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Appel pour une transition démocratique en Algérie
10 Février 2011 Par ahmed.dahmani

Appel pour une transition démocratique en Algérie.

L’Algérie vit un moment dramatique de son histoire, potentiellement aussi explosif que celui qui affecte d’autres pays de la région, du fait des blessures encore ouvertes des deux dernières décennies, des politiques économiques incohérentes et des politiques sociales injustes. Les blocages du système politique autoritaire sont tels que l’émeute apparaît comme l’unique recours à une grande partie de la population qui subit le déni des droits et la hogra des détenteurs du pouvoir. De plus en plus de voix s’élèvent aujourd’hui pour revendiquer un changement radical du système politique autoritaire et corrompu qui préside aux destinées de l’Algérie depuis son indépendance.
La dernière initiative en date, une marche nationale pacifique le 12 février prochain, émanant d’une « coordination nationale pour le changement démocratique » vient de se voir signifier une interdiction en violation des droits et libertés garantis par la Constitution. Un pouvoir, déconnecté de son peuple et sourd aux aspirations des populations, semble décidé à employer tous les moyens répressifs pour empêcher toutes expressions et manifestations populaires et notamment celles de la jeunesse dépossédée de son présent et de son avenir. Ira-t-il jusqu’à l’irréparable comme ce fut le cas en octobre 1988 et avril 2001 ? L’Algérie et les Algériens, non encore remis d’une guerre civile qui a causé des centaines de milliers de morts, des milliers de disparus, des blessures physiques et psychologiques profondes doivent pouvoir retrouver la paix, jouir de conditions d’existence décentes.

Nous appelons tous les patriotes où qu’ils soient pour agir et peser de tout leur poids afin d’en finir avec la répression et d’engager l’Algérie dans une véritable transition démocratique. Cette transition démocratique veillera à la mise en place des institutions nécessaires à l’établissement et au fonctionnement de l’Etat de droit et définira les politiques pour la réalisation d’une société plus juste, plus égalitaire et plus solidaire. Le contexte exige que s’engage un véritable débat national qui associera toutes les sensibilités politiques et culturelles pour une refondation de la République algérienne. Cette refondation, tout en tenant compte des sacrifices et de l’héritage de la lutte de libération nationale, ouvrira la voie au respect effectif des droits et des libertés garantis par les différents pactes internationaux que l’Algérie a ratifiés.

Paris le 9 février 2011

Mohammed Harbi (Professeur d’histoire) ; Madjid Benchikh (Professeur de droit) ; Aïssa Kadri (Professeur de sociologie) ; Ahmed Dahmani (Maître de conférences en économie)

Merci de nous aider à faire connaitre notre appel pour une transition démocratique en Algérie.


12 avril, 2011 Posté dans Algérie Révolte

Après avoir organisé plusieurs sit-in et rassemblements, des milliers d’étudiants et étudiantes de différentes universités de l’Algérie, répondant à l’appel de la Coordination Nationale Autonome des Etudiants, ont marché aujourd’hui à Alger pour dénoncer la sourde oreille de la tutelle et rejeter en bloc les résultats de la Conférence nationale sur l’enseignement supérieur.

Le Rassemblement actions jeunesse (RAJ) tient à saluer la mobilisation pacifique et responsable des étudiants, et affiche son entière solidarité et soutien au mouvement des étudiants pour la démocratisation de l’université comme entre autres revendications.

Le RAJ dénonce la répression, la violence et les manipulations qu’ont subies les étudiants, et celles immanent de l’administration de l’université de Béjaia, et exprime son soutien aux étudiants et enseignants menacés d’être traduits devant le conseil discipline. Le RAJ condamne toute violence d’où qu’elle vienne.
Le RAJ reste mobilisé, attentif et impliqué dans le mouvement pour garantir sa poursuite.

Alger le 12/04/2011

P/RAJ
Le Président
A.Fersaoui


Sétif – Une leçon de civisme avant de passer à l’émeute

A l’image de milliers d’autres communes algériennes, celle de Bousselam dans la wilaya de Sétif doit retrousser ses manches pour arracher aux autorités des routes praticables, une maternité, le raccordement au réseau de gaz naturel, de l’eau potable… Le choix de l’émeute n’est pas à l’ordre du jour des débats chauds, mais toujours pacifiques et hautement instructifs des citoyens… Pas encore à l’ordre du jour. Reportage.

Une maternité, le gaz naturel, l’eau potable, des routes utilisables, une maison de jeunes, la transparence dans la distribution de logements ruraux, «bref ce n’est pas la lune» que veulent les 18 000 habitants de la commune de Bousselam, à près de 80 kilomètres au nord de la ville de Sétif. Et pour arracher ces bienfaits basiques du développement, qu’un Etat comme l’Algérie peut bien assurer à tous ses citoyens, les habitants ont décidé de s’organiser démocratiquement pour faire entendre leurs revendications.
Détail pour le moins cocasse, c’est dans la salle de réunion de l’APC de Bousselam que les représentants des habitants discutent des deux options stratégiques à choisir : fermer le siège de la daïra de Bouandas (dont dépend Bousselam) ou tenir un sit-in devant le siège de la wilaya. Il est 16 heures et les délégués des 23 villages de la commune arrivent par petits groupes. Rares sont les têtes grisonnantes, l’écrasante majorité des présents a moins de 40 ans. Les présents avaient mis au point une plateforme de revendications qu’ils ont transmise, il y a déjà plusieurs mois de cela au chef de daïra, au wali, à l’. Aujourd’hui, il leur faut décider des moyens de pression pour faire aboutir leurs demandes.
Le débat est ouvert. Fouad, enseignant au CEM, se dit favorable à la deuxième option : «Ils (les pouvoirs publics, ndlr) s’en foutent éperdument de la fermeture du siège de la daïra. On peut même l’incendier comme ce fut le cas en 2001 et ils ne vont pas bouger le petit doigt. Nous devons aller jusqu’au siège de la wilaya pour faire entendre notre voix». Un autre intervenant, chauffeur de taxi, voit les choses autrement : «Il faut fermer le siège de la daïra pendant une semaine, si ça ne marche pas, on passe à l’action du sit-in devant la wilaya». Il est soutenu par deux autres intervenants qui évoquent des difficultés d’ordre logistique : «La police va nous empêcher de nous rendre à Sétif. Ils vont intercepter nos bus», craignent-ils par anticipation.
Pour Naïm, enseignant de tamazight, il n’est pas question d’aller à la daïra : «On s’est réunis déjà avec le chef de la daïra. Il nous a fait des promesses qu’il n’a pas tenues. Je ne vois pas l’utilité de perdre notre temps avec lui». Dans le même ordre d’idées, Mabrouk, un autre enseignant, estime que le chef de daïra n’a aucun pouvoir de décision. Il faut aller plus loin, à la wilaya ou, le cas échéant, à la capitale pour protester devant l’APN ou la Présidence. Il citera le cas des enseignants contractuels et des gardes communaux qui ont obtenu gain de cause. Les interventions se suivent à un rythme rapide. Hocine, en sa qualité de modérateur de la réunion, trouve de plus en plus de mal à distribuer la parole entre la trentaine de délégués. Chacun tient à placer son mot, apporter son avis sur la question.

Donner une «leçon de civisme aux autorités»
Le débat est chaud mais la balance finit par pencher en faveur des partisans du sit-in devant la wilaya. Ils sont de loin les plus nombreux. Les partisans de la fermeture du siège de la daïra se rangent et acceptent la décision de la majorité. La coordination inter-villages tiendra donc son sit-in le 17 avril à 9 heures du matin. Un comité chargé de la préparation de cette action est mis en place. On convient que «seules des personnes adultes et sages» participent au sit-in. «Il faut que ce soit une leçon de civisme aux autorités», insiste-t-on de partout.
La coordination avait appelé, en mars dernier, à une grève générale qui a connu un succès éclatant. La population a répondu massivement au mot d’ordre de ses représentants. «Les transports ont été paralysés et tous les commerces et les établissements scolaires fermés. Cela ne nous a valu que quelques brèves dans la presse. Rien de plus», déplore Riad. «Le jour de la grève nous avons tenu un rassemblement devant le siège de l’APC. Le chef de la daïra est venu quelques heures plus tard pour calmer les esprits et distribuer des promesses qui attendent toujours d’être concrétisées», ajoute-t-il.
Selon lui, la commune est notamment pénalisée par la dégradation du chemin de wilaya n°45, passage obligé pour se rendre à Sétif, à Bejaia ou à Béni Ouartilane. Ce tronçon routier névralgique se trouve, avons-nous constaté sur place, dans un état de dégradation indescriptible. Les fosses qui creusent en profondeur les petits bouts de chaussée encore praticables indiquent clairement que Bousselam ne figure pas, comme s’en plaignent ses habitants, sur la carte de développement de l’exécutif de la capitale des Hauts Plateaux. L’autre revendication et non des moindres des habitants concerne le raccordement des villages au réseau de gaz naturel. «Notre région montagneuse est connue pour ses hivers rigoureux. Nous souffrons le martyre pendant la saison hivernale où nous devons recourir aux bouteilles de gaz butane qui, en plus, coûtent très cher», renchérit un maçon, «toutes les régions du nord de Sétif sont marginalisées» tient-il à préciser. Autre lancinante urgence, une maternité : «Pour accoucher, nos femmes doivent se déplacer jusqu’à Bouandas à 20 kilomètres d’ici ou à Barbacha à 30 kilomètres !», explique un autre habitant du village de Tizguine. Selon tous les présents, toutes les communes de Sétif, deuxième plus grande wilaya en termes de population après Alger, ont bénéficié de projets de développement, à l’exception de celles situées au nord de la wilaya, dont Bousselam. Cette exclusion, ils l’expliquent par des raisons politiques : «Les autorités veulent nous punir parce que nous avons pris part aux événements de 2001 et parce que les taux de participation aux élections dans notre région sont toujours insignifiants», estime un ancien délégué du mouvement des «aarouch» qui avait été à la tête des actions de protestation et d’émeutes en Kabylie en 2001, déclenchées après le meurtre d’un jeune homme dans une caserne de gendarmerie. «Nous irons jusqu’au bout pour arracher nos droits. Les habitants de Bousselam sont aussi déterminés que le Takintoucht», lance-t-il en montrant l’imposante montagne qui domine le nord du Sétifois.

Écrit par Farouk Djouadi
Jeudi, 14 Avril 2011 14:03