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Témoignage/Histoire: Amar Bentoumi met à nu les contrevérités de Ben Bella

Par Amar Bentoumi*

Après les déclarations de Ben Bella à Jeune Afrique (édition du 17 mai 2011 NDLR)*, je me dois de rétablir la vérité sur certains faits dont j’ai eu connaissance en ma qualité d’avocat du PPA-MTLD et puis du FLN.

Rôle de Ben Bella au sein de l’Organisation spéciale (OS)

Après avoir mis sur pied l’OS qu’il a dirigée pendant environ une année, Mohamed Belouizded a dû, pour des raisons de santé très graves (tuberculose contractée au cours de la reconstitution du parti (décimé lors des massacres du 8 Mai 1945) dans le Constantinois, cesser ses activités. La commission des Quatre composée de Lahouel ? Lamine Debaghine, Boukadoum et Aït Ahmed, a proposé au Bureau politique Aït Ahmed comme chef de l’OS en remplacement de Belouizded, ainsi que l’adoption d’un découpage territorial en cinq zones calqué sur celui du PPA-MTLD. Ces propositions adoptées, Aït Ahmed prend le commandement de l’OS qu’il a dirigée pendant deux ans durant lesquels il a élaboré les manuels de formation des cadres et des militants, un manuel relatif à l’attitude des militants en cas d’arrestation. Aït Ahmed a mis en place les structures de l’OS et grandement renforcé la logistique que Belouizded a commencé à mettre en place. Ben Bella a été désigné à la tête de la zone de l’Oranie et Mohamed Boudiaf à la tête du Constantinois. L’inspection qui eut lieu, pour établir le bilan avant la réunion du Comité central élargi de Zeddine, fin décembre 1948, a révélé que les résultats obtenus par Boudiaf étaient nettement supérieurs à ceux, plutôt décevants, de Ben Bella. Lors de la crise dite «berbériste» de 1949, Aït Ahmed, soupçonné d’en être l’instigateur, a été écarté de la direction de l’OS. En octobre 1949, Ben Bella a été désigné à la tête de l’état-major de l’OS. Ce qui lui a valu ce poste, en dépit de ses maigres résultats à la tête de l’Oranie, était plutôt ses dix ans passés au sein de l’armée française (1937-1947) et ses «exploits» pendant la Seconde Guerre mondiale, dont il ne cessait de se vanter et qui lui ont valu sa médaille militaire et ses quatre citations. Mais Ben Bella n’est resté à la tête de l’OS que près de sept à huit mois. Le parti avait loué pour Ben Bella un appartement situé au 36, rue Auber-Seger, à Alger, chez une femme européenne. Lorsqu’en mars-avril 1949, la police a commencé à enquêter sur l’affaire de l’OS, le parti a ordonné à Ben Bella de quitter l’appartement en question et de se mettre au vert mais ce dernier a refusé de s’y soumettre, préférant rester en compagnie de Madame Tendière avec qui il entretenait une relation intime. C’est ainsi que Ben Bella a été arrêté en mars 1950 sans opposer aucune résistance et a même remis spontanément à la police son arme – un 7,65 appartenant à l’OS de l’Oranie qu’il a illégalement gardé – qui se trouvait sur la table de nuit de la chambre de la dame qui l’hébergeait. Début mai 1950, Ben Bella est présenté par le commissaire Havard de la PRG au commissaire divisionnaire Costes, qui lui a donné une paire de gifles pour s’être allié à «anti-français» lui disant qu’en raison de ses états de service pendant la Seconde Guerre mondiale, il ne souhaitait pas lui infliger le même traitement que subissaient les autres membres de l’OS, à condition qu’il livre toutes les informations en sa possession. Le commissaire divisionnaire Costes a averti Ben Bella qu’il était informé par Belhadj Djilali (inspecteur général de l’OS) de tout ce qui concerne l’OS et son rôle personnel (celui de Ben Bella, ndlr) et qu’il ne s’avise pas de mentir ou de cacher des informations. Du papier et un crayon ont été remis à Ben Bella installé dans une pièce pour rédiger son «récit». Au bout de quelque temps, Ben Bella frappe à la porte pour demander du papier. C’est dire, selon le jargon policier, qu’il a vidé son sac !Déféré devant le juge d’instruction, il a confirmé ses déclarations faites devant la police et par lesquelles il a dénoncé Saïd Amrani qui l’a remplacé à la tête de l’OS et dont la police ignorait même l’existence. Ben Bella avait livré beaucoup de militants et de cadres dont Khider, Boutelilis, etc. A propos de l’affaire de la poste d’Oran, Ben Bella a écrit dans sa déposition : «S’il me revenait d’autres détails, je ne manquerais pas de vous en faire part ou de les dire au juge d’instruction.» Le juge d’instruction a ordonné son incarcération à la prison de Blida où je lui ai rendu visite en compagnie de Maître Kiouane. Ce dernier a transmis à Ben Bella les instructions fermes du parti qui ordonne à tous les militants détenus de revenir sur leurs déclarations faites à la police, invoquant la torture et dénonçant un complot policier contre le MTLD, parti légal. Dans un premier temps, Ben Bella a catégoriquement refusé d’obtempérer sous prétexte qu’il ne pouvait «se déjuger». Ce n’est qu’après de fortes pressions qu’il a fini par obéir aux instructions du parti et adopter la même attitude que ses codétenus.

Rôle de Ben Bella dans l’affaire de la poste d’Oran

Près de soixante ans après, Ben Bella s’attribue à lui seul les mérites de l’affaire de l’attaque de la poste d’Oran. «L’organisation principale du coup jusqu’au moindre détail, c’est moi», déclare-t-il. C’est une contrevérité et une falsification grossière de l’histoire. Il n’y était pas. Il n’y a pas participé. Sa seule contribution consistait à présenter Bekhti Nemmiche, agent de la poste d’Oran, à Aït Ahmed qui ont étudié le plan des lieux ensemble.

Comment le père de Ben Bella a acquis ses biens à Maghnia

Entre 1952 et 1953, la commune mixte de Maghnia a attaqué en justice la famille Ben Bella, notamment la mère et la sœur de Ahmed Ben Bella, pour les déposséder de leurs biens fonciers et immobiliers. L’objet de cette action en justice était la révocation des concessions accordées au père Ben Bella par la commune de Maghnia pour services rendus à la France. Ces concessions consistaient en un caravansérail qui servait d’écurie et de fondouk, des terrains agricoles et des vergers d’oliviers et divers arbres fruitiers. Cette action en justice a été engagée contre la famille Ben Bella pour se venger de son fils Ahmed après son évasion de la prison de Blida. Le tribunal de grande instance de Tlemcen qui a cité à comparaître la mère, la sœur et par défaut Ahmed Ben Bella, a donné raison à la commune de Maghnia et a ordonné la dépossession des Ben Bella et leur expulsion y compris de la maison où ils habitaient. J’ai été chargé par le parti de m’occuper de cette affaire qui n’avait aucun rapport direct avec la répression et j’ai introduit un appel auprès de la cour d’Alger où je me suis présenté pour défendre les intérêts de madame Ben Bella et de sa fille et implicitement de Ahmed Ben Bella. A la veille du déclenchement de la guerre de Libération nationale, j’ai plaidé cette affaire devant la cour d’Alger et j’ai fait infirmer la décision du tribunal de Tlemcen. La question qui se pose en fin de compte, pourquoi ce Marocain qu’était le père de Ben Bella, a-t-il obtenu des autorités coloniales de pareilles concessions ? Je n’ai pas trouvé de réponse immédiatement. Plus tard, lors de ma détention au Sud, ordonnée par le même Ben Bella, un compagnon de détention, en l’occurrence Bensoltane, natif de Maghnia et militant de la première heure du PPA, m’avait dit qu’il a su que cette récompense dont a bénéficié le père de Ben Bella après l’avoir fait quitter le Maroc pour le protéger, était le résultat des trahisons et des crimes qu’il avait commis au Maroc. Le père de Ben Bella a donc été récompensé parce qu’il a trahi son peuple marocain, sa patrie et son roi. C’est ça la marocanité héréditaire de Monsieur Ahmed Ben Bella. Par ailleurs, j’ai une question à poser à Monsieur Ben Bella même si j’ai, en partie, la réponse. Que sont devenus les bijoux collectés dans le cadre du Fonds de solidarité (Soundoq ettadhamoun), au début de l’indépendance et qui s’estimaient à des quintaux, si ce n’est à des tonnes d’or et d’argent dont les femmes algérienne se sont dépouillées pour se parer de la liberté retrouver et aider l’économie algérienne à prendre son essor ? Une partie de ce fonds a été retrouvée à la Villa Jolie, où des sacs de bijoux étaient entassés dans des pièces jusqu’au plafond. Et c’est Ben Bella qui les y avait déposés. L’inventaire de ce qui a été retrouvé a été établi officiellement après le coup d’Etat du 19 juin 1965, par le président de la Cour suprême de l’époque et par son procureur général respectivement Benbahmed et Maître Mostafaï El Hadi. Des sacs pleins de devises ont été également retrouvés à la Villa Jolie, car Monsieur Ben Bella puisait comme bon lui semblait dans le fonds de devises de la Banque centrale pour distribuer l’argent selon ses humeurs. La question reste posée : où est passé le reste de Soundouq ettadhamoun et qu’en a-t-il fait ?

A propos du déclenchement du 1er Novembre

Là aussi Ben Bella dit : «Le 1er Novembre, c’est moi.» Une autre ignominie. Car tout le monde sait que le 1er Novembre n’a pas été décidé au Caire où s’était réfugié Ben Bella, mais en Algérie. Tout le monde sait aussi le rôle joué par Boudiaf, Taïeb El Watani, dans la préparation du déclenchement de la guerre de Libération nationale. Sans Boudiaf, sans les démarches qu’il a entreprises, sans l’aide qu’il a reçue de la part d’un nombre réduit de militants dont Didouche, la réunion des 22 n’aurait jamais pu avoir lieu. Le principe d’une action armée a été décidé lors de la réunion des 22 à laquelle Ben Bella n’a pas participé, parce qu’il ne pouvait pas y être puisqu’il était au Caire. L’assemblée des 22 a mandaté les Cinq auxquels s’était joint Krim Belkacem pour devenir le comité des Six qui s’est réuni chez Mourad Boukchoura à Bologhine et a décidé de la date du 1er Novembre pour lancer l’insurrection. Donc, Ben Bella n’a pas participé à cette décision et, à ce titre, ne peut prétendre que le 1er Novembre, c’était lui. Mieux encore, Ben Bella n’a pas assisté à la création du CRUA dont le véritable artisan était Boudiaf qui en a eu le financement grâce à Lahouel et dont l’organe central, Le Patriote, était dirigé par Salah Louanchi et tiré et distribué à partir du local des SMA, à la Pêcherie. Ben Bella n’y est pour rien dans cet épisode glorieux. Ben Bella était plutôt à l’origine de l’arrestation au Caire de Lagha, président des SMA. D’ailleurs, au Caire, Ben Bella était l’agent de Fethi Dib, chef des services secrets égyptiens. Quand Lahouel Hocine est arrivé en novembre 1954 au Caire, en compagnie de Mhamed Yazid pour discuter de l’ouverture de la représentation du MTLD à l’extérieur et dont le chef était Mohamed Khider, il s’est indigné du fait que ses interlocuteurs soient des éléments des Moukhabaret. Lahouel a refusé de dialoguer avec la police égyptienne et a exigé qu’il soit reçu par un niveau politique supérieur. Lahouel avait déclaré alors : «Nous sommes un parti politique, nous exigeons de discuter avec des autorités politiques.» Ce coup de gueule de Lahouel contre les Egyptiens et Ben Bella a valu au leader centraliste l’ire du Caire ce qui l’avait contraint à se réfugier en Allemagne puisqu’en Algérie, la révolution avait déjà commencé.

Le rôle de Ben Bella dans la révolution

Khider était le premier à se réfugier au Caire lors du démantèlement de l’OS et après la levée de son immunité parlementaire. Le MTLD lui avait alors demandé de se rendre aux autorités coloniales, mais Khider a refusé et avec l’aide de M’hamed Yazid, il s’est rendu en Suisse avant de rejoindre le Caire. Aït Ahmed, en sa qualité d’ancien responsable de l’OS et craignant d’être arrêté, le parti lui ordonna de quitter l’Algérie et de se rendre au Caire. Enfin, et après son évasion organisée par le parti, Ben Bella était le troisième à rallier le Caire.Il est exact que Ben Bella a fait partie du Bureau du PPA au Caire. Il est tout aussi exact, à l’instar des autres membres du Bureau du Caire, Mohamed Khider et Hocine Aït Ahmed, il a opté pour le FLN. A ce titre, chacun des trois membres de la délégation du FLN à l’extérieur avant d’être rejoint par Boudiaf, était chargé d’une mission : Khider était chargé des questions politiques. A ce titre, il a été contacté par la SFIO pour tenter d’entrer en contact avec le FLN et engager des négociations. Aït Ahmed était chargé des relations internationales qui, assisté de M’hamed Yazid, a représenté le FLN lors de la conférence des non-alignés à Bandong. C’est toujours Aït Ahmed qui représentait l’Algérie aux Nations Unies jusqu’à son arrestation. Ben Bella était chargé de pourvoir les maquis en armes. De 1954 à 1955, aucune arme n’a été fournie par Ben Bella aux maquis, ce qui a poussé Benboulaïd à puiser dans ses propres fonds dans l’espoir de se rendre en Libye pour acheter des armes. C’est d’ailleurs lors de son périple à pied vers la Libye qu’il a été arrêté aux frontières tunisiennes. En 1956, la situation n’a pas changé et le bilan de Ben Bella était négatif. C’est pour cette raison que Larbi Ben M’hidi a pris le risque de se rendre au Caire où il a eu une discussion orageuse avec Ben Bella à propos de sa mission qu’il n’a pas remplie. Dès son retour, en Algérie, Ben M’hidi a rendu compte de sa mission au Caire à Abane.

Le Congrès de la Soummam

Ben Bella prétend qu’il a été empêché par Abane d’assister au Congrès de la Soummam. Ben Bella oublie de dire qu’il voulait que le Congrès se tienne à San Remo, situé à la frontière franco-italienne, ce qui constituait un risque sérieux pour la sécurité de la direction de la Révolution. Ben Bella était alors à Madrid. Il a envoyé à San Remo Khider pour la délégation de l’extérieur et Doum pour la Fédération FLN de France. Pour Abane, il n’était pas question de tenir le congrès ailleurs qu’en Algérie aussi bien pour des raisons de symbolique politique que pour des raisons sécuritaires. Au-delà de ces considérations, le Congrès concerne, en premier lieu, ceux qui étaient à l’intérieur et qui affrontaient l’ennemi militairement et politiquement. Pour mémoire, le Congrès devait se tenir dans un autre endroit que la région d’Ifri mais toujours dans la Kabylie. Ce lieu a été bombardé. Pour rappel aussi, Zighoud Youcef avait proposé la tenue du Congrès dans le Nord constantinois.

A propos du «cinéma» vestimentaire de Messali Hadj

Monsieur Ben Bella ! L’accoutrement de Massali Hadj, à savoir sa chéchia, sa gandoura, son burnous et sa canne, avait un sens identitaire qui le différenciait des colonialistes qu’il combattait. Cette façon de s’habiller n’était ni excentrique ni fantasmagorique. Elle faisait partie de la dimension politique de l’homme qu’était Messali. Elle avait une valeur aux yeux du peuple. Par cet accoutrement, Messali affirmait la personnalité algérienne. Quant à la barbe qui le caractérisait depuis son engagement politique, Messali a juré de ne la raser qu’après l’indépendance. Pourquoi Ben Bella ne parle-t-il pas du charisme de Messali, de sa verve et son talent de tribun hors pair et de sa foi inébranlable en l’indépendance du pays ? Il a résisté à tout le monde et aujourd’hui on présente les Oulémas comme des révolutionnaires à l’origine de l’indépendance. C’est une autre monstruosité et une falsification éhontée de l’histoire. Le père du nationalisme algérien est bel et bien Messali Hadj. Cependant, il mérite d’être condamné pour ses choix à la veille du 1er Novembre 1954, pour le sang qu’il a fait verser entre les Algériens, pour sa mégalomanie, oui l’histoire le jugera. Mais jusqu’à la création du CRUA, Messali a été le représentant du nationalisme algérien. Lorsque Messali a commencé à parler de la présidence à vie du parti, de pleins pouvoirs, il s’est mis sur le banc des accusés et le peuple a tranché le 1er Novembre et en 1956 en choisissant le FLN contre le MNA. C’est cet épisode que Ben Bella aurait dû aborder et non l’aspect vestimentaire d’un homme qui a réussi à imposer le fait national algérien et l’idée de l’indépendance alors que les assimilationnistes étaient légion au sein du mouvement national. En tout état de cause, Ben Bella est mal placé pour critiquer le culte de la personnalité de Messali Hadj et de sa folie des grandeurs. N’a-t-il pas fait pire quand il était président de la République ? Je me souviens d’une réunion du gouvernement qu’il a présidée après son retour d’un voyage en Guinée. Il n’a pas cessé de parler du «cinéma» de l’accueil qui lui a été réservé. Il jubilait au point de regretter qu’en Algérie, ce genre de «cinéma» n’existait pas. Enfin, je tiens à dire que Ben Bella est responsable de la fin tragique de beaucoup de héros de la Révolution. Qu’il se souvienne, lui qui n’a pas tiré un coup de feu durant les sept ans et demi de la Révolution, de sa décision d’exécuter Chaâbani, chef de la wilaya, colonel de l’ALN de l’intérieur. Du rôle qu’il a joué dans l’exécution de Abane et j’en passe.

Les trahisons de Ben Bella

Pour finir, je tiens à dévoiler un fait que Khider m’a raconté. Khider a soutenu Ben Bella après un accord commun. L’un et l’autre visaient le pouvoir. L’un et l’autre avaient ses raisons. A ce titre, ils s’étaient entendus de se partager le pouvoir. Khider espérait en fait être président de la République à titre honorifique et Ben Bella chef du gouvernement avec les pleins pouvoirs de l’exécutif. Pour Khider, Ben Bella était jeune, il avait tout l’avenir devant lui. Donc Khider espérait faire un mandat à la tête du pays avant de se retirer dans une ferme à Douéra pour finir sa vie. Ben Bella est venu d’Oran à Alger où les armées de la Wilaya IV régnaient en maîtres. Lors d’une réunion de nuit chez Rabah Bitat, en présence de Khider, de Bousmaha, de Lakhdar Bouragaâ, de Boumaâza et de moi-même, il a été dit à Khider qu’il était le bienvenu, mais Ben Bella n’avait pas intérêt à venir à Alger. Les responsables de la Wilaya IV ont informé Khider qu’ils ne voulaient ni de Ben Bella ni de Boumediene même comme députés. C’est Khider qui a fait venir Ben Bella clandestinement à Alger et c’est Fares qui l’a hébergé dans une villa à Rocher-Noir, à Boumerdes, un hélicoptère était prêt à l’évacuer en cas de besoin. Plus tard, Fares, le commandant Azzedine, moi et d’autres avons été mis en résidence surveillée. Lors de la réunion des cadres du parti tenue au lycée Amara-Rachid, tous les commissaires politiques, à l’exception de Mostghalmi, se sont engagés à reprendre les armes pour empêcher Ben Bella de prendre le pouvoir. Ben Bella, ayant été informé par Mostghalmi de ce qui se tramait, a quitté Alger pour Oran. Ben Bella a fait intervenir l’ambassadeur d’Egypte à Alger pour trouver un arrangement avec Khider à qui il a demandé de s’éclipser pendant six mois, et à son retour, l’engagement pris pour le partage du pouvoir sera respecté. A son retour, Khider a compris le jeu de celui qu’il considérait comme son fils. Ben Bella a trahi tous ceux qui l’ont aidé, y compris Khider. Sur le plan intellectuel, Ben Bella n’a aucune honnêteté. J’ai travaillé avec lui et je sais de quoi je parle. Il s’approprie les idées des autres en les étalant dans les journaux. Entre 1956 et 1962, il a été emprisonné sans se donner la peine d’améliorer son français. Entre 1965 et 1982, date de sa libération par Chadli, il n’a fait aucun effort pour apprendre l’arabe classique, lui qui se dit arabe. Aujourd’hui, Ben Bella verse, à travers son délire, dans la désinformation et le détournement de l’histoire. C’est pour cette raison que j’ai tenu à lui répondre car le devoir de mémoire m’est imposé comme il s’impose à tous les témoins vivants de notre histoire. Je suis en train d’écrire pour dire et rétablir les vérités telles que vécues. Nul n’a le droit de se taire sur la falsification de l’histoire qui est le patrimoine de tous les Algériens.

A. B.
*Amar Bentoumi a été avocat du PPA-MTLD
de 1947 à 1954, puis avocat du FLN jusqu’en 1962. Député de Constantine à l’Assemblée constituante, il a été le premier ministre de la Justice de l’Algérie indépendante. Après un désaccord avec Ben Bella qui l’a poussé à quitter le gouvernement, il a été interné en compagnie de Farhat Abbas à Adrar.
Ancien bâtonnier d’Alger.

*UNE SOIREE AVEC BEN BELLA
(http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2626p062-065.xml0/developpement-liberation-hocine-ait-ahmed-flnune-soiree-avec-ben-bella.html)

Par Yugurthen Athahmed, mardi 17 mai 2011,


Le tirailleur marocain Ben Bella, l’infiltré du FLN

Le général De Gaulle « avait programmé en juin 1958 la mise au pouvoir de Ben Bella dans quatre ans, avec l´espoir de conserver 70% du pétrole et d´avoir la main mise sur le Sahara » a révélé, dans une émission de radio, Jean Méo qui fut son chargé de mission (1958-1960), puis Pdg d’Elf-Erap (1964-1972).

Voici donc une nouvelle pièce du puzzle historique algérien délivrée au compte-goutte, découverte par hasard. Le casse-tête de l’écriture de notre Histoire cause des migraines à plusieurs générations d’Algériens devenus schizophrènes et paranoïaques à force de se triturer les méninges sur les causes de la déliquescence chronique d’un Etat construit par des putschs, impostures, trahisons, forfaitures, mensonges et corruption.

Les moudjahidines authentiques et les militants sincères de la génération de novembre savent beaucoup de choses mais ne disent rien. Tandis que la génération postindépendance perd son temps à essayer de découvrir et de comprendre les vérités de notre glorieuse révolution dévoyée et de notre identité bafouée, selon les bribes d’information récoltées ici ou là.

On n’avait pas prêté grande attention aux propos accusateurs de la veuve d’Abane Ramdane qui avait déclaré à la presse que Ben Bella a été fabriqué par les Français : « Naturellement, ce sont les Français qui lui ont fait cette propagande pour lui donner un nom. C’est à partir de là que les Français ont préparé un président pour l’Algérie… La France voulait donner un chef à la Révolution algérienne, le plus bête des chefs. C’est la dernière farce que la France nous a faite. » (Liberté du 8 novembre 2002)

Le personnage du marocain Ben Bella est un élément clé du bâclage de l’indépendance algérienne trahie par les manigances de De Gaulle et les complots des services secrets coloniaux.


Ben Bella héros de guerre français

Ben Bella Mohamed (son vrai nom) dit Ahmed, dit Hemimed, alias Abdelkader Mebtouche, alias Messaoud Meziani, serait né le 25 décembre 1916 (ou 1918), à Maghnia à la frontière algéro-marocaine. Fils de paysans marocains originaires de Marrakech, Embarek Ben Mahdjoub et SNP Fatma Bent El Hadj, propriétaires de terres agricoles et d’un café fondouk populaire. (1)

Appelé sous les drapeaux français en 1937, il effectue son service militaire au 141e Régiment d’Infanterie Alpine (RIA) à Marseille où il devint sergent.

Féru de football, il joua milieu de terrain dans l’équipe des Mitrailleurs 2.15 la saison 39-40. Il figure aussi dans l’historique des effectifs du club de l’Olympique de Marseille pour lequel il ne joua l’intégralité que d’un seul match officiel, où il marqua un but sur les 9 à 0 contre le FC Antibes. Ce passage éclair dans l’effectif de l’OM reste à ce jour un mystère. (2)

Selon sa biographie officielle, il effectua la campagne de France en 39-40 durant laquelle il aurait obtenu une croix de guerre pour avoir abattu un stuka allemand dans le port de Marseille, ce qui reste à vérifier.

Démobilisé, il est rappelé en 1943 et incorporé, non pas dans un régiment de tirailleurs algériens, mais au 5e Régiment de Tirailleurs Marocains (RTM), au sein de la 2e Division d’Infanterie Marocaine (DIM) au grade de sergent-chef, puis d’adjudant.

Il côtoya dans la campagne d’Italie d’autres Marocains qui vont devenir célèbres comme Mohamed Oufkir, Driss Ben Omar El Alami, des tirailleurs tunisiens… et des tirailleurs algériens, dont les adjudants Mohamed Boudiaf et Mostefa Ben Boulaïd, le caporal Krim Belkacem, le sergent Larbi Ben M’Hidi, Rabah Bitat, etc.

Le sous-officier Ben Bella, âgé de 28 ans, avait les qualités des soldats marocains, « des guerriers rustiques, solides, courageux et faisant preuve d’un attachement infaillible à leurs chefs… capables d’endurer de très longues marches, en sachant parfaitement bien s’adapter aux exigences du combat, particulièrement dans la montagne. Ayant un sens inné de la manœuvre et du terrain, ils possèdent une acuité visuelle étonnante, « l’œil de crécerelle » (petit oiseau rapace diurne), leur permettant de distinguer le moindre déplacement adverse. Leur adresse au tir est également exceptionnelle. Autant de qualités qui vont s’exprimer, de façon encore plus éclatante qu’auparavant, dans la campagne d’Italie. » (3)

Ben Bella se distingua par sa conduite héroïque et sa détermination lors de la fameuse bataille de Monte Cassino. Il aurait été cité quatre fois pour son comportement au combat dont deux fois à l’ordre de l’armée, seul ou avec son régiment.

Ben Bella se voit remettre la Médaille militaire par le général De Gaulle en personne lors d’une prise d’armes en 1944, peu après la libération de Rome, qui consacre l’énorme sacrifice des soldats nord-africains en Italie

Il raconte, lui-même cet épisode particulier de sa rencontre avec De Gaulle : « La première fois que nous nous sommes rencontrés, c’était en avril 1944, en Italie, au nord du Monte Cassino. Il avait insisté, contre l’avis des Alliés, pour que le corps expéditionnaire français participe à cette campagne. La plupart des troupes venaient d’Afrique du Nord. J’appartenais à une unité d’élite, le 5e régiment de tirailleurs marocains (RTM), basé à El Malah. Cet hiver-là, le froid fut terrible. Nous progressions dans les montagnes, pied à pied, repoussant l’ennemi à la baïonnette, à la grenade, à l’arme automatique, parfois à coups de poignard… De Gaulle nous a gratifiés d’une visite spéciale. Il allait, disait-on, décorer cinq ou six officiers. Moi, le sous-off, je ne me sentais pas concerné. Juste avant la cérémonie, le colonel me fait chercher : « Comment, vous n’êtes pas prêt ? Dépêchez-vous donc, on vous attend ! » De Gaulle, ce jour-là, m’a remis la médaille militaire pour faits de guerre exceptionnels. » (Tribune publiée le 26 octobre 1995 par Le Monde).

On peut lire dans les archives du Journal Officiel ce « fait de guerre exceptionnel » parmi d’autres dans la rubrique Indigènes. (JO français du 19-11-1944, Décret du 9-11-1944 portant concession de médailles militaires).

« BEN BELLA MOHAMED, mle 6269, sergent-chef, N° R. T. : remarquable de devoir et de courage. Le 31 mai 1944, chargé d’une mission dangereuse avec une section de premier échelon, l’a remplie avec succès. Pris sous un violent tir de canon automoteur, s’est porté au secours d’un tirailleur blessé. Malgré l’intensité du feu ennemi, n’a pas hésité à se reporter en avant pour assurer la liaison devenue précaire à la suite d’un bombardement intense et prolongé. »

Le général Alphonse Juin, né à Annaba et surnommé l’Africain, commandant de la campagne d’Italie, a souligné les « brillants états de service » de Ben Bella. Comme beaucoup d’autres Maghrébins, Ben Bella avait signé pendant la guerre son pacte de fidèle serviteur de la France et du gaullisme, « à l’insu de son plein gré ».


Infiltration et démantèlement de l’Organisation Spéciale

La guerre terminée, Ben Bella, démobilisé en juillet 1945, rentre en Algérie et s’engage dans le mouvement nationaliste « à pas de loup ».

Il décrit lui-même son parcours militant sur le Procès-verbal de son audition établi le 12 mai 1950 par la police coloniale après son arrestation à Alger. Etonnement détaillé et précis, ce PV ressemble étrangement à un rapport de mission circonstancié.

« J’ai commencé à faire de la politique juste après ma démobilisation. Je me suis inscrit aux AML (Amis du manifeste et de la liberté) mais je n’avais aucune fonction particulière ni aucune responsabilité. Aux élections municipales de fin 1945 ou début 1946, je me suis présenté sur une liste d’union indépendante. J’ai été élu et c’est quelques mois après cela que j’ai été sollicité par le PPA pour entrer dans le parti et organiser une section politique à Maghnia. » (4)

Contrairement à ce que rapporte plusieurs dictionnaires et biographies sommaires, Ben Bella n’a jamais « contribué à la fondation de l’Organisation spéciale (OS) », mais l’a rejoint après sa création, décidée par le Congrès du PPA-MTLD en février 1947.

Il le confirme lui-même dans le fameux PV : « J’ai rencontré Madjid. Je le voyais pour la première fois.

Il m’a dit dans les grandes lignes ce que le parti attendait de moi. Une organisation paramilitaire, super clandestine venait d’être créée et le parti me mettait à la disposition de cette formation… C’est au cours de contacts successifs que Madjid m’a expliqué le détail de ma mission. » (4)

Le nom de Ben Bella aurait été « recommandé » pour ses compétences militaires par ses anciens compagnons d’armes algériens ou marocains de la campagne d’Italie.

Ce Madjid, dont Ben Bella ne connaissait pas l’identité exacte à l’époque, était Hocine Aït-Ahmed qui devint chef d’état-major de l’OS, remplaçant Mohamed Belouizdad souffrant de tuberculose. Il fut qualifié dans le PV par Ben Bella « d’élément trouble et perturbateur ».

La propagande coloniale de l’époque avait fait un « tapage médiatique » sur le rôle-clé de Ben Bella présenté à la fois comme « cerveau et chef du commando » de l’attaque de la Poste d’Oran dans la nuit du 4 au 5 avril 1949, qui rapporta plus de trois millions de francs. Cette version continue à être reprise de nos jours par les médias et des livres d’histoire. Il n’en est rien. C’est encore Ben Bella lui-même qui le reconnaît : « C’est au cours d’une réunion de l’état-major de l’OS, à Alger, que Madjid nous a fait connaître l’intention du parti d’attaquer la poste d’Oran, pour se procurer de l’argent… Il m’a chargé de trouver sur place, à Oran, un local où nous pourrions en toute quiétude mettre sur pied le plan de réalisation d’une telle opération… A plusieurs reprises, je vous ai parlé de l’attaque à main armée perpétrée contre la poste d’Oran. Je viens de vous dire qu’il s’agissait d’une manifestation de l’OS, que ce coup de force avait été tenté pour satisfaire aux exigences des trublions politiques du MTLD. Je vais donc par le détail vous dire tout ce que je sais sur cet attentat. » (4)

Ben Bella affirme qu’il n’a jamais été question qu’il fasse partie du commando, ni même Aït-Ahmed : « Pour ma part, je devais rejoindre Alger deux ou trois jours avant la date et revenir à Oran par le train de jour qui arrive à quinze heures. Madjid, lui, devait rentrer à Alger la veille, en prenant le train qui part d’Oran à vingt-deux heures environ.

Ces consignes ont été scrupuleusement respectées et le 5 avril vers 13h je suis arrivé à Oran… C’est par le journal du soir Oran-Soir que j’ai connu le montant du vol et appris certains autres détails. Je devais reprendre le train du soir pour rendre compte de ma mission à Madjid… Dès le matin, j’étais rentré à Alger par le train de la veille, au soir, j’ai pris contact avec Madjid auquel j’ai rendu compte de ma mission. Là, se terminait mon rôle. Par la suite, j’ai appris par Madjid lui-même que l’argent avait été transporté chez Boutlelis où le député Khider devait en prendre livraison… Le produit du vol a été entièrement versé au MTLD par Khider. » (4)

Le commando d’attaque de la Poste était composé de « Djelloul (Bakhti) Nemiche employé à la poste d’Oran, Ahmed Bouchaib, Boudjemaa Souidani, Mohammed Ali Khider (à ne pas confondre avec le député du même nom), Omar Haddad et d’autres militants. Khider fut chargé par Lahouel de se rendre à Oran pour transporter la somme à Alger. Conscient de l’enjeu, Khider utilisa sa voiture parlementaire, toujours protégée par la cocarde « bleu, blanc, rouge » pour accomplir sa mission. L’argent fut versé à la trésorerie du Parti. La police ne connaîtra les véritables auteurs, que bien plus tard… » (5)

Quelques semaines après cette spectaculaire opération, Ben Bella se retrouve propulsé à la tête de l’OS à la faveur de la « crise berbériste » qui provoqua une purge au sein du MTLD et la mise à l’écart d’Aït-Ahmed et des Kabyles.

« Le chef national de l’OS, Madjid, est passé au berbérisme et le parti, en la personne de Khider, m’a chargé de m’occuper de l’OS… en juillet-août 1949… C’est à lui et à lui seul que je rendais compte de l’activité de la formation paramilitaire. C’est de lui et de lui seul que je recevais les directives et les consignes. Aucune décision grave, aucune réforme importante n’était prise sans en référer au député Khider. C’est d’ailleurs lui, qui, chaque mois, me remettait les fonds nécessaires à la rétribution des permanents de l’OS. » (4)

Durant la courte chefferie de Ben Bella, l’OS n’entreprendra aucune action importante. Et le temps que Ben Bella connaisse tous les rouages de l’organisation, l’OS fut démantelée au printemps 1950.
La plupart des responsables de l’OS entreront en clandestinité, mais « Ben Bella, chef d’Etat-major de l’OS, fut appréhendé le 12 mai 1950 dans son refuge à Alger. Il était armé. Il n’avait pas pris la précaution de changer de domicile alors que l’alerte était chaude. » (5)
Avant son limogeage, Ait Ahmed avait rédigé une brochure intitulée « L’attitude du militant devant la police », définissant le comportement en cas d’arrestation pour conserver le secret sur l’existence de l’OS, de ses membres et les caches d’armes. Ben Bella n’a donc pas respecté ces consignes et s’est mis tout de suite à table en livrant toute l’organisation.

« Toutes ces arrestations en chaîne ― environ 500 ― opérées en mars-avril-mai 1950, amenèrent le démantèlement de l’OS et la saisie d’un nombreux matériel : mitraillettes, chargeurs, pistolet, cheddite, cordon bickford, mèche lente, détonateurs, amorces, grenades de modèles variés, postes émetteurs radio, documents, manuels militaires. L’Administration avait des preuves concrètes de l’existence organique de l’OS, de son armement, de sa structure hiérarchique et de sa subordination étroite au PPA-MTLD. » (5)

Evasion rocambolesque

Les quatre procès collectifs de l’Organisation Spéciale qui se tiennent de janvier 1951 à mars 1952 vont être l’occasion de mettre en valeur Ben Bella et surdimensionner son rôle par rapport aux autres responsables (Aït-Ahmed, Boudiaf, Ben Tobbal, Ben Boulaïd, Bitat, Ben M’Hidi, Didouche,…).

La presse coloniale brosse un portrait flatteur de Ben Bella comme « Chef de l’Organisation ».

Sur les 363 militants arrêtés, 252 seront jugés, mais la justice française tient à protéger les « traîtres », en imposant le huis clos par un jugement de la Cour d’appel : « Tous les membres de l’association paramilitaire ne sont pas actuellement hors d’état de nuire et poursuivent leurs activités. Qu’il importe en conséquence de ne pas permettre, par un débat public, aux malfaiteurs non encore arrêtés de se rendre exactement compte de ce qui a pu être découvert par nos services de police, ni de ce qui a été révélé par les prévenus, d’une part, …, d’autre part, pour éviter que des vengeances ne soient exécutés contre les prévenus ou leurs familles… ». (6) Les responsables de l’OS en fuite ne sauront donc pas, au moment du procès, jusqu’à quel point Ben Bella les avait dénoncés et dévoilé tous les ressorts de l’organisation. Deux ans après son arrestation et à peine le procès était-il terminé, que Ben Bella s’évade « miraculeusement » en avril 1952 de la prison de Blida, d’où il parvient à gagner tranquillement Le Caire via Marseille, Paris et la Suisse.

Cette évasion est évoquée dans le livre d’un cousin d’Abane Ramdane : « Evasion rocambolesque de Ben Bella de la prison militaire de Blida en 1952 arrangée par les autorités coloniales en échange de sa coopération. Cet épisode opaque de l’itinéraire militant de Ben Bella lui sera sévèrement reproché par ses camarades de l’OS et du MTLD, notamment par Abane Ramdane qui l’accusera d’avoir trahi en livrant toute l’Organisation à la police française sans avoir subi la moindre violence. » (7)

Pour Yacef Saadi, la compromission de Ben Bella ne fait aucun doute. « Troublante évasion ! Chez les anciens on en parle encore. Ben Bella s’évade, qui plus est de la prison de Blida. A l’époque où il était président de la République, un ancien inspecteur principal de la DST, Mohand Ousmer le connaît fort bien. Il n’hésitera pas à répandre des informations sur “l’évasion” d’Ahmed Ben Bella de cette prison de Blida dont il disait qu’elle avait été plus ou moins arrangée pour permettre à ce dernier d’arriver au Caire et ne pas manquer la grande effervescence populaire qui avait envahi les rues à la faveur de la déposition du roi Farouk par les “officiers libres”. Mais le plus important dans les propos de l’ancien officier de la DST, c’est la version qu’il donne quand il affirme que parmi les gens qui composaient la délégation extérieure du MTLD à cette époque-là, Ben Bella avait été retourné par les services spéciaux français souffrant alors d’un manque critique de renseignements sur la nouvelle direction politique de l’Égypte des militaires. » (8)

Au Caire, Ben Bella ne perd pas de temps et c’est par l’entremise du major Fathi Dib, chef des services secrets égyptiens qu’il est présenté à Nasser, gagne sa confiance et se met à son service au nom du panarabisme.

L’historiographie coloniale est très romancée : « Ben Bella voyage beaucoup entre l’Égypte et le Maroc, alors en pleine effervescence, l’Italie et l’Espagne. Il échappe de peu à des attentats organisés par les services secrets français (une bombe est déposée dans son bureau du Caire ; un agent des services secrets tente de l’abattre dans le hall d’un hôtel) et gagne une réputation de baraka. » (9)

Cet exil au Caire de Ben Bella, Khider et Aït-Ahmed leur octroie une participation « honorifique » dans le Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA) créé en mars 1954. Mais ne leur permettra pas de figurer dans la liste du Groupe des 22, réunis à Alger le 25 juin 1954, qui décideront du principe du déclenchement de la révolution armée et délégueront cette initiative à un groupe de six : Boudiaf, Ben Boulaïd, Ben M’Hidi, Didouche, Bitat et Krim, qui deviendront les six « chefs historiques » du FLN.

L’intégrité de ces hommes ne fait aucun doute puisque la préparation et le déclenchement des opérations militaires du 1er Novembre, qui a ébranlé le pouvoir colonial, s’effectueront dans le plus grand secret, auquel même les trois du Caire n’auront pas accès.

C’est Roger Wybot lui-même qui l’explique. Directeur du Bureau Central de Renseignements et d’Action (BCRA) lors de la seconde guerre mondiale, puis Directeur de la Surveillance du Territoire (DST) de 1944 à 1959, il est entre autres, Commandeur de la Légion d’honneur, Commandeur du Ouissam Alaouite (Maroc), Grand Officier du Nicham Iftikar (Tunisie).

« Mitterrand, ministre de l’Intérieur, me fait téléphoner aussitôt ce jour-là par son directeur de cabinet adjoint, qui se lance dans une longue tirade accusatrice :

― Vous savez ce qui se passe en Algérie ? C’est proprement incroyable ! Des éléments étrangers, venus de l’extérieur, viennent d’y débarquer pour fomenter des troubles et provoquer une véritable rébellion. C’est absolument inadmissible ! Comment se fait-il que vous n’ayez pas prévu cette action étrangère ? La DST n’a pas fait son travail.

Je le laisse parler sans l’interrompre puis, lorsqu’il arrive au bout de son discours indigné, je réplique froidement :

― J’ai le sentiment d’un léger malentendu. Tout d’abord, pour ma part, je ne crois pas à une intervention étrangère. L’explication est trop commode. Que des fonds, des armes, soient parvenus d’ailleurs, c’est probable. Mais c’est en Algérie même que le mouvement de révolte s’est développé, structuré, entraîné.

Ce n’est pas Le Caire qui est passé à l’action, mais le “CRUA”. A ce propos, je vous suggère de vous reporter à mon rapport de mars 1954. Tout ce qui arrive aujourd’hui y était annoncé, les chefs de la rébellion nommés, les effectifs, méthodes, intentions, plans analysés. Ce document complet, il est sur le bureau du ministre de l’Intérieur depuis cinq mois.

Le gouvernement a changé mais ce rapport, j’ai rappelé son existence en juillet. Ce n’est pas ma faute si vous n’en avez rien fait et si vous ne savez même pas ce qu’il y a dedans ! » (10)

On ne peut être plus clair. La DST savait tout depuis le « rapport de mars 1954 », lorsque Ben Bella apprend son intégration au CRUA… Elle avait « rappelé son existence en juillet » après la création du groupe des 22 et des six historiques le 25 juin… Mais « ce n’est pas Le Caire qui est passé à l’action », parce que Ben Bella ignorait tout des préparatifs du déclenchement de la Révolution.

Le détournement de « l’avion de Ben Bella »

Lakhdar Ben Tobbal, décédé le 23 août 2010, a affirmé que la seule contribution de Ben Bella, est « d’avoir annoncé le début de l’insurrection aux autorités égyptiennes », au lendemain du 1er Novembre.

Pour Mahfoud Benoune, anthropologue et historien, « l’autoproclamé zaïm de la Révolution algérienne n’a finalement jamais joué de rôle déterminant, ni dans son déclenchement, ni dans son déroulement, ni dans sa victoire finale ».

La mise à l’écart de Ben Bella coïncide étrangement avec le désarroi des services de renseignement français pris de vitesse par les rebelles algériens qui aboutira à l’apothéose du Congrès de le Soumam réuni le 20 août 1956 au cœur de la Kabylie, qui consacre la naissance du Comité de coordination et d’exécution (CCE) organe central de la direction du FLN, composé de cinq membres (Larbi Ben M’hidi, Abane Ramdane, Benyoucef Benkhedda, Krim Belkacem, Saad Dahlab).

Ben Bella vivra très mal sa mise à l’écart et en gardera une rancune et une haine tenace à Abane Ramdane au point de déclarer à la chaîne qatarie El Djazira, en 2002, que « le Congrès de la Soummam, célébré à grand bruit, a, en vérité, fait dévier la Révolution des objectifs tracés le 1er novembre ». Tout en accusant Abane Ramdane de « trahison ».

Les services français ont alors imaginé une opération de grande envergure pour remettre en selle Ben Bella. Le 22 octobre 1956, l’avion marocain d’Air Atlas conduisant Ben Bella, Khider, Boudiaf et Aït Ahmed de Rabat à Tunis est détourné et contraint de se poser à Alger. La presse titrera à la une sur le détournement de « l’avion de Ben Bella ».

Qui a averti les services français du plan de vol ? L’Histoire le dira peut-être un jour. Lorsqu’un journaliste égyptien a évoqué en 2008 des complicités marocaines dans le détournement de l’avion, Hocine Ait Ahmed a vivement démenti alors que Ben Bella n’a toujours pas réagi.
La photo prise à leur descente d’avion est très expressive. Boudiaf, Aït-Ahmed, Khider et Lacheraf s’agitent et regardent dans tous les sens, ne comprenant pas encore ce qui leur arrive. Alors que Ben Bella reste droit, immobile, au garde-à-vous fixant l’objectif du photographe comme s’il savait exactement ce qui se passait.

La veuve d’Abane Ramdane évoque cette anecdote étonnante qui lui a été racontée par Boudiaf lui-même. « Sur le bitume de l’aéroport, Mohamed Boudiaf tenait un porte-documents entre les mains. Un gendarme s’est avancé vers lui, le lui a pris pour le remettre à Ahmed Ben Bella. À ce moment-là, un flash a crépité pour immortaliser l’instant… Pour faire croire que c’est Ben Bella le premier dirigeant ».

Ben Bella et ses compagnons vont passer six années de détention en France. Le prestige personnel du prisonnier Ben Bella ne cesse alors de croître. En 1958, il est désigné comme vice-président du premier Gouvernement Provisoire de la République algérienne (GPRA).

Son nom est martelé sans cesse en toute occasion pour conditionner l’opinion publique. Le général de Gaulle, lors d’une fameuse conférence de presse tenue le 11 avril 1961, évoque le « chef du FLN » alors qu’aucune question ne lui avait été posée à son sujet : « Quelqu’un m’avait posé une question au sujet de Ben Bella, je crois, n’est-il pas vrai ? », déclenchant un éclat de rire général des journalistes dans la salle… qui ont apprécié la subtilité. (11)

Il poursuit : « Je ne cache pas que beaucoup de gens m’en parlent (de Ben Bella)… j’en ai parlé avec le président Bourguiba… j’ai fait des communications au sujet de qui nous parlons au Roi du Maroc (Mohamed V)… et aussi à son fils (Hassan II)… à d’autres encore qui m’en ont entretenu… ».

Le général explique qu’une fois le cessez-le-feu obtenu « Ben Bella et ses compagnons de rébellion » seront renvoyés à Rabat. Il ne prononcera jamais un autre nom que celui de Ben Bella. Et il en parle avec cette condescendance et cette suffisance du général qui a décoré le sergent-chef indigène à Monte Cassino en 1944.

Dans cette conférence mémorable, De Gaulle résume les grandes lignes de sa stratégie d’indépendance pour l’Algérie tout en veillant à la sauvegarde des intérêts français, notamment concernant une souveraineté partagée sur le Sahara, les essais nucléaires et le pétrole.

A l’entendre parler on comprend vite à quel point l’enjeu est trop important pour laisser les Algériens décider seuls de la construction de leur Etat et du choix de leurs dirigeants. Pour De Gaulle, l’Algérie, malgré sa révolution et ses martyrs, ne sera pas l’exception africaine à qui on peut accorder une indépendance sans contrôle.

Le message est très clair, comme l’a révélé Jean Méo. C’est bien De Gaulle et le pouvoir colonial qui ont conditionné et préparé Ben Bella depuis bien longtemps et décidé qu’il serait le 1er Président algérien. Ce n’était donc ni Nasser, ni Hassan II, ni Boussouf et encore moins Boumediene.

Démantèlement du GPRA après l’OS

Quand on revoit le parcours de Ben Bella, on comprend encore mieux aujourd’hui pourquoi et comment le GPRA et les 3B (Boussouf, Ben Tobbal, Belkacem Krim) ont été balayés d’un revers de la main par De Gaulle en quelques semaines. Tous les scénarios qu’on nous a fait avaler depuis l’indépendance s’avèrent faux et édulcorés.

L’intronisation de Ben Bella à la tête du FLN et de l’Etat a certes été faite manu militari, au pas de charge, mais les ficelles étaient tirées ailleurs. On peut revoir les images d’archives de l’époque qui montrent bien que ni Ben Bella, ni Boumediene n’avaient la carrure pour renverser à eux seuls les Boussouf, Krim, Ben Tobbal, Ben Khedda, Boudiaf, Aït-Ahmed, etc. D’autres infiltrés s’activaient dans l’ombre pour mener à bien le plan colonial. (12)

Boumediene, l’Etat-Major Général (EMG), le clan d’Oujda et l’armée des frontières, encadrée par les déserteurs de l’armée française (DAF), ont exécutés les ordres de De Gaulle, avec le consentement de Nasser, Bourguiba et Hassan II.

Lorsqu’en mars 1962 les accords d’Évian sont signés, Ben Bella, libéré et rentré en Algérie se sépare de ses codétenus et provoque immédiatement le démantèlement total du GPRA, des structures issus de 8 ans de guerre, des états-majors des wilayas, des partis fondés sur des décennies de militantisme, etc. De la même façon qu’il avait provoqué le démantèlement de l’OS quelques mois seulement après avoir pris son commandement.

Ce sont désormais les structures extérieures créées à Oujda et Ghardimaou (armée des frontières, sécurité militaire, fonctionnaires du Maroc) qui viendront gérer l’Etat colonial, en remplaçant les français.

Ferhat Abbas, intellectuel idéaliste et romantique, aigri par son éviction de la présidence du GPRA avait fait l’erreur fatale de cautionner la prise de pouvoir par Ben Bella en le rejoignant à Tlemcen. Il le regrettera amèrement un an plus tard lorsqu’il sera emprisonné au Sahara.

A la fois candide et amer, il avouera dans un livre qu’il avait apporté sa caution historique et morale à un homme qu’il ne connaissait pas : «Je connaissais très peu Ben Bella. Ce que je savais de lui, je l’avais appris par des tiers… Le Dr Lamine Debaghine me mit en garde contre Ben Bella… Abane Ramdane me fit un portrait peu flatteur du futur président de la République en me disant “C’est Ben Bella qui dénonça notre Organisation Spéciale, l’OS”… Le même avertissement me fut donné par Boudiaf… Sa renommée a été créée de toutes pièces par les Egyptiens, les Français et les Marocains… La vérité est que Ben Bella a été le démolisseur de l’union nationale réalisée durant les combats… La médaille militaire qu’il a gagnée à Cassino sous les ordres du général Juin n’a pas, dans le destin de l’Algérie, le poids d’une seule goutte de sang de nos chouhada. Voilà ce que retiendra notre Histoire. Les élucubrations de l’ancien président de la république ne changeront rien à la vérité » (13)

Le règne destructeur de Ben Bella prit fin le 19 juin 1965, après avoir balisé le terrain pour une prise totalitaire du pouvoir par Boumediene à mi-chemin entre le nassérisme et le stalinisme.

De Gaulle tenta vainement de faire libérer son protégé en dépêchant à Alger plusieurs émissaires. Ben Bella le confirmera en 1995 : « Du fond de ma prison, j’ai appris que de Gaulle était intervenu auprès de Boumediene, par la voix de Jean de Broglie, alors secrétaire d’Etat, pour que j’aie la vie sauve. » (Le Monde du 26 octobre 1995)

Après 15 années de détention, Ben Bella a été libéré par Chadli Bendjedid en 1980. Il s’exile en Europe où il crée en 1982 un parti politique d’opposition, le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA). Il revient à Alger en 1990 à la faveur de l’ouverture politique et repart aussitôt après l’assassinat de Boudiaf en juin 1992, comprenant enfin que son retour au pouvoir est plus qu’improbable, dangereux. Depuis, il faisait le tour de ses amis (France, Maroc, Egypte, Irak, Libye, URSS,…), mangeant à tous les râteliers. Hassan II, Khadafi, Saddam Hussein, etc. l’ont aidé à accumuler des richesses et des biens immobiliers. Il possèderait un château et un appartement en Suisse, ainsi que divers biens en Algérie, France, Maroc, Belgique, Espagne…

Son compatriote et complice Bouteflika n’hésite pas à l’honorer à chaque occasion, comme lors des funérailles nationales organisées à l’attention de son épouse Zohra Sellami, décédée le 23 mars 2010 à l’âge de 67 ans à Paris où elle se faisait soigner tout en résidant à l’hôtel Crillon aux frais de l’Etat algérien.

Aujourd’hui, Ahmed Ben Bella a 94 ans et réside en permanence à Alger, son état de santé ne lui permettant plus de voyager.

La stratégie d’infiltration de De Gaulle et la DST

Ben Bella n’était pas le seul infiltré manipulé par le système colonial. C’est Roger Wybot, patron de la DST, qui explique cette stratégie d’infiltration et la méthode qu’il a utilisée contre le FLN.
« Je développe mon système d’infiltration des réseaux du FLN par des agents à nous. Les hommes que nous glissons dans le dispositif adverse, souvent à des postes subalternes, nous les aidons à conquérir progressivement de l’importance au sein de la rébellion. Nous leur permettons par exemple de passer des armes, de l’argent pour le FLN.

Leurs convois clandestins sont protégés par la DST alors que les transports d’armement d’autres chefs fellagas sont bloqués, saisis. Avec notre accord et la complicité de l’armée française, nos agents FLN montent également des opérations bidon, de manière à se couvrir de gloire aux yeux de l’état-major du Caire et de Tunis. Chaque fois, nous organisons tout nous-mêmes pour rendre le coup de main rebelle totalement crédible.

Au fur et à mesure, nous déblayons le terrain devant eux. Leurs camarades se font prendre, leurs chefs jouent également de malchance. Ce qui leur permet de grimper dans la hiérarchie clandestine, de remplacer ceux que nous choisissons d’éliminer. Certains de ces agents doubles vont atteindre les plus hauts échelons dans l’état-major FLN. Il nous est arrivé de manipuler des chefs et des chefs adjoints de willayas. (…)

Grâce à ce noyautage de l’adversaire, j’ai pu tenir à jour, dès la première minute , tout l’organigramme de la rébellion, surtout en métropole. Dès qu’un attentat FLN est commis, je sais qui l’a perpétré. Si je veux en arrêter les auteurs, je n’ai qu’un signe à faire. (…)
Mais ce qui m’intéresse, ce n’est pas tellement d’appréhender quelques terroristes algériens. La plupart du temps, je les laisse courir un peu, en les surveillant discrètement, enregistrant leurs contacts, leurs cachettes. Ma tactique c’est de lancer, de temps à autre, de vastes coups de filet décapitant partiellement leur organisation. Volontairement, je laisse toujours échapper quelques proies que je fais filer.

J’attends que les willayas démantelées se reconstituent avec du sang neuf, puis je frappe à nouveau. Ce qui me permet, à tout moment, de contrôler l’état major ennemi, parfois d’en dresser les chefs les uns contre les autres. Par exemple, lors de certaines arrestations massives, j’épargne les éléments les plus durs, mais de manière à faire peser sur eux un climat de suspicion. Leurs amis se posent des questions, s’étonnent qu’ils aient pu s’échapper si facilement. Ils seront dénoncés comme indicateurs de police par les agents doubles que j’ai mis en place moi-même, et se feront éliminer comme traîtres…» (10)

Le fils du général de Gaulle avait rapporté dans son dernier livre « Mon père De Gaulle », une confidence étonnante et lourde de sens faite par son père : « Nous avons laissé 140.000 harkis infiltrés dans les rangs de l’ALN ».

Lakhdar Ben Tobbal confirme ce chiffre et la dégradation de la situation depuis le retour au pouvoir du général De Gaulle. Dans un chapitre inédit de ses Mémoires, non encore publiées intégralement, il révèle qu’à partir de 1958 « des djounoud faits prisonniers acceptaient de se joindre à l’ennemi. (…) On ne peut même pas dire qu’ils étaient l’objet de pressions directes puisque, pour des groupes de cinquante à soixante hommes armés, un seul Français suffisait pour en prendre la tête. (…) Vers les années 1959-1960, on comptait 160.000 Algériens armés, combattant du côté de l’armée française. (…) Cela se passait partout, dans les villes, les campagnes, les montagnes. Dans ces régions, l’ALN, avec ses djounoud et ses moussebiline, ne comptait pas plus de 30.000 hommes qui devaient faire face aux 500.000 soldats français et aux 160.000 auxiliaires algériens (…) Ceux qui quittaient les rangs étaient plus nombreux que ceux qui les rejoignaient. On assistait à des faits absolument nouveaux, des ralliements de groupes entiers de l’ALN à l’armée française… des unités de l’ALN finirent par se replier sur elles-mêmes. Les coups qu’elles recevaient et les pertes de plus en plus fréquentes qu’elles subissaient avaient fait que les hommes s’étaient mis à s’interroger sur eux-mêmes, sur ceux qui auraient pu s’infiltrer dans leurs rangs pour renseigner l’ennemi. Le doute et la suspicion avaient commencé à s’emparer des esprits. » (14)


Le devoir de mémoire

La facilité d’infiltration coloniale et des trahisons maghrébines ont en fait pris leurs racines durant les deux guerres mondiales lorsque des liens étroits de fureur, de sang et de baroud se sont noués entre les officiers français et les tirailleurs de l’Armée d’ Afrique.

Il faut remonter aux différentes campagnes, notamment la fameuse bataille de Monte Cassino, menée par le Corps Expéditionnaire Français, pour comprendre comment se sont forgés chez des soldats algériens, marocains, tunisiens, sénégalais,… l’amour du drapeau français, la fierté du devoir accompli, la loyauté et le dévouement à leurs chefs au détriment de leur propre pays.

Ils ont subi un véritable lavage de cerveau dans une époque trouble et complexe du 20e siècle dominée par le colonialisme, le nazisme, le fascisme, le stalinisme, l’impérialisme qui glorifiaient la supériorité de l’homme blanc et semaient la terreur.

Enrôlés de force ou engagés volontaires, les jeunes maghrébins et africains sortaient de leurs conditions de paysans pauvres et illettrés pour découvrir subitement le pouvoir des armes, de l’ordre et la discipline militaires.

Le réalisateur algérien Rachid Bouchareb a réveillé les consciences en réalisant un film exceptionnel, « Indigènes », sorti en 2006, qui retrace l’épopée des soldats indigènes de l’Armée d’Afrique. (15)
Les officiers français d’élite, qui ont commandés les goumiers et les tirailleurs seront ensuite versés dans les services secrets (DST, SDECE, Service Action, 11e choc,…). Ils n’avaient aucun mal à recruter ou retourner leurs compagnons d’armes maghrébins, leurs enfants ou leurs petits-enfants, et les convaincre de trahir leurs pays… en défendant « la mère-patrie de nos ancêtres les Gaulois ».
Par contre, les combattants qui ont manifesté un esprit rebelle intact et un attachement viscéral à la défense de leur terre lorsque leur véritable patrie les a appelés au devoir, seront vite neutralisés ou assassinés.

Cela explique aussi l’acharnement des services français à écarter sournoisement mais énergiquement la revendication berbériste, en encourageant le panarabisme nassérien, tout-venant idéologique où n’importe qui pouvait se fondre.

Que des Marocains et Tunisiens aient participé à la guerre de libération, c’est une excellente chose, tout comme les maghrébins l’ont fait pour combattre le nazisme durant la seconde guerre mondiale. Mais qu’ils accèdent aux plus hautes responsabilités de l’Etat algérien par l’imposture et le mensonge en cachant leur véritable identité dans les conditions que l’on sait, c’est une grave anomalie historique qui continue de persister en 2010.

Il est temps d’ouvrir les archives coloniales et militaires et que les cinéastes, universitaires, historiens ou non, se mettent au travail et au devoir de mémoire.

Saâd Lounès
7 septembre 2010
http://saadlounes.unblog.fr/
Notes :

(1) http://encyclopedie-afn.org/index.php/BEN_BELLA
(2) Alain Pecheral – La grande histoire de l’OM – Ed. Prolongations – 2007
http://www.om-passion.com/effectif_425_ben-bella.html
(3) http://www.edulyautey.org/~marocomb/articles.php?lng=fr&pg=74
(4) PV d’audition de Ben Bella du 12 mai 1950 publié par La Tribune le 21-11-2002 http://rouina.ifrance.com/repertoirehtml/benbella.html
(5) http://rouina.ifrance.com/repertoirehtml/origines1ernov.htm
(6) Sharon Elbaz – L’avocat et sa cause en milieu colonial. La défense politique dans le procès de l’Organisation spéciale du Mouvement pour le triomphe des libertés en Algérie (1950-1952)
(7) Belaid Abane «L’Algérie en guerre, Abane Ramdane et les fusils de la rébellion» L’Harmatan – Paris – 2008
(8) Yacef Saadi – Article publié par le quotidien Liberté du 11-11-2002 http://www.webzinemaker.com/admi/m9/page.php3?num_web=11154&rubr=2&id=61847
(9) http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Ben_Bella/98828
(10) Philippe Bernert, «Roger Wybot et la bataille pour la DST», Presse de la Cité, Paris 1975.
(11) Conférence de presse du Général de Gaulle du 11-04-1961
http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/autres-conflits/video/CAF09002063/conference-de-presse-du-general-de-gaulle.fr.html (pour écouter ce passage aller directement vers la fin de l’entretien 1h07 sur 1h31)
(12) Le putch de Ben Bella et le Clan d’Oujda sur le GPRA été 1962 http://www.youtube.com/watch?v=SWy_ivKPVHU
(13) Ferhat Abbas – L’indépendance confisquée, 1962-1978, Flammarion, Paris, 1984
(14) http://forumdesdemocrates.over-blog.com/35-index.html
(15) Documentaire sur le film Indigènes


Le MJIC appelle Hocine Aït Ahmed à réagir aux attaques de Ben Bella

La dernière sortie de Ben Bella confirme que la manipulation et la falsification de l’histoire est toujours une pratique courante. Que gagne le premier président de la République algérienne qui, au crépuscule de sa vie, au lieu de faire son mea-culpa et demander des excuses au peuple algérien, continue de salir la mémoire de nos valeureux martyrs libérateurs ?

Au lieu de répondre aux accusations qui l’accablent d’avoir orchestré les assassinats de nombreux héros de la guerre d’Algérie, notamment le colonel Mohamed Chabani, exécuté le 04 septembre 1964 vers 4h00 du matin dans la prison de Sidi El Houari à Oran, Ben Bella verse son venin sur des hommes que l’histoire a consacré et enregistré dans le registre des grands.

Abane Ramdhan, architecte de la Révolution algérienne, assassiné le 27 décembre 1957, Krim Belkacem, Moudjahid authentique et signataire des Accords d’Evian, assassiné le 20 octobre 1970 et Mohamed Boudiaf, assassiné le 29 juin 1992 sont assassinés une autre fois par Ben Bella à coup de diatribes et de contrevérités. Quant à Hocine Ait Ahmed, il lui dispute, après que la vérité historique ait été établie, l’attaque contre la poste d’Oran en 1949.

Le Mouvement des jeunes indépendants pour le changement (MJIC) condamne énergiquement ces atteintes impardonnables à la mémoire de nos valeureux martyrs et appelle les consciences à réagir à ce complot contre l’histoire.

Le MJIC appelle Hocine Aït-Ahmed, le seul encore vivant parmi les cibles de Ben Bella, à réagir et invite les historiens et ceux qui peuvent apporter leurs témoignages à contribuer à confondre les mensonges de Ben Bella.

Le MJIC demande aux intellectuels algériens de condamner et dénoncer cette forfaiture contre l’histoire et appelle le comité des sages de l’Union Africaine à mettre fin au mandat de Ben Bella à sa tête.


Dans un entretien accordé à econostrum.info Abdelhamid Mehri revient sur l’actualité nationale et celle relative à la révolution dans le monde arabe. Il estime que «des gouvernements démocratiques, soutenus par leurs peuples peuvent faire comprendre à ces puissances que leurs intérêts, chez nous, sont à négocier et non pas à défendre.»

ALGÉRIE / MÉDITERRANÉE. Abdelhamid Mehri a un long parcours politique. Militant nationaliste dès les années 1940, il adhère au Parti du peuple algérien (PPA) puis au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), deux formations créées par le «père du nationalisme» algérien, Messali Hadj. Dans les années 1950, il est membre du comité central du MTLD. Après le déclenchement de la guerre de libération nationale suivie d’un séjour de quelques mois en prison, il rejoint le Front de libération nationale (FLN). Il devient membre du Conseil national de la révolution algérienne (CNRA), puis du Comité de coordination et d’exécution (CCE). Deux fois ministres au sein du Gouvernement provisoire, il sera, à l’indépendance, ambassadeur d’Algérie en France de 1984 à 1988. Secrétaire général du FLN de 1988 à 1996, il signera l’accord de Sant’Egidio en 1995.

Econostrum.info: Divers partis, de l’alliance présidentielle ou de l’opposition, réclament une révision en profondeur de la Constitution. Certains demandent la dissolution de l’actuelle APN et la convocation d’élections législatives anticipées. Qu’en pensez-vous ?

Abdelhamid Mehri: Toutes les propositions visant l’amendement ou la refonte des textes posent un autre problème : le changement auquel aspire la société algérienne aujourd’hui peut-il être satisfait uniquement par l’actualisation ou la refonte des textes ? Question à débattre. Quand aux élections, quel que soit leur objet ou leur niveau, leur importance et leur signification sont liées, de mon point de vue, à la plateforme politique et au contexte qui les dictent.

Econostrum.info: Etes-vous favorable à la mise en place d’une Assemblée constituante?

Abdelhamid Mehri : L’élection d’une Assemblée constituante peut s’avérer nécessaire dans certains cas de figure. Elle n’est pas la seule voix menant au changement. Cela dépend du consensus national politique à débattre.

Econostrum.info: Le monde arabe est secoué par des soulèvements populaires alors que l’effervescence sociale et politique ne faiblit pas dans notre pays. Pensez-vous que le régime algérien peut se réformer, se démocratiser?

Abdelhamid Mehri: Le régime algérien peut procéder à certaines améliorations. Mais pour construire la démocratie, il faut absolument abandonner la pratique de l’exclusion. La tendance à vouloir toujours agir seul, et même à réformer sans les autres est une forme d’exclusion.

«L’intervention étrangère peut constituer un frein plutôt qu’un accélérateur du changement véritable.»
Econostrum.info: Comment peut-on, selon vous, résoudre la contradiction entre, d’un côté, l’aspiration légitime du peuple libyen à la liberté politique et, de l’autre, le refus tout aussi légitime des ingérences militaires étrangères?

Abdelhamid Mehri: Il faut d’abord souligner que le régime libyen qui a privé le peuple de sa liberté et qui le soumet à la terreur des armes est aussi pleinement responsable de l’intervention des puissances étrangères auxquelles il a fourni toutes les justifications ou les prétextes recherchés.

La contradiction que vous signalez n’est peut être qu’apparente. L’intervention étrangère peut constituer, en fin de compte, un frein plutôt qu’un accélérateur du changement véritable. A ceux qui se déclarent, honnêtement, contre l’intervention étrangère en Libye de trouver les moyens d’être aux côtés du peuple libyen.

Le Maghreb démocratique peut se réaliser
Econostrum.info: Pensez-vous que le Grand Maghreb des peuples peut devenir une réalité?

Abdelhamid Mehri: Au «Maghreb des peuples» je préfère, plus nettement, le «Maghreb démocratique» sans fossés entre peuples et gouvernements. Le FLN, au Congrès de la Soummam, préconisait l’action aussi bien au niveau des peuples qu’au niveau des gouvernements pour réaliser l’unité du Maghreb. Cette vision et cette stratégie d’action politique demeurent valables à mon avis. Menées avec discernement et ténacité, elles peuvent réaliser le rêve maghrébin.

Econostrum.info: Partagez-vous le point de vue de ceux qui considèrent que les manifestations et soulèvements populaires auxquels on assiste dans le monde arabe relèvent d’un vaste complot ourdi par les Etats-Unis?

Abdelhamid Mehri: Je ne partage pas, bien sûr, ce point de vue. Car cela suppose que les grandes puissances, USA en tête, n’étaient pas présentes et ne pesaient pas lourdement sur les destinées du monde arabe. Les réalités de notre monde nous enseignent que nous aurons toujours affaire à ces puissances. Seuls des gouvernements démocratiques, soutenus par leurs peuples peuvent faire comprendre à ces puissances que leurs intérêts, chez nous, sont à négocier et non pas à défendre.

Lundi 11 Avril 2011
Amal Belkessam, à ALGER
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