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Hocine Khelfaoui est décédé le 30 mars 2013, emporté par un cancer.

khelfaoui
Reconnu à l’échelle internationale pour ses travaux de sociologie des sciences et des techniques, Hocine Khelfaoui a également orienté son activité de recherche vers les questions de formation et vers la sociologie des professions. Ses publications sur la formation des ingénieurs algériens et sur le rôle des sciences dans les processus de développement au Maghreb restent des références.
Après un début de carrière en Algérie, à l’Université de Boumerdès, il renonce à son poste de maître de conférences et quitte son pays déchiré par les troubles et les violences, pour s’installer avec sa famille au Québec. Il rejoint en 2001 le Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST), et enseigne en tant que professeur associé à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), ainsi qu’à l’Institut Polytechnique de Montréal.
Excellent connaisseur des problématiques liées au développement, en lien avec l’innovation et la formation scientifique dans les pays d’Afrique et du Maghreb, il a participé en tant que partenaire ou responsable scientifique à des projets de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et à de nombreux programmes internationaux. Il a analysé pour le compte de l’UNESCO les systèmes d’enseignement de plusieurs pays africains. Cette expertise l’a conduit notamment à devenir éditeur de la revue L’enseignement supérieur en Afrique et membre du conseil scientifique des Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs. Son inlassable activité scientifique l’a conduit à s’impliquer dans la création du comité de recherche 32 (Savoirs, métiers et identités professionnelles), et à s’intégrer activement dans son bureau. C’est avec une profonde tristesse que nous saluons la mémoire d’un chercheur passionné par son métier, dont nous regretterons l’immense culture, l’intégrité et la proverbiale modestie. Plus qu’un collègue, il était pour nous un ami.

Les membres du bureau du CR32 de l’AISLF : Sophie Divay, Romina Deriu, Charles Gadea, JeanFrançois Orianne, Cristian Papinot, Marc Perrenoud, Grazia Scarfo


Faut-il faire taire Omar Aktouf ?

La dernière contribution sur El Watan du professeur en management aux HEC de Montréal sur les choix économiques de l’Algérie a suscité une avalanche de commentaires pas toujours doux à son endroit (voir plus basm le lien sur la contribution ).

Youcef Bendada, économiste, vivant au Canada, part à sa défense. Je publie ici son texte en intégralité :

 

Faut-il faire taire Omar Aktouf ?

Omar Aktouf sort de sa réserve et,  comme à l’accoutumée, parle vrai. Il parle économie, gestion, management sans détours. Et puis, il cisèle ses phrases et ne prend pas de gants pour dire vrai.  Sa contribution, puisqu’elle est ainsi intitulée, est un cri du cœur d’un sociologue doublé d’un économiste connu et reconnu à travers le monde. Je n’exagère pas, puisque son école s’étend de l’Europe aux deux continents américains grâce à sa maitrise des langues anglaise, espagnole et portugaise.

Omar Aktouf, me semble-t-il, n’attend rien de quiconque. Il dit ce qu’il pense et dérange ceux qui courtisent. Omar Aktouf a lancé un cri que l’on veut déformer afin de le discréditer et l’éloigner de son devoir d’intellectuel prêt à servir sa patrie. À quoi alors servirait un intellectuel, si ce n’est pour dénoncer les (vraies) dérives de son pays lorsqu’il est en danger?

Pourquoi a-t-on voulu l’éloigner de son pays déjà dans les années 90, lorsque certaines autorités logées à El Mouradia ont demandé à une annexe de l’ONU de le bannir d’un programme économique au service des pays en développement, alors qu’il n’en coûtait pas un dinar à notre pays pour profiter de son savoir? Mais peut-être que, justement, le savoir que Omar Aktouf propose ne «plaît» tout simplement pas à bien des intérêts solidement installés dans et hors l’Algérie ?

Omar Aktouf, dont l’engagement pour son pays n’a d’égal que son franc parler et la justesse de ses analyses, dérange, tout bonnement, toute une série de «cliques» qui se sont donné pour «noble mission» le contrôle privé des richesses de notre pays, quitte à tenter de trouver théories et justifications là où il n’y en a plus : les modèles US et le néolibéralisme.

Pour preuve que Omar Aktouf a toujours eu raison, il suffit de lire ses ouvrages prémonitoires quant à la fabuleuse filouterie des Surprimes que le système financier américain a concoctée, plongeant le monde entier dans un tourbillon de mesures démentes de néolibéralisme, qui n’en finit plus, et dont les ressorts ne sont que sucer le sang des travailleurs et massacrer la nature tout en continuant à engraisser les banquiers et leurs complices, dont font partie, businessmen, politiciens, «experts» et autres «éminents professeurs».

L’appel de Omar Aktouf, si on veut bien le lire pour ce qu’il est : le cri du cœur d’un homme droit et authentique algérien, en plus d’être celui d’un des plus précoces et fins analystes (encore une fois mondialement connu et reconnu) des dégâts de la mondialisation, du néolibéralisme et du modèle US… est une bénédiction pour notre pays qui n’en peut plus de souffrir l’infinie boulimie de ces courtisans sans foi ni loi, qu’on nous présente, «théories fumeuses» à l’appui, comme les sauveurs de la nation.

Par ailleurs, ce cri de Omar Aktouf est une suite logique à son essai de fin des années 1980, publié sous le titre «Algérie, entre l’exil et la curée» : cet ouvrage dénonçait déjà l’inanité du mode de fonctionnement de notre économie,  et surtout, mettait clairement  à nu un système pourri ne favorisant que clanisme, corruption et maintien de l’économie algérienne dans un sous-développement endémique.

Omar Aktouf tente de construire une démarche et une stratégie  aussi désintéressées que sérieuses, démarche qui permettrait de maitriser les ressources, en particulier toutes les ressources de type bien commun et publiques, aux mains d’un État fort («véritable État» comme il le dit, et non «cliques» d’économie de bazar,  s’improvisant «gouvernants») qui veille à un usage du revenu national de manière équitable, à une juste répartition entre «entreprises», travailleurs, nature…

Traiter Omar Aktouf de «naïf», de «déconnecté», de «soviétiste»… et de  tous ces «noms d’oiseaux» que je vois de ci-de là, n’est, pour moi, que refus de voir sérieusement ce qu’il a à nous dire, et gratuite insulte à son intelligence et à l’approche rigoureuse-constructive qu’il imprime à son discours.

Ne laissons pas son cri se transformer en désespoir. Quant aux charlatans, ils peuvent continuer à bénéficier de tous les supports, rien n’y fera, l’économie nationale sera sauvée par ses enfants, et, espérons le, la multiplication des Omar Aktouf.

 

Youcef Bendada

Économiste/Montréal


Perspectives Algériennes….

Omar Aktouf à El Watan,
Publication du 6 février 2011.

Q1 : Le Collectif de solidarité avec les luttes du peuple algérien pour la démocratie et l’État de droit que vous avez initié avec l’écrivaine Zehira Houfani devrait organiser au Canada une action de soutien à la marche prévue le 12 février en Algérie. Quelles sont les motivations de votre actions et ou en sont les préparatifs ?

OA : les motivations de ce genre d’action, pour ce qui me concerne, restent dans la lignée des positions que j’ai toujours eues envers ce qui se passe dans notre pays. Cela fait des années sinon des décennies que je tiens les mêmes analyses et propos sur l’Algérie (cf. Algérie entre l’exil et la curée, l’Harmattan, 1989, entre autres), à savoir que notre pays est tombé, pratiquement depuis l’indépendance entre les mains d’aventuriers sans scrupules, d’ignorants arrogants et boulimiques… qui ont définitivement tombé les masques dès la maladie, puis le décès de feu Boumediene. Sous prétexte, alors «d’ouverture» de notre économie vers une dite «économie de marché»… a tout d’un coup «fleuri» toute une faune d nouveaux riches algériens, tous plus ou moins proches, cooptés, ou directement liés à nos différents pouvoirs : le FLN, l’Armée, le gouvernement. On assiste dès lors, de façon non dissimulée, au pillage systématique des richesses de notre pays (avec la complicité agissante et fort bienveillante – sous prétexte de barrer la route à l’islamisme-terrorisme-, des puissances occidentales, Paris et Washington en tête). Ce pillage se fait sans vergogne au profit de nos ploutocrates locaux, et des multinationales étrangères allègrement appelée à la rescousse (sous couvert d’investissements étrangers). On a vu et on en voit les résultats : scandale après scandale ; depuis celui de «Houbel» dès l’époque Chadli à ceux de la Sonatrach, en passant par les autoroutes, le métro d’Alger, les télécommunications, les constructions de logements…. Aucun secteur n’échappe à la mise à sac de nos richesses détournées par quelques hauts officiers, les différents régimes politiques et leurs acolytes et complices. Pratiquement comme on l’a vu pour la Tunisie, tout business, toutes formes d’affaires en Algérie, sont devenues au vu et au su de tous, juteuses occasions de bâtir de colossales fortunes autour de nos pouvoirs, tout en réduisant le peuple à des hordes de coureurs d’œufs et d’oignons, affamés, chômeurs, sans logement, sans loisirs, sans avenir… poussés à se faire «harragas». Alors que, avec ses richesses (naturelles et humaines) notre pays aurait pu devenir «le Japon de la Méditerranée». On en a fait le Bengladesh du Maghreb ! Voilà les raisons pour lesquelles j’ai contribué à lancer ce collectif de soutien d’Algériens du Canada, afin de passer le message le plus fort possible, à la fois à nos dirigeants et à nos contestataires sur place: que le premiers comprennent que nul Algérien où qu’il se trouve ne veut encore d’eux, et que les second sachent qu’ils ne sont pas seuls, qu’un relais au sein des pays occidentaux, comme le Canada, capables de donner grand écho international à leurs actions et les transformer en pressions décisives, prend forme et se mobilise à leurs côtés. Pour ce qui est du 12 février, marche interdite en Algérie ou pas, nous ferons tout pour mobiliser ici ce collectif et soit appuyer et relayer ce que nos frères et sœurs feront là bas, soit dénoncer haut et fort l’escalade de la tyrannie algérienne. Je rappelle, pour être le plus clair possible et une bonne fois pour toutes, que ce collectif ne roule pour personne et pour aucun parti. Sons seul et unique objectif est de réunir le plus possibles d’Algériennes et d’Algériens, sans aucune forme de «couleur» politique ou partisane, sinon le souci d’épauler nos compatriotes en lutte conte une dictature et une abjecte ploutocratie qui n’ont que trop durés.

Q2 : Les autorités algériennes ont réduit les événements du début du mois de janvier à des émeutes du pain. Dès l’annonce de la baisse des prix de quelques denrées la tension a baissé. Pensez-vous que l’Algérie en a fini avec les émeutes ?

OA : réduire ce genre de réactions populaires à quelque chose de moins significatif ou détourné de sons sens profond, du genre «émeutes de la faim» ou autres manipulations étrangères» est le propre de tout pouvoir aux abois et de toute dictature qui ne dit pas son nom. Les pouvoirs tunisien et égyptien ont tenté la même chose lors des débuts des manifestations en leur sol : on a bien vu le résultat. Les peuples ne peuvent être dupes et muselés par la force et le mensonge indéfiniment. Bien sûr il y a la cherté foudroyante et soudaine du coût de la vie et des denrées de base, un peu partout dans le monde. L’Algérie ne saurait échapper aux conséquences du réchauffement climatique, de la flambée des pris pétroliers, de la sécheresse qui sévit en Russie, Argentine, Chili… des cataclysmiques inondations en Australie… tous phénomènes alimentent l’inflation et raréfient l’offre mondiale de céréales, d’oléagineux… ce qui met le feu aux spéculations tous azimuts sur les prix mondiaux, et, inévitablement frappe de plein fouet le déjà bien maigre pouvoir d’achat de nos masses populaires. Mais comme j’ai eu à le répéter à bien des reprises, cela n’est que la goutte qui fait déborder un vase d’écœurement déjà trop plein ! Non, les hausses des prix des produits de base ne sont pas et n’ont jamais été autre chose qu’un élément déclencheur, une étincelle qui a mis le feu à des barils de poudre déjà tout près à exploser. Nous sommes avec cette question de hausse de prix, devant, non pas une raison de fond, mais devant un facteur d’overdose de spoliation, d’écrasement de peuples trop longtemps traités en quasi esclaves au service d’infinis boulimiques gouvernants, partis, dirigeants… aussi despotiques fantoches qu’illégitimes, violents et arrogants. La «hagra» n’a que trop duré, point ! Pour compléter ce tableau, il convient d’ajouter à quel point nos peuples, algérien en premier, en ont assez de voir leurs pouvoirs plier piteusement l’échine, pour se maintenir, devant les intérêts occidentaux, devant les souffrances infligées au peuple de Palestine, l’arrogance du sionisme, le pillage des multinationales, la destruction arbitraire de l’Iraq et de l’Afghanistan, les menaces contre l’Iran et la Syrie. La rue a tout simplement grande honte de ces régimes maghrébins et arabes qui ont abdiqué tout sens de l’honneur et tout sens civique pour se muer en valets rampants devant ex colonisateurs, devant forces impérialistes et sionistes… devenir eux-mêmes nos nouveaux Pieds Noirs, colonisateurs et affameurs de leurs propres citoyens. Cela ne peut durer. Leur renversement par la révolte populaire n’est que question de date depuis longtemps. Ils ont oublié un peu trop vite que l’écrasante majorité de leurs populations composées de jeunes de moins de 20-30 ans, souvent bien diplômés, informés et instruits, désormais insensibles aux creuses propagandes et autres grossières métaphysiques patriotiques… n’est que bombe à retardement qui ne restera sûrement pas les bras croisés devant le rouleau compresseur de foulage au pied de leur dignité, de leurs droits, de leur survie. Les régimes occidentaux l’ont bien compris en lâchant successivement Ben Ali et Moubarak… les dominos sont en marche, même si ces occidentaux espèrent, ne soyons pas naïfs, récupérer «transitions» et futurs changements. Donc, que les prix baissent ou pas, qu’on inonde les Algériens de semoule et d’huile ou non, le mouvement qui s’est amorcé est une lame de fond qui intègre et transcende les revendications des peuples Arabes et Maghrébins, les emportant dans un même soulèvement contre de mêmes despotes totalement vendus au néocolonialisme, au néolibéralisme et aux nouveaux impérialismes.

Q3 : En novembre dernier Dominique Strauss –Kahn, le directeur général du FMI, en visite à Alger, gratifiait l’Algérie d’un satisfecit pour son taux de croissance. Quelques semaines après, des émeutes embrasaient l’Algérie.

Quel sens peut-on donner alors à cet indicateur (la croissance) ?

OA : le directeur général du Fond Monétaire International (que j’ai toujours dénommé Fond de la Misère Internationale) joue le rôle qu’il a toujours eu à jouer au service des intérêts des pays nantis, USA en premier. Que ce soit DSK ou Camdessus, ou quiconque à leur poste, leur première mission est de distribuer des satisfécits aux régimes «bons élèves» qui privatisent et bradent docilement aux multinationales les fleurons de leurs économies (pensons au cas argentin), qui ouvrent grand leurs terres et gisements à la voracité de l’insatiable Occident, qui se transforme en néo colonisateurs de leurs propres pays. L’Algérie a prestement adhéré à ce club dès les années 1970, pliant devant les diktats de l’ordre néolibéral, tentant de faire passer pour intérêt national ce qui n’est qu’enrichissement infini de nos potentats et boulimique mainmise occidentale sur nos richesses. Le taux de croissance, ou PNB, ou encore PIB n’est en ce sens qu’un miroir aux alouettes qui ne rend compte de rien d’autre (et encore avec quelles méthodes, quelle fiabilité…) que des flux et accumulation de numéraires. Ce taux ne reflète ni le degré de pillage des richesses nationales par l’étranger, ni les inégalités, ni les «accumulations» dues à des phénomènes ou activités négatives, nocives… ainsi, le PIB ne tient pas en compte les montants expatriés au nom de profits des multinationales, il comptabilise comme «croissance» les conséquences de catastrophes naturelles, d’épidémies, d’accidents, de pollutions, de production de déchets… des guerres etc., Un pays comme l’Algérie peut recevoir ce genre de compliments du FMI quelques semaines avant de graves soulèvements populaires, tout simplement parce qu’aucune trace des profondes inégalités de fortunes et de revenus n’apparait dans les mesures qu’il appliquent à commencer par le PNB ou le PIB. Ainsi le «revenu par habitant» peur paraître en «croissance» alors qu’il n’est sans doute que le résultat de tout ce qu’il a fallu dépenser pour soutenir 10 ans de guerre civile (en pompant allègrement notre pétrole), le résultat de l’artificielle-spéculative flambée des prix des hydrocarbures qui n’a aucun rapport avec un quelconque «progrès» dans notre façon de mener l’économie, celui de l’appel massif aux Chinois et autres pour combler à la hâte nos abyssaux déficits en infrastructures… etc., etc. ce n’est pas pour rien non plus que j’ai pour habitude dire que le meilleur indice qu’un pays du tiers monde est en train de sombrer, c’est lorsqu’il reçoit des compliments de la part du FMI, de la Banque mondiale, de l’OMC…

Q4 : Vous avez affirmé récemment que l’une des premières solutions à la crise algérienne, du moins sur le plan économique, est de se débarrasser de tous les détenteurs de MBA. Pouvez-vous expliquer votre approche ?

OA : j’affirme ce genre de choses depuis bien longtemps. Celles et ceux qui me connaissent un peu partout à travers le monde, savent que mon discours n’a jamais varié d’un iota : j’ai toujours et inlassablement écrit, crié, répété… que «rien de bon» ne peut venir des USA et de leur modèle, à commencer par le soi-disant fleuron de leurs «succès» matériels : leur management et son pivot central, le sacro-saint MBA (master of business administration). Ce diplôme ne sanctionne que des enseignements purement techniques (pour ne pas dire technocratiques) basés sur d’hétéroclites «habiletés» acquises en différentes matières totalement vouées au pragmatisme le plus étroit et à l’enrichissement pour l’enrichissement. «Habiletés» telles que finance, comptabilité, production, stratégie… volontiers confondues avec «savoir scientifiques». Les détenteurs de ce genre de diplôme (soit dit en passant de pure et totale origine US), ne peuvent avoir de vision sur les choses de ce monde qu’en fonction de ce en quoi il peut contribuer à sans cesse hausser le cash-flow, les profits, les dividendes des actionnaires, l’enrichissement individuel à n’importe quel prix. Même un Henry Mintzberg (et bien d’autres) ont fini par crier haut et fort que ce diplôme ne forme le plus souvent que de prétentieux arrogants qui se croient de grands savants et qui démolissent tout sur leur passage au nom de la maximisation des profits, avec comme seule devises «égoïsme exacerbé» et «fin justifie les moyens»… C’est ce qui a conduit à la catastrophique crise de 2007 – 2008 : des MBA –finance qui ont cru pouvoir faire des montagnes d’argent en jouant sur la détresse des classes démunies des USA et sur la cupidité sans scrupules des institutions financières. Les pays du tiers monde doivent plutôt regarder du côté des pays qui n’ont pas ce genre de diplôme (ni de business schools à la US) et qui réussissent vraiment, qui se portent bien sur le long terme, qui font vivre leurs citoyens en état de dignité, qui envahissent le monde avec leurs produits et services d’excellente qualité… : l’Allemagne, les pays Scandinaves, le Japon… Il faut cesser urgemment de confondre maximisation de l’argent pour l’argent et enrichissement infini des riches avec bien être des peuples et santé des économies. Or c’est là exactement ce que ce diplôme induit comme convictions auprès de ses détenteurs. Les «habiletés» et les techniques que le MBA permet d’acquérir ne sont évidemment pas, en soi, inutiles et néfastes, mais elles ne peuvent avoir du sens et donner leur pleine (bonne) mesure que si elles sont étroitement encadrées par des idéaux plus nobles et plus élevés que le simple désir d’enrichissement individuel, c’est-à-dire (comme dans les pays cités plus haut) inscrites dans un projet de société, mises au service d’un marché régulé par un État soucieux du bien être de tous et de la préservation de sa nature (ne pas confondre ici État et la majorité des régimes actuels qui ne sont que comités de gestion de classes dominantes). En un mot, les indéniables capacités techniques que procure le MBA ne serviraient correctement que si appuyées sur une solide culture générale, un solide souci du collectif et du bien commun, une expérience professionnelle variée, riche et profondément réfléchie, et, surtout, une conception de l’économique au service du social et non l’inverse.

Q5 : La diaspora algérienne pourra-t-elle réellement apporter quelque chose pour son pays d’origine que ce soit sur le plan économique ou politique?

OA : oui, bien sûr ! Autant sur les plans économiques que politiques, pour moi les deux sont intimement liés. Toute politique est une économie et toute économie est politique. Mais j’y mets des conditions incontournables :

* que cette diaspora ne soit pas traitée en «force» à récupérer par des régimes ploutocrates-corrompus,
* que, elle-même, cesse (c’est assez souvent le cas, hélas, même de bonne foi) de se comporter en «vecteur-complice» d’intérêts extérieurs (et intérieurs) de type égoïste-néocolonialiste,
* qu’elle cesse d’importer dans nos pays des façons d’être et de faire de type «capitalisme financier-néolibéral», on en a assez vu les limites et les dégâts !
* que nos régimes (une fois devenus des États intègres dignes de ce nom) fassent comme le Japon, la Chine… : donner à cette diaspora les conditions, localement, pour donner pleine mesure à ses talents, et ce y compris sur le plan purement politique, en mettant à profit l’inestimable capital de réseaux, de connaissance «de l’intérieur» de ce qui se passe ailleurs et du «comment cela se passe»….