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COMMUNIQUÉ

Algérie : le président du SNAPAP, interdit de séjour en France

Comité international de soutien au syndicalisme autonome algérien (CISA), Paris, le 8 juin 2011

Rachid Malaoui est le président du SNAPAP (Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique), principal syndicat autonome en Algérie, fer de lance de toutes les luttes sociales et politiques actuellement en cours dans le pays. C’est dans cette période si cruciale des mobilisations pour le changement en Algérie que le tribunal administratif de Nantes, dans une décision du 27 mai 2011, a rejeté la requête de M. Malaoui, qui contestait un refus de visa pour se rendre en France.

Le 4 novembre 2010, M. Malaoui sollicitait auprès du Consulat général de France à Oran la délivrance d’un visa d’entrée en France pour participer à une réunion de travail de l’Union syndicale solidaire à Paris le 16 novembre. La veille, il a été informé par un simple mail du consul général, M. Jean-Louis Soriano, que cette demande de visa avait été rejetée, au motif que M. Malaoui serait redevable en France d’une dette hospitalière de 16 457,99 €, suite à une hospitalisation en urgence qu’il avait dû subir à l’Hôpital de Meaux, en septembre 2006, pour une tuberculose pulmonaire. Or, conformément à la Convention générale relative aux soins de santé dispensés en France à certaines catégories d’assurés sociaux algériens du 1er octobre 1980, c’est le régime algérien d’assurance maladie qui aurait dû s’acquitter de cette dette, ce qu’il a refusé de faire – à l’évidence pour placer un opposant au régime dans une situation difficile.

De son côté, le tribunal administratif de Nantes, refusant de prendre en compte l’argumentation juridique très précise de M. Malaoui, a donc décidé de rejeter la requête du plaignant visant à faire annuler la décision de refus de visa dont il a été l’objet, ce qui revient de facto à empêcher M. Malaoui de pouvoir se rendre en France.
Le CISA dénonce cette très grave entrave à la liberté de circulation d’un éminent syndicaliste qui a besoin plus que jamais de se rendre en Europe afin de développer les relations entre son syndicat et ses homologues européens.

Le CISA déplore qu’au moment où il faudrait manifester notre solidarité avec l’action exemplaire des syndicats autonomes, dans l’esprit de l’appel récent du G8 à la solidarité avec les sociétés du Maghreb et du Machrek, la France s’obstine à refuser un visa court séjour à un syndicaliste qui mène une lutte courageuse et digne en Algérie.

CISA
21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris (France)
http://www.cisa-solidaritesyndicats-algerie.org

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Luttes syndicales



Par Arezki Derguini
Mardi 31 Mai 2011

Dans un texte antérieur (« Des préférences collectives à la corruption ») j’avais soutenu l’idée que la corruption commençait avec nos préférences collectives, qu’ensuite advenaient les problèmes de droits de propriété mal définis et de marchés inefficients et que finalement, la rente en tant que revenu spécifique n’était pas vraiment une cause. En vérité, ces diverses causes conspirent conjointement à la formation du même état, des mêmes comportements. On ne peut ignorer le fait que la rente comme revenu prépondérant est à l’origine de la concentration du pouvoir.

La propriété illégitime.

Je parlerai de malédiction dans le sens de la culture populaire quand on parle de ce qu’il faut attendre de « la consommation de l’illicite ». Selon le Vénézuélien Juan Pablo Pérez Alfonzo, l’un des fondateurs de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), le pétrole n’est pas de l’or noir, c’est l’excrément du diable. Il y aurait malédiction parce que nous étant appropriés quelque chose qui ne nous appartient pas, quelque chose qui ne nous est pas dû ou ne devait pas nous revenir, la chose n’étant pas allée à sa place, il s’ensuit un désordre, une corruption du monde, desquels nous finirons par récolter les fruits et être tenus responsables par une quelconque partie de l’univers. Cette idée de malédiction comporte celle d’une justice immanente, en ce que le résultat de nos actions, s’il ne nous affecte pas immédiatement le fera plus tard, étant simplement différé, décalé dans le temps. L’effet de nos actions s’il n’était pas décalé d’une génération, passant d’une vie à l’autre, relèverait d’une justice immanente immédiate et aurait été rapidement dissuasif. Ainsi les parents consommant de l’illicite ont beau eux-mêmes échapper aux néfastes effets de leurs actions, la mémoire collective n’oubliera pas de rapporter le malheur de leur progéniture à leurs actions. Sanction que n’aura de cesse d’exécuter un bras vengeur ou une œuvre de la providence. Cette culture suppose la croyance en l’existence d’une justice dans ce monde et une justice qui ne peut être continuellement empêchée. Nous ne sommes pas loin de l’idée libérale d’un ordre (d’un équilibre) naturel empêché par les hommes et la société, mais qui n’a de cesse de se rétablir, de retrouver son cours ou de la croyance scientifique en l’existence de lois gouvernant le monde qui ne peuvent être impunément défiées.
A qui appartiennent les richesses naturelles que sont le sol et renferment le sous-sol ? Dans nos traditions, il est établi que nous appartient que ce qui a été acquis par nous-mêmes : nous ne pouvons vendre ce que nous n’avons pas acheté. Ce que la logique n’a pas eu de mal à accepter : sur la production privée s’établit la propriété privée. On peut ajouter ici que la propriété privée telle que nous la connaissons dans le monde occidental a une histoire très ancienne bien antérieure à la propriété mobilière de la bourgeoisie. Elle a son origine dans l’histoire de la féodalité. Alors que la propriété dans nos sociétés est celle que se divise continuellement des frères, en Occident elle est celle de maisons qui cultivent la conservation du patrimoine. La propriété a donc une histoire pour chaque société, pour chaque civilisation (entendue au sens de la civilisation matérielle de Fernand Braudel où chaque société se fonde sur un certain nombre de choix). Pour ce qui concerne notre sujet ici, je soutiendrai que la propriété du sol et du sous-sol est collective et ne peut être à priori privée. La colonisation en léguant un énorme secteur public n’a pas modifié les choses. Peut être la propriété privée trouvera-t-elle sa voie dans le futur, mais pour le moment, notre société, du point de vue de son expérience collective, ne peut accepter que ces biens sortent de la propriété collective sans qu’elle y consente. Parce que ses membres peuvent y consentir parfois malencontreusement, la propriété a besoin d’être protégée de l’appropriation privative sauvage. En ce qui concerne les richesses du sous sol, les générations actuelles ne peuvent se considérer comme les propriétaires exclusifs, elles doivent les considérer comme un capital naturel qu’elles n’ont pas produit et dont elles ne peuvent donc disposer librement. Ces richesses doivent être considérées comme un legs des générations passées et un prêt des générations futures aux générations présentes, et répétons le, comme un capital qu’elles n’ont pas produit et dont elles ne peuvent donc disposer librement. On ne peut envisager la construction d’une société complexe sans une propriété absolument légitime et la seule légitimité de la propriété dans les temps modernes c’est le travail. Pas de travail, pas de multiplication de droits, pas d’extension de leurs échanges. Les revenus principaux de la société doivent être ceux du travail. Le revenu de la rente doit être un revenu secondaire, un prêt à l’économie. C’est la seule façon de sortir de l’économie de la prédation qui n’a de cesse d’appauvrir, de prolétariser la société.

La formation des préférences

Ce retour de bâton, cette sanction divine, pour nous être appropriés ce qui ne nous appartient pas, s’expriment dans le phénomène que les économistes appellent la malédiction des ressources naturelles ou la maladie hollandaise (« dutch disease »). Ce phénomène tout en étant une consommation de capital naturel (par définition non reproductible), exprime la destruction des autres formes de capitaux. Jusqu’au capital social que certains économistes appellent cinquième facteur de production et qui se manifeste par une défiance sociale généralisée. Il explique, pour faire simple, comment en enrichissant une minorité (celle qui accumule des fortunes à l’étranger, possède des comptes en Suisse), le pétrole appauvrit, détruit les conditions d’existence de la majorité : avec l’accroissement de la part des exportations de pétrole dans l’ensemble des exportations, nos productions diminuent et nos importations augmentent. Nos productions diminuent parce qu’elles coûtent plus chères que nos importations et qu’elles diminuent le pouvoir d’achat de nos dollars. Car en vérité nous avons des dollars mais pas de « monnaie nationale ». Le marché mondial détermine nos valeurs sans que nous y ayons quelques parts. La monnaie nationale exprimant la compétitivité des capitaux nationaux : son pouvoir d’achat s’accroit ou diminue avec leur puissance. Avec nos dollars, plutôt que de produire nous préférons importer des marchandises ou du travail pour produire ce qui ne peut être importé (infrastructures). Préférant importer plutôt que de produire, il n’y a pas de raison que l’on épargne pour investir. Tous nos projets de production sont en vérité des projets de distribution de la rente que chacun se dispute comme il peut. La mauvaise monnaie chassant la bonne, les dollars qui entrent cherchent rapidement la sortie. Nous sommes donc condamnés à nous appauvrir si nous refusons d’envisager une transformation de notre système de préférences en faveur de l’accumulation du capital, car nous détruisons notre stock de capital sans être en mesure de le renouveler.

Remettre le travail au centre de l’économie contributive.

Cependant on ne peut remettre en cause un système de préférences si on ne remet pas en cause la centralité de la rente pétrolière dans l’économie contributive. De même que l’adoption d’un régime démocratique ne permettra pas d’échapper à la « malédiction des richesses naturelles » car la prépondérance de la rente dans le revenu national est une incitation forte à la connivence entre les hommes politiques et les hommes d’affaires et elle n’en empêchera pas moins l’effet économique tel que décrit par le syndrome ou maladie hollandais. Les contrepouvoirs garants de la responsabilité des dirigeants sont absents car font défaut les institutions capables de faire contrepoids (Hicham El MOUSSAOUI 2009). La démocratie et ses institutions ne peuvent limiter la concentration du pouvoir si elle ne s’attaque pas à l’unicité de la source du pouvoir, de la richesse. Le régime politique du parti unique est en très bonne accointance avec le régime économique rentier basée sur l’exploitation d’une ressource naturelle « monopolisable » telle le pétrole. Ici le pouvoir est un parce que le contribuable est un. Ce régime ne peut être confondu avec un régime économique basé sur la propriété privée de la terre car la rente foncière ne conduit pas à une concentration du pouvoir puisqu’elle ne permet pas une monopolisation de la source de richesse au niveau national. On ne peut donc soutenir qu’il faut dissocier la question de la rente énergétique de l’analyse du fonctionnement global de l’économie (Talahite 2000) étant donné sa prépondérance. On ne peut confondre le cas de la Norvège et des Etats Unis avec ceux des pays africains ou moyen-orientaux. Et les institutions internationales suivent un peu trop la pente des intérêts de leurs membres influents quand elles critiquent le régime politique et ferment les yeux sur le régime économique qui consacre une division internationale du travail en faveur des anciennes puissances. La démocratie devient alors une idéologie de combat pour empêcher le renchérissement des matières premières qui accompagnent la hausse de la demande mondiale suite à l’émergence de nouvelles puissances d’un côté et la diminution du pouvoir d’achat des « monnaies nationales » des pays exportateurs et l’accroissement de leurs besoins de l’autre. Il faut simultanément transformer le système de préférences, définir clairement les droits de propriété et établir un système de gestion démocratique.

Inventer une société.

Cependant le problème majeur auquel renvoie le système de préférences (préférences vis-à-vis du futur par rapport au présent, de l’appropriation productive par rapport à la prédation) pose le problème de la hiérarchie sociale que la société a toujours éludé dans son organisation et que l’on a vainement essayé de lui imposer. Nos échecs en matière de développement renvoient largement à nos refus de construire les hiérarchies civiles nécessaires à nos entreprises, nos universités et nos marchés. Nous sommes devant le dilemme suivant : inventer une société souveraine ou renoncer à la souveraineté.
Il faut donc associer différentes transformations : en clarifiant les droits de propriété sur les richesses du sol et du sous-sol (comprenant le droit des générations futures) et en se disposant à redonner au travail la place centrale dans l’économie contributive (seule façon de rétablir le lien entre propriété et travail, travail et puissance), en transformant notre système de préférences en faveur d’une différenciation sociale basée sur le travail et en nous projetant dans une nouvelle société, nous obtenons les conditions nécessaires à la formation d’une économie performante et à un fonctionnement démocratique de la société.


Parution d’un nouvel ouvrage sur les convergences économiques entre le Maroc et l’Algérie

Un nouvel ouvrage intitulé « Algérie et Maroc : quelles convergences économiques? » du conseiller économique et consultant international Camille Sari, vient de paraître aux éditions Cabrera et Gnô sis.

L’ouvrage présente les situations économiques de l’Algérie et du Maroc depuis leur indépendance, pour dégager les points de convergence ou de divergence qui permettront d’avancer vers le parachèvement du marché maghrébin uni.

A l’aide de la littérature existante, des enquêtes et des études menées dans les deux pays voisins, l’auteur a fait des analyses pour expliquer le processus d’intégration économique et démontrer les bénéfices que la région peut tirer d’une meilleure coordination des politiques économiques.

Selon Camille Sari, l’intégration économique maghrébine est « un moyen de gagner en indépendance économique et de développer des échanges mutuellement avantageux entre les pays de la région ». Elle permet aussi « une moindre dépendance et des facilités énormes de commercer sans passer par les devises fortes ».

Il propose également la mise en place d’une monnaie commune, à savoir le « dinrham » (contraction des mots dirham et dinar) qui cohabiterait avec les monnaies nationales.

Cette monnaie vise à « faciliter les échanges de biens, de services et de capitaux sans altérer le droit de battre la monnaie de chaque Etat ». L’objectif est de passer d’un taux des échanges entre pays du Maghreb de 2 à 40 pc, ce qui est la moyenne des échanges au sein des zones économiques internationales.

La publication s’est focalisée aussi sur des questions monétaires, telles l’endettement, le taux de change, l’inflation et la productivité, en les considérant comme étant « les instruments de régulation (…) contribuant à la mise en œuvre d’un système de coordination harmonieux ».

Composé de 449 pages et comportant trois parties, ce livre se veut une référence de la compréhension des relations internationales et de leur importance dans des pays bien distingués dans leur choix de développement, tel que le Maroc et l’Algérie.

Camille Sari est conseiller économique, consultant international et spécialiste des monnaies et de la finance internationale. Il est également Docteur ès sciences économiques et a enseigné dans différentes universités parisiennes, dont Paris III Sorbonne Nouvelle et Paris XIII, et dans de grandes écoles de commerce.

Il a acquis une expertise sur l’évolution économique des pays émergents grâce à des missions économiques menées dans 52 pays.

Camille Sari est membre de Confrontations Europe, un think thank spécialisé en réflexion sur l’Union européenne.

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Distributeurs de livre

« Algérie-Maroc : quelles convergences économiques ? »

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France:
Folies d’encre : http://www.foliesdencre.com/
9 avenue de la résistance, 93100 Montreuil (M° Croix-de Chavaux)
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L’Harmattan :
Librairie Méditerranée Moyen-Orient : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp
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LFC 2011 – Répartition du budget de fonctionnement des ministères
Les vieilles habitudes sont de retour

Hakim Arous in TSA
La parenthèse n’aura pas duré longtemps. Au moment de l’adoption de la loi de finances 2010, l’État avait innové dans la répartition des crédits du budget de fonctionnement des différents ministères. Le ministère de l’Éducation nationale s’était taillé la part du lion en devançant pour la première fois depuis 2005 celui de la Défense.
Avec cette LFC 2011, les vieilles habitudes sont de retour. Le ministère de la Défense nationale redevient le plus doté avec 631 milliards de dinars, contre 569,3 milliards pour l’Éducation nationale. Suivent dans l’ordre le ministère de l’Intérieur et des collectivités locales avec 425,9 milliards de dinars, de l’Agriculture et du développement rural avec 296,9 milliards et celui de l’Enseignement supérieur et de la recherche avec 291,4 milliards.

Il est intéressant de noter qu’entre la loi de finances et cette loi complémentaire – un peu plus de quatre mois –, le ministère de l’Agriculture bénéficie de la plus importante rallonge avec 181 milliards de dinars supplémentaires. Vient ensuite le budget du ministère de la Défense avec une dotation supplémentaire de 115 milliards de dinars et celui de l’Enseignement supérieur qui bénéficie d’une rallonge substantielle de 79 milliards de dinars. Le budget du ministère du Travail, de l’emploi et de la sécurité sociale passe de 76 milliards à 123 milliards de dinars (+47 milliards) et celui du ministère de la Solidarité nationale et de la famille de 109 à 154 milliards (+45 milliards). En revanche, celui de l’Éducation, comme la plupart des autres ministères d’ailleurs, n’a pas vu sa dotation réévaluée.

Ces chiffres illustrent bien l’évolution de la situation depuis le début de l’année et la masse de dépenses sociales engagées par l’État. En revanche, comment expliquer une augmentation si importante du budget du ministère de la Défense ? Contexte sécuritaire dans la région, crainte d’un regain des actes terroristes ? Le gouvernement n’a pas justifié cette décision qui concerne pourtant un domaine stratégique du pays.


L’Algérie cumule les problèmes de l’économie mondiale en crise

Professeur de management à l’Ecole des hautes études commerciales de Montréal et membre fondateur du groupe altermondialiste Humanisme et Gestion, Omar Aktouf est l’un de ces pourfendeurs invétérés du néolibéralisme américain. Il était , et il est toujours, l’un des rares intellectuels en Amérique du Nord à critiquer le capitalisme financier. Il a prédit l’avènement d’une crise financière et économique
mondiale, des années auparavant. Il a revendiqué haut et fort l’humanisation du système économique actuel en remettant l’homme au centre du développement. Dans cet entretien, Omar Aktouf décrypte l’économie algérienne, qui demeure toujours selon ses termes, une économie rentière. Il estime que tout «accord de libre échange » qui se fait doit respecter un minimum d’homogénéités entre les pays contractants. Sinon, c’est un échange entre Goliath et David : le plus fort l’emporte et impose son diktat et ses intérêts, affirme-til. Il s’est interrogé par ailleurs sur les tenants et les aboutissants de la nouvelle politique du gouvernement dénommée le renouveau agricole et rural, en relevant l’incapacité d’y d’aboutir à cause de la politique d’abandon de ce secteur adopté depuis trois générations, que ce soit sur le plan humain ou moyens. Pour instaurer une vraie économie, Omar Aktouf recommande de sortir, urgemment, de tout ce qui peut ressembler au néolibéralisme et au modèle US, car il s’agit d’une «stratégie» de toute première importance pour l’Algérie actuelle.

Algérie News : Au cours de la dernière décennie, les décideurs algériens ont adopté une gestion quasi libérale, promouvant le tout marché à un autre mode de gestion en cours, actuellement dit «patriotisme économique». Est-ce réellement un passage d’une conception à une autre ou nous sommes en présence d’un discours qui signalerait une impasse ou une difficulté dans la conduite des dossiers économiques en Algérie ?

Omar Aktouf :

Je me vois désolé de vous répondre que rien de nouveau ne m’apparaît en quoi que ce soit dans la politique
économique de notre pays, et ce depuis des décennies ! Il n’y a en effet que des changements de visage dans les ministères et des changements de vocabulaire, qui ne veulent strictement rien dire. Que signifie «patriotisme économique» lorsque l’on a tourné le dos depuis «l’ouverture chadliste», à toute autre forme d’économie sinon le «mangeoirisme» généralisé ? Que signifie ce genre de formule sinon, à la lettre, une politique économique très largement teintée de keynésianisme, c’est-à-dire d’une combinaison «planifiée» d’actions économiques où le secteur privé agirait sous l’autorité d’une guidance «pesée – réfléchie» émanant d’autorités étatiques éminemment soucieuses de mener une politique économique

1/autocentrée (visant l’autosuffisance et la satisfaction des besoins essentiels des citoyens avant tout),
2/ inflationniste (où l’Etat est aussi investisseur dans les secteurs stratégiques de la nation surtout : monopoles naturels et ressources clés comme les hydrocarbures…),
3/ autoritaire et protectionniste (un peu comme la Chine, où l’on voit l’Etat tracer les contours des activités économiques et leurs directions futures),
4/ sociale-économique (visant en priorité l’amélioration des forces productives et des conditions de vie-travail : investissements massifs dans l’éducation, les infrastructures, l’agriculture…).

Or où voit-on cela dans les plans et annonces de nos politiques économiques, sinon dans les grandes déclarations d’intentions auxquelles nous sommes habitués, depuis des décennies ? Il est plus qu’évident que notre économie en est une de commerce primaire, de pizzerias-gargotes, de rentes appuyées sur le contrôle occulte de nos principales richesses, de blanchiment d’argent accaparé (se rappeler l’affaire Khalifa), de nouveaux riches extravertis qui se prennent pour des entrepreneurs et qui se croient incarner le décollage économique algérien. Décidément, tout cela n’est pour moi que paroles et mesures de type «cosmétique», où on masque notre désarroi politico-idéologique derrière des mots et des slogans. Ceci dit, je ne peux qu’être pour (et c’est mon discours inlassablement répété depuis des années) une politique économique «patriotique» et keynésienne (protectionnisme, intérêt national avant tout, règles de finances et d’investissements strictes et respectées par tous, surveillance de l’investissement étranger, élargissement le plus ample de l’assise de la demande effective sur le salariat…). Mais lorsque l’opacité et les scandales – vite étouffés -, continuent à accompagner le cœur même de ce qui devrait être le moteur de notre économie, les hydrocarbures et ce qu’on en fait, je ne vois vraiment rien de nouveau à l’horizon, Union européenne ou pas…

Le Maroc et la Tunisie, semble-t-il, ont amorcé avec succès un partenariat avancé et privilégié avec l’Union européenne, l’Algérie, elle, au contraire, gérerait les contrecoups nocifs d’un «étrange» accord de libre-échange. Que pensez-vous de cette situation ? Y a-t-il une alternative pour l’Algérie ?

Tout d’abord, connaissant passablement la situation marocaine et tunisienne, je dirais que nous sommes en présence d’effets de court terme, et de développement essentiellement de secteurs dits «tertiaires non marchands» comme les loisirs, les terrains de golf, les lieux de villégiature, les spectacles, les lieux de «détente» pour classes huppées, la consommation de luxe… Un peu comme ce qui est arrivé au Mexique, où après une quasi euphorie de 2 à 3 ans, entre 1994 et 1999 environ, ledit «libre échange » avec le Canada et les USA a tourné pour les Mexicains au cauchemar économique : de centaines de milliers de PME-PMI en faillite à cause des afflux de produits et services made in US et Canada, des foules de cohortes de chômeurs déguisés, payés pour ne pas mourir le lendemain, des non moins cohortes livrées à des néo-esclavagistes saisonniers pour (notamment) l’agriculture US et canadienne (un peu comme cela se passe pour la main d’œuvre saisonnière sélectionnée marocaine offerte chaque année aux fermiers espagnols)… Tout «accord de libre échange » qui se respecte implique un minimum d’homogénéités (universitaires, académiques, culturelles, technologiques, dotations de facteurs, valeurs ajoutées industrielles, forces monétaires…, puissance gestionnaire de l’Etat, fiscalité…) entre les pays entrant en «libre échange». Sinon, c’est un échange entre Goliath et David : le plus fort l’emporte et impose son diktat et ses intérêts, un point c’est tout ! Il suffit de songer à ce que l’UE a fait pour mettre à niveau (donc en état d’homogénéités) les pays en «arrière» tels que l’Espagne et le Portugal, afin qu’ils puissent «libre-échanger» avec la France, l’Allemagne… (dans un esprit d’intérêts réciproques bien pensés : ajouter deux pays «attardés» au «corps central» européen n’aurait fait qu’affaiblir tout le monde) : tout simplement d’énormes plans (étatiquement guidés et à fonds perdus !) tel le gigantesque «Plan Da Vinci». Qu’y a-t-il de tel entre l’UE et la Tunisie, le Maroc ou l’Algérie ? On me rétorquera à juste titre qu’il ne s’agit pas d’entrer en «union», soit, mais entrer en «libre-échange» en situation de simples fournisseurs de «compléments bon marché» aux pays de l’UE est encore plus intenable.

Le gouvernement amorce également une nouvelle politique appelée « renouveau agricole et rural». Sommes-nous réellement en face d’une nouvelle stratégie agricole ? Si oui, sur quoi porte-t-elle essentiellement sachant que le bilan du PNDRA n’a pas été encore fait ?

Bilan du PNDRA ou pas, la situation catastrophique du secteur agricole algérien n’est un secret pour personne. Qui, en Algérie, ignore que nous importons sûrement pas loin de 90% de ce que nous mangeons
(et je ne dis pas consommons !) ? Il y a belle lurette que le béton des méga-complexes et des non moins méga villas et châteaux de nouveaux riches ont saccagé une bonne partie de nos meilleures terres, de la Mitidja à la vallée de Chlef… Il y a aussi belle lurette que l’âge moyen du «vrai» paysan, sachant planter, quoi planter, où planter… a dépassé les 70 ou 80 ans ! De plus, l’indigence de la formation (quantitative et qualitative) de techniciens agricoles et agronomes (quand ils ne fuient pas à l’étranger) est plus que notoire (d’ailleurs, seulement 13% de l’ensemble des filières de formations supérieures sont de type «technique », depuis l’agriculture jusqu’à l’informatique, la physique… : ce qui est un scandale devant les besoins criants du pays). Alors, je pose la question : d’où viendra ce renouveau agricole et rural, quand on a à ce point, négligé depuis trois générations, paysans, techniciens, agronomes, terres agricoles… ? Par où commencer (quand on sait, de surcroît, que se vendent, en catimini, à des intérêts étrangers de bonnes portions de nos meilleures terres ?). Il faut un minimum de cohérence entre ce que l’on dit et ce qui est fait ! Stopper ventes et saccages des terres arables urgemment, récupérer ce qui peut encore l’être et investir massivement dans la réhabilitation du paysan et la formation à l’agriculture «écologique », seraient les tout premiers pas à annoncer et à entreprendre.

Toujours dans le secteur de l’agriculture, certains experts pensent que l’adoption récente par le Conseil des ministres de la nouvelle loi sur l’orientation agricole, notamment sur le point ayant trait à l’exclusion des étrangers dans l’exploitation des terres agricoles est une erreur, il y a eu une sorte de précipitation, puisqu’on aurait pu tirer profit de leur expérience à l’avenir. Etes-vous de cet avis ?

Exclure les «étrangers» pour les exclure, n’a en soi, bien entendu aucun sens. On a toujours quelque chose à apprendre de l’autre : voir ce que le Japon a fait et ce que la Chine fait en ce sens est toujours très instructif. Mais cela implique élites préoccupées du bien de la nation d’abord… y compris lesdites élites privées, dont l’intérêt bien et intelligemment pensé serait de mettre une majeure partie de leurs gains dans la formation, la qualification, la mise à profit de la présence de ces «étrangers» qui ont des choses à nous apprendre… au lieu de mettre presque tout ce qu’ils «gagnent» dans l’ostentation consumériste, dans les palaces en Europe ou Dubaï, les villas-palais aux abords d’Alger… et les voitures futuristes ! Cela n’est pas un comportement d’entrepreneurs conscients et intelligents mais de parvenus aussi frivoles que globalement nuisibles à long terme. Donc, comme le modèle chinois nous en donne l’exemple frappant (malgré bien des problèmes, bien sûr) : une politique économique globale (de l’agriculture à la pétrochimie) autocentrée d’abord, autoritaire ensuite (avec élites politiques aussi intègres que possible : nul n’est saint, ni parfait), enfin axée sur un «socialisme de marché» qui met l’économique au service du bien-être général et de l’évolution du peuple avant tout. Car il faut bien intégrer ceci : le seul et unique «avantage compétitif » d’un pays, c’est le degré d’éducation et de culture de son peuple ! Rien d’autre ! Et surtout pas le niveau d’enrichissement de ses plus riches !

Les réformes «d’économie de marché», en Algérie, ont débuté à la fin des années 1980, c’est-à-dire à l’ère du néolibéralisme. Trente ans plu tard, l’Algérie retrouve les mêmes pratiques et surtout les mêmes problèmes, avec peut-être plus d’intensité dans ce modèle néolibéral. Que faut-il faire selon vous pour que le pays sorte du piège de l’économie rentière ?

Oui, dès l’ère du chadlisme, je dirais, on a commencé à parler pour l’Algérie, «d’ouverture » économique. C’est-à-dire de recul de l’Etat comme intervenant et guide dans les politiques économiques. Comme si
«Etat» était synonyme de «fermeture»… On ne sait trop à quoi, mais sûrement «fermeture » devant les boulimies et désidératas des classes riches et dominantes. On a très vite confondu, Reaganisme et
Thatchérisme aidant, que revenir au «laisser- faire» total et débridé du capitalisme sauvage du 19e siècle était ce qu’il y avait de mieux à faire pour promouvoir croissance et développement tous azimuts. On en voit les résultats ! La «crise mondiale» actuelle n’en est qu’un avant-goût.

Car on a voulu (les classes dominantes, particulièrement US, qui ont mis un Reagan au pouvoir tout à fait à propos) compenser l’impossibilité de «croissance infinie» de l’économie réelle (nul ne peut faire infiniment de profits avec infiniment d’arbres, par exemple, puisque la Terre ne donne pas d’infinité d’arbre etc.), par l’infinitude illusoire de la multiplication du numéraire par le numéraire : la spéculation, l’économie financière et boursière. C’est-à-dire l’économie casino : à la bourse de type capitalisme financier à la US, on ne «place» pas ses économies, on les «joue», exactement comme dans un casino… On a bien vu ce que cela a donné avec l’affolement du système financier mondialisé et l’effondrement de la bulle immobilière démarrée avec les subprimes (hypothèques fictives) aux USA. A mon avis, l’Algérie cumule les problèmes de l’économie mondiale en crise : une économie de rente basée sur 95% de recettes en hydrocarbures, ces mêmes recettes transformées en partie en importations de presque tout, y compris la main-d’œuvre pour construire nos routes et immeubles, une autre partie en fortunes individuelles aussi soudaines qu’incroyablement élevées, et une troisième partie en pseudo entreprises qui ne font que «acheter-revendre» sans pratiquement aucune valeur ajoutée locale, divers biens et services qui vont de la pizza aux merguez, en passant par les matériaux de construction. Le néolibéralisme n’est que mirage aux alouettes, farouchement profitable aux pays riches et aux classes riches des pays pauvres… mais, même là, hélas pour tout le monde, à court terme et avec de plus en plus de crises meurtrières.

L’ex-ministre de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement, Abdelhamid Temmar, n’est pas parvenu à instaurer une véritable stratégie industrielle. Il semble qu’on hésite toujours sur les grands choix de la politique économique. Ne s’agit-il pas là d’un autre retard préjudiciable pour l’Algérie ?

Abdelhamid Temmar ou pas, nul ne peut aujourd’hui savoir quoi faire avec les dérives de cette démentielle économie néolibérale qui a déferlé sur le monde, par la grâce des non moins démentiels désirs de «profits maximums infinis» des classes dominantes des pays riches en premier. Il suffit de voir à quel point les pays du G-8 et du G-20 ne savent, mais absolument pas, quoi faire devant une crise mondiale de l’économie (devenue pure finance spéculative) qui les dépasse tous ! Lorsque des DSK, des Obama, des Bernanke, des Tricher… et des Geitner ne savent plus du tout à quel saint se vouer, que voulez-vous qu’un Temmar fasse ? Cette folle économie financière livrée à elle-même est exactement comme une immonde démente créature ayant échappé à son Dr Frankenstein ! Nos «économistes» néolibéraux dominants (qui plaisent souverainement à tous les riches et classes dominantes de ce monde) ont tout simplement créé un monstre économique- financier qui les dépasse ! Ils ne savent plus du tout quoi faire, point ! Ils font ce qu’ils ont toujours fait (Alan Greenspan en a été le gourou absolu durant des années) : recourir massivement à la planche à billets pour réalimenter l’infernal cercle vicieux «offre de crédit consommation- sur-demande de crédit…». Cela a donné l’ubuesque sauvetage des brigands des grandes bourses et banques, à coups de milliers de milliards de dollars… au point où toute l’économie US (à commencer par son fleuron GM) n’est plus qu’une sorte de bizarre «communisme d’Etat» auquel personne ne comprend plus rien ! Alors que dire de l’Algérie et de ses «stratégies» ! Comme je le répète depuis des décennies, suivre le modèle US, ne peut que conduire de retard en retard (on le sait depuis le siècle dernier lorsque le modèle des pays du Nord européen et de l’Asie du Sud-Est -sans parler de la Chine aujourd’hui-, l’ont définitivement supplanté avec leurs qualités des produits – services et de vie des citoyens… Sortir, urgemment, de tout ce qui peut ressembler au néolibéralisme et au modèle US, est une «stratégie» de toute première importance pour l’Algérie actuelle.

Le traitement de certains grands dossiers à l’image de Sonatrach, ne renvoit-il pas une mauvaise image de l’Algérie ?

Je crois que cela devait arriver (ou plutôt se révéler) un jour ou l’autre, car qui ignore, ou fait semblant d’ignorer, dans notre pays, que bien des «scandales» couvent sous les tapis ? A mon avis, ces deux cas ne sont que l’une des pointes de multiples icebergs de détournement, de trafic de haut niveau, de malversations, d’abus de biens sociaux… qui finiront par émerger un jour ou l’autre. Mais recherchera-t-on vraiment les coupables, les fera-t-on passer devant une «justice» quelconque… là est le problème crucial.

Il y a longtemps, bien avant «l’ouverture chadliste», que tout un chacun sait (ou soupçonne à tout le moins) que les soudaines colossales fortunes surgies en Algérie (ou d’Algériens hors d’Algérie) dès les débuts de la fin de l’ère Boumédiène, ne sont pas le fruit du hasard ni de l’effort. L’image de l’Algérie est ternie (euphémisme) dans et hors du pays, bien longtemps avant ces affaires que vous citez, hélas ! Et leur «traitement» comme vous dites, ne peut que ternir encore davantage cette lamentable image. Plusieurs hauts affairistes, ministres, hauts fonctionnaires… auraient déjà dû être devant des commissions d’enquête publique, démis de leurs fonctions, traduits devant des tribunaux… mais, comme le dit le si sage dicton populaire, «lorsque l’on veut nettoyer des escaliers, il faut commencer par le haut»… Il est tellement dommage que notre pauvre pays ait si terriblement mis de côté ses (vrais) intellectuels, ses authentiques moudjahidine, ses élites intègres… tous et toutes poussés à l’exil (intérieur ou extérieur) faute d’avoir le moindre droit au chapitre.

Le «mangeoirisme» effréné, l’exemple venant assez vite de très haut, a fait de tout Algérien un insatiable prédateur aussi boulimique que sans scrupules. Au moins deux à trois générations en sont à la fois les acteurs et les victimes : qui arrêtera ce chaos ?

Peut-on savoir sur quoi le professeur Aktouf se penche actuellement ?

Vous voulez absolument me pousser à parler de moi à la troisième personne, comme un certain Delon ? Hé bien, par pur jeu, je vais y consentir ! Le «professeur Aktouf» se penche en ce moment, et son tout dernier livre «Halte au gâchis : en finir avec l’économie-management à l’américaine » , en témoigne de façon, je crois assez prometteuse, sur les raisons et causes profondes de l’échec cuisant d’un système qui se présentait comme irrésistiblement «rationnel» et universellement applicable, le système du «marché» fair-play, au-dessus des égoïsmes personnels, appelant en quelque sorte les humains à être pratiquement malgré eux, les acteurs inconscients et involontaires d’un monde de «concurrence pure et parfaite» où seuls les bons usages des bons «avantages compétitifs» feraient des «gagnants» qui, pour encore mieux «gagner», ne feraient que générer tout autour d’eux, de multiples autres «gagnants» ! C’est ce que promettait la belle «Mondialisation heureuse» comme l’a ingénument écrit un certain Alain Minc il y a quelque 10 à 15 ans. Il (le professeur Aktouf) se penche également sur les métamorphoses de plusieurs pays d’Amérique latine comme le Venezuela, le Brésil… la Chine… la Russie… et les constants succès des pays du Nord de l’Europe, du Japon… quels que soient les bas et les hauts conjoncturels. Et… de tout cela. Il compte bien tirer quelques pistes et leçons pour nos pays du tiers monde en général et de l’Afrique en particulier.
Entretien réalisé

par Massinissa Boudaoud
: Algérie News


Vive le capitalisme ! Le «cancer» c’est les capitalistes…

Omar Aktouf, Ph.D
Professeur titulaire HEC Montréal
Auteur de Halte au gâchis; en finir avec l’économie management à l’américaine, Liber, Montréal, 2008.
Et de l’autruche, post-mondialisation, management et rationalité économique, Écosociété, Montréal, 2003

En première du Devoir (1er Mai 2010) se posait la question «le capitalisme, cancer de l’humanité» ? Bien que j’aie aussi utilisé cette expression, je voudrais ici, surprenant plusieurs sans doute, réhabiliter «le capitalisme» contre ceux qui se disent «capitalistes».
Vive le capitalisme, le vrai !
Marx a entamé son gigantesque «Capital», partant d’une question surprenante : pourquoi le capitalisme ne fonctionne pas comme la théorie capitaliste (smithienne surtout) le prétend ? C’est à dire réalisant le bien être général, les équilibres simultanés des marchés, assurant les justes prix…, sous la houlette de la bienveillante main «invisible» ?
Que dit donc cette «vraie» théorie du capitalisme ? Retournons à Adam Smith pour répondre. En effet, si on se fie à «la» théorie du capitalisme établie par Smith, il ressort quelques éléments indubitables : grâce à la main invisible qui assurerait «équilibres et justes prix», et aux hypothèses de concurrence pure et parfaite, information parfaite et disponible, atomicité des producteurs et consommateurs, substituabilité des produits… une implacable «justice» du marché va s’imposer, faisant en sorte que… tout finisse par se vendre au plus près du coûtant, imposant l’idée de profits optimums-raisonnables, qui seraient les seuls vrais «profits d’équilibres» et durabilité !
Il tombe sous le sens que, sous les hypothèses précédentes, c’est, automatiquement que, n’importe quel nouvel producteur n’a d’autre choix que de, à qualité égale, vendre moins cher que la concurrence s’il veut une clientèle ! La loi d’airain à laquelle croyait Smith s’impose alors : le dernier entrant DEVRA vendre au plus près du coût et donc… renoncer aux profits maximaux ! Mais croit-on, sans «profits maximums» le capitaliste n’est plus rémunéré, l’investissement stoppe… : faux et mensonger !

Smith naïf ? Profit maximal indispensable motivation- rémunération du capital ?
Smith s’est montré «naïf», car, implicitement, il croyait (même s’il a écrit qu’il ne fallait pas laisser les businessmen sans surveillance…) que grâce à sa main invisible, les agents économiques seraient poussés à jouer fair play. Grave erreur ! Les capitalistes tuent les vertus du capitalisme smithien. Les attendues vertus du laisser-faire se transforment en empêchement du laisser-faire par monopoles et oligopoles interposés, donnant le contraire de ce que «la» théorie capitaliste originale prévoyait.
Le capitaliste se transforma vite (un Thorstein Veblen l’a très bien établi dans Theory of the Firm et Therory of the Leisure Class) en simple faiseur d’argent aussi «maximum» que possible (financiarisation de l’économique) au lieu de producteur d’utilités d’abord. Se rémunérant, de surcroît, au moins cinq à six fois, non une seule : «le profit», comme on le fait croire (je parle ici du «grand» capital financier dominant, et non du «dépanneur du coin qui en arrache», fallacieusement assimilé à ce que devrait être le prototype «du» capitalisme) :

1. Le salaire (et quel salaire !) que se donne le capitaliste
2. Les primes, bonis, stocks options… parachutes dorés…
3. L’amortissement des moyens de production
4. L’intérêt sur la mise d’argent en «passif» de l’entreprise
5. La capitalisation de l’entreprise (survaleur «intangible» acquise par l’entreprise avec le temps)
6. La capitalisation sur les immobilisations (survaleur des biens mobiliers et immobiliers…)
7. Les dividendes (profits après impôts et amortissements) en dernier.

Les capitalistes qui tuent profits et capitalisme !
À force de confondre le mieux avec le plus et le plus avec le trop… nos capitalistes modernes tuent leur poule aux œufs d’or : leur enrichissement ne se fait plus qu’en s’attaquant aux facteurs mêmes qui le permettent, le travail et la nature !
Le cancer, seul phénomène «maximaliste» dans la nature est l’analogie qui s’impose devant un tel comportement… Nos capitalistes «faiseurs d’argent maximum à tout prix» se comportent en cancer du système capitaliste et de l’humanité. Comment entretenir l’illusion de profits maximums, quand notre planète ne connait aucun maximum de rien du tout !? Comment faire le maximum de profits sur d’illusoires maximums d’arbres ? de morues ? de pétrole ?…
La finance pour la finance, transformée en pseudo «économie», peut entretenir cette illusion, se multipliant à l’infini par pures spéculations (il ne s’agit plus que de digits manipulés par des ordinateurs vendant/achetant en… nanosecondes) ! La bourse et la finance sont non seulement inutiles et dangereuses (on l’a assez vu ces derniers temps), mais ce ne sont que casinos fous où raison et sens n’ont plus place : pour quels humains travaillent des machines qui «décident» en nanosecondes ?
Si les capitalistes appliquaient le «vrai» capitalisme dans toute la signification et la rigueur de sa théorie originale, humanité nature seraient bien heureuses !


Incidences sur l’économie algérienne

La réponse par les réformes

La crise mondiale, sous sa forme financière et économique, est avant tout le résultat d’une mondialisation rampante qui a jeté ses tentacules sur les pays et les continents indépendamment de leurs identités, de leurs langues ou de leurs religions. Comme dans le domaine de la santé, il ne peut y avoir de septicémie que dans un corps où tous les organes sont mis en relation et interagissent solidairement.

La forte expansion des échanges qui a touché les économies de plusieurs pays à la fin du XVIIIe et au début su XIXe siècle, sous la forme de commerce colonial et de commerce entre les nations, a préfiguré la forme de globalisation/mondialisation qui est en train de se dérouler sous nos yeux. Ce phénomène, dont la genèse remonte à plus d’un siècle, a conduit les économistes à dépasser le point de vue mercantiliste de la contradiction des intérêts, et à établir la règle des “avantages comparatifs” promise à une belle fortune sémantique et axiologique.

À partir des dernières décennies du XXe siècle, pour plusieurs catégories de produits industrialisés, «les exportations mondiales de composantes croissent plus vite que les exportations de biens finals», souligne Bernard Lassudrie-Duchene dans sa préface à l’ouvrage intitulé Économie internationale des deux auteurs américains H. Lindert et Ch. P. Kindleberger. Il ajoute : «La multinationalisation des firmes peut être considérée, sous cet aspect, comme la résultante d’une logique puissante qui conduit à mobiliser les capacités différentes de plusieurs groupes nationaux pour obtenir des chaînes d’avantages comparatifs, plus ou moins inégalement répartis entre les firmes et les nations.» L’auteur établit de forts parallèles entre la “croissance des interdépendances productives” et l’unification du marché mondial du crédit et des capitaux.

A.Cotta écrit dans ce sillage : «L’ouverture croissante de toutes les économies, quels que soient leur niveau de développement et leur organisation économique et sociale, commence à apparaître, plus que la rapidité de la croissance elle-même, comme le fait majeur d’un après-guerre qui, à cet égard, n’a pas pris fin.» (in La France et l’impératif mondial-éditions PUF-1978).

Il y a 80 ans

Le krach boursier d’octobre 1929 est inscrit dans les pages les plus noires de l’économie mondiale du XXe siècle. Ses répercussions ont duré une dizaine d’années, et certains historiens sont allés dans leurs diagnostics des conflits mondiaux jusqu’à faire incomber une part importante de responsabilité à cette crise dans la montée en puissance des extrémismes nazi et fasciste à partir des années 1930. La chute brutale des cours des actions à Wall Street a fait que les gains antérieurs furent neutralisés. Les emprunteurs sont mis en difficulté entraînant la chute de certains établissements bancaires. En l’espace de trois ans, 9000 banques ont mis la clef sous le paillasson. La production industrielle aux Etats-Unis baissa alors de 50%, la PIB de un tiers et le chômage monta à 25% de la population active. Le recul du pouvoir d’achat a fait des stocks de produits, surtout agricoles, se sont constitués. On parla alors de “crise de surproduction”. Les marchandises invendues s’accumulent et les usines qui les produisent s’arrêtent les aunes après les autres, faute de débouchés. De nombreuses entreprises font faillite. Les agriculteurs n’arrivent plus à commercialiser leurs produits et les prix baissent continuellement. Des millions d’hommes et de femmes rejoignent le camp des chômeurs. La misère s’installe, alors que la surproduction conduit à la destruction des biens invendus.

L’ampleur et surtout la durée de la crise rendent l’intervention de l’État inévitable. Jusqu’alors, les industriels, les commerçants, les banquiers organisent librement leurs activités économiques. L’intervention de l’État a visé d’abord à réduire la production là où est enregistrée une surproduction. Le rôle de social de l’État s’accroît ; il intervient pour réduire la violence des affrontements sociaux.

Amender le capitalisme ?

Pour la première fois depuis la révolution industrielle, le système capitaliste s’expose d’une façon franche et argumentée à la critique la plus virulente de la part des populations, des syndicats et des partis de gauche. L’espoir socialiste prend de nouvelles couleurs et s’alimente en arguments puissants issus de la crise mondiale. D’autres alternatives invoquent la nécessité d’un chef tout-puissant qui épargnerait à la collectivité une révolution. Cette option conduira à la montée de l’hitlérisme et du fascisme en Europe, ainsi que du nationalisme au Japon. Ces mouvements cherchaient dans l’armement, puis dans l’expansion territoriale et la guerre, des solutions à la crise.

L’intervention de l’État telle qu’elle était mise en branle par le président Roosevelt sous le nom de “New Deal” consiste non seulement à enrayer la crise, mais surtout à éviter d’y retomber une nouvelle fois. «Notre tâche est remettre notre peuple au travail (…) Elle peut s’accomplir par embauche directe par le gouvernement, comme en cas de guerre, mais en même temps, en réalisant les travaux les plus nécessaires pour réorganiser l’usage de nos ressources naturelles», avait déclaré le président Roosevelt dans un discours en mars 1933.

L’action de l’État pour relancer l’économie par la relance de la consommation et par la politique des investissements publics – quitte à supporter un seuil d’inflation et un déficit budgétaire “tolérable” – rejoint largement la théorie keynésienne mise en circulation au premier tiers du XXe siècle.

«Pour ma part, je pense que le capitalisme aménagé peut être rendu probablement plus efficient pour atteindre des fins économiques de tout système alternatif envisagé pour l’instant ; mais je pense était, à bien des égards, extrêmement critiquable. Notre problème est d’établir une organisation sociale qui sera aussi efficiente que possible sans pour autant choquer nos notions concernant un mode de vie satisfaisant», écrivait Keynes dans son Essai de persuasion (1933).

La crise financière et économique qui, presque 80 ans après le krach boursier de 1929, frappera les établissements bancaires principalement en Amérique et en Europe en 2008, a eu son origine immédiate en 2007 dans la crise subprimes, crédits hypothécaires consentis aux ménages américains pour l’acquisition de logements. Devenus insolvables, les ménages n’ont d’autre choix que d’offrir leur logement à leur créancier. Or, il se trouve que les valeurs immobilières ont fortement chuté entre-temps, ce qui donne une valeur de “monnaie de singe” au gage que constitue le logement. Il est déclaré stérile sur le marché américain. Il s’ensuivit une chute en cascades de banques, d’abord en Amérique, ensuite en Europe et en Asie du fait que, aussi bien les acquéreurs de crédits hypothécaires que les établissements créanciers ont tissé une toile d’araignée à l’échelle planétaire en matière de demande, d’offre et de prestations.

L’État pour sauver… le privé

Le recul ininterrompu de la monnaie américaine face à l’euro depuis ces deux dernières années, la banqueroute de prestigieux établissements financiers en Amérique et en Europe depuis le mois de septembre 2008 et la chute subséquente des places boursières à l’échelle de la planète ont ébranlé le système financier international au point que le contribuable américain, via l’approbation par le Congrès du Plan Paulson, est appelé à secourir un des piliers de l’ordre capitalistique mondial. La première intervention du Trésor public US a porté sur la mobilisation de 700 milliards de dollars et la tendance qui se dessine semble ne pas se limiter à ce premier jet. Le Congrès américain est prêt à consentir encore l’argent du contribuable pour sauver des établissements bancaires. Cependant, le président Barack Obama, tout en abondant dans le même sens, considère cependant que le système mondial a plus besoin de réformes profondes que d’interventions publiques conjoncturelles qui ne règlent pas le problème fondamental. Il a même stigmatisé publiquement l’usage qui est fait des deniers publics (primes servis pour les actionnaires), argent pourtant que lesquels l’administration a débloqué pour sauver ces institutions.

Certains analystes en économie ont vite rappelé les vertus d’“un socialisme spontané”, c’est-à-dire sans socialistes ni idéologie de gauche. Réellement, pour sonder ce paradoxe, les choses sont bien moins simples et les pouvoirs publics beaucoup moins altruistes qu’on ledit. C’est toute la mécanique du système financier international et d’une mondialisation rampante qu’il faut “démonter” pour saisir la logique interventionniste du gouvernement américain et des autorités européennes tentées par le même type de réponse. Même si des nuances sont apportées ça et là– à l’exemple des attitudes françaises et allemandes exprimées à Colombey-les-Deux-Églises par Nicolas Sarkozy et Angéla Merkel lors du sommet franco-allemand de novembre 2008 – les réponses envisagées pour juguler la crise financière, ou à tout le moins pour en atténuer les effets sur la croissance, l’emploi et le niveau de vie des populations, s’inspirent toutes d’une intervention plus forte de l’État. «L’idée que les marchés ont toujours raison est une idée folle», dira le président français dans son discours de Toulon le 25 septembre 2008. Il s’agit, estime-t-il, de “refonder” le capitalisme. Ainsi, «l’État garantira la sécurité et la continuité du système bancaire et financier (…). Il interviendrait par des cautions, par des garanties, par des apports en capital ou par une modification de la réglementation bancaire». Pour reconstruire un système financier viable, il importe, comme le dira explicitement Sarkozy, de “moraliser” la capitalisme financier en priorité.

La réunion, au début de l’année en cours, des ministres des Finances de la planète autour des institutions internationales comme le FMI et la BIRD a apporté son lot d’incertitudes en confirmant la tendance à la réduction des liquidités et à la baisse de la croissance à l’échelle mondiale.

Dans l’étape actuelle de l’interdépendance des économies des pays du monde, cette chute en cascade de “citadelles” financières en Amérique et en Europe entraînera imparablement dans son sillage, d’après les spécialistes en finances internationales, le recul des prix du pétrole, un phénomène qui commence à se manifester dangereusement pour les pays exportateurs et qui a placé depuis plusieurs semaines le cours du baril au-dessous de 50 dollars malgré les dernières réductions de production décidées par l’OPEP au sommet de décembre dernier à Oran, soit 1,5 million de 3 à retirer du marché. Une nouvelle réduction était entrevue pour le dernier sommet de Genève de la mi-mars, mais, aucune décision de ce genre n’a été prise.

L’Algérie et la zone cyclonique

Le débat sur la crise financière et économique mondiale dans les médias algériens ne peut avoir évidemment de pertinence que lorsqu’il arrive à insérer – pour un décryptage serein et rationnel – la part ou le degré d’incidence de ces chamboulements planétaires sur l’Algérie. Or, les questionnements sur la relation de l’économie algérienne avec l’espace mondial n’ont pas attendu la crise actuelle pour se manifester. Chez certains spécialistes algériens, elles ont constitué presque un axe de recherche. Le fait est que la tension mondiale actuelle n’est pas la première épreuve que met l’économie de notre pays face à un “destin” mondialisé. La mini-crise de la fin des années 1990, due à chute brutale de certains établissements financiers au Sud-est asiatique, principalement l’Indonésie, du fait de certains investissements douteux qui ont jeté un “froid” dans les mécanismes du crédit, avait entraîné une réduction de consommation de pétrole au point où son prix de cession, moins de 10 dollars le baril, avait failli équivaloir à son coût d’extraction des champs sahariens d’Algérie. L’administration du président Liamine Zeroual était sur une corde raide d’autant plus que l’offensive terroriste était à son pinacle et le plan d’ajustement structurel (PAS), issu du rééchelonnement de la dette extérieure, avait déjà installé misère, chômage et pauvreté par la libéralisation des prix à la consommation et la mise à exécution des plans sociaux dans les entreprises publiques. Si la situation de la faiblesse du prix du pétrole avait duré plus d’un semestre avec le niveau qui était le sien, moins de 10 dollars le baril, ce serait indubitablement la sécurité et la pérennité de l’État national qui auraient été mises en jeu. Le chef de mission du FMI, M.Joël Toujas Bernaté, lors d’une visite au début de l’année en cours dans notre pays, a émis certaines appréhensions quant aux incidences directes ou retardées de la crise mondiale actuelle sur la machine économique et le front social algériens ; cela, contrairement à certains responsables ou gestionnaires algériens qui pensent à l’ “immunité” de l’économie algérienne face aux turbulences charriées par la dérégulation générale du système financier international. Hormis la faiblesse de la relation directe et automatique entre le système financier international et l’économie algérienne, le responsable du FMI n’a pas exclu les contrecoups de la grande bourrasque mondiale sur le futur immédiat de notre économie. Il rappelle, dans la foulée, la dépendance dangereuse du pays vis-à-vis du pétrole et les conséquences qui pourraient en découler. «Au cas où les prix chutent, on va se poser des questions concernant les ressources qui permettent à l’Algérie de poursuivre ses programmes d’investissement. C’est pour cela qu’il est recommandé aux autorités algériennes de se préparer à prendre des mesures préventives concernant les priorités dans les investissements publics et le soutien à la croissance», a-t-il affirmé. On comprend ici que ce sont tous les programmes et grands ouvrages conçus dans le cadre du Plan complémentaire de soutien à la croissance (PCSC), le programme des Hauts Plateaux et le programme Grand Sud qui sont menacés dans leur réalisation à moyen terme.

Auparavant, c’était le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui, tout en se montrant serein quant aux effets directs de la crise financière internationale sur l’Algérie, n’a pas manqué d’appeler à la vigilance en prônant plus que jamais la revivification de l’économie par la diversification des exportations. Il est temps, suggérait-il, d’aller vers les vraies réformes, de les mener par le moyen d’une politique nationale cohérente et concertée, au lieu d’avoir à les subir de l’extérieur par la pire des méthodes, celle qui n’agréerait ni aux populations ni aux intérêts stratégiques du pays. Il est vrai qu’au milieu du brouhaha accompagnant la crise financière mondiale, il difficile de raison garder et la voie s’ouvre plutôt vers toutes sortes de supputations et de procès en sorcellerie.

Une fragilité due à la mono-exportation

Les effets à moyen terme escomptés des entrées libres de marchandises de l’Union européenne suite à l’Accord d’association entré en vigueur en 2005 sont le “réveil” des secteurs algériens touchés par une concurrence féroce et une mise à niveau susceptible de contrebalancer les effets pervers d’une ouverture somme toute dictée par une mondialisation irrésistible des économies. Des “secousses” similaires ou sans doute plus complexes sont aussi prévues dans le cas où notre pays accède à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ce genre de difficultés n’a pas échappé aux décideurs algériens qui sont en train de négocier, au mieux des intérêts du pays, les étapes et les procédures inhérentes à cette accession dont on dit qu’elle va prendre du temps. De même, le Plan complémentaire de soutien à la croissance économique doté de 150 milliards de dollars et initié par le président de la République porte en lui les objectifs d’améliorer les conditions de l’investissement privé par l’installation des projets structurants de l’économie à l’exemple de l’autoroute, des grands barrages hydrauliques, de l’électrification, du chemin de fer, du développement des équipements publics et des soutiens aux secteurs en difficulté comme l’agriculture.

Après avoir franchi le seuil “psychologique” de 100 dollars le baril à la fin de l’année 2007, le prix du baril n’a fait que se conforter au point de caracoler à 150 dollars en juillet 2008. Ces chiffres ont donné du tournis même à nos décideurs. Mais, voilà ; depuis la rentrée 2008, deux événements sont venus “brouiller” cette lecture par trop triomphaliste d’une économie algérienne engoncée dans ses certitudes. D’abord le changement qui a lieu à la tête du gouvernement. En plaçant Ahmed Ouyahia à la tête de l’Exécutif, le président de la République semble vouloir apporter la réponse à une situation presque énigmatique de l’économie algérienne où se multiplient les paradoxes entre richesse potentielle ou virtuelle et pauvreté réelle, ainsi qu’entre la volonté politique de mener les réformes dans les secteurs sensibles de l’économie et de l’administration et les résistances légendaires des cercles d’intérêt, des coteries et de la “médiocratie”.

Ouyahia n’a pas joué à la cachotterie en annonçant publiquement que, même si la loi de Finances était basée sur un prix-étalon du baril de pétrole de 19 dollars jusqu’à fin 2007 et de 37 dollars à partir de la loi de finances complémentaire (LFC) de 2008, la réalité du budget algérien fait que le vrai prix du baril tel qu’il y est intégré dépasse 60 dollars. C’est pourquoi, il dit appréhender fortement la baisse du prix du baril de pétrole au-dessous de 70 dollars, ce qui remettrait en cause les projets d’investissements publics engagés par le gouvernement depuis 2005. A Dieu ne plaise, le recul du prix de l’or noir pourrait, dans un cas extrêmes, une partie des transferts sociaux décidés par les pouvoirs publics dans le cadre du soutien des prix de certains produits alimentaires et autres bonifications fiscales tendues vers l’encouragement de certains créneaux d’investissement.

Pour certains aspects de la crise financière internationale, le Premier ministre nous rassure en expliquant que l’Algérie avait raison de payer ses dettes par anticipation (depuis 2005), comme elle a bien agi en ne cédant pas à l’idée en vogue d’investir son argent dans des fonds souverains, idée défendue mordicus par certains cercles politico-médiatiques en 2008.

Il demeure évident que toutes ces “règles prudentielles” ne nous prémunissent pas ad vitam aeternam contre les répercussions de la crise mondiale, une crise que des analystes n’hésitent pas à comparer à celle de 1929.

Résistances, archaïsmes et impératif de renouveau

Les griefs adressés, particulièrement ces trois dernières années, à l’Algérie par les organismes financiers internationaux dans le domaine de l’action économique sont relatifs à la lenteur dans le processus de privatisation, l’immobilisme des établissements bancaires au sein desquels des surliquidités inquiétantes ont été enregistrées (elles ont atteint en décembre 2008 le montant de 1 400 milliards de dinars) et certaines procédures bureaucratiques liées à la gestion du foncier industriel.

Les spécialistes des questions financières pensent que les derniers scandales qui ont éclaboussé certains établissements bancaires publics (détournements, crédits douteux…) et d’autres établissements privés sont la preuve que les règles administratives et managériales régissant ces institutions sont faussées à la base. Les règles prudentielles – qui ne doivent pas signifier réticence des banques à financer l’économie – doivent être accompagnées d’ingénierie financière et de procédures d’audits réguliers. Les prises de participation ou la privatisation partielle de certains établissements sont une partie de la solution pour leur mise à niveau. Mais, la remise en cause de la privatisation du CPA – processus engagé pourtant depuis 2005 – constitue assurément un handicap pour la crédibilité des autorités financières du pays, même si des voix semi-officielles parlent d’une relance de l’opération.

Certains indices de l’économie algérienne poussent à un optimisme qu’il convient de relativiser par le contexte de leur réalisation. Il en est ainsi des chiffres fluctuants, parfois insaisissables, de l’emploi, selon qu’ils sont présentés par le gouvernement, maniés par le CNES ou triturés par l’ONS. Actuellement, le taux de chômage serait réduit, selon le directeur de l’ANEM, à environ 11,8% de la population active. Ould Abbès a, semble-t-il a trop poussé son optimisme primesautier en parlant de 10% de chômage, chiffre que l’ONS s’est empressé de démentir. Quoi qu’il en soit, l’utilisateur de ce chiffre voudrait savoir si les emplois saisonniers crées par les chantiers du bâtiment, de l’agriculture, des TUP-Himo, ainsi que les universitaires pré-emploi… sont comptabilisés dans ce pourcentage. Le taux d’inflation, quant à lui, a commencé à grimper les échelons à partir de 2007 et il se situe officiellement aujourd’hui à 4,8%, un taux que certains analystes mettent en cause – en suggérant qu’il est sous-évalué – au vu de l’inflation généralisée des produits alimentaires.

Entre déception et légitime vœu de promotion sociale

L’Algérie a engrangé au cours des dernières années des recettes conséquentes issues de l’exportation des hydrocarbures. La dette extérieure, moins de 5 milliards de dollars, ne représente plus une charge pour l’économie du pays après les payements anticipés commencés en 2005. Les autorités ne dramatisent pas l’inflation bien qu’elle ne soit pas loin de 5%. Mais, au lieu des 6 ou 7% de croissance attendue pour l’ensemble de l’économie, le FMI n’escompte pas plus de 3%. Il faut dire, à ce propos, que la plus grande partie des investissements réalisés au cours de ces dernières années et ceux qui sont programmés pour les cinq prochaines années sont des investissements publics conçus dans le cadre du Plan de soutien à la croissance. Ils soutiendront la croissance dans la mesure où ils sont des projets structurants, susceptibles, à terme, d’attirer les véritables investissements via les entreprises industrielles, manufacturières, agroalimentaires, de prestations de services, etc. En quoi ces chiffres secs et ces prévisions, qui relèvent pour l’instant presque du virtuel – d’autant plus que des facteurs de blocage, comme le système financier suranné et les lenteurs bureaucratiques, se mettent au travers des plus énergiques initiatives – peuvent-ils influer sur la vie des citoyens ? L’ancien premier ministre, Ahmed Benbitour, parle carrément du risque d’une explosion sociale. Même Farouk Ksentini, président de l’organisme chargé des droits de l’Homme, y va, dans son rapport présenté au président de la République, de ses griefs et de ses avertissements concernant la situation sociale des populations. En effet, à l’ombre d’un baril fort valorisé, le chômage, la faiblesse du pouvoir d’achat et la situation socioéconomique générale de la population ne poussent pas à l’optimisme.

Beaucoup d’encre a coulé au sujet des augmentations des salaires des travailleurs. Après la signature du fameux Pacte social et économique en 2006, une première augmentation a suivi. Le SMIG est monté à 12 000 dinars. Entre-temps, hormis la Fonction publique financée sur le budget de l’État, les entreprises publiques et privées ont eu d’immenses difficultés à concrétiser la décision du gouvernement. Parfois, cela s’est fait au détriment de la santé financière de l’entreprise et même de l’emploi, sachant que des employeurs ont procédé à des compressions, à l’encouragement de la retraite anticipée et au recrutement très sélectif (évitant les pères de familles et augmentant le nombre de non-déclarés sociaux). Et voilà qu’une nouvelle augmentation prend effet à partir du printemps dernier. Le bon sens populaire avait déjà donné son verdict : «Les futures augmentation sont déjà éliminées et consommées par les augmentations des prix que l’on vit depuis la rentrée sociale 2007.» Bouteflika et Ouyahia ont, au début 2006, refusé d’augmenter les salaires “nominaux” qui ne serviraient qu’à alimenter l’inflation. Seuls la productivité et le marché du travail – que sont censés commander la formation et la compétence- pourront induire le rehaussement du pouvoir d’achat sans passer nécessairement par l’augmentation des salaires. Les voies impénétrables du sérail a, quelques mois plus tard, porté à la Chefferie du gouvernement Abdelaziz Belkhadem, et ce qui devait arriver arriva. Première mesure économique : augmentation des salaires.

Au printemps 2008, il se trouve que quelques réflexes anciens ont repris du poil de la bête suite à une véritable panique qui avait gagné le gouvernement Belkhadem. Ainsi, pour certains produits alimentaires jugés stratégiques et touchés par de fortes hausses des prix, le gouvernement a pris la mesure de les soutenir une nouvelle fois au niveau du segment “consommation”. Il faut espérer que ce ne sont là que des mesures transitoires, lesquelles ne pourront jamais remplacer la stratégie sectorielle basée sur le soutien à l’investissement. S’il y a quelque chose à déplorer, comme a eu à le faire l’ancien argentier du pays, Abdellatif Benachenhou c’est le ciblage aléatoire et la répartition inique des fonds de soutien et les inévitables “faux barrages” de corruption qui leur sont dressés en cours de route.

Les deux plus grands défis qui se poseront au rôle social de l’État dans les prochaines années sont, sans aucun doute, d’une part, la provenance même des fonds qu’il y a lieu de tirer d’une plus-value sociale hors hydrocarbures et, d’autre part, l’efficacité dans la gestion des ressources allouées de façon à les soustraire aux réseaux de corruption.

Investissements : comment sortir de l’ornière ?

Les pouvoirs publics se sont penchés sur l’identification des divers et nombreux blocages qui ont hypothéqué jusqu’ici les grands flux d’investissements que notre pays est en droit d’attendre dans une conjoncture exceptionnellement propice sur le plan des finances publiques et de l’équilibre des grands agrégats économiques. Le traitement des dossiers par l’ancienne APSI, devenue par la suite ANDI (Agence nationale du développement de l’investissement) ne semble pas donner tous les résultats escomptés. Et pour cause, le passage au crible de cette Agence des différents dossiers qui atterrissent sur son bureau se limitait à faire valoir les avantages (fiscaux, douaniers, taux d’intérêt des crédits…) accordés par l’État aux candidats à l’investissement. De nombreux projets validés par cette institution qui travaille pour le compte de l’État n’ont pas pu voir le jour des années après leur validation en raison des lenteurs, entraves et dysfonctionnements qui caractérisent les autres institutions chargées d’encadrer l’investissement (banques, caisses de garantie, services de la wilaya pour ce qui a trait au foncier industriel,…). En tout cas, face à tous ces aléas, le gouvernement a initié un nouveau code des investissements qui est à l’État de gestation, mais qui est censé casser les barrières qui s’opposent aux investissements nationaux et étrangers massifs.

Le rapport 2009 Doing Business de la Banque mondiale portant sur le climat des affaires dans 181 pays étudiés situe notre pays dans la peu flatteuse 132e place. A titre de comparaison, l’Arabie Saoudite est positionnée 16e. Le rapport en question informe l’opinion que, entre juin 2007 et juin 2008, l’Algérie “n’a enregistré aucune réforme majeure”. En matière de création d’entreprises, notre pays occupe la 141e place. Pour l’embauche des travailleurs, l’Algérie occupe la 118e place. Le reste des critères utilisés par la Banque mondiale ne donnent pas une bonne image du climat d’investissement et des affaires de notre pays.

Pourtant, au niveau des orientations politiques officielles, des signaux forts et des mesures incitatives de façon à drainer plus efficacement et plus diligemment les investissements hors hydrocarbures, n’ont pas manqué. Dans les rangs de l’Assemblée populaire nationale, seuls quelques députés remettent en cause la politique nationale de privatisation ou la font accompagner de propositions sociales dissuasives.

Le président de la République mettra en exergue «les réformes en cours qui ont permis une meilleure bancarisation de l’économie, la réduction de la pression fiscale, la libéralisation du commerce extérieur, la convertibilité commerciale de la monnaie nationale, la simplification des formalités douanières». Ce sont des facteurs, assure Bouteflika, «qui doivent concourir à l’assèchement des activités dans la sphère informelle». En tout cas, avec le nombre de personnes qu’il emploie – environ 1,3 million – et l’éventail des activités qu’il embrasse, le secteur de l’informel ne peut laisser indifférents ni les pouvoirs publics, ni les vrais acteurs de la vie économique légalement installés, ni les services des Impôts et Caisses sociales pour lesquelles le manque à gagner se chiffre en centaines de milliards de dinars (évasion fiscale) ni, à plus forte raison, l’opposition politique et les monde syndical.

C’est ce de grisaille économique et d’espoirs de réformes profondes que l’Algérie offre en cette période de crise mondiale qui ne fait peut-être que commencer. La limitation des incidences négatives de cette crise sur la marche générale du pays, le niveau de vie des populations et les ressources naturelles et humaines qu’elles possèdent ne peut s’opérer que par la mise à niveau de l’appareil économique du pays et la réforme institutionnelle dans les domaines. Seul ce mouvement salutaire pourra faire acquérir à l’Algérie d’autres sources de recettes autres qu’énergétiques. Car la situation actuelle de la mono-exportation a figé tous autres mécanismes économiques et c’est le facteur le plus grave qui expose crûment l’Algérie à la crise mondiale. Qu’une vérité soit connue : le docteur Abdelmadjid Bouzidi soutient (magazine Le Cap, 1er janvier 2009) que «l’économie algérienne est, en cette décennie 2000, encore plus dépendante des hydrocarbures qu’elle ne l’était au cours de la décennie 1970. De 30%, la part des hydrocarbures dans le PIB est aujourd’hui passée à 50%».

Par Saâd Taferka in les Débat