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Paradoxe de la zone Euro : Pourquoi ça ne vaut pas la peine de sauver l’Euro (The Guardian)

 Mark WEISBROT

L’Euro est tombé aujourd’hui à un très bas niveau par rapport au Franc suisse et les taux d’intérêt des bons du trésor italien et espagnols ont atteint des sommets. Le dernier épisode de la crise de la zone Euro provient de la crainte que la contagion ne s’étende à l’Italie. L’Italie qui a une économie de 2000 milliards de dollars et 2,45 mille milliards de dette est trop importante pour qu’on la laisse faire faillite et les autorités européennes sont inquiètes. Bien qu’il y ait peu de chance que les intérêts de la dette italienne n’augmentent assez pour mettre le pays en faillite, les marchés financiers agissent de façon irrationnelle et augmentent ainsi tout à la fois la peur et les chances que ce qu’ils craignent ne se produise. Le fait que les autorités européennes ne puissent même pas se mettre d’accord sur la manière de résoudre le problème de la dette grecque -une économie qui est six fois moins importante que celle de l’Italie- n’inspire pas confiance dans leur capacité de faire face à une crise plus grave.

Les pays dont les économies sont les plus faibles de la zone Euro -la Grèce, le Portugal, l’Irlande et l’Espagne- sont déjà confrontées à la perspective d’années de punition économique, y compris de hauts niveaux de chômage (16, 12, 14 et 21% respectivement). Puisque le but de toute cette souffrance volontaire est de sauver l’Euro, il faut se demander si ça vaut la peine de sauver l’Euro. Et il faut se poser cette question en se mettant à la place de la majorité des Européens qui travaillent pour vivre, c’est à dire en partant d’un point de vue progressiste.

On dit souvent que l’union monétaire qui comprend maintenant 17 pays, est nécessaire à la mise en oeuvre du projet européen qui est d’empêcher la progression du nationalisme de droite pour promouvoir des idéaux respectables comme la solidarité, l’élaboration de principes communs pour les droits de l’homme et l’insertion sociale tout en favorisant aussi bien sûr l’intégration politique et économique qui sous-tend un tel progrès.

Mais cela revient à confondre l’union monétaire, la zone Euro, avec l’Union Européenne elle-même. Le Danemark, la Suède et la Grande Bretagne par exemple font partie de l’Union Européenne mais pas de l’union monétaire. Il n’y a aucune raison pour que le projet européen ne puisse pas se poursuivre et que l’Union Européenne ne puisse pas prospérer sans l’Euro.

Et tout porte à croire que ce serait en effet le cas. Le problème est que l’union monétaire, à la différence de l’Union Européenne est un projet indiscutablement de droite. Si on ne s’en est pas rendu compte au début, on devrait en avoir malheureusement pris conscience maintenant que les économies les plus faibles de la zone Euro subissent le traitement punitif qui était auparavant réservé aux économies du tiers-monde prises dans l’étau du Fond Monétaire International (FMI) et de ses dirigeants du G7. Au lieu d’essayer de sortir de la récession grâce au incitations fiscales et/ou monétaires, comme la plupart des gouvernements l’ont fait en 2009, ces gouvernements sont forcés de faire le contraire au prix d’un énorme coût social. Les humiliations qui s’ajoutent aux souffrances, comme pour les privatisations en Grèce ou « la réforme du marché du travail » en Espagne ; les effets régressifs des mesures prises sur la répartition des revenus et de la richesse ; et la diminution et l’affaiblissement de l’état providence pendant que les banques sont renflouées par les contribuables -tout cela montre clairement que les autorités de l’Europe suivent un programme de droite ; la manière dont elles profitent de la crise pour mettre en place des changement politiques de droite vient corroborer cette analyse.

Le positionnement à droite de l’union monétaire a été institutionnalisé dès le début. Les règles qui limitaient la dette publique à 60% du PIB et les déficits budgétaires annuels à 3% du PIB -même si en pratique elles n’ont pas été appliquées- sont des règles inutilement restrictives en période de récession et de chômage endémique. Le mandat de la banque centrale européenne de veiller seulement sur l’inflation et pas du tout sur les emplois est un autre signe de ce positionnement néfaste. La Réserve Fédérale (Fed) des USA par exemple est une institution conservatrice mais la loi lui demande quand même de s’occuper de l’emploi tout en essayant de contenir l’inflation. Et la Fed – même si elle a prouvé son incompétence en se révélant incapable de prévoir la bulle immobilière de 8000 milliards de dollars qui a fait s’écrouler l’économie des USA, a fait preuve de souplesse en émettant plus de 2000 milliards de dollars dans le cadre de la politique d’expansion monétaire pour faire face à la récession et à la faible reprise. Les extrémistes qui dirigent la banque centrale européenne ont, quant à eux, augmenté les taux d’intérêt depuis le mois d’avril en dépit de la dépression et du taux élevé de chômage dans les économies les plus faibles de la zone Euro.

Des économistes et des observateurs politiques disent que la zone Euro a besoin d’une union fiscale avec une meilleure coordination des politiques budgétaires pour bien fonctionner. Mais la politique fiscale de droite est contre-productive, comme on peut le constater, et le restera même si elle est mieux coordonnée. D’autres économistes -et j’en fait partie- disent que les écarts importants de productivité entre les membres de l’union rendent une union monétaire très difficile. Mais même si on pouvait surmonter ce problème, le fait est que la zone Euro ne vaut pas la peine d’être sauvée si c’est un projet de droite.

L’intégration économique européenne antérieure à la zone Euro était d’une nature différente. A la différence de l’approche « nivellement par le bas » de l’Accord de libre-échange nord américain (NAFTA) qui a provoqué l’exode de centaines de fermiers mexicains tout en faisant baisser les salaires et l’emploi dans les usines des USA et du Canada, l’Union Européenne avait fait des efforts pour augmenter les bas salaires et protéger les plus faibles. Mais les autorités européennes qui président à l’union monétaire se sont révélées impitoyable.

L’idée que l’Euro doit être sauvé pour préserver la solidarité européenne joue sur une interprétation simpliste de la résistance que les contribuables de pays comme l’Allemagne, les Pays-bas et la Finlande opposent au fait « d’aider » la Grèce. Il est certes indéniable que cette résistance vient en partie de préjugés nationalistes -que les médias de masse encouragent souvent- mais pas seulement. Beaucoup d’Européens n’aiment pas l’idée d’avoir à « aider » les banques européennes qui ont fait de mauvais prêts. Et les autorités européennes « n’aident » pas plus la Grèce que les USA et l’OTAN « n’aident » l’Afghanistan -pour mentionner un autre débat où ceux qui s’opposent à des actions destructrices sont aussi qualifiés de « réactionnaires » et « d’isolationnistes ».

Il semble que la gauche européenne ne se rende pas compte que les institutions, les pouvoirs ni surtout les politiques macroéconomiques de la zone Euro sont essentiellement de droite. Cette méconnaissance fait partie d’un problème plus général qui est que personne dans le monde ne comprend les enjeux macroéconomiques ce qui a permis aux banques centrales de droite de mettre en oeuvre des politiques destructrices parfois même sous des gouvernements de gauche. Cela ajouté au manque de participation démocratique explique peut-être que les politiques macroéconomiques de l’Europe soient plus à droite que celles des USA en dépit du fait que l’Europe possède des syndicats et d’autres organismes qui promeuvent une économie progressiste beaucoup plus puissants qu’aux USA.

Mark Weinsbrot

Mark Weinsbrot est économiste et co-directeur du Center for Economic and Policy Research. Il a écrit « the phony crisis » avec Dean Baker, de Social Security.

Cet article a été publié originellement dans The Guardian.

Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/weisbrot07132011.html

Note :

L’économie et la macroéconomie :

L’économie consiste en la réunion de millions de consommateurs et d’entreprises qui interagissent quotidiennement pour déterminer quels biens et services seront produits, quelles entreprises fourniront ces biens et services, quels consommateurs les emporteront chez eux à la fin de la journée et à quels prix ils seront vendus. Même dans les pays à économie de marché, tels que le Canada et les États-Unis, tous les ordres de gouvernement jouent un rôle important : ils se procurent des revenus en levant des impôts sur de nombreuses activités économiques et consacrent ces ressources à la fourniture de services comme la défense, les soins de santé, l’éducation et le logement social. Même lorsqu’ils ne taxent pas et ne dépensent pas directement, les gouvernements font souvent sentir leur présence au moyen des règlements qu’ils prescrivent en matière de sécurité des produits, d’intérêts étrangers, de permis de télédiffusion, de quotas de production laitière et de salaire minimum, pour nommer quelques exemples.

La macroéconomie entre rarement dans le détail des données relatives à des marchés de biens et de services particuliers ; elle s’intéresse plutôt au comportement des indices économiques tels que la production totale, l’inflation, le chômage et la croissance économique. La politique macroéconomique comporte deux grands volets : la politique budgétaire et la politique monétaire. La politique budgétaire est l’ensemble des décisions que prend un gouvernement en matière de fiscalité, de dépense et d’emprunt. Les trois ordres de gouvernement (fédéral, provincial et municipal) ont une politique budgétaire, tous ayant la capacité de se procurer des revenus par une forme quelconque de taxation, et de dépenser ces revenus en biens et services. La politique budgétaire de tout gouvernement, en particulier celle de l’administration fédérale, comporte de multiples dimensions, car les recettes fiscales proviennent de diverses sources et les dépenses peuvent porter sur de nombreux produits dans différentes régions et viser tout un éventail de bénéficiaires. (Site de la Banque du Canada)

URL de cet article 14202

http://www.legrandsoir.info/paradoxe-de-la-zone-euro-pourquoi-ca-ne-vaut-pas-la-peine-de-sauver-l-euro-the-guardian.html


 

 L’ambassade des Etats-Unis à Alger annonce l’ouverture de son Centre de ressources et d’information

13 juin, 2011

Le Centre de ressources et d’information (IRC) de l’ambassade des Etats-Unis à Alger ouvrira ses portes au public à partir du lundi 13 juin 2011. L’IRC fournit au grand public des informations sur la politique, l’histoire, le gouvernement, la société, et les valeurs américaines.

A propos de l’IRC

L’objectif de l’IRC est de promouvoir la sensibilisation du public sur les valeurs américaine et de faciliter la compréhension mutuelle sur les questions politiques, économiques, commerciales, culturelles et environnementales. L’IRC offre l’accès aux ressources d’information spécialisées et permet de répondre aux questions portant sur les États-Unis. Des bases de données de recherche en ligne seront disponibles et devraient être particulièrement utiles pour les étudiants, les professeurs, les journalistes et les chercheurs.
Ressources disponibles

Le fond documentaire de l’IRC comprend des livres en anglais, en français et en arabe. Les visiteurs de l’IRC auront accès à plus de 3000 livres de fiction et non-fiction, y compris les ouvrages de référence spécialisés, des documents gouvernementaux, des encyclopédies, des manuels et des répertoires. Les visiteurs auront également accès à des livres, des revues et des journaux électroniques grâce à nos nombreuses bases de données en ligne. Pour les étudiants qui souhaitent étudier aux États-Unis, des informations sur les collèges, les universités et les  programmes d’études seront disponibles. Pour les étudiants et les professionnels désirant améliorer leurs compétences de recherche, des sessions de formations sur les bases de données en ligne seront tenues. Un calendrier des événements à venir tels que les conférences, les projections de films et les groupes de discussion en langue anglaise est prévue et sera disponible prochainement sur le site de l’ambassade http://algiers.usembassy.gov

Information aux visiteurs

L’IRC est ouvert le dimanche, lundi, mercredi et jeudi de 9h00 à 11h00 et de 13h00 à 15:00. Veuillez noter que nous sommes fermés le mardi. Pour visiter l’IRC, nous vous prions de nous contacter au moins 48 heures à l’avance. Veuillez mentionner votre nom, profession, et l’heure  à laquelle vous souhaiteriez visiter l’IRC et ce à l’adresse électronique Algiers_IRC@state.gov  ou en nous appelant au 0770 082 108. Une pièce d’identité (carte nationale, permis de conduire ou passeport) est requise pour accéder à l’ambassade.

Centre de ressources et d’information
Ambassade des Etats-Unis à Alger
04 Chemin Cheikh Bachir El Ibrahimi
El Biar
Algiers_IRC@state.gov


Enquête sur la consommation des Algériens

par Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 12 juin 2011

Une enquête nationale sur les habitudes de consommation en Algérie a été lancée en avril dernier, avec comme objectif de cerner les grandes tendances qui se profilent pour les ménages algériens. Selon l’Office national des statistiques (ONS), cette enquête sur les comportements de consommation des Algériens devrait être exploitée par les pouvoirs publics pour mieux cibler la politique sociale et économique du gouvernement. Une telle démarche est annoncée officiellement pour la première fois par l’ONS, qui, au demeurant, est devenu prestataire de ce type d’enquête, menée habituellement par le CENEAP, lui-même dépositaire de l’ancienne AARDES. Selon l’Office, cette enquête sur la consommation des ménages, qui s’inscrit dans le nouveau système (EPACA), a été initiée dans le cadre du programme d’appui au management de l’économie (AMECO) réalisé en collaboration avec l’Union européenne.

Cette première opération du genre couvre les différents aspects des conditions de vie des ménages dans le but d’améliorer l’observation de leurs comportements de consommation, et fournir aux pouvoirs publics un outil d’évaluation des politiques économiques et sociales, a indiqué le directeur national du programme AMECO, M. Youcef Bazizi, cité par l’APS. L’échantillon visé par cette enquête est de 2.500 ménages, et les résultats devront permettre d’obtenir des indicateurs sociaux de conjoncture relatifs à leurs conditions durant l’année. Cette enquête est complémentaire à la 5e enquête nationale sur les dépenses de consommation des ménages que mène actuellement l’Office pour ainsi dire permettre la mise en place par le gouvernement d’une politique sociale de soutien de l’Etat en direction des couches sociales les plus vulnérables.

L’introduction des volets liés à l’appréciation et à la mesure du niveau de vie et des conditions sociales des ménages, «constitue la nouveauté de cette enquête afin de produire des indicateurs qui permettront de distinguer les inégalités dans la société et de bien cerner la politique de soutien et de subvention de l’Etat», souligne M. Bazizi. Outre les indicateurs de base présents dans chaque enquête, il est prévu d’insérer un volet concernant les dépenses des ménages dans leur globalité, ainsi que les indicateurs d’opinion des ménages sur la conjoncture économique, afin de combler le déficit d’information sur les dépenses des ménages durant la période séparant les deux grandes enquêtes de consommation, qui se déroulent chaque 10 ans. L’enquête a été par ailleurs lancée au moment où l’Etat, sous la pression sociale, a décidé d’octroyer des augmentations de salaires dans presque tous les secteurs économiques, ainsi que dans la fonction publique.

Des revendications sociales, des débrayages et des mouvements syndicaux ont amené le gouvernement à faire des concessions sur le front des salaires, alors que l’inflation montait en flèche, notamment pour les produits de large consommation dont ceux alimentaires. Selon le Conseil de la monnaie et du crédit (CMC), le taux d’inflation en 2011 sera de 4%, et «nous prévoyons qu’elle resterait autour de ce niveau». A fin février dernier, l’inflation était de 3,87% contre des prévisions à 3,88%, soit un écart «quasi nul», selon lui. Mais, selon l’Office national des statistiques, l’inflation est remontée au mois d’avril 2011, date de lancement de cette enquête, à 4,5%, tirée vers le haut par les produits alimentaires (+4,3%), avec une progression prodigieuse de 8,1% pour les produits agricoles frais et 1,3% pour les produits industriels. Pour les quatre premiers mois de l’année, l’inflation s’est établie en hausse de 3,7%, avec une évolution quasi généralisée de tous les produits: 2,9% pour les biens alimentaires, dont 3,4% pour les produits agricoles frais et 2,5% pour les produits alimentaires industriels, et 5% pour les biens manufacturés et 3% pour les services. Une hausse très nette en fait des prix à la consommation, selon l’Office. Des indicateurs qui devront «influencer», sinon guider dorénavant les futures politiques sociales et économiques des pouvoirs publics, pour notamment éviter une trop grande fracture sociale.



COMMUNIQUÉ

Algérie : le président du SNAPAP, interdit de séjour en France

Comité international de soutien au syndicalisme autonome algérien (CISA), Paris, le 8 juin 2011

Rachid Malaoui est le président du SNAPAP (Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique), principal syndicat autonome en Algérie, fer de lance de toutes les luttes sociales et politiques actuellement en cours dans le pays. C’est dans cette période si cruciale des mobilisations pour le changement en Algérie que le tribunal administratif de Nantes, dans une décision du 27 mai 2011, a rejeté la requête de M. Malaoui, qui contestait un refus de visa pour se rendre en France.

Le 4 novembre 2010, M. Malaoui sollicitait auprès du Consulat général de France à Oran la délivrance d’un visa d’entrée en France pour participer à une réunion de travail de l’Union syndicale solidaire à Paris le 16 novembre. La veille, il a été informé par un simple mail du consul général, M. Jean-Louis Soriano, que cette demande de visa avait été rejetée, au motif que M. Malaoui serait redevable en France d’une dette hospitalière de 16 457,99 €, suite à une hospitalisation en urgence qu’il avait dû subir à l’Hôpital de Meaux, en septembre 2006, pour une tuberculose pulmonaire. Or, conformément à la Convention générale relative aux soins de santé dispensés en France à certaines catégories d’assurés sociaux algériens du 1er octobre 1980, c’est le régime algérien d’assurance maladie qui aurait dû s’acquitter de cette dette, ce qu’il a refusé de faire – à l’évidence pour placer un opposant au régime dans une situation difficile.

De son côté, le tribunal administratif de Nantes, refusant de prendre en compte l’argumentation juridique très précise de M. Malaoui, a donc décidé de rejeter la requête du plaignant visant à faire annuler la décision de refus de visa dont il a été l’objet, ce qui revient de facto à empêcher M. Malaoui de pouvoir se rendre en France.
Le CISA dénonce cette très grave entrave à la liberté de circulation d’un éminent syndicaliste qui a besoin plus que jamais de se rendre en Europe afin de développer les relations entre son syndicat et ses homologues européens.

Le CISA déplore qu’au moment où il faudrait manifester notre solidarité avec l’action exemplaire des syndicats autonomes, dans l’esprit de l’appel récent du G8 à la solidarité avec les sociétés du Maghreb et du Machrek, la France s’obstine à refuser un visa court séjour à un syndicaliste qui mène une lutte courageuse et digne en Algérie.

CISA
21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris (France)
http://www.cisa-solidaritesyndicats-algerie.org

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Luttes syndicales



Par Arezki Derguini
Mardi 31 Mai 2011

Dans un texte antérieur (« Des préférences collectives à la corruption ») j’avais soutenu l’idée que la corruption commençait avec nos préférences collectives, qu’ensuite advenaient les problèmes de droits de propriété mal définis et de marchés inefficients et que finalement, la rente en tant que revenu spécifique n’était pas vraiment une cause. En vérité, ces diverses causes conspirent conjointement à la formation du même état, des mêmes comportements. On ne peut ignorer le fait que la rente comme revenu prépondérant est à l’origine de la concentration du pouvoir.

La propriété illégitime.

Je parlerai de malédiction dans le sens de la culture populaire quand on parle de ce qu’il faut attendre de « la consommation de l’illicite ». Selon le Vénézuélien Juan Pablo Pérez Alfonzo, l’un des fondateurs de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), le pétrole n’est pas de l’or noir, c’est l’excrément du diable. Il y aurait malédiction parce que nous étant appropriés quelque chose qui ne nous appartient pas, quelque chose qui ne nous est pas dû ou ne devait pas nous revenir, la chose n’étant pas allée à sa place, il s’ensuit un désordre, une corruption du monde, desquels nous finirons par récolter les fruits et être tenus responsables par une quelconque partie de l’univers. Cette idée de malédiction comporte celle d’une justice immanente, en ce que le résultat de nos actions, s’il ne nous affecte pas immédiatement le fera plus tard, étant simplement différé, décalé dans le temps. L’effet de nos actions s’il n’était pas décalé d’une génération, passant d’une vie à l’autre, relèverait d’une justice immanente immédiate et aurait été rapidement dissuasif. Ainsi les parents consommant de l’illicite ont beau eux-mêmes échapper aux néfastes effets de leurs actions, la mémoire collective n’oubliera pas de rapporter le malheur de leur progéniture à leurs actions. Sanction que n’aura de cesse d’exécuter un bras vengeur ou une œuvre de la providence. Cette culture suppose la croyance en l’existence d’une justice dans ce monde et une justice qui ne peut être continuellement empêchée. Nous ne sommes pas loin de l’idée libérale d’un ordre (d’un équilibre) naturel empêché par les hommes et la société, mais qui n’a de cesse de se rétablir, de retrouver son cours ou de la croyance scientifique en l’existence de lois gouvernant le monde qui ne peuvent être impunément défiées.
A qui appartiennent les richesses naturelles que sont le sol et renferment le sous-sol ? Dans nos traditions, il est établi que nous appartient que ce qui a été acquis par nous-mêmes : nous ne pouvons vendre ce que nous n’avons pas acheté. Ce que la logique n’a pas eu de mal à accepter : sur la production privée s’établit la propriété privée. On peut ajouter ici que la propriété privée telle que nous la connaissons dans le monde occidental a une histoire très ancienne bien antérieure à la propriété mobilière de la bourgeoisie. Elle a son origine dans l’histoire de la féodalité. Alors que la propriété dans nos sociétés est celle que se divise continuellement des frères, en Occident elle est celle de maisons qui cultivent la conservation du patrimoine. La propriété a donc une histoire pour chaque société, pour chaque civilisation (entendue au sens de la civilisation matérielle de Fernand Braudel où chaque société se fonde sur un certain nombre de choix). Pour ce qui concerne notre sujet ici, je soutiendrai que la propriété du sol et du sous-sol est collective et ne peut être à priori privée. La colonisation en léguant un énorme secteur public n’a pas modifié les choses. Peut être la propriété privée trouvera-t-elle sa voie dans le futur, mais pour le moment, notre société, du point de vue de son expérience collective, ne peut accepter que ces biens sortent de la propriété collective sans qu’elle y consente. Parce que ses membres peuvent y consentir parfois malencontreusement, la propriété a besoin d’être protégée de l’appropriation privative sauvage. En ce qui concerne les richesses du sous sol, les générations actuelles ne peuvent se considérer comme les propriétaires exclusifs, elles doivent les considérer comme un capital naturel qu’elles n’ont pas produit et dont elles ne peuvent donc disposer librement. Ces richesses doivent être considérées comme un legs des générations passées et un prêt des générations futures aux générations présentes, et répétons le, comme un capital qu’elles n’ont pas produit et dont elles ne peuvent donc disposer librement. On ne peut envisager la construction d’une société complexe sans une propriété absolument légitime et la seule légitimité de la propriété dans les temps modernes c’est le travail. Pas de travail, pas de multiplication de droits, pas d’extension de leurs échanges. Les revenus principaux de la société doivent être ceux du travail. Le revenu de la rente doit être un revenu secondaire, un prêt à l’économie. C’est la seule façon de sortir de l’économie de la prédation qui n’a de cesse d’appauvrir, de prolétariser la société.

La formation des préférences

Ce retour de bâton, cette sanction divine, pour nous être appropriés ce qui ne nous appartient pas, s’expriment dans le phénomène que les économistes appellent la malédiction des ressources naturelles ou la maladie hollandaise (« dutch disease »). Ce phénomène tout en étant une consommation de capital naturel (par définition non reproductible), exprime la destruction des autres formes de capitaux. Jusqu’au capital social que certains économistes appellent cinquième facteur de production et qui se manifeste par une défiance sociale généralisée. Il explique, pour faire simple, comment en enrichissant une minorité (celle qui accumule des fortunes à l’étranger, possède des comptes en Suisse), le pétrole appauvrit, détruit les conditions d’existence de la majorité : avec l’accroissement de la part des exportations de pétrole dans l’ensemble des exportations, nos productions diminuent et nos importations augmentent. Nos productions diminuent parce qu’elles coûtent plus chères que nos importations et qu’elles diminuent le pouvoir d’achat de nos dollars. Car en vérité nous avons des dollars mais pas de « monnaie nationale ». Le marché mondial détermine nos valeurs sans que nous y ayons quelques parts. La monnaie nationale exprimant la compétitivité des capitaux nationaux : son pouvoir d’achat s’accroit ou diminue avec leur puissance. Avec nos dollars, plutôt que de produire nous préférons importer des marchandises ou du travail pour produire ce qui ne peut être importé (infrastructures). Préférant importer plutôt que de produire, il n’y a pas de raison que l’on épargne pour investir. Tous nos projets de production sont en vérité des projets de distribution de la rente que chacun se dispute comme il peut. La mauvaise monnaie chassant la bonne, les dollars qui entrent cherchent rapidement la sortie. Nous sommes donc condamnés à nous appauvrir si nous refusons d’envisager une transformation de notre système de préférences en faveur de l’accumulation du capital, car nous détruisons notre stock de capital sans être en mesure de le renouveler.

Remettre le travail au centre de l’économie contributive.

Cependant on ne peut remettre en cause un système de préférences si on ne remet pas en cause la centralité de la rente pétrolière dans l’économie contributive. De même que l’adoption d’un régime démocratique ne permettra pas d’échapper à la « malédiction des richesses naturelles » car la prépondérance de la rente dans le revenu national est une incitation forte à la connivence entre les hommes politiques et les hommes d’affaires et elle n’en empêchera pas moins l’effet économique tel que décrit par le syndrome ou maladie hollandais. Les contrepouvoirs garants de la responsabilité des dirigeants sont absents car font défaut les institutions capables de faire contrepoids (Hicham El MOUSSAOUI 2009). La démocratie et ses institutions ne peuvent limiter la concentration du pouvoir si elle ne s’attaque pas à l’unicité de la source du pouvoir, de la richesse. Le régime politique du parti unique est en très bonne accointance avec le régime économique rentier basée sur l’exploitation d’une ressource naturelle « monopolisable » telle le pétrole. Ici le pouvoir est un parce que le contribuable est un. Ce régime ne peut être confondu avec un régime économique basé sur la propriété privée de la terre car la rente foncière ne conduit pas à une concentration du pouvoir puisqu’elle ne permet pas une monopolisation de la source de richesse au niveau national. On ne peut donc soutenir qu’il faut dissocier la question de la rente énergétique de l’analyse du fonctionnement global de l’économie (Talahite 2000) étant donné sa prépondérance. On ne peut confondre le cas de la Norvège et des Etats Unis avec ceux des pays africains ou moyen-orientaux. Et les institutions internationales suivent un peu trop la pente des intérêts de leurs membres influents quand elles critiquent le régime politique et ferment les yeux sur le régime économique qui consacre une division internationale du travail en faveur des anciennes puissances. La démocratie devient alors une idéologie de combat pour empêcher le renchérissement des matières premières qui accompagnent la hausse de la demande mondiale suite à l’émergence de nouvelles puissances d’un côté et la diminution du pouvoir d’achat des « monnaies nationales » des pays exportateurs et l’accroissement de leurs besoins de l’autre. Il faut simultanément transformer le système de préférences, définir clairement les droits de propriété et établir un système de gestion démocratique.

Inventer une société.

Cependant le problème majeur auquel renvoie le système de préférences (préférences vis-à-vis du futur par rapport au présent, de l’appropriation productive par rapport à la prédation) pose le problème de la hiérarchie sociale que la société a toujours éludé dans son organisation et que l’on a vainement essayé de lui imposer. Nos échecs en matière de développement renvoient largement à nos refus de construire les hiérarchies civiles nécessaires à nos entreprises, nos universités et nos marchés. Nous sommes devant le dilemme suivant : inventer une société souveraine ou renoncer à la souveraineté.
Il faut donc associer différentes transformations : en clarifiant les droits de propriété sur les richesses du sol et du sous-sol (comprenant le droit des générations futures) et en se disposant à redonner au travail la place centrale dans l’économie contributive (seule façon de rétablir le lien entre propriété et travail, travail et puissance), en transformant notre système de préférences en faveur d’une différenciation sociale basée sur le travail et en nous projetant dans une nouvelle société, nous obtenons les conditions nécessaires à la formation d’une économie performante et à un fonctionnement démocratique de la société.


Parution d’un nouvel ouvrage sur les convergences économiques entre le Maroc et l’Algérie

Un nouvel ouvrage intitulé « Algérie et Maroc : quelles convergences économiques? » du conseiller économique et consultant international Camille Sari, vient de paraître aux éditions Cabrera et Gnô sis.

L’ouvrage présente les situations économiques de l’Algérie et du Maroc depuis leur indépendance, pour dégager les points de convergence ou de divergence qui permettront d’avancer vers le parachèvement du marché maghrébin uni.

A l’aide de la littérature existante, des enquêtes et des études menées dans les deux pays voisins, l’auteur a fait des analyses pour expliquer le processus d’intégration économique et démontrer les bénéfices que la région peut tirer d’une meilleure coordination des politiques économiques.

Selon Camille Sari, l’intégration économique maghrébine est « un moyen de gagner en indépendance économique et de développer des échanges mutuellement avantageux entre les pays de la région ». Elle permet aussi « une moindre dépendance et des facilités énormes de commercer sans passer par les devises fortes ».

Il propose également la mise en place d’une monnaie commune, à savoir le « dinrham » (contraction des mots dirham et dinar) qui cohabiterait avec les monnaies nationales.

Cette monnaie vise à « faciliter les échanges de biens, de services et de capitaux sans altérer le droit de battre la monnaie de chaque Etat ». L’objectif est de passer d’un taux des échanges entre pays du Maghreb de 2 à 40 pc, ce qui est la moyenne des échanges au sein des zones économiques internationales.

La publication s’est focalisée aussi sur des questions monétaires, telles l’endettement, le taux de change, l’inflation et la productivité, en les considérant comme étant « les instruments de régulation (…) contribuant à la mise en œuvre d’un système de coordination harmonieux ».

Composé de 449 pages et comportant trois parties, ce livre se veut une référence de la compréhension des relations internationales et de leur importance dans des pays bien distingués dans leur choix de développement, tel que le Maroc et l’Algérie.

Camille Sari est conseiller économique, consultant international et spécialiste des monnaies et de la finance internationale. Il est également Docteur ès sciences économiques et a enseigné dans différentes universités parisiennes, dont Paris III Sorbonne Nouvelle et Paris XIII, et dans de grandes écoles de commerce.

Il a acquis une expertise sur l’évolution économique des pays émergents grâce à des missions économiques menées dans 52 pays.

Camille Sari est membre de Confrontations Europe, un think thank spécialisé en réflexion sur l’Union européenne.

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« Algérie-Maroc : quelles convergences économiques ? »

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L’Algérie cumule les problèmes de l’économie mondiale en crise

Professeur de management à l’Ecole des hautes études commerciales de Montréal et membre fondateur du groupe altermondialiste Humanisme et Gestion, Omar Aktouf est l’un de ces pourfendeurs invétérés du néolibéralisme américain. Il était , et il est toujours, l’un des rares intellectuels en Amérique du Nord à critiquer le capitalisme financier. Il a prédit l’avènement d’une crise financière et économique
mondiale, des années auparavant. Il a revendiqué haut et fort l’humanisation du système économique actuel en remettant l’homme au centre du développement. Dans cet entretien, Omar Aktouf décrypte l’économie algérienne, qui demeure toujours selon ses termes, une économie rentière. Il estime que tout «accord de libre échange » qui se fait doit respecter un minimum d’homogénéités entre les pays contractants. Sinon, c’est un échange entre Goliath et David : le plus fort l’emporte et impose son diktat et ses intérêts, affirme-til. Il s’est interrogé par ailleurs sur les tenants et les aboutissants de la nouvelle politique du gouvernement dénommée le renouveau agricole et rural, en relevant l’incapacité d’y d’aboutir à cause de la politique d’abandon de ce secteur adopté depuis trois générations, que ce soit sur le plan humain ou moyens. Pour instaurer une vraie économie, Omar Aktouf recommande de sortir, urgemment, de tout ce qui peut ressembler au néolibéralisme et au modèle US, car il s’agit d’une «stratégie» de toute première importance pour l’Algérie actuelle.

Algérie News : Au cours de la dernière décennie, les décideurs algériens ont adopté une gestion quasi libérale, promouvant le tout marché à un autre mode de gestion en cours, actuellement dit «patriotisme économique». Est-ce réellement un passage d’une conception à une autre ou nous sommes en présence d’un discours qui signalerait une impasse ou une difficulté dans la conduite des dossiers économiques en Algérie ?

Omar Aktouf :

Je me vois désolé de vous répondre que rien de nouveau ne m’apparaît en quoi que ce soit dans la politique
économique de notre pays, et ce depuis des décennies ! Il n’y a en effet que des changements de visage dans les ministères et des changements de vocabulaire, qui ne veulent strictement rien dire. Que signifie «patriotisme économique» lorsque l’on a tourné le dos depuis «l’ouverture chadliste», à toute autre forme d’économie sinon le «mangeoirisme» généralisé ? Que signifie ce genre de formule sinon, à la lettre, une politique économique très largement teintée de keynésianisme, c’est-à-dire d’une combinaison «planifiée» d’actions économiques où le secteur privé agirait sous l’autorité d’une guidance «pesée – réfléchie» émanant d’autorités étatiques éminemment soucieuses de mener une politique économique

1/autocentrée (visant l’autosuffisance et la satisfaction des besoins essentiels des citoyens avant tout),
2/ inflationniste (où l’Etat est aussi investisseur dans les secteurs stratégiques de la nation surtout : monopoles naturels et ressources clés comme les hydrocarbures…),
3/ autoritaire et protectionniste (un peu comme la Chine, où l’on voit l’Etat tracer les contours des activités économiques et leurs directions futures),
4/ sociale-économique (visant en priorité l’amélioration des forces productives et des conditions de vie-travail : investissements massifs dans l’éducation, les infrastructures, l’agriculture…).

Or où voit-on cela dans les plans et annonces de nos politiques économiques, sinon dans les grandes déclarations d’intentions auxquelles nous sommes habitués, depuis des décennies ? Il est plus qu’évident que notre économie en est une de commerce primaire, de pizzerias-gargotes, de rentes appuyées sur le contrôle occulte de nos principales richesses, de blanchiment d’argent accaparé (se rappeler l’affaire Khalifa), de nouveaux riches extravertis qui se prennent pour des entrepreneurs et qui se croient incarner le décollage économique algérien. Décidément, tout cela n’est pour moi que paroles et mesures de type «cosmétique», où on masque notre désarroi politico-idéologique derrière des mots et des slogans. Ceci dit, je ne peux qu’être pour (et c’est mon discours inlassablement répété depuis des années) une politique économique «patriotique» et keynésienne (protectionnisme, intérêt national avant tout, règles de finances et d’investissements strictes et respectées par tous, surveillance de l’investissement étranger, élargissement le plus ample de l’assise de la demande effective sur le salariat…). Mais lorsque l’opacité et les scandales – vite étouffés -, continuent à accompagner le cœur même de ce qui devrait être le moteur de notre économie, les hydrocarbures et ce qu’on en fait, je ne vois vraiment rien de nouveau à l’horizon, Union européenne ou pas…

Le Maroc et la Tunisie, semble-t-il, ont amorcé avec succès un partenariat avancé et privilégié avec l’Union européenne, l’Algérie, elle, au contraire, gérerait les contrecoups nocifs d’un «étrange» accord de libre-échange. Que pensez-vous de cette situation ? Y a-t-il une alternative pour l’Algérie ?

Tout d’abord, connaissant passablement la situation marocaine et tunisienne, je dirais que nous sommes en présence d’effets de court terme, et de développement essentiellement de secteurs dits «tertiaires non marchands» comme les loisirs, les terrains de golf, les lieux de villégiature, les spectacles, les lieux de «détente» pour classes huppées, la consommation de luxe… Un peu comme ce qui est arrivé au Mexique, où après une quasi euphorie de 2 à 3 ans, entre 1994 et 1999 environ, ledit «libre échange » avec le Canada et les USA a tourné pour les Mexicains au cauchemar économique : de centaines de milliers de PME-PMI en faillite à cause des afflux de produits et services made in US et Canada, des foules de cohortes de chômeurs déguisés, payés pour ne pas mourir le lendemain, des non moins cohortes livrées à des néo-esclavagistes saisonniers pour (notamment) l’agriculture US et canadienne (un peu comme cela se passe pour la main d’œuvre saisonnière sélectionnée marocaine offerte chaque année aux fermiers espagnols)… Tout «accord de libre échange » qui se respecte implique un minimum d’homogénéités (universitaires, académiques, culturelles, technologiques, dotations de facteurs, valeurs ajoutées industrielles, forces monétaires…, puissance gestionnaire de l’Etat, fiscalité…) entre les pays entrant en «libre échange». Sinon, c’est un échange entre Goliath et David : le plus fort l’emporte et impose son diktat et ses intérêts, un point c’est tout ! Il suffit de songer à ce que l’UE a fait pour mettre à niveau (donc en état d’homogénéités) les pays en «arrière» tels que l’Espagne et le Portugal, afin qu’ils puissent «libre-échanger» avec la France, l’Allemagne… (dans un esprit d’intérêts réciproques bien pensés : ajouter deux pays «attardés» au «corps central» européen n’aurait fait qu’affaiblir tout le monde) : tout simplement d’énormes plans (étatiquement guidés et à fonds perdus !) tel le gigantesque «Plan Da Vinci». Qu’y a-t-il de tel entre l’UE et la Tunisie, le Maroc ou l’Algérie ? On me rétorquera à juste titre qu’il ne s’agit pas d’entrer en «union», soit, mais entrer en «libre-échange» en situation de simples fournisseurs de «compléments bon marché» aux pays de l’UE est encore plus intenable.

Le gouvernement amorce également une nouvelle politique appelée « renouveau agricole et rural». Sommes-nous réellement en face d’une nouvelle stratégie agricole ? Si oui, sur quoi porte-t-elle essentiellement sachant que le bilan du PNDRA n’a pas été encore fait ?

Bilan du PNDRA ou pas, la situation catastrophique du secteur agricole algérien n’est un secret pour personne. Qui, en Algérie, ignore que nous importons sûrement pas loin de 90% de ce que nous mangeons
(et je ne dis pas consommons !) ? Il y a belle lurette que le béton des méga-complexes et des non moins méga villas et châteaux de nouveaux riches ont saccagé une bonne partie de nos meilleures terres, de la Mitidja à la vallée de Chlef… Il y a aussi belle lurette que l’âge moyen du «vrai» paysan, sachant planter, quoi planter, où planter… a dépassé les 70 ou 80 ans ! De plus, l’indigence de la formation (quantitative et qualitative) de techniciens agricoles et agronomes (quand ils ne fuient pas à l’étranger) est plus que notoire (d’ailleurs, seulement 13% de l’ensemble des filières de formations supérieures sont de type «technique », depuis l’agriculture jusqu’à l’informatique, la physique… : ce qui est un scandale devant les besoins criants du pays). Alors, je pose la question : d’où viendra ce renouveau agricole et rural, quand on a à ce point, négligé depuis trois générations, paysans, techniciens, agronomes, terres agricoles… ? Par où commencer (quand on sait, de surcroît, que se vendent, en catimini, à des intérêts étrangers de bonnes portions de nos meilleures terres ?). Il faut un minimum de cohérence entre ce que l’on dit et ce qui est fait ! Stopper ventes et saccages des terres arables urgemment, récupérer ce qui peut encore l’être et investir massivement dans la réhabilitation du paysan et la formation à l’agriculture «écologique », seraient les tout premiers pas à annoncer et à entreprendre.

Toujours dans le secteur de l’agriculture, certains experts pensent que l’adoption récente par le Conseil des ministres de la nouvelle loi sur l’orientation agricole, notamment sur le point ayant trait à l’exclusion des étrangers dans l’exploitation des terres agricoles est une erreur, il y a eu une sorte de précipitation, puisqu’on aurait pu tirer profit de leur expérience à l’avenir. Etes-vous de cet avis ?

Exclure les «étrangers» pour les exclure, n’a en soi, bien entendu aucun sens. On a toujours quelque chose à apprendre de l’autre : voir ce que le Japon a fait et ce que la Chine fait en ce sens est toujours très instructif. Mais cela implique élites préoccupées du bien de la nation d’abord… y compris lesdites élites privées, dont l’intérêt bien et intelligemment pensé serait de mettre une majeure partie de leurs gains dans la formation, la qualification, la mise à profit de la présence de ces «étrangers» qui ont des choses à nous apprendre… au lieu de mettre presque tout ce qu’ils «gagnent» dans l’ostentation consumériste, dans les palaces en Europe ou Dubaï, les villas-palais aux abords d’Alger… et les voitures futuristes ! Cela n’est pas un comportement d’entrepreneurs conscients et intelligents mais de parvenus aussi frivoles que globalement nuisibles à long terme. Donc, comme le modèle chinois nous en donne l’exemple frappant (malgré bien des problèmes, bien sûr) : une politique économique globale (de l’agriculture à la pétrochimie) autocentrée d’abord, autoritaire ensuite (avec élites politiques aussi intègres que possible : nul n’est saint, ni parfait), enfin axée sur un «socialisme de marché» qui met l’économique au service du bien-être général et de l’évolution du peuple avant tout. Car il faut bien intégrer ceci : le seul et unique «avantage compétitif » d’un pays, c’est le degré d’éducation et de culture de son peuple ! Rien d’autre ! Et surtout pas le niveau d’enrichissement de ses plus riches !

Les réformes «d’économie de marché», en Algérie, ont débuté à la fin des années 1980, c’est-à-dire à l’ère du néolibéralisme. Trente ans plu tard, l’Algérie retrouve les mêmes pratiques et surtout les mêmes problèmes, avec peut-être plus d’intensité dans ce modèle néolibéral. Que faut-il faire selon vous pour que le pays sorte du piège de l’économie rentière ?

Oui, dès l’ère du chadlisme, je dirais, on a commencé à parler pour l’Algérie, «d’ouverture » économique. C’est-à-dire de recul de l’Etat comme intervenant et guide dans les politiques économiques. Comme si
«Etat» était synonyme de «fermeture»… On ne sait trop à quoi, mais sûrement «fermeture » devant les boulimies et désidératas des classes riches et dominantes. On a très vite confondu, Reaganisme et
Thatchérisme aidant, que revenir au «laisser- faire» total et débridé du capitalisme sauvage du 19e siècle était ce qu’il y avait de mieux à faire pour promouvoir croissance et développement tous azimuts. On en voit les résultats ! La «crise mondiale» actuelle n’en est qu’un avant-goût.

Car on a voulu (les classes dominantes, particulièrement US, qui ont mis un Reagan au pouvoir tout à fait à propos) compenser l’impossibilité de «croissance infinie» de l’économie réelle (nul ne peut faire infiniment de profits avec infiniment d’arbres, par exemple, puisque la Terre ne donne pas d’infinité d’arbre etc.), par l’infinitude illusoire de la multiplication du numéraire par le numéraire : la spéculation, l’économie financière et boursière. C’est-à-dire l’économie casino : à la bourse de type capitalisme financier à la US, on ne «place» pas ses économies, on les «joue», exactement comme dans un casino… On a bien vu ce que cela a donné avec l’affolement du système financier mondialisé et l’effondrement de la bulle immobilière démarrée avec les subprimes (hypothèques fictives) aux USA. A mon avis, l’Algérie cumule les problèmes de l’économie mondiale en crise : une économie de rente basée sur 95% de recettes en hydrocarbures, ces mêmes recettes transformées en partie en importations de presque tout, y compris la main-d’œuvre pour construire nos routes et immeubles, une autre partie en fortunes individuelles aussi soudaines qu’incroyablement élevées, et une troisième partie en pseudo entreprises qui ne font que «acheter-revendre» sans pratiquement aucune valeur ajoutée locale, divers biens et services qui vont de la pizza aux merguez, en passant par les matériaux de construction. Le néolibéralisme n’est que mirage aux alouettes, farouchement profitable aux pays riches et aux classes riches des pays pauvres… mais, même là, hélas pour tout le monde, à court terme et avec de plus en plus de crises meurtrières.

L’ex-ministre de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement, Abdelhamid Temmar, n’est pas parvenu à instaurer une véritable stratégie industrielle. Il semble qu’on hésite toujours sur les grands choix de la politique économique. Ne s’agit-il pas là d’un autre retard préjudiciable pour l’Algérie ?

Abdelhamid Temmar ou pas, nul ne peut aujourd’hui savoir quoi faire avec les dérives de cette démentielle économie néolibérale qui a déferlé sur le monde, par la grâce des non moins démentiels désirs de «profits maximums infinis» des classes dominantes des pays riches en premier. Il suffit de voir à quel point les pays du G-8 et du G-20 ne savent, mais absolument pas, quoi faire devant une crise mondiale de l’économie (devenue pure finance spéculative) qui les dépasse tous ! Lorsque des DSK, des Obama, des Bernanke, des Tricher… et des Geitner ne savent plus du tout à quel saint se vouer, que voulez-vous qu’un Temmar fasse ? Cette folle économie financière livrée à elle-même est exactement comme une immonde démente créature ayant échappé à son Dr Frankenstein ! Nos «économistes» néolibéraux dominants (qui plaisent souverainement à tous les riches et classes dominantes de ce monde) ont tout simplement créé un monstre économique- financier qui les dépasse ! Ils ne savent plus du tout quoi faire, point ! Ils font ce qu’ils ont toujours fait (Alan Greenspan en a été le gourou absolu durant des années) : recourir massivement à la planche à billets pour réalimenter l’infernal cercle vicieux «offre de crédit consommation- sur-demande de crédit…». Cela a donné l’ubuesque sauvetage des brigands des grandes bourses et banques, à coups de milliers de milliards de dollars… au point où toute l’économie US (à commencer par son fleuron GM) n’est plus qu’une sorte de bizarre «communisme d’Etat» auquel personne ne comprend plus rien ! Alors que dire de l’Algérie et de ses «stratégies» ! Comme je le répète depuis des décennies, suivre le modèle US, ne peut que conduire de retard en retard (on le sait depuis le siècle dernier lorsque le modèle des pays du Nord européen et de l’Asie du Sud-Est -sans parler de la Chine aujourd’hui-, l’ont définitivement supplanté avec leurs qualités des produits – services et de vie des citoyens… Sortir, urgemment, de tout ce qui peut ressembler au néolibéralisme et au modèle US, est une «stratégie» de toute première importance pour l’Algérie actuelle.

Le traitement de certains grands dossiers à l’image de Sonatrach, ne renvoit-il pas une mauvaise image de l’Algérie ?

Je crois que cela devait arriver (ou plutôt se révéler) un jour ou l’autre, car qui ignore, ou fait semblant d’ignorer, dans notre pays, que bien des «scandales» couvent sous les tapis ? A mon avis, ces deux cas ne sont que l’une des pointes de multiples icebergs de détournement, de trafic de haut niveau, de malversations, d’abus de biens sociaux… qui finiront par émerger un jour ou l’autre. Mais recherchera-t-on vraiment les coupables, les fera-t-on passer devant une «justice» quelconque… là est le problème crucial.

Il y a longtemps, bien avant «l’ouverture chadliste», que tout un chacun sait (ou soupçonne à tout le moins) que les soudaines colossales fortunes surgies en Algérie (ou d’Algériens hors d’Algérie) dès les débuts de la fin de l’ère Boumédiène, ne sont pas le fruit du hasard ni de l’effort. L’image de l’Algérie est ternie (euphémisme) dans et hors du pays, bien longtemps avant ces affaires que vous citez, hélas ! Et leur «traitement» comme vous dites, ne peut que ternir encore davantage cette lamentable image. Plusieurs hauts affairistes, ministres, hauts fonctionnaires… auraient déjà dû être devant des commissions d’enquête publique, démis de leurs fonctions, traduits devant des tribunaux… mais, comme le dit le si sage dicton populaire, «lorsque l’on veut nettoyer des escaliers, il faut commencer par le haut»… Il est tellement dommage que notre pauvre pays ait si terriblement mis de côté ses (vrais) intellectuels, ses authentiques moudjahidine, ses élites intègres… tous et toutes poussés à l’exil (intérieur ou extérieur) faute d’avoir le moindre droit au chapitre.

Le «mangeoirisme» effréné, l’exemple venant assez vite de très haut, a fait de tout Algérien un insatiable prédateur aussi boulimique que sans scrupules. Au moins deux à trois générations en sont à la fois les acteurs et les victimes : qui arrêtera ce chaos ?

Peut-on savoir sur quoi le professeur Aktouf se penche actuellement ?

Vous voulez absolument me pousser à parler de moi à la troisième personne, comme un certain Delon ? Hé bien, par pur jeu, je vais y consentir ! Le «professeur Aktouf» se penche en ce moment, et son tout dernier livre «Halte au gâchis : en finir avec l’économie-management à l’américaine » , en témoigne de façon, je crois assez prometteuse, sur les raisons et causes profondes de l’échec cuisant d’un système qui se présentait comme irrésistiblement «rationnel» et universellement applicable, le système du «marché» fair-play, au-dessus des égoïsmes personnels, appelant en quelque sorte les humains à être pratiquement malgré eux, les acteurs inconscients et involontaires d’un monde de «concurrence pure et parfaite» où seuls les bons usages des bons «avantages compétitifs» feraient des «gagnants» qui, pour encore mieux «gagner», ne feraient que générer tout autour d’eux, de multiples autres «gagnants» ! C’est ce que promettait la belle «Mondialisation heureuse» comme l’a ingénument écrit un certain Alain Minc il y a quelque 10 à 15 ans. Il (le professeur Aktouf) se penche également sur les métamorphoses de plusieurs pays d’Amérique latine comme le Venezuela, le Brésil… la Chine… la Russie… et les constants succès des pays du Nord de l’Europe, du Japon… quels que soient les bas et les hauts conjoncturels. Et… de tout cela. Il compte bien tirer quelques pistes et leçons pour nos pays du tiers monde en général et de l’Afrique en particulier.
Entretien réalisé

par Massinissa Boudaoud
: Algérie News