le produit de leurs spoliations en Suisse. La Suisse, qui n’a aucune richesse naturelle, a un PNB de l’ordre de 550 milliards de $, celui de la Tunisie, par contre, est de l’ordre de 44 milliards. 27% des fonds off shore de par le monde se trouvent en Suisse.

«Je vous laisse imaginer comment la Suisse est devenue aussi riche», a déclaré sur un ton moqueur Jean Ziegler. En fait, la loi helvétique sur le secret bancaire est d’une telle complexité que très peu de gouvernements ont une chance quelconque de récupérer plus que quelques miettes des fortunes de leurs tyrans déchus. Et il ne s’agit pas que de Tyrans, nombre de riches ressortissants européens (Français, Espagnols ou Italiens), pratiquent l’évasion fiscale en se réfugiant en Suisse.

Dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, il est stipulé que tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes… peuvent disposer librement de leurs richesses et qu’en aucun cas, un peuple ne pourra être privé de ses propres moyens de subsistance. Dans l’article 14 de cette convention, il est dit que les États Parties envisagent de mettre en œuvre des mesures réalisables de détection et de surveillance du mouvement transfrontière d’espèces et de titres négociables ainsi que des mesures visant à prévenir le blanchiment d’argent et instituer un régime de contrôle des banques afin de décourager et de détecter toutes formes de blanchiment d’argent. Ce régime met l’accent sur les exigences en matière d’identification des clients et, s’il y a lieu, des ayants-droit économiques, les États Parties s’accordent mutuellement l’entraide judiciaire la plus large possible lors des procédures judiciaires concernant les infractions visées par la Convention à identifier, geler et localiser le produit du crime.

Il n’est pas dit que la Tunisie arrive à récupérer les capitaux placés dans les banques suisses. La tâche ne sera certainement pas aisée et c’est pour cela que pour Ziegler, il faut faire de la pression par le biais de la société civile, des médias et des dénonciations. «Il faudrait que les Etats qui abritent les biens volés aux peuples aient honte, il faudrait qu’ils sachent qu’ils s’exposent à une honte internationale», crie-t-il en terminant sur une belle citation de Pablo Neruda: «Nos ennemis peuvent couper toutes les fleurs mais jamais ils ne seront maîtres du printemps».


التحريات تعكف على تحديد مصدر تلك الأموال وشملت أسماء ثقيلة

 

كشوف أرصدة بالملايير لإطارات سامية في بنوك أجنبية

26-05-2011 الخبر

الجزائر: سامر رياض

التعاون الدولي في التحقيقات جاء تحت غطاء مكافحة
مجهولة المصدر

أسرت مصادر موثوقة لـ »الخبر » عن آخر مراحل الاستعلامات الأمنية حول مصدر الثـراء الفاحش لإطارات سامية، خلال السنوات الثلاث الأخيرة، حيث تمكن المحققون في إطار الاتفاقيات الدولية لمحاربة الثـراء مجهول المصدر المصنف في خانة تبييض الأموال، من الحصول على عدد من كشوف أرصدة عدد من الإطارات الذين كانوا تحت مجهر التحقيقات، مثلما أشارت إليه  »الخبر » في عدد سابق.

لم تتوفر للمحققين في بداية الأمر، عند فتح باب التحريات حول الثـراء الحديث وغير المستحق لعدد من الإطارات، سوى على معلومات عامة حول تمكن عدد من الوزراء الحاليين والسابقين وإطارات مسيرين لمؤسسات هامة، لا يقل عددهم عن 20 اسما ثقيلا، من ضخ مبالغ معتبرة في أرصدتهم البنكية في الخارج عن طريق التهريب، مستغلين مكانتهم وعدم خضوعهم للتفتيش في المطارات لنقل ما أمكن من الأموال. غير أن تدقيق التحريات مكن القائمين عليها، حسبما تسرب من معلومات لـ »الخبر »، من الوصول إلى مسار تلك الأموال والبنوك التي ضخت فيها في كل من فرنسا وبريطانيا والولايات المتحدة الأمريكية.
وإن لم تنته التحقيقات حول القيم المحولة في كل تلك البلدان، إلا أن المعطيات الأولية أكدت تمكن المحققين من الحصول على نسخ من كشوف أرصدة هؤلاء المسؤولين، والتي فاق بعضها 200 مليار سنتيم بالعملة الصعبة بالنسبة لوزير وابنيه، فيما قارب رصيد اسم وزاري آخر نصف هذا المبلغ، وهو شخصية حصل على حقيبتين وزاريتين منذ .1999
ومن بين أهم ما تجري التحقيقات حوله قبل الانتقال إلى المتابعة جنائيا للمعنيين، تحديد مصدر تلك الأموال ما إذا كانت عمولات أو رشاوى أو أنها أموال عمومية تم تحويلها بطرق ملتوية. وتوصلت التحقيقات إلى أن عددا من الإطارات الذين يواجهون تهمة الثـراء غير المستحق باستعمال النفوذ والمنصب، تعود ثـروتهم في الأصل إلى عقارات باعوها بالعملة الصعبة، وآخرين حولوا أموالا بالدينار إلى العملة الصعبة في السوق الموازية بعد سحبها من أرصدتهم في البنوك الجزائرية وضخها بالأورو والدولار في أرصدة أقربائهم في الخارج.
ومن بين ما وقف عليه المحققون، أن الإطارات الذين قاموا ببيع أملاكهم المنقولة وغير المنقولة في الجزائر لتهريب ما يقابلها من أموال بالعملة إلى الخارج، لم يصرحوا في عقود البيع التوثيقية بالقيم الحقيقية لعقاراتهم للتهرب من دفع الضرائب، ومثلما هو الحال لمسؤول حالي باع ثلاث فيلات في أعالي العاصمة قيمتها الإجمالية المصرح بها لا تساوي قيمة فيلا واحدة من بين الثلاث.
وربطت مصادرنا التحقيقات الجارية بتعليمات من رئيس الجمهورية التي أشار إليها صراحة في آخر خطاب له حول مكافحة الفساد، حيث أمر بمواصلة الحرب على الفساد بوتيرة أسرع. ولا تستبعد مصادرنا أن تكون التحريات استبقت حركة تنحيات وتحويلات قد تشمل عددا من الإطارات الذين يشغلون مناصب مؤسسات حساسة