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La guerre, la Grande, comme “option”…

27 sept

par Philippe Grasset pour Dedefensa

Dans ces temps de crise(s) déchaînée(s), les esprits sondent fiévreusement l’avenir. Selon la méthode habituelle de l’expertise prévisionniste qui est l’activité principale en cette matière, plutôt que l’analyse des possibilités restantes de cette dynamique de crise déchaînée et hors de nôtre contrôle, on parle en général d’“options” qui donnent l’illusion d’un reste d’un certain contrôle des choses par les directions politiques, même si c’est pour le pire.

 

Se référant en ceci au déroulement des événements des années 1930 (la Grande Dépression conduisant à la Deuxième Guerre mondiale), l’“option” de la guerre est souvent citée (la Guerre Mondiale, certes, ou Grande Guerre, avec tous les moyens armées déchaînés). C’est le cas de Jean-Michel Quatrepoint, dans son livre Mourir pour le yuan, dont Philippe Cohen, dans Marianne2, fait un compte-rendu ce 24 septembre 2011. (Le titre même indique que, dans ce scénario, la Chine a une place prépondérante, d’ailleurs en tant que nouvelle puissance dominante in being.)

« Dans un monde où chacun croit les nations dépassées et les frontières explosées, la guerre, nous rappelle Jean-Michel Quatrepoint, journaliste (il fut longtemps au Monde et à la Tribune) et économiste, est la continuation de la politique par d’autres moyens. Or, si l’on regarde les développement la crise économique et financière avec le recul de l’histoire, le temps des conflits affleure la diplomatie mondiale.

»En apparence, les dirigeants du monde sont acquis aux idéaux de paix et de prospérité. Mais nous ne sommes plus dirigés par des hommes ayant vécu dans leur enfance le traumatisme de la guerre mais par des leaders désaffiliés qui ne seront pas forcément en capacité de maîtriser les processus qu’ils ont déclenchés.

» La première dimension de la guerre qui nous menace repose selon Quatrepoint sur deux pays qui ont leur revanche à prendre sur l’histoire : l’Allemagne muselée à la sortie de la deuxième guerre mondiale et la Chine que la guerre de l’Opium a ramené à l’état de “petite nation” pendant plus d’un siècle, ont en commun une humiliation nationale et certaines similitudes que l’ouvrage souligne en les exagérant parfois. »

D’une façon paradoxale, ou qu’on jugera plutôt provocatrice c’est selon, on observera que cette option de la guerre est extrêmement “optimiste” sinon “utopique”. Elle l’est parce qu’elle s’appuie sur la proposition qu’il y a “un après”, – après la crise, puisque la guerre serait l’option qui dénouerait la crise, par le fer et par le feu, par ce que des esprits appuyés sur une raison subvertie jugeraient être comme une sorte de “Jugement de Dieu”. Notre conviction est au contraire qu’avec la crise, “il n’y a plus d’après” concevable et contrôlable par nos moyens et nos intentions. (La fameuse chanson, peut-être prémonitoire, qu’“A Saint Germain-des-Près, il n’y a plus d’après”.) Pour le cas de l’“option de la Grande Guerre”, des indications très précises montrent que nous approchons du degré de l’impossibilité industrielle et économique de cette Grande Guerre, aux moyens nécessairement considérables et au champ nécessairement mondial (projection de forces), qui est évoquée ici. Ce constat concerne les USA, qui sont, dans l’hypothèse d’un conflit de cette sorte, un acteur inévitable par ses structures de puissance traditionnelles et, dirions-nous, à cause de sa politique, potentiellement un acteur déclencheur…

Nous nous reportons, pour cette affirmation, à une nouvelle de DoDBuzz.com, ce 21 septembre 2011. Il y est rendu compte d’un rapport qui vient d’être publié, de Barry Watts et Todd Harrison, du Center for Strategic and Budgetary Assessments qui est le think tank actuellement considéré comme la meilleure et la plus précise référence dans les questions d’évaluation de la puissance militaire US, notamment dans ses aspects industriel, technologique, et de capacité de production.

« Wednesday’s brief by two of DC’s top defense analysts included another interesting element besides their endorsement of an “industrial strategy” to protect the defense sector: If the U.S. got into a desperate national pinch and needed to “surge” its stocks of weapons or equipment, it probably could not do it, they said. Barry Watts and Todd Harrison, of the Center for Strategic and Budgetary Assessments, explained that there are many reasons why the U.S. could not switch on a major industrial effort like the one that built the “arsenal of democracy” in World War II… »

Les conditions de la guerre telles que les envisagent les USA ont profondément changé, d’une part durant la Guerre Froide lorsque la perspective d’un échange nucléaire impliquait une guerre nécessairement courte, ne nécessitant aucune réserve, d’autre part durant la période depuis la fin de la Guerre Froide où les guerres n’ont nécessité, – du point de vue du matériel et de la philosophie d’emploi, – aucun effort nouveau des USA, et surtout pas la nécessité de constituer des réserves. Le résultat est que la base industrielle quantitative de production de guerre des USA est extrêmement faible, voire dérisoire par rapport à ce qui fut constitué durant la Seconde Guerre Mondiale ; sa reconstitution demanderait un effort industriel, technologique et financier qu’il est tout simplement impensable d’envisager aujourd’hui, d’autant qu’il s’agirait d’une base industrielle extrêmement sophistiquée, donc coûteuse et très longue à constituer, – si, même, les USA sont encore capables de la réaliser, hypothèse hautement incertaine.

Actuellement, les réserves US sont extraordinairement ténues. Watts-Harrison présentent le cas du missile de croisière, instrument principal d’une attaque conventionnelle de haut niveau, qui est ici exemplaire et nullement qu’execeptionnel…

« … In the event of a major conflict, analysts worry the Navy and Air Force could expend most or even all of their weapons in the opening days and then lose their initiative. Harrison said the Navy fired about 200 Tomahawk cruise missiles in the early days of the Libya intervention, which he said was about the same number the Pentagon buys in a year. Not only that, Navy warships’ Vertical Launch System tubes can’t be reloaded at sea, so if your cruiser fires all its weapons, it’s out of action until it can swing by a friendly port. »

La même situation est envisagée dans d’autres domaines, y compris ceux des effectifs eux-mêmes, complètement dépassés du point de vue quantitatif par des adversaires potentiels. Philip Ewing, l’auteur de l’article conclut : « Watts and Harrison did not take a position on that issue, but their analysis does raise the question about whether America’s arsenal is as ready for anything as we tend to think it is. »

(Dans une autre partie du rapport, examinée également par DoDBuzz.com le même 21 septembre 2011, Watts-Harrison envisage tout de même l’idée d’une mobilisation industrielle. S’ils estiment qu’elle serait en théorie possible, ils émettent l’argument qu’elle devrait s’appuyer sur une “politique industrielle” radicale, impliquant une nationalisation de facto de l’industrie de défense, – chose dont on était extrêmement loin, même durant la Seconde Guerre Mondiale aux USA. Ils concluent que “ce n’est pas une option”, dans le climat idéologique et populaire actuel, une telle orientation signifiant rien de moins qu’une économie quasiment de type socialiste. Impensable, d’autant plus que le pouvoir US est d’une faiblesse telle que même la considération théorique d’une telle option est au-dessus de ses forces.)

Dans ce contexte d’impasse complète, il faut ajouter le facteur aggravant du temps. Toute idée de reconstitution d’une base industrielle acceptable de mobilisation, outre la capacité de la réaliser, est quelque chose qui se compterait en années, en très, très longues années. Cela vaut pour les USA comme pour les autres, car cela constitue une nouvelle et implacable réalité de la situation militaire (et militaro-budgétaire). Cette idée n’est pas complètement nouvelle puisque, il y a quelques années, en 2007, une étude avait été faite sur l’hypothèse de l’attaque terrestre de l’Iran par les USA (conflit très limité, rien de la Grande Guerre envisagée). Il avait été conclu qu’un peu plus d’un million d’hommes serait nécessaire et que la seule préparation et mobilisation de cette force prendrait entre deux et trois ans. Cette fois, Watts-Harrison examinent la situation structurelle générale impliquant une restructuration, et non plus un cas structurel qui n’implique finalement qu’une extension et un renforcement de structures déjà existantes. Pour eux, il est totalement impossible d’envisager le renouvellement d’un effort semblable à celui de la Seconde Guerre Mondiale, même dans une mesure réduite. Outre la situation générale très spécifique, de quasi “désarmement” structurel avec l’absence de stock et de réserve, il existe des situations qu’on pourrait considérer comme des “goulots d’étranglement” (comme le détroit d’Ormuz, ndlr). Au contraire de la Seconde Guerre Mondiale où des usines produisant d’autres biens que de l’armement pouvaient aisément passer à la production d’armement (comme les usines Ford de production d’automobiles prenant en charge une portion importante de la production du bombardier B-24), la spécificité des produits, la très haute technologie de ces produits et des méthodes de production, rendent impossible une telle possibilité. La constitution d’unités de production demande, de la même façon, des travailleurs d’une si grande qualité et d’une si grande spécificité, des méthodes et des moyens technologiques à mesure, qu’il y a là également une situation de quasi impossibilité. Tout cela doit être d’autant mieux compris que, dans les circonstances actuelles, de telles mesures de renforcement se mesurent sur des longueurs de temps qui peuvent approcher ou dépasser la décennie, dans une situation devenue d’une extraordinaire complexité et d’une très grande tension si l’on se réfère aux difficultés, voire aux impasses de production expérimentées dans tous les grands programmes d’armement aux USA. Depuis la génération des années 1970 (F-15, F-16 et F-18), les USA ont été impuissants à conduire à terme un programme de production d’avions de combat. Le même Barry Watts qui a co-signé le rapport dont il est question observe que les USA ont eu quatre programmes d’avions de combat depuis la fin des années 1970, tous à technologies furtive (le F-117, le A-12, le B-2 et le F-22, – en excluant le F-35 dont on dirait qu’il est “en cours de difficultés” plutôt qu’“en cours de développement”) ; ces quatre programmes devaient aboutir à la production de 2.378 exemplaires, selon la programmation initiale ; la production totale des quatre a atteint 267 exemplaires, et dans des conditions d’une complète incertitude (exemple de l’immobilisation au sol des 187 F-22 qui serait sur le point de se terminer après une durée de quatre mois)…

Le cas US est évidemment le cas en pointe. Les autres puissances impliquées dans un scénario hypothétique de grand conflit connaissent de meilleures conditions d’une éventuelle mobilisation nécessaire, mais elles ont de très sévères limitations d’un autre type. (Ces puissances sont essentiellement la Russie et la Chine, mais certainement pas l’Allemagne citée par Quatrepoint, qui est un pays qui n’a plus aucune infrastructure d’armement pouvant lui permettre d’envisager quelque confit que ce soit, et n’étant plus du tout au niveau technologique adéquat, sans parler du soutien populaire.) D’une façon générale, leurs structures de force ne sont nullement orientées vers la projection de forces nécessaires à un grand conflit mais vers le contrôle de la sécurité de leurs zones régionales ; un changement radical, si même il était voulu, demanderait également un temps extrêmement long (bien au-delà de la décennie), sans nulle garantie de succès car les caractéristiques des matériels et l’infrastructure nécessaire, de très haute technologie, pour ce type de forces, pousseraient sans doute vers une situation de blocage “à l’américaine”. La situation porte donc sur un paradoxe qui contrecarre complètement le scénario envisagé : la seule puissance (les USA) qui peut porter une guerre à longue distance, – la Grande Guerre envisagée, – est en train de sombrer très rapidement dans l’impasse et l’impuissance, tandis que les autres sont dans une posture défensive.

Enfin, il y a une autre quasi impossibilité avec le facteur temps. On a vu que ces spéculations de réarmement ou de mobilisation se comptent presque en décennies, alors que les crises se précipitent à une vitesse stupéfiantes et se succèdent de semaine en semaine. Les conditions évoquées d’un conflit possible ne concernent pas une tendance longue, mais une tendance ultra-courte, incontrôlée, complètement erratique. On ne peut imaginer une disparité plus grande, avec l’idée implicite que la crise et la cause d’une éventuelle Grande Guerre seraient largement consommées dans une situation complètement nouvelle avant qu’on puisse commencer à planifier un tel conflit. Il s’agit en réalité d’une situation où le système du technologisme qui soutiendrait une Grande Guerre atteint lui-même une impasse qui est celle de notre civilisation. Encore n’envisage-t-on pas l’énorme puissance du facteur populaire, qui pourrait s’avérer comme une entrave insurmontable de plus à tout projet de Grande Guerre.

Dans cette situation extrême, et si l’on tient à conserver l’option d’une Grande Guerre, le seul moyen restant est, très simplement et radicalement, celui d’un échange nucléaire, où les moyens restent disponibles. Ce cas nous paraît très aléatoire, et dépendre essentiellement d’une instabilité psychologique poussée à son extrême. Mais ce cas, justement, peut paradoxalement bénéficier de la situation de blocage “de civilisation” décrite ci-dessus ; ce blocage est évidemment entretenu également par une paralysie et une pesanteur bureaucratiques extraordinaires, surtout dans les appareils militaires, et cette paralysie et cette pesanteur joueraient probablement contre l’option d’une guerre nucléaire, vu la prudence des bureaucraties. Cela a sans doute été le cas en 2007, selon Seymour Hersh, où la bureaucratie militaire aurait réussi, par une menace de quasi insubordination, d’envisager une attaque nucléaire contre l’Iran. (voir le 3 juillet 2006).

Observé brièvement, nous dirons que nous ne sommes dans une situation d’impossibilité structurelle d’une Grande Guerre. Il faut dire que nous n’avons absolument pas besoin de cela pour notre situation d’effondrement actuel, qui ne se fait pas selon des antagonismes humains classiques, mais par des processus internes au Système, hors de notre contrôle, et à une vitesse qui renvoie la possibilité d’une Grande Guerre à un univers dépassé, qui n’existe plus…

Philippe Grasset

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Source : Dedefensa


La diplomatie-missile d’Erdogan

21 sept 2011

par Philippe Grasset pour Dedefensa

 

Le rythme de la diplomatie du gouvernement turc et de son Premier ministre Erdogan devra-t-il être inscrit comme un des facteurs fondamentaux du “printemps arabe”, au même titre, par exemple, que la place Tahrir au Caire ? Poser la question, c’est y répondre. Les Turcs sont à l’offensive sur absolument tous les fronts, avec un objectif de facto, qu’on doit constater comme évident s’il n’est à aucun moment énoncé comme tel ; il s’agit de la destruction de l’“ordre” du bloc BAO, essentiellement tenu par Israël et son “tuteur” US, – l’un et l’autre désormais privés de soutiens de taille, comme celui de l’Egyptien Moubarak.

Les derniers développements sont particulièrement remarquables, en ce qu’ils haussent le niveau de l’offensive turque au plus haut, avec la question de l’attitude turque vis-à-vis de l’affaire palestinienne à l’ONU et l’affaire des forages en Méditerranée orientale, qu’on connaît bien ; mais surtout, affaire nouvelle venue dans sa dimension polémique, celle de l’engagement turc dans le réseau anti-missiles de l’OTAN (BMDE, pour Ballistic Defense Missile Europe – dénomination initiale US qu’on peut aussi bien garder, pour réumer les explications et les réalités de la chose). Il s’agit désormais, avec le réseau BMDE dans la forme que prend cette affaire, de questions stratégiques majeures impliquant la Turquie et l’OTAN, c’est-à-dire les USA, et les autres qui vont avec. Voyons les nouvelles…

• Le quotidien d’Ankara Hurriyet Daily News donne plusieurs informations exclusives, ce 19 septembre 2011. D’une part, le journal annonce que le cabinet turc ne prendra pas de décision définitive sur l’installation de la base de détection radar du réseau BMDE en Turquie, avant le retour du Premier ministre Erdogan, en visite aux USA, notamment pour la séance plénière annuelle de l’Assemblée des Nations-Unies. Erdogan rencontre Obama aujourd’hui. Puis l’ONU doit se prononcer sur la demande palestinienne de reconnaître l’Etat palestinien. La décision turque de retarder sa décision sur la base du réseau BMDE en Turquie intervient alors que Washington avait d’abord demandé à Ankara d’accélérer sa décision (selon DEBKAFiles, voir plus loin), et la chronologie désormais établie ressemble fort à une conditionnalité implicite ; tout se passant comme si Erdogan laissait entendre que cette décision turque dépendrait de l’attitude US dans la question palestienne à l’ONU. Cette position n’est pas à prendre comme telle, mais elle représente un acte de défiance des Turcs vis-à-vis des USA, au moins affirmé du point de vue de la communication.

Hurriyet Daily News va plus loin, au rythme de la diplomatie turque, en dévoilant que l’acceptation possible/probable de déploiement de la base du réseau BMDE sera accompagnée, très rapidement, d’une mission d’information auprès de l’Iran. Un comble, du point de vue du bloc BAO, puisque le réseau BMDE est déployé théoriquement contre une menace future possible de l’Iran (ainsi va le narrative du complexe militaro-industriel, donc il faut bien la rapporter) ; pire encore, si c’est possible, la rencontre entre Erdogan et Mahmoud Ahmadinejad, jeudi à l’ONU, à New York, avec la question du réseau BMDE au menu des conversations. … Pourquoi ne pas faire participer l’Iran au réseau, se demanderaient certains, pour protéger ce pays contre ses propres futurs missiles ? (Tout cela, après l’annonce par le ministre turc des Affaires étrangères Davutoglu que la Turquie refusera le partage avec Israël des informations obtenues par la station radar sur son sol…)

« The agreement envisions the deployment of a U.S. AN/TPY-2 (X-band) early warning radar system at a military installation at Kürecik in the Central Anatolian province of Malatya as part of the NATO missile-defense project. Obama and Erdogan will likely discuss the fate of the agreement, which has been described by anonymous U.S. officials as the most strategic deal between the two allies in the last 15 to 20 years.

»A swift approval of the deal is needed to carry out the technical phases of the radar system’s deployment before the end of this year, as suggested by the U.S. Department of Defense. U.S. warships carrying anti-ballistic missiles are expected to take up position in the eastern Mediterranean Sea in the upcoming months, U.S. media outlets have reported. As part of the project, missile shield interceptors and their launching system will be deployed in Romanian and Polish territory, in 2015 and 2018, respectively.

»Senior Turkish officials who are planning to visit Tehran in the coming weeks will seek to diffuse growing Iranian concerns about the deployment of the radar system on Turkish soil. Hakan Fichan, chief of the National Intelligence Organization, or MIT, is expected to be the first visitor, followed by Erdogan. »

• DEBKAFiles annonce effectivement, ce 19 septembre 2011, qu’un envoyé spécial du président Obama, le directeur du renseignement national (coordination et supervision de toutes les agences de renseignement US) James Clapper, se trouvait en visite surprise et d’urgence, samedi soir à Ankara. Clapper venait presser Erdogan de réduire son soutien au Palestinien Abbas, d’adopter un ton moins menaçant dans l’affaire des forages en Méditerranée orientale, impliquant Chypre et Israël, etc. Clapper venait aussi demander une accélération de la réponse turque concernant la base radar du réseau BMDE ; puis, devant les déclarations du ministre des Affaires étrangères Davutoglu dimanche, il avertissait la Turquie que le partage des informations avec Israël était une condition sine qua non de l’installation de la base en Turquie…

« Following Davutoglu’s statement on the X-band radar, Clapper was authorized to warn the Erdogan government that if it barred the sharing of information with Israel, the plan for its installation in Turkey would have to be abandoned. The entire missile shield system is based on a network of advanced radar stations scattered across the Middle East, including the Israeli Negev, and Israel’s highly-developed ability to intercept Iranian ballistic missiles. »

• On signalera également l’article du New York Times du 18 septembre 2011, où le ministre Davutoglu annonce un “ordre nouveau” au Moyen-Orient avec l’axe entre la Turquie et l’Egypte. La dynamique de la diplomatie turque prend une forme de plus en plus structurée, et de plus en plus officiellement affirmée.

• On signalera également (suite) la forme extraordinairement agressive, anti-turque, que prennent certaines interventions de commentateurs proches d’Israël par divers liens, y compris ceux de l’idéologie de l’“idéal de puissance”. L’un d’entre eux est certainement David P. Goldman (dit “Spengler” pour ATimes.com), qui publie un virulent article anti-turc (anti-Erdogan) sur le site Pajamas Media, le 18 septembre 2011 ; et un autre article dans sa chronique “Spengler” de ATimes.com, le 20 septembre 2011, où il fait un procès véritablement “spenglérien” de l’état social et culturel de l’Egypte, particulièrement méprisant pour la valeur intellectuelle et économique de ce pays et de ses habitants. Il s’agit de discréditer autant les ambitions turques que l’alliance égyptienne, exprimant en cela une frustration peu ordinaire d’Israël et du bloc BAO, appuyés sur cet “idéal de puissance” cité plus haut. (Cet “idéal” forme le tronc idéologique et darwinien commun aux diverses entités du bloc, toutes autant les unes que les autres attachées aux conceptions de puissance, – en général des frustrations psychologiques anglo-saxonnes aux visions caricaturales diverses de “la volonté de puissance” nietzschéenne.) Nous ne sommes pas loin des néocons, des ambitions impériales américanistes et des arrières pensées eschatologiques du Likoud. Cette soupe, rescapée de la première décennie du XXIème siècle, se concentre pour l’instant en une appréciation absolument toxique de ce qui est considéré par le noyau dur du bloc BAO comme une trahison de la Turquie d’Ataturk “kidnappée” par les islamistes d’Erdogan. Dans ce cas, les durs israéliens sont évidemment particulièrement concernés, avec leurs alliés neocons qui furent des auxiliaires attentifs, au niveau du lobbying bien rétribué, de l’ancien régime turc. (Richard Perle était l’un des principaux lobbyistes des Turcs à Washington dans les années 1990, appuyé sur les ventes d’armement à la Turquie, notamment de Lockheed Martin, qui finance les même néocons. C’est un aspect important des réseaux américanistes et pro-israéliens, et pseudo “spenglériens” pour le cas qui nous occupe, qui est en train de s’effondrer avec l’énorme défection turque.)

… Tout cela commençant à signifier clairement qu’en quelques semaines, depuis la mi-août pratiquement, la Turquie a complètement basculé pour se retrouver au rang de premier adversaire du bloc BAO (Pentagone + Israël, principalement) au Moyen-Orient, – à la place de l’Iran, et dans une position infiniment plus puissante que celle de l’Iran. Le renversement est fantastique, tout comme l’est potentiellement cette affaire du réseau BMDE qui implique les intérêts stratégiques de tous les acteurs au plus haut niveau. Pour le Pentagone, l’accord turc sur la station radar à installer dans la base de Kurecik, en Anatolie centrale, est présenté d’abord comme “le plus important accord stratégique entre les deux pays depuis 15 à 20 ans” ; puis il s’avère, cet accord, tellement chargé de conditions turques, comme le refus de partager les informations avec Israël, que le Pentagone doit envisager d’annuler son offre (pardon, celle de l’OTAN) ; ce qui nous permet au passage de nous interroger pour savoir qui contrôle quoi dans le réseau OTAN si les Turcs estiment avoir un droit de veto sur la disposition des radars qui seraient installés à Kurecik… Cela, jusqu’à l’annonce des assurances et des informations données à l’Iran, ce qui ne doit pas entrer dans les plans généraux du Pentagone ni de l’OTAN, ni de nombre de membres de l’OTAN qui cultivent dans leur arrière-cour la narrative de la menace iranienne.

En plus des diverses querelles et crises en développement dans l’énorme chamboulement du Moyen-Orient, l’affaire du réseau BMDE de l’OTAN, et de la Turquie, nous est précieuse parce qu’elle permet l’intégration potentielle de plusieurs crises, bien dans la logique de la Grande Crise de la Contre-Civilisation (GCCC, ou GC3). A un moment ou l’autre, la Russie ne va-t-elle pas se manifester, elle qui déteste le réseau BMDE et qui prétend avoir des relations très moyennes avec l’OTAN, et plutôt bonnes avec la Turquie ? On aura alors un lien très ferme établi avec la question de la sécurité européenne, et de l’engagement européen dans des réseaux stratégiques contrôlés par la puissance en cours d’effondrement des USA… Et que va donner cette affaire du partage avec Israël d’informations stratégiques du réseau BMDE, alors que les Turcs le refusent, alors que les Turcs ont mis leur veto à l’installation d’une délégation de liaison d’Israël à l’OTAN…

D’une façon générale, avec cet élargissement de la crise et le passage à la dimension stratégique fondamentale, on comprend alors que la Turquie est de plus en plus orientée pour tenir le rôle que la France gaullienne tenait en d’autres temps. Face à cela, la France, qui n’a réussi qu’à placer son président-poster un jour avant la visite d’Erdogan en Libye, apparaît sous la lumière impitoyable d’une dissolution totale ; son ministre des affaires étrangères, qui fut en son époque “le plus intelligent de sa génération”, s’emploie actuellement à la tâche hautement louable et profitable de faire en sorte que les USA n’apparaissent pas trop isolés lors de leur vote à l’ONU contre la reconnaissance de l’Etat palestinien…. Il est temps que les Français aillent aux urnes, pour s’occuper, puisque la Turquie s’occupe de tout. (Ce qui est effectivement et concrètement le cas : d’une façon générale, les journalistes français de “politique étrangère” des organes-Système les plus réputés, lorsqu’ils sont sollicités par des organismes internationaux pour des visites, des conférences, des rencontre, etc. répondent depuis septembre qu’ils sont totalement mobilisés par l’élection présidentielle. C’est effectivement là que se passent les choses…)

Philippe Grasset

À lire/voir également sur la crise turco-israélienne :

Turquie versus Israël, ou le poids des armes (US)

La tenaille furieuse

Un éditorialiste du Jerusalem Post dit que l’attaque terroriste d’Eilat était « justifiée »

La bonne petite guerre d’Israël

Israël fait son apparition dans le Printemps Arabe

L’ancien chef du Mossad pourrait enfiler les habits de Sharon

Des câbles secrets montrent le plan de bataille d’Israël contre la déclaration palestinienne à l’ONU

RAMSES 2012 : Israël face au Printemps Arabe (vidéo)

Les Nations-Unies vont-elles reconnaître l’Etat palestinien ? (vidéo)

Source : Dedefensa


Libye : guerre secrète

par Léon Camus pour Geopolintel

Les journalistes, fortiches en lapsus révélateurs, ne se gênent plus pour annoncer l’assaut imminent de l’OTAN sur les derniers bastions loyalistes libyens. Comme si la référence obligée à la vaillante rébellion – entre parenthèse dotée d’un coup de baguette magique de gilets pare-balles, de casques, de matériels offensifs lourds et d’une impressionnante puissance de feu, équipements qui apparemment ne sortent pas tous du seul pillage des arsenaux de la Jamahiriya – était maintenant devenue superfétatoire !

Il y a encore un mois à peine on évoquait, avec consternation ou ironie c’est selon, l’enlisement du conflit et l’impuissance des frappes combinées des aviations franco-anglaises (1). Chacun, sans beaucoup d’effort pourra à ce propos se remémorer les images des rebelles avançant en tiraillant au petit bonheur la chance puis repartant en sens inverse, se débandant dans des nuages de poussières et l’emballement des moteurs de leurs pick-up… Un mois après… succès sur toute la ligne. Les francs-tireurs brouillons se sont miraculeusement mués en combattants efficaces évoluant de manière ordonnée en tacticiens chevronnés !

Que s’est-il passé entre le moment d’un quasi enlisement et l’offensive fulgurante sur Tripoli ? L’hypothèse la plus vraisemblable est celle d’une intervention au sol des forces spéciales de l’OTAN qui en amont ont évidemment formé, entraîné et conseillé les rebelles et en aval les ont encadrés au combat. Enfin ce qu’il convient de nommer rebelles relève de la composition classique du fameux pâté d’alouette dans lequel la proportion est d’un oiseau pour un cheval ! Six cents hommes environ ont livré la bataille de Tripoli du 21 au 24 août. Venus pour les uns par mer depuis l’enclave côtière de Misrata, pour d’autres à partir du Djebel Nefoussa au Nord de la capitale où un aérodrome a été spécialement aménagé… Toutes choses qui supposent un plan tactique élaboré et une parfaite coordination opérationnelle dépassant de loin les compétences dont la rébellion avait fait preuve jusque là…

Six cents combattants dont la majeure partie était des bi-nationaux (bien préparés apparemment !),vivant à l’étranger (2) ! Que faut-il entendre par bi-nationaux : des Sépharades israélo-libyens (rappelons que la grand-mère de Mouammar Kadhafi était juive) à l’instar de ces Irakiens qui ont combattus sous l’uniforme américain en Irak et dont les corps de certains ont été rapatriés aux États-Unis enveloppés dans un drapeau frappé de l’Étoile de David ? Ou bien des djihadistes anciens des fronts afghans comme Abdelhakim Belhadj (3), chef du Conseil militaire de Tripoli mais peut-être aussi relai ou cheville ouvrière de la CIA comme l’a été en son temps Ben Laden en Afghanistan ?

Cocasse lorsque l’on sait les liens entretenus par Kadhafi avec la CIA et le MI-6 notamment dans la lutte anti-salafiste. Les Anglo-Américains avaient entre autres trouvé l’expédient de livrer des terroristes présumés à la Libye – idem pour l’Égypte ou le Pakistan – afin qu’ils y soient interrogés selon des méthodes non conventionnelles (chacun saisira de quoi il s’agit). Des documents prélevés dans les archives l’Agence de la sécurité extérieure libyenne par l’ONG américaine Human Rights Watch l’attesteraient sans équivoque, aucune (4). Les révélations se multiplient d’ailleurs à ce sujet, et jusqu’au plus grotesque… ainsi l’ex-Premier ministre anglais Tony Blair aurait lui-même mis la main à la pâte pour la confection d’une thèse de doctorat de London School of Economics au profit du fils aimé du Raïs libyen, Saïf al Islam (Cf. The Sunday Times 04/09/11) !

Plus modestement, les Français, pour leur part et selon le Wall Street Journal (5), avaient en 2008 équipé le renseignement libyen avec le logiciel de surveillance électronique Eagle… dont une version est opérationnelle en France depuis 2009 ! Mis au point conjointement par l’armée et par la filiale Amesys du Groupe informatique Bull, Eagle conférait aux services de sécurité libyens la capacité de placer sous surveillance simultanément les 8 millions de personnes composant la population libyenne. Excusez du peu ! Sur ce chantier, militaires français et ingénieurs de Bull ont œuvré en relation directe avec Abdallah Senoussi, beau-frère de Kadhafi et patron redouté des services de renseignement libyens. Un personnage connu pour avoir été condamné par contumace en raison de son implication dans la destruction au-dessus du Niger, en 1989, au moyen d’un missile, du vol 772 d’UTA. Acte de guerre qui fit 170 victimes !

Aujourd’hui, à rebours des amours d’hier, la rumeur médiatique – au Pakistan en tout cas – veut que la CIA ait recruté 1500 hommes aguerris pour combattre en Libye (6). Le chiffre est considérable et serait certainement plus vraisemblable divisé par dix. Au demeurant le fait n’aurait rien d’invraisemblable sachant que la même procédure a déjà été utilisée durant les guerres balkaniques, notamment en Bosnie. Reste qu’un mensonge franc et massif peut en cacher beaucoup d’autres, surtout par omission.

Ainsi lorsque la main sur le cœur M. Longuet jure mordicus au cours du 7/9 de Patrick Cohen du 23 août que la France n’a pas d’ « hommes au sol », le ministre de la Défense (mieux vaudrait dire de la Guerre ?) prend à l’évidence les auditeurs de France Inter pour ce qu’ils ne sont pas forcément, à savoir de fieffés imbéciles. Reste qu’en mentant comme un arracheur de dent M. Longuet masque des strates beaucoup plus troubles de la guerre subversive néocoloniale que livre en Libye les États-Unis et ses alliés euroméditerranéens, Israël, le Royaume-Uni, la France sarkozienne et l’Italie berlusconienne. Polariser l’attention sur un mensonge grossier et l’essentiel passera à l’as tant la presse ne se préoccupe au mieux que des verrues poussant sur les longs nez de nos Pinocchio politiques…

Parce qu’enfin, qui peut ignorer ce sur quoi toute la presse bien-pensante glose depuis des semaines en tentant maladroitement de faire la part du feu, c’est-à-dire de minimiser au moyen de semi aveux le rôle réel des troupes alliées au sol ? Le 25 août Le Point.fr titre « Paris confirme la présence de militaires français (et britanniques) en civil auprès de l’état-major des rebelles »… « Ces agents sont installés dans l’enceinte de la raffinerie à l’arrêt de Zuwaytinah, centre de commandement rebelle pour le front est, à environ 150 kilomètres au sud-ouest de Benghazi, siège du CNT ». Le 26 août, les services de communication de l’armée lâchaient également un peu de lest reconnaissant la présence en Libye d’une trentaine de militaires du Commandement des Opérations Spéciales (COS) tout en faisant attribuer le mérite de cette révélation à une indiscrétion de l’ineffable et détestable B.H. Lévy, l’homme de toutes les haines et de tous les fronts de guerre.

Au détour de ces timides aveux l’on voit donc se confirmer ce que nous écrivions en début d’article : début juin les insurgés se trouvaient en mauvaise posture à telle enseigne que l’armée de l’air (française) du procéder à des largages dans le secteur du Djebel Nefoussa déjà mentionné, au sud-ouest de Tripoli. Parachutages principalement constitués de médicaments et d’armes légères fournies par le Qatar ! En tout état de cause l’on voit mal comment des gens si mal lotis auraient pu remporter deux mois plus tard, et de haute main, la victoire sur les troupes organisées de Tripoli ?!

Il est incontestable que l’arbuste ne doit pas cacher la forêt : les rebelles ont lancé leur assaut le 20 août contre la capitale libyenne sous le nom de code « Opération aube de la sirène »… Un nom bien peu bédouin s’il en est ! Un assaut qui rappelait furieusement – mais en plus grand – la prise de la résidence de Laurent Gbagbo à Cocody, laquelle s’est effectuée sous le feu de des hélicoptères de combat français et onusiens et avec la participation au sol des forces spéciales tricolores… Celles-ci s’étant effacées à temps pour laisser parader une poignée d’exubérants assaillants locaux…. Ici l’on peut supposer – car nous n’y étions point et par conséquent nous sommes condamnés aux recoupements – que le matraquage par les chars volants de l’OTAN et l’artillerie de marine de nos bâtiments de guerre tirant à feu roulant, ont fait les trois quarts du travail… Néanmoins, les communiqués triomphalistes omettent de dire qu’à ce jour dix pour cent de la ville ne sont toujours pas tombés et 10% cela fait quand même, au bout de quinze jours une grosse poche de résistance !

Nous ne pourrions pas clore ce chapitre de nos guerres aventureuses qui commencent si bien et finissent généralement si mal – comme en Afghanistan et en Irak – sans une dose (minimale) de prospective géopolitique… Car il apparaît, gros comme le nez au milieu du visage, que l’affaire libyenne devrait rapidemententraîner des changement substantiels chez le grand voisin algérien, autre pion important sur l’échiquier pétrolier africain, et dirigé par un homme, Bouteflika, en complète fin de partie, et aussi par une armée qui semble avoir perdu foi en sa mission. La question qui s’impose alors : savoir dans quelle mesure la guerre subversive conduite contre la Libye – un cauchemar géopolitique potentiellement pire que celui de la Yougoslavie, l’Irak et l’Afghanistan réunis ? (LEAP 6/7/11) – pourrait constituer un facteur aggravant au processus de dislocation régionale ayant démarré l’hiver dernier avec les révoltes arabes ? Convulsions qui ne sont au fond que des manifestations périphériques de la crise systémique globale que nous traversons et subissons… À ceci près que ces crises ne sont pas tout à fait le fruit du hasard et que certains apprentis sorciers les planifient depuis près de soixante ans au risque de nous engloutir avec eux… (7) de la subversion à la submersion ? Mais désormais aujourd’hui plus aucun bastingage ne nous sépare plus de Charybde et de Scylla !

Léon Camus

Notes

(1) AFP/le Figaro 04/08/2011. Alain Juppé se contredisant : « Ça fait cinq mois que nous intervenons, personne n’a jamais parlé de guerre éclair… Sans doute avons-nous sous-estimé la résistance des forces de Kadhafi mais il n’y a pas enlisement. » En mars, le ministre des Affaires étrangères affirmait cependant que l’appui aérien aux insurgés ne devait durer que quelques semaines et « sûrement pas des mois »

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Second…

(3) Belhadj, alias Abou Abdellah Assadak, né en 1966 en Libye, ingénieur de formation, membre du Groupe islamique de combat libyen, il a participé au djihad en Afghanistan, Tchétchénie et Irak. Arrêté en 2004, il passe entre les mains de la CIA en Malaisie avant d’être remis aux services libyens, époque où la « Cie » s’était assurée « d’une présence permanente » dans sa succursale libyenne. Belhadj sera libéré avec 170 autres salafistes, suite à un accord négocié entre Saïf Al Islam Kadhafi et le GIC. L’émir du GICL – le premier à avoir pénétré dans l’enceinte du palais de Bab al-Aziza – aurait été le possible instigateur le 29 juillet de l’assassinat d’Abdelfattah Younès, alors commandant des forces rebelles mais ancien ministre de l’Intérieur libyen, autrement dit un autre grand démocrate devant l’Éternel. Aujourd’hui Belhadj voudrait engager des poursuites contre ses probables commanditaires de la CIA et du MI-6, sans doute pour effacer de la sorte son « retournement » ou son instrumentation par iceux ?

(4) Wall Street Journal http://online.wsj.com/article/SB100…

(5) Firms Aided Libyan Spies – WSJ Middle East 30 août 11

(6) http://www.nation.com.pk/pakistan-n…

(7) « Kivounim » Jérusalem février 1982. Pages 49 à 59. « En tant que corps centralisé, l’Égypte est déjà un cadavre…Sa division en provinces géographiques distinctes doit être notre objectif politique pour les années 1990, sur le front occidental. Une fois l’Égypte ainsi disloquée et privée de pouvoir central, des pays comme la Libye, le Soudan, et d’autres plus éloignés, connaîtront la même dissolution… La partition du Liban en cinq provinces… préfigure ce qui se passera dans l’ensemble du monde arabe ».

Source : Geopolintel


Une guerre contre l’Iran avant septembre 2011?

L’ex-chef des Services secrets israéliens prend position contre son gouvernement et met en garde contre une catastrophe pour Israël

La «Neue Zürcher Zeitung»,1 le «New York Times»2 et beaucoup d’autres journaux nous apprennent qu’Israël débat d’une éventuelle guerre contre l’Iran entre juin et fin sep­tembre. Fait extraordinaire, pour la première fois dans l’histoire du pays, un ancien chef du Mossad, c’est-à-dire des Services de renseignements, critique officiellement et sans aucune ambiguïté les dirigeants de son pays. Meir Dagan, qui a pendant plus de 8 ans, jusqu’en septembre dernier, assuré la sécurité extérieure d’Israël, ne passe pas pour un homme de gauche. Son intervention publique est d’autant plus explosive qu’elle a amené le commentateur d’un journal israélien à considérer la situation comme extrêmement grave. Et cela, selon l’ex-patron du Mossad, pour la survie de l’Etat d’Israël. Pour les médias israéliens, on ne sait pas si d’autres hauts responsables de l’establishment militaire et du renseignement partagent l’avis de Meir Dagan, mais on peut le supposer. Nous allons reproduire ci-dessous des extraits du débat et les déclarations du ministre israélien de la Défense Ehud Barak en nous fondant sur l’édition anglaise on line du quotidien israélien «Haaretz».
Des extraits de l’ouvrage de l’historien américain Stephen J. Sniegoski intitulé «Transparent Cabal. The Neoconservative Agenda, War in the Middle East and the National Interest of Israel» éclairent la dimension historique de l’implication des Etats-Unis dans cette affaire. (cf. p. 5 de notre journal). En effet, les néoconservateurs, qui ont fait la une des journaux surtout sous le gouvernement Bush, ne restent pas inactifs sous Obama. On verra si les «réalistes» autour de Zbigniew Brzezinski qui, comme Meir Dagan, sont farouchement opposés à une guerre contre l’Iran, arriveront à s’imposer.

ts. Selon la «Neue Zürcher Zeitung», le «New York Times» et divers autres journaux, en particulier des journaux israéliens, Meir Dagan, ancien chef du Mossad (chargé du renseignement, des opérations spéciales et de la lutte anti-terroristes à l’extérieur d’Israël), a déclaré, lors d’une conférence tenue le 1er juin à Tel Aviv, qu’Israël ne pourrait pas résister à un conflit régional déclenché par une attaque israélienne contre les installations nucléaires iraniennes. Il a insisté sur le fait qu’Israël n’était pas en mesure de mettre un terme aux ambitions nucléaires de l’Iran, qu’il pouvait tout au plus les retarder. Lors de sa première intervention publique après son départ en septembre 2010, Dagan avait déclaré en mai dernier, lors d’une conférence tenue à l’Université hébraïque de Jérusalem, qu’un bombardement des installations nucléaires iraniennes était «la chose la plus stupide [qu’il ait] jamais entendue». Et le 1er juin, il a été encore plus précis.
Dans un article intitulé «Selon l’ex-patron du Mossad, Israël ne résistera pas à la guerre que provoquera une attaque de l’Iran», Gili Cohen cite Dagan: «Si quelqu’un envisage sérieusement une attaque, il doit comprendre qu’il entraînera Israël dans une guerre régionale dont il ne saura pas comment sortir. Le risque pour sa sécurité serait insupportable. […] L’option militaire est la dernière option, l’ultime solution. Il faut envisager toutes les autres solutions avant le recours à la force.» A ceux qui l’ont critiqué, Dagan à répondu: «Je me sens obligé d’exprimer mon opinion sur certains sujets. Le Premier ministre et le ministre de la Défense sont les personnes en fonctions, mais parfois les bonnes intuitions et les bonnes décisions n’ont rien à voir avec le fait d’avoir été élu.»
En ce qui concerne les relations avec les Palestiniens, Dagan est d’avis qu’Israël devrait prendre l’initiative diplomatique: «Je pense qu’il devrait y avoir une initiative diplomatique. Les Palestiniens sont ici et il faudrait parvenir à un accord avec eux. Si nous ne faisons pas d’offre et que nous attendons, nous pourrions être confrontés à une réalité dans laquelle on nous imposerait des choses. Mais si nous pouvons choisir entre l’initiative et la contrainte, je préfère l’initiative.»3

Début de la guerre: entre le départ de Gates et celui de Mullen

Le 1er juin également, dans un article du «Haaretz» intitulé «Le nouvel état-major de la sécurité d’Obama pourrait approuver une attaque contre l’Iran», Amir Oren écrit qu’Obama a renouvelé une année avant les élections présidentielles son équipe chargée de la sécurité, ce qui entraîne de sérieuses conséquences pour Israël. Quatre mois avant le départ à la retraite de l’amiral Michael Mullen en tant que président des chefs d’états-majors interarmées, Obama a prévu pour lui succéder le général Martin Dempsey. Il y a peu de chances qu’au début de son mandat, Dempsey conseille à Obama d’attaquer l’Iran ou d’autoriser Israël à le faire. Il en va autrement de Mullen, qui ne réagirait pas avec enthousiasme à une attaque, mais ses liens avec l’état-major de l’armée israélienne sont si étroits qu’on peut supposer qu’il ne torpillerait pas une attaque israélienne sous Netanyahou et Barak. Oren conclut ainsi: «Entre la fin juin avec le départ de Gates et la fin septembre avec le départ de Mullen, le risque est grand que Netanyahou et Barak cherchent à créer la surprise en Iran, en particulier parce que cela détournerait l’attention de la question palestinienne.»
Voilà ce que pense Oren de la fenêtre temporelle d’une éventuelle guerre contre l’Iran.4

Absence d’aptitude au commandement

Le 3 juin, Ari Shavit évoque dans «Haaretz» une aggravation des tensions entre Dagan d’une part et Netanyahou et Barak d’autre part. Sous le titre «Dagan met en garde contre le manque de discernement de Netanyahou», il écrit que l’ex-patron du Mossad Meir Dagan s’inquiète davantage du manque d’aptitude au commandement du premier mi­nistre Benjamin Netanyahou et du ministre de la Défense Ehud Barak que des menaces iraniennes ou palestiniennes. La situation sera critique en septembre 2011 quand les Palestiniens demanderont devant l’Assemblée générale des Nations Unies la reconnaissance de leur Etat dans les frontières de 1967, demande dont Ethan Bronnen suppose, dans le «New York Times» du 3 juin, qu’elle sera approuvée.
Dagan qui, selon Shavit, est certes opposé à un tel Etat palestinien, est persuadé que pour son bien, Israël ferait mieux de prendre l’initiative diplomatique. Sinon il se pourrait que l’isolement croissant d’Israël mette ses dirigeants au pied du mur et les pousse à entreprendre des opérations irréfléchies contre l’Iran. Deux craintes ont incité Dagan à parler, Dagan qui est loin d’être un homme de gauche bien que ce soit ainsi que l’ont qualifié, à tort, les ministres du Likoud: ses opinions politiques sont plutôt un mélange de Sharon et d’Olmert. La première de ces craintes est celle, que nous avons déjà mentionnée, de voir Israël subir passivement des contraintes extérieures, si bien qu’il ferait mieux de prendre l’initiative de négociations (Dagan est favorable à l’initiative de paix saoudienne).
Sa seconde crainte, toujours selon Shavit, est que ne se développe une guerre régionale étendue à laquelle Israël aurait de la peine à résister. Si le traumatisme de Sharon était la défaite d’Israël à Latrun en 1948, celui de Dagan est la défaite de son pays au Sinaï dans les premiers jours d’octobre 1973. C’est à cause de ce traumatisme qu’il se sent obligé moralement d’empêcher une guerre inutile. C’est pourquoi, conscient qu’il brisait un tabou, il s’est adressé à l’opinion pu­blique pour ne pas faire partie de ceux qui se taisent, comme ce fut le cas avant la guerre du Yom Kippour.
Shavit loue le courage de Dagan. En temps normal, un ancien patron du Mossad ne se serait pas adressé ainsi à l’opinion publique, mais les temps ne sont pas normaux: il est moins cinq.5

Détourner l’attention de la création d’un Etat palestinien

Le 5 juin, dans «Haaretz», sous le titre «Ce que Dagan sait», Amos Harel fait part de quelques réflexions sur ce thème brûlant. Utilisant un terme du Mossad, il parle d’«assassinat ciblé» à propos de l’option militaire contre l’Iran par Dagan et relève que certains experts en sécurité, parmi lesquels il n’y a que peu de fans de Netanyahou et de Barak, craignent cependant que les déclarations de Dagan ne sapent les efforts israéliens en vue d’actions internationales contre l’Iran. Une issue positive est peu probable si l’Iran ne peut pas redouter une attaque d’Israël et si l’Occident ne peut pas comprendre qu’Israël pourrait «péter les plombs» («go berserk»). Le débat stratégique en Israël recouvre la période allant de septembre 2007, lorsqu’Israël, selon les médias occidentaux, a bombardé un réacteur nucléaire syrien, et septembre 2011, date de la tentative des Palestiniens d’obtenir de l’ONU la reconnaissance de leur Etat. De l’avis de certains experts occidentaux, la fenêtre des possibilités d’attaquer l’Iran se refermera.
Penser que Netanyahou et Barak chercheraient à éviter la crise qui les menace en septembre prochain (éventuelle reconnaissance d’un Etat palestinien par l’ONU) en attaquant l’Iran semble relever de la théorie du complot. Mais la question est de savoir quelles informations les responsables possèdent sur les événements-clés des dernières années. Si Dagan a vraiment observé un manque de discernement chez Netanyahou et Barak, il n’est pas étonnant qu’il tire la sonnette d’alarme publiquement, en particulier si son opinion est partagée, comme il semble le penser, notamment par l’ex-chef d’état-major de l’armée israélienne Gabi Ashkenazi, par l’ancien chef des Services de renseignements intérieurs (Shin Bet) Yuval Diskin et, avec moins d’enthousiasme, par l’ex-chef des Services de renseignements militaires Amos Yadlin.
Le fait qu’en parlant comme il l’a fait, Dagan ne se rende pas coupable de haute trahison est conforme au rapport intérimaire de la Commission Winograd sur la seconde guerre du Liban. On peut y lire ceci: «Le devoir suprême de loyauté parmi les professionnels est celui à l’égard de leur profession et de leur rôle, non celui à l’égard de leurs supérieurs hiérarchiques. Il vaut toujours mieux commencer par des discussions et des mises en garde à l’intérieur de l’organisation. Mais quand un supérieur ou une organisation agissent d’une manière qui peut, aux yeux d’un professionnel, causer de graves dommages, celui-ci devrait lancer une mise en garde et non chercher à éviter une confrontation directe avec son supérieur.» C’est là un principe qui réfère à des événements de la Seconde Guerre mondiale («Je n’ai fait qu’obéir aux ordres.») et aux conséquences qui en ont été tirées dans les Principes de Nuremberg (Chaque individu est personnellement responsable et ne peut pas se défausser sur la chaîne de commandement.)
Le journaliste du «Haaretz» conclut son article en écrivant que le personnage-clé d’une guerre contre l’Iran reste le chef de l’état-major. Il s’agit pour le moment de Benny Gantz. Bien que d’une manière générale, il ait l’air plus décontracté et plus ouvert à la critique que son prédécesseur Ashkenazi, un de ses anciens supérieurs a fait remarquer que c’était un homme intègre qui n’hésiterait pas, au moment critique, à rester sur ses positions.6

Le premier devoir civique de Dagan

Dans un article d’«Haaretz» du 5 juin intitulé «Israël devrait tenir compte de la mise en garde de l’ancien patron du Mossad contre une attaque de l’Iran», Gideon Levy déplore la nature du débat public en Israël. Pour lui, l’intervention publique de Dagan ne relevait pas seulement de son bon droit mais c’était son premier devoir civique. S’il avait agi autrement, il n’aurait pas rempli son rôle d’ancien chef du Mossad. Dans ses an­ciennes fonctions, il avait empêché des aventures comme celle de Netanyahou et de Barak, qu’il considère comme dangereuse. Il mérite qu’on le loue pour sa démarche responsable et courageuse. Il a agi en gardien de l’Etat désireux de lui éviter une seconde guerre du Yom Kippour. Ce n’est pas lui qui représente un danger pour Israël mais au contraire ceux qui voudraient lui interdire de parler. En se taisant, il aurait nui à la sécurité du pays. En parlant, en revanche, il la renforce. C’est l’heure de gloire de Dagan, dont le passé contient plus d’un chapitre trouble, aventureux, voire effrayant. Sur bien des points, il s’est exprimé de manière contradictoire, mais ce n’est pas un homme de gauche. Sur la question de l’Iran, il a toujours fait entendre la voix de la raison. Ceux qui lui ont confié pendant huit années le Mossad ne peuvent pas brusquement le faire passer pour fou, comme ils viennent de le faire. Si le Mossad avait été dirigé par un fou, la responsabilité en reviendrait à ses supérieurs.
A la fin de son article, Levy s’intéresse à la nature du débat public en Israël. On peut comprendre que des politiques cherchent à étouffer le débat public, bien que ce ne soit pas acceptable. Mais quand une armée de journalistes et de commentateurs s’y met, il y a quelque chose de fondamentalement faux dans la conception du rôle des médias. Au lieu de se comporter comme des hommes d’Etat ou des généraux, les médias auraient dû tirer la sonnette d’alarme, au moins aussi fort que Dagan.7

Dagan: Une attaque contre l’Iran serait contraire au droit international

Le 6 juin, «Haaretz» a publié, sous le titre «Barak: Les déclarations de Dagan sur l’Iran nuisent à la force de dissuasion d’Israël», une réplique du ministre israélien des Affaires étrangères Ehud Barak aux propos de Dagan. Il est revenu sur le sujet lors d’une interview accordée à «Israel Radio»: Toute tentative de clarifier les ambiguïtés de la question iranienne affaiblit la position d’Israël face à l’Iran. L’option militaire contre l’Iran doit rester sur la table afin que les efforts internationaux visant à stopper le programme nucléaire de l’Iran soient efficaces. Barak a précisé: «Il n’existe pas de décision d’attaquer l’Iran. Nous ne prenons pas des décisions à l’avance pour des situations hypothétiques. Je ne crois pas que quiconque serait heureux que l’on déclenche une opération militaire contre l’Iran.»
L’article de «Haaretz Service» et de «Reuters» fait remarquer en outre que Dagan a clairement fait la distinction entre deux programmes nucléaires iraniens, d’une part une structure secrète et d’autre part le programme civil. Seul le second est soumis à un contrôle international. Dagan a déclaré: «Toute at­taque contre le programme civil serait contraire au droit international.» L’article poursuit en mentionnant les craintes de Dagan dont nous avons parlé plus haut en ajoutant toutefois que l’ex-patron du Mossad a précisé qu’il était important de se rappeler que la guerre était seulement une option parmi beaucoup d’autres.8

Obama a-t-il l’intention de maintenir l’hégémonie occidentale?

Dans un article du 8 juin intitulé «Iran: Israël et les Etats-Unis tentent de provoquer une guerre régionale», «Haaretz Service» évoque l’appréciation de la situation par l’Iran. Il se réfère à un communiqué d’«Israel Army Radio» selon lequel le ministre iranien des Affaires étrangères accuse les deux pays de comploter contre l’Iran: «Les Américains croient que le résultat immédiat d’un conflit militaire dans la région sauvera le régime sioniste.» Il ajoute que les Etats-Unis et Israël essaient d’affaiblir les révoltes populaires dans la région afin de stopper l’extension de l’Islam auprès de leurs alliés dans la région. Obama veut maintenir l’hégémonie occidentale au Moyen-Orient et détruire la Répu­blique islamiste d’Iran.9

Tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie

On souhaite pour tous les habitants du Moyen-Orient, et même au-delà, que dans la situation tendue actuelle des personnalités sages, prévoyantes et diplomates puissent l’emporter sur les va-t-en-guerre, d’où qu’ils soient. En effet, la guerre signifie toujours souffrances, misère, horreurs, graves maladies et mort.    •

1    Cf. George Szpiro: Der ehemalige Mossad-Chef macht sich Sorgen, Neue Zürcher Zeitung du 8/6/11.
2    Cf. Ethan Bronner: A former spy chief questions the judgment of Israeli leaders. New York Times du 3/6/11. www.nytimes.com/2011/06/04/world/middleeast/04mossad.html
3    Cf. Gili Cohen: Israel won’t withstand war in wake of strike on Iran, ex-Mossad chief says. Haaretz du 1/6/11. www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/israel-won-t-withstand-war-in-wake-of-strike-on-iran-ex-mossad-chief-says-1.365396
4    Cf. Amir Oren: Obama’s new security staff may approve attack on Iran. Haaretz du 1/6/11.

www.haaretz.com/print-edition/opinion/obama-s-new-security-staff-may-approve-attack-on-iran-1.365251
5    Cf. Ari Shavit: Dagan warns of Netanyahu’s poor judgment. Haaretz du 3/6/11. www.haaretz.com/print-edition/news/dagan-warns-of-netanyahu-s-poor-judgment-1.365616
6    Cf. Amos Harel: What Dagan knows. Haaretz du /5/6/11. www.haaretz.com/print-edition/opinion/what-dagan-knows-1.365976
7    Cf. Gideon Levy: Israel should heed ex-Mossad head’s Iran attack warning. Haaretz du 5/6/11. www.haaretz.com/print-edition/opinion/israel-should-heed-ex-mossad-head-s-iran-attack-warning-1.365973
8    Cf. Haaretz Service/reuters «Barak: Dagan’s comments on Iran hurt Israels’s ability of deterrence». 6/6/11. www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/barak-dagan-s-comments-on-iran-hurt-israel-s-ability-of-deterrence-1.366295
9    Cf. Haaretz Service: Iran: Israel and U.S. are trying to provoke a regional war. 8/6/11.
www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/iran-israel-and-u-s-are-trying-to-provoke-a-regional-war-1.366660


L’UNESCO et le « symposium international sur la liberté d’expression » : entre instrumentalisation et nouvelle croisade (il fallait le voir pour le croire)

Viktor DEDAJ
Le 26 janvier 2011, la presse Cubaine a annoncé l’homologation du premier vaccin thérapeutique au monde contre les stades avancés du cancer du poumon. Vous n’en avez pas entendu parler. Soit la presse cubaine ment, soit notre presse, jouissant de sa liberté d’expression légendaire, a décidé de ne pas vous en parler. (1)
Le même jour, à l’initiative de la délégation suédoise à l’UNESCO, s’est tenu au siège de l’organisation à Paris un colloque international intitulé « Symposium international sur la liberté d’expression ». Lorsqu’on voit une telle affiche, on n’a qu’un envie : s’inscrire pour y participer et pouvoir baigner pendant toute une journée en compagnie d’un gotha mondial de la liberté d’expression. L’absence de Chomsky et quelques autres aurait dû me mettre la puce à l’oreille et me faire préférer passer la journée au Monoprix du coin. L’organisation du colloque par la délégation suédoise ( ? Ca vous dit quelque chose ?) et son comportement aura été le dernier clou sur le cercueil de mes illusions. Quant au contenu général des exposés, que dire, sinon qu’après avoir passé une journée entière, autant vous en faire le compte-rendu…
A l’issue donc d’une journée de conférences et de quelques courtes séances de questions/réponses avec la salle, la première impression que laisse ce colloque est qu’il aurait pu être rebaptisé « comment asséner des énormités devant un parterre de personnalités sans provoquer la moindre réaction », car le constat est clair : l’UNESCO a été l’objet d’une tentative de manipulation destinée à transformer une des dernières organisations internationales « indépendantes » en un vecteur de propagande supplémentaire sous couvert de lutte pour la « liberté d’expression », présentée comme une nouvelle mission. Le tout devant – et avec l’apparent assentiment – d’une salle de conférence pleine à craquer de personnalités de tous horizons. A peine quelques voix discordantes dans la salle se sont fait entendre devant une avalanche de platitudes, d’amalgames et d’incohérences entrecoupés de quelques rares moments de vérité (mais un coup de chapeau malgré tout au modérateur, Helge Ronning, professeur au département Médias de Communication de l’université d’Oslo)
Parmi les intervenants, on a retrouvé notamment l’ineffable Jean-François Julliard (secrétaire général de Reporters Sans Frontières) et, sous son air bonhomme et décontracté, genre mec sympa, le terrifiant Robert O. Boorstin (présenté comme le Directeur des affaires publiques de Google).
La journée a débuté (assez logiquement) par la session d’ouverture. Interventions de Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO suivie de celle de Birgitta Ohlsson, ministre suédoise pour la démocratie et les affaires européennes. Je consulte mes notes : rien, juste « banalités/clichés » rédigé d’une main apparemment déjà agacée. Ah si, j’ai aussi noté « citation Orwell, Newton, Camus ». Je n’ai pas noté lesquelles. Ça vous intéresse vraiment ?
L’intervention de Frank La Rue, rapporteur spécial des Nations Unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, est décousue et improvisée. Je note au passage qu’il nous apprend que le Guatemala, son pays d’origine, vient d’inventer le « délit fiscal », c’est-à-dire l’interdiction de « faire paniquer les marchés ». Il sera aussi le seul de la journée à mentionner le Droit à l’information, le Droit à l’accès à l’information (j’y reviendrai) ainsi que le droit à l’éducation et au développement.
Le statut de la liberté de la presse dans le monde
Après une courte pause, la conférence suivante s’intitulait « le statut de la liberté de la presse dans le monde ». En guest star : Reporters Sans Frontières, véritable couteau-suisse à tout faire et VRP de toutes les causes médiatisées, spécialisée en : liberté de la presse, liberté d’expression, liberté tout court, et même de la démocratie en Chine ; vendeurs occasionnels de calendriers : distributeurs de gilets pare-balle, de rapports super-précis avec classement numéroté ; encaisseurs de fonds distribués par des états, des organisations gouvernementales, des organisations semi-gouvernementales, des organes de presse, et – grande nouveauté, enfin – d’une « totale transparence » et dont « les comptes sont au siège et disponibles à tous ceux qui voudront les consulter, tout est là » (J-F Julliard).
[Et soudain je remarque au passage l’absence d’Amnesty International à un colloque sur la liberté d’expression. Et je me souviens que cette organisation a garanti son indépendance dés sa création en refusant les fonds d’origine gouvernementale ou, d’une manière générale, toute source pouvant créer un conflit d’intérêts avec sa mission. Et je remarque aussi que cette organisation – dont tout le monde adore citer le rapport qui confirmerait ses propres préjugés – a disparu des médias ces dernières années. Les grands médias préfèrent RSF et nous verrons plus loin pourquoi.]
Omar Faruk Osman (Président de la Fédération des journalistes africains – FAJ), Gayathry Venkiteswaran (Directrice de l’Alliance de Presse de l’Asie du sud-est) et Khaled Abu Aker, (Directeur du Réseau Internet des médias arabes) ont chacun, pour leurs régions respectives, dressé l’état de la liberté de la presse.
Quant à Jean-François Julliard (RSF), il n’a pas déçu : le bilan habituel, le classement habituel, la cartographie habituelle de la situation de la liberté de la presse dans le monde, les clichés habituels, et les affirmations erronées habituelles assénées régulièrement par son organisation. Une nouveauté toutefois, RSF surveille désormais les risques encourus par les journalistes qui travaillent sur les questions d’environnement.
Dans le classement « impartial » de Reporters Sans Frontières, un pays, appelons-le X, où aucun journaliste n’a été assassiné ces 50 dernières années est classé en « situation inacceptable ». Inacceptable, pour qui ? A l’inverse, une grand puissance, appelons la Y, dont différentes forces officielles ont bombardé des sièges de médias, tiré sciemment sur un hôtel rempli de journalistes, interdit la présence de journalistes sur les terrains d’opération, enfermé à Guantanamo un journaliste d’Al Jazeera et dont récemment de hautes personnalités ont appelé à l’élimination physique de Julian Assange est classée – vous l’aurez deviné – en « satisfaisante ». Satisfaisante, pour qui ?
J-F Julliard argumenterait probablement que dans le cas du pays X, il y a des « journalistes » qui sont toujours en prison. Ce à quoi on lui répondra que dans le cas de la puissance Y, il y a encore plus de journalistes qui sont toujours morts.
La conférence suivante s’intitulait « La liberté de la presse sur internet ». Guy Berger (Directeur de l’Ecole du journalisme et des Médias en Afrique du sud) a présenté une étude sur les propos tenus dans les forums internet en Afrique du Sud lors des émeutes xénophobes de 2008. Premier constat : dans une ambiance de violence et de haine, de nombreux propos publiés sur des forums de journaux y compris « progressistes » – et filtrés par des modérateurs – violaient toutes les règles et codes de déontologie. Interrogés, les modérateurs ont répondu que les propos reflétaient « l’air du temps » et que leur publication permettait à d’autres internautes d’apporter une contradiction. Guy Berger a souligné que les lois en vigueur limitant la liberté d’expression datent pour la plupart de l’époque de la presse écrite, où la posture de l’utilisateur était celle d’une « lecture » et non celle d’une « conversation ».
Gordana Vilovic (maître de conférences à l’université de Zagreb, Croatie) a doctement admis qu’elle n’avait pas grand chose à dire et a passé dix minutes à nous expliquer pourquoi. Son intervention s’est résumée à une série de questions qu’elle offrait à la réflexion de chacun (Wikileaks, une question d’éthique ou de liberté de la presse ? Faisons-nous confiance à toute l’information publiée sur Internet ? Comment résoudre le problème du plagiat ? Faut-il porter plainte ou pas ? L’internet est-il dangereux ? Et, bouquet final : WWW n’est PAS un acronyme pour « Wild Wild Web » dixit Roger Darlington.) William Dutton (Directeur de l’Institut Oxford Internet) a commencé par préciser qu’il n’avait pas l’intention de pointer du doigt tel ou tel pays coupable d’appliquer une censure à l’internet parce que de plus en plus de pays s’y livraient…
Enfin, Robert Boostin, de Google, a passé la moitié de sa courte intervention à parler de lui-même et l’autre moitié à rassurer tout le monde sur les intentions et l’éthique de Google. Étrangement, certains participants dans la salle semblaient confondre Google avec un fournisseur d’accès à Internet (« Ne pourriez-vous pas enregistrer les numéros d’IP des internautes ? »). Étrangement, Boostin n’a rien dit pour lever l’ambiguïté. Boostin a dit qu’il n’était pas un « cyber-utopiste » (l’informatique résoudra tous nos problèmes) pas plus qu’un « cyber-pessimiste ». Il a estimé qu’en matière de censure les choses allaient probablement s’empirer avant de s’améliorer et qu’il ne fallait pas oublier que la radio et la télévision constituaient encore la principale source d’information pour la grande majorité des gens et qu’il en sera ainsi pendant encore 20 ans. Boostin a aussi rassuré l’auditoire : Google ne fournissait pas d’informations à la police, afin de protéger les dissidents, chinois notamment. Il a précisé que c’est pour cela que Google n’installait pas de serveurs dans certains pays, tels que l’Iran, où la confidentialité des données ne pouvait pas être garantie. Personne ne lui a demandé si la notion de « dissident » incluait un américain sous la loi Patriot Act et devant une demande d’informations émanant du FBI et non de la police chinoise ou iranienne. Mais il aurait probablement répondu « Bien-sûr que non », et la salle aurait probablement hoché la tête en signe d’approbation. En réponse à une de ses remarques sur la démocratisation de l’usage d’Internet, l’ambassadrice de la Chine a rappelé que le nombre de connectés à l’Internet en Chine dépassait la population totale des Etats-Unis.
La conférence suivante portait sur « la liberté de la presse et la sécurité des journalistes », Monica Gonzalez, victime elle-même d’attentats, a rappelé que le Mexique était devenu l’un des pays les plus dangereux pour les journalistes et que la puissance et l’impunité des cartels était telle que des rédactions entières avaient décidé de ne plus enquêter sur le crime organisé. Nancy Roc (Directrice exécutive d’Inca Productions en Haïti), a dressé de son côté un portrait sombre de l’état du journalisme en Haïti et a rendu hommage à des camarades assassinés, là aussi par des bandes qui semblent bénéficier d’une impunité quasi-totale. Elle a fermement dénoncé aussi le récent retour de l’ancien dictateur Duvalier sur l’île ainsi que le risque d’un retour de l’ancien président Aristide (en fait, président légalement en exercice mais exilé en Afrique du Sud – NdA). Elisabeth Witchel (Centre de Protection des Journalistes – CPJ, Etats-Unis) a elle aussi dressé un constat alarmant, rappelant le récent massacre aux Philippines de 30 journalistes. Et enfin, Rodney Pinder (Directeur de News Safety Institute) a exposé les actions de son organisation qui forme les journalistes à mieux se protéger (http://www.newsafety.org)
Tous se sont accordés pour souligner l’impunité qui régnait quant aux assassinats de journalistes. Selon le CPJ, 8 assassinats sur 10 ne sont pas punis. Nancy Roc révèle que des assassins d’un de ses collègues en Haïti ont avoué leur crime lors d’une conférence de presse et… se promènent toujours libres comme le vent. Rodney Pinder indique que 90% des journalistes trouvent une mort violente localement, en temps de paix et non sur des terrains de conflits et qu’en 2010, les pays qui détiennent le palmarès d’assassinats de journalistes sont le Mexique, le Honduras et le Pakistan. Le CPJ a dressé un « indicateur d’impunité », basé sur le rapport entre le nombre de meurtres impunis commis contre des journalistes et la population du pays. Selon leur classement, arrivent en tête l’Irak, la Somalie, les Philippines…
Lors de la séance de clôture, l’ambassadeur permanent de la Suède auprès de l’UNESCO, Mats Ringborg, a prononcé une courte allocution qui a étrangement viré vers une agression verbale, peu diplomatique et plutôt inattendue, contre Cuba en citant au passage l’organisation « Freedom House » (2) qui n’est pas moins que l’un des principaux réseaux d’ingérence des Etats-Unis. L’ambassadrice de Cuba auprès de l’UNESCO a aussitôt protesté ainsi que le représentant du Sri Lanka qui a laissé clairement entendre que les choses avaient pris une tournure très peu diplomatique et que si certains voulaient jouer à ce petit jeu, ils trouveraient à qui parler.
Sur le plan personnel, cette journée fut une longue et pénible frustration. Frustration devant les questions abordées, devant leur traitement, devant les réponses esquissées mais surtout devant les questions non posées et une impression générale d’un pénible exercice de propagande à peine déguisé et d’un « amateurisme » général qui, à ce niveau, n’est pas de bon augure.

La « neutralité » mythique de Google
Le colloque a connu un moment totalement surréaliste. Le directeur de Google a rassuré l’auditoire quant à l’attachement de son entreprise à la neutralité de l’Internet, la démocratie et le respect de la vie privée. Google ne cède pas aux pressions politiques. Si Monsieur Boorstin le dit, c’est que ça doit être vrai.
Le 11 janvier 2011, Google a fermé sans préavis le compte Youtube (site propriété de Google) de Cubadebate. Le compte comportait plus de 400 documents vidéos dont la confession filmée du terroriste Luis Posada Carriles, ex-agent de la CIA et protégé de l’administration US, qui exigeait « paiement pour services rendus », services qui incluent l’attentat en plein vol de l’avion de ligne de la Cubana de Aviacion en 1976 et une vague d’attentats dans des lieux touristiques à Cuba en 1997. Par ailleurs, Eric Shmidt, président et directeur exécutif de Google, a affirmé lors d’une conférence à l’Université de Princeton qu’« il est illégal pour nous (Google) d’avoir la moindre relation commerciale avec Cuba » mais que nous ferons néanmoins tout le possible pour que les citoyens cubains découvrent « que les gens qui dirigent le pays (Cuba) doivent être renversés ». Google limite ses services aux Cubains à différentes services, entre autres Google Earth, Google Code et Google Chrome ».
(Lorsque Google a censuré Cuba, nous n’avons rien dit, nous n’étions pas Cubains.)
C’est un exemple parmi d’autres de la « neutralité » telle qu’elle peut être « garantie » par une société contrôlée par des intérêts privés et exerçant un quasi-monopole. Une salle bondée de « responsables » a donc passivement écouté le représentant d’une entreprise privée qui exerce un quasi-monopole expliquer que la démocratie de l’internet était entre de bonnes mains, les siennes.
On savait déjà que les Etats-Unis avaient externalisé et privatisé une partie de leurs forces armées, serions-nous arrivés au point où l’UNESCO avalisera l’externalisation et la privatisation de la démocratie et la neutralité de l’Internet ? Et nous savons à quel point nous pouvons faire confiance à la parole publique des dirigeants des sociétés multinationales.
Journalistes en « idiots utiles » (*) des monopoles de l’information
Plusieurs confusions ont été entretenues tout au long des débats.
La première a avoir été savamment introduite, et entretenue, – et relevée au passage par un journaliste de RFI dans la salle – est celle qui consiste à confondre « liberté d’expression » et « liberté de la presse » ou, pire encore, à établir une sorte d’« équivalence logique » entre les deux.
La deuxième confusion – entretenue par les témoignages de journalistes à la tribune – est celle de présenter « la presse » comme un ensemble cohérent composé d’entités partageant les mêmes intérêts et les mêmes objectifs. Ce qui provoque quelques mises en abyme de perplexité… Par exemple, lorsqu’une journaliste mexicaine s’indigne contre le silence fait autour de ses camarades assassinés, contre qui exactement s’adresse son indignation ? Contre vous et moi ou contre les multinationales de la communication (« la presse ») qui se montrent toujours promptes à minimiser ce genre d’information lorsqu’elle concerne un pays « ami » ? Vous en avez entendu parler, vous, du massacre de 30 journaliste d’un seul coup au Philippines ?
Un journaliste est un journaliste, disent-ils. Mais quel rapport y a-t-il entre un journaliste mexicain assassiné pour avoir voulu enquêter sur les cartels de la drogue et Judith Miller, ex-journaliste du New York Times qui a sciemment menti sur les armes de destruction massive en Irak, participant ainsi à l’assassinat de centaines de milliers d’Irakiens ? Quel rapport entre Robert Fisk qui sillonne le terrain au Moyen-orient, avec lequel on peut être d’accord ou pas, et un Patrick Poivre d’Arvoir surtout connu pour ses interviews bidons de Fidel Castro, son exportation de bébés Irakiens (vous aviez oublié cette affaire, n’est-ce pas ?), sa présentation à la télé d’un faux garde du corps de Saddam Hussein (« ils se ressemblent tous » avait été son explication pour son erreur…), avec le cul vissé pendant vingt ans devant un prompteur à Paris ?
Le raisonnement pervers, véhiculé par des organisations comme RSF, consiste à prendre pour exemple le sort réservé à de véritables journalistes pour mieux exiger une « liberté de presse » en général, y compris pour les médias de masse qui sont, qu’on le veuille ou non, les premiers responsables de la « non information » ambiante et généralisée. Ce ne sont pas les Judith Miller qui se font assassiner, ce ne sont pas les commentateurs de Fox News qui se font assassiner, ce ne sont pas les Alexandre Adler, BHL, Pujadas et PPDA qui se font censurer, harceler. Tout simplement parce que ces « journalistes »-là ne feront jamais rien pour s’exposer (en admettant qu’ils en aient la volonté et le courage, ce dont je doute, évidemment).
Certes, le temps d’un colloque, le temps d’une conférence, le temps de signer un appel, ils associeront leurs noms à certaines causes de défense de la « liberté de la presse ». Mais le reste du temps, que font-ils ? Où étaient-ils lorsque l’information était en péril ? Où étaient-ils lorsque les cadavres de 30 journalistes étaient jetés dans un fossé aux Philippines ? RSF dira toujours que « non, pas vrai, on parle de l’Arabie Saoudite aussi ». Oui, c’est vrai. Sur leur site. Jamais de campagne, jamais d’affiches en ville, très rarement mentionnée au détour d’une interview.
Lorsque le journaliste montre l’état de l’information du doigt, l’imbécile regarde l’Internet.
Les mensonges, diffamations et incitations à la haine diffusés sur Internet ont été largement dénoncés. Étrange posture pour un colloque sur la liberté d’expression (ou colloque sur la liberté de la presse ?). Étrange, non par la préoccupation qui est légitime, mais par la vision véhiculée. Car enfin, est-ce l’internet qui est responsable des pseudos armes de destruction massive en Irak ? Est-ce l’Internet qui fait silence sur l’étrange troisième tour du 11/9 ? Est-ce l’Internet qui a caché les prisons clandestines US à travers le monde ? (N’en déplaise au journal Libération qui a fait semblant de les découvrir avec six mois de retard sur… l’Internet, notamment grâce au site du journaliste américain Richard Parry, http://www.consortiumnews.com/)
Que dire des appels au meurtre proférés à l’encontre Julian Assange par des responsables politiques US ou un éditorialiste (donc journaliste) du Washington Times, Jeffrey T Kuhner ? Comment qualifier les propos antisémites inventés en 2006 par Jean-Hébert Armengaud de Libération et attribués à Chavez ? Diffamation couverte par le responsable du service international du journal à l’époque et actuel patron du site Rue89.com, Pierre Haski ? Que deviennent les appels à la haine prononcés régulièrement par les Républicains US et autres Tea-partistes déchaînés ?
Qu’est-ce que l’Internet à voir là dedans alors que les exemples de mensonges, de diffamations et de haines nous viennent de très haut et des réseaux supposément « respectables » de la presse ?
Indépendance et neutralité de la presse : par rapport à qui et quoi ?
Plusieurs intervenants ont insisté pour « garantir l’indépendance des médias ». Mais le simple fait de ne pas définir ce qu’est un « média indépendant » montre à quel point le débat est faussé ou totalement incompris par ceux-là mêmes qui prétendent en être les spécialistes. S’agit-il d’une indépendance vis-à-vis de l’état ou d’une indépendance vis-à-vis d’intérêts financiers privés ? S’agit-il d’une indépendance vis-à-vis de la loi, des institutions, des pouvoirs politiques, de leur idéologie, du public ? De qui exactement sont-ils censés être indépendants ? Et surtout, quand le sont-ils réellement ? Ne pas tenter d’y répondre, c’est avaliser la situation présente de l’information qu’on pourrait résumer par un seul mot : « catastrophique ».
RSF se désole : « la neutralité des journalistes n’est plus respecté ». Ceci est probablement dû au fait que cette neutralité mythique n’existe pas et n’a probablement jamais existé. Les journalistes « embarqués » avec les troupes US sont-ils neutres ? Seraient-ils « neutres » s’ils avaient été embarqués avec des unités ennemies ? Si les journalistes sont « neutres », pourquoi n’avons-nous jamais entendu ou lu un représentant de la résistance irakienne (avec qui la France n’est pas en guerre, à ce que je sache) ?
J-F Julliard a cru bon de plaisanter au sujet des Talibans, en précisant qu’il fallait savoir agir en fonction des circonstances et que, dans le cas des Talibans, on comprend bien qu’on ne peut pas leur envoyer un télégramme de protestation. Rires dans la salle. Il n’y a pourtant pas si longtemps où les journalistes « neutres » interviewaient les Talibans, lorsque l’armée soviétique était la force occupante. Il n’y a pas si longtemps que l’administration US était en pleine négociation avec les Talibans pour la construction d’un oléoduc. Mais c’était avant le 11 septembre 2001 et avant que ces journalistes-là ne changent la nature de leur « neutralité ».
Au mois de septembre 2006, un article discret du New York Times nous apprenait que dix journalistes aux Etats-Unis recevaient des centaines de milliers de dollars (chacun) pour écrire des articles contre Cuba . Pas un journaliste… ni deux… mais dix. La question qui m’avait brûlé les lèvres à l’époque – et les brûle encore – était celle-ci « et pour dix journalistes découverts, combien courent encore ? » A entendre le silence assourdissant qui a suivi cette non-révélation, on serait tenté de répondre : « beaucoup ».
Liberté de la presse ou organisation de son pluralisme ?
Ainsi donc, RSF se désole du monopole de l’information exercée par le gouvernement Cubain. Mais un monopole signifie que les cubains n’auraient pas d’autres sources d’information que l’information dite « officielle ». Un monopole signifieraient qu’il n’existe pas une vingtaine de radios qui émettent depuis Miami (en espagnol pour certains) et qu’elles seraient brouillés. Pour J-F Julliard, une situation de « pluralisme » sur l’île serait probablement qu’une vingtaine de radios émettent depuis les Etats-Unis et qu’y soient distribués des journaux propriétés d’intérêts financiers privés (probablement américains). J-F Julliard ne comprend pas, ou ne veux pas comprendre, que le « monopole du gouvernement » sur la presse écrite à Cuba est justement ce qui garantit un pluralisme des sources d’information disponibles sur l’île…
Et soit dit en passant : la presse cubaine n’a peut-être pas toutes les qualités, mais elle n’a jamais jamais défendue d’autres invasions que celles de ses médecins, pour tous et partout dans le monde.

Lorsque la sacralisation de « la presse » présentée comme un tout ouvre la voie à son instrumentalisation. Décoder les opérations de propagande
RSF se désole aussi que, selon l’organisation, 18 journalistes sont encore en prison à Cuba.
RSF aborde enfin le cas du journaliste Sami Al-Haj, enfermé à la base américaine de Guantanamo, et écrit ceci : « arrêté sous de fallacieux prétextes de collusions avec Al-Qaïda en décembre 2001 par les forces pakistanaises, l’homme a été livré aux militaires américains qui l’ont transféré, en juin 2002, sur leur base de Guantanamo. » Mais le plus beau suit : « Faute de savoir si Sami Al-Haj avait été arrêté en raison de sa qualité de journaliste (…) RSF a attendu avant de mener d’autres actions en faveur de ce journaliste. »
Oui, il aura fallu donc cinq ans (et pas mal d’articles critiques publiés sur Internet, n’est-ce pas ?) à RSF pour décider si un journaliste détenu par les Etats-unis a été ou non arrêté « en raison de sa qualité de journaliste ». Il n’aura fallu en revanche qu’environ 15mn et 18 secondes à RSF pour décider que les personnes arrêtées à Cuba étaient effectivement des journalistes, et rien que des journalistes. (4)
Voici une devinette destinée aux lecteurs . Le nombre de correspondants étrangers basés à la Havane s’élèverait à prés de 200. Le Département d’Etat des Etats-Unis, connu pour son honnêteté et son objectivité (n’est-ce pas ?) annonce l’arrestation de « journalistes » à Cuba, et RSF relaie aussi sec. La question à 1000 euros est celle-ci : quel intérêt auraient eu les autorités cubaines à faire arrêter une dizaine de « journalistes » cubains – que personne ne lisait ou ne connaissait – alors même qu’environ 200 correspondants étrangers sont présents et ne font état d’aucun empêchement particulier pour exercer leur métier ? Serait-ce que ces « journalistes » cubains étaient indispensables pour « faire connaître la réalité sur le terrain » ? A quoi servent alors les correspondants étrangers ? On en déduirait qu’ils sont incapables de faire correctement leur travail. S’il sont incompétents, pourquoi alors croire à leurs informations, y compris lorsqu’ils nous annoncent l’arrestation de « journalistes » cubains ?
RSF classe au même niveau Cuba, où environ 200 correspondants étrangers travaillent en toute liberté, et l’Arabie Saoudite, où les correspondants étrangers sont par définition persona non grata. RSF comprend si peu – ou feint ne pas comprendre – le problématique de « la liberté de la presse » qu’elle veut absolument placer Cuba en page d’accueil (on se souviendra aussi du titre mémorable d’un de ses rapports : « Cuba, avant-dernier du classement ». Il est très rare que l’on titre sur l’avant-dernier…) en prétextant une censure de l’Internet, censure que j’ai récemment voulu vérifier sur place et que je n’ai pas constatée.
Les exemples sont beaucoup trop nombreux pour être relevés ici.
Le départ « brutal et précipité » au mois d’octobre 2008 de l’ancien secrétaire général de RSF, Robert Ménard (partisan de la peine de mort et apologiste de la torture comme outil d’investigation), avait soulevé quelques maigres espoirs. Mais l’opération n’aurait été au final qu’une tentative de sauver les meubles en faisant sauter un fusible devenu plus gênant qu’utile.

Par ailleurs, si les finances de RSF sont transparentes (un progrès donc depuis l’époque où Ménard niait farouchement certains financements pour ensuite les reconnaître deux ans plus tard), et si RSF jouit du poste d’ « observateur » à l’UNESCO, pourquoi l’UNESCO ne nommerait-elle pas des commissaires aux comptes de RSF pour ensuite les communiquer aux membres de l’UNESCO et permettre ainsi à chacun de vérifier l’indépendance réelle ou non de cette organisation ? Car malgré l’assurance affichée de J-F Julliard, nous savons que RSF a parfois du mal à tout dire sans y être « invitée ». Allant même jusqu’à tenter de manipuler son propre site internet en publiant des données avec de fausses date de publication, comme Maxime Vivas l’a démontré dans le livre « La Face cachée de Reporters Sans Frontières ». (3)
La liberté de la presse s’arrête exactement là où commence mon droit à une véritable information
RSF cultive un amalgame inacceptable : celle d’une « liberté de la presse » qui constituerait un garant de la démocratie. Comme si « la liberté de la distribution » servait aussi bien l’épicier du coin que l’hypermarché local. Comme si la « liberté de l’industrie alimentaire » servait aussi bien le modeste agriculteur bio que le géant de l’agroalimentaire.
Et où commence et où s’arrête cette fameuse liberté de la presse ? La liberté de la presse inclut-elle les appels au coup d’état, comme au Venezuela ? La liberté de la presse inclut-elle le silence ? La liberté de la presse inclut-elle la censure et l’auto-censure ? La liberté de la presse inclut-elle la monopolisation des médias par une minorité ? La liberté de la presse inclut-elle le foutage de gueule quotidien qu’on nous impose au journal de 20 H sur les chaînes nationales payées avec l’argent des contribuables ? En réalité, la « liberté de la presse » n’est qu’un moyen poli pour parler de la liberté des propriétaires des moyens de communication.
Nous vivons un monde étrange où sont confondues la liberté de la presse et la liberté d’expression. Les deux sont-elles liées ? Absolument pas. Lorsque la presse « en toute liberté » décide de ce qui est raisonnable ou pas, lorsque la presse « en toute liberté » ne donne la parole qu’à certains et toujours les mêmes, cette liberté de la presse n’est ni le moteur ni la garante de ma liberté d’expression, mais son fossoyeur.
Nous vivons un monde étrange où sont confondus aussi la liberté de la presse et le droit à l’information. Les deux sont-ils liés ? Absolument pas. Lorsque la presse « en toute liberté » décide de parler de la neige en hiver en France et pas du coup d’Etat au Honduras, lorsque la presse « en toute liberté » décide de faire silence, ou « oeuvre de non information », là non plus, la presse n’est aucunement la garante de « mon droit à l’information », mais son obstacle principal.
La liberté de la presse est la meilleure garante de la démocratie, disent-ils. Nous vivons un monde étrange où sont confondues liberté de la presse et démocratie. Les deux sont-ils liés ? Absolument pas. Lorsque la presse « en toute liberté » participe aux coups d’état, comme au Venezuela, au Chili, aux Etats-Unis en général, lorsque la presse « en toute liberté » décide qu’il faut voter « oui » au référendum sur la Constitution européenne, cette liberté de la presse n’est absolument pas la garante de la démocratie, mais son principal ennemi. Le problème est le suivant : que se passe-t-il lorsque la censure – ou la non-information – est le fruit de la presse elle-même ? C’est d’autant plus vrai que le contraire de « liberté » n’est pas « censure » (comme certains voudraient nous le faire croire), mais « contrôle ». Contrôle qui par ailleurs existe déjà : celui exercé par les actionnaires des sociétés de presse. C’est pourtant simple : le contrôle de facto de l’information par une minorité n’a rien à voir avec la démocratie.
Alors je vous propose l’idée suivante : « La possibilité de s’informer est la meilleure garante de la démocratie. » Cette idée induit beaucoup de choses. Par exemple, qu’une véritable démocratie ne saurait exister sérieusement sans une démocratisation de la presse. La liberté de la presse ne garantit aucunement la démocratie. La presse ne fait au mieux que refléter l’état de la démocratie. Il arrive même que la presse soit le principal prédateur de la démocratie.
Défendre la liberté de la presse, c’est défendre une industrie. Défendre le droit à l’information, c’est défendre une idée. Idée mise à mal justement par l’industrie de l’information elle-même. Alors ne nous trompons pas de combat, comme certains nous y invitent…
Si s’informer est un droit pour tout citoyen, alors informer est un « devoir » pour la presse, pas une « liberté ». Ce n’est donc pas la liberté de la presse qui garantit de la démocratie, mais la (véritable) démocratie qui garantit la liberté (réelle) de la presse.
Ne leur en déplaise, la « liberté de la presse » a bien des limites. La liberté de la presse s’arrête exactement là où commence mon droit à une véritable information.
Lorsque le journalisme s’éveillera, RSF tremblera.
L’impression générale et désagréable laissée par cette journée est que l’Unesco, une des dernières organisations internationales « indépendantes », a fait l’objet d’une OPA par des éléments dont l’intégrité et la neutralité sont absolument en cause.
Toute au long de la journée de ce colloque, différents représentants d’organisations de journalistes ont dressé un état des lieux effrayant des atteintes aux vies de nombreux journalistes. Derrière chaque intervention, la question lancinante : « Pourquoi on n’en parle pas ? ». Les mots clés de cette question sont « pourquoi » et « on ».
Ma réponse au « pourquoi » sera d’une cruauté involontaire et d’un cynisme revendiqué : « Parce qu’ils ont oublié de se faire assassiner à Cuba, par exemple ». Quant à savoir qui est le « on » de la question, je n’aurais qu’un conseil à donner : adressez-vous aux soutiens et parrains de RSF.
Il n’avait jamais été aussi évident à quel point RSF réussit à pervertir les termes mêmes du débat, jusqu’à transformer des journalistes authentiques et sincères en « idiots utiles » des multinationales de la non-information, de la désinformation et de la propagande privées.
Un système d’information fermé, à sens unique, tournant en vase clos et vassalisé
On remarquera, et ce depuis des années, que parmi les « prédateurs de la liberté de la presse » dénoncés sur le site de RSF, ne figurent pas un seul Dassault, pas un seul Murdoch, pas un seul Berlusconi…

La mainmise sur l’information globale par les pays développés est telle, et leur information si superficielle et biaisée (dans les cas exceptionnels où elle existe) que toute tentative de tirer des analyses sérieuses et fiables des événements mondiaux est vouée à l’échec. Sans un travail ardu de recherche indépendante, sans une multiplication de ses propres expériences, l’étendue du désastre est difficile à évaluer. Même les esprits les plus « contestataires » se laisseront tôt ou tard berner par une machine si bien rodée qu’elle finit par se faire oublier.
(…)
Une telle duperie permanente sur la marche du monde ne saurait perdurer sans un système d’information fermé, à sens unique, tournant en vase clos et vassalisé. La première tâche de ce système d’information sera de se garantir un minimum de crédibilité au risque d’être identifié par la population comme ce qu’il devenu, ou a toujours été, à savoir un simple outil de propagande.
Plusieurs facteurs sont nécessaires. Le premier est d’assurer une certaine diversité des titres de presse, qui sera aussitôt confondue comme l’expression d’un pluralisme. Le deuxième est d’entretenir le mythe d’une presse libre qui serait indépendante des intérêts économiques et politiques de ses propriétaires. La troisième enfin est de parer à toute critique en instaurant des idées énoncées comme des vérités divines. C’est ainsi que, par un joli renversement, Reporters Sans Frontières assène son leitmotiv préféré : la liberté de la presse est le meilleur garant de la démocratie. Du néolibéralisme appliqué à l’information et qui évite de se demander si, a contrario, une démocratisation de la presse ne serait pas le meilleur garant de sa liberté… Alors même que le plus médiatisé défenseur d’une « certaine » liberté de la presse, Robert Ménard, patron de Reporters Sans Frontières, l’avoue lui-même sans ambages : « nous avons décidé de dénoncer les atteintes à la liberté de la presse en Bosnie ou au Gabon et les ambiguïtés des médias algériens ou tunisiens… mais de ne pas nous occuper des dérives françaises ». (4) Mais c’était en 2001, et il n’est pas dit que de tels aveux soient répétés aujourd’hui.
Toujours prompte à critiquer les atteintes à la liberté de la presse pour peu qu’elles aient eu lieu ailleurs que chez ses bailleurs de fonds, cette organisation représente un pièce maîtresse dans un modèle de communication presque parfait : RSF s’annonce comme une organisation de défense de la liberté de la presse « partout dans le monde » tout en admettant ne pas critiquer ses bailleurs de fonds. En retour, ceux-ci – les gouvernements occidentaux et les groupes de presse – mettent RSF en avant en lui offrant un espace médiatique sans précédent pour une ONG de ce type. RSF gagne ainsi une renommée et une crédibilité. C’est ainsi que la scène de la défense de la liberté de la presse se trouve monopolisée par une organisation qui a déjà clairement annoncé sa non-objectivité en la matière. Pour faire un parallèle, imaginons un organisme de défense des consommateurs qui serait financé par les multinationales de l’agroalimentaire. Ou un syndicat de travailleurs financé par le patronat. Quant aux « prédateurs de la liberté de la presse » dénoncés sur le site de RSF, on ne trouve aucune nom de magnat de la presse occidentale.
Le lecteur aura remarqué à quel point RSF est devenue l’interlocutrice incontournable et quasi-institutionnelle sur toutes les questions qui touchent à la liberté de la presse…. surtout dans le tiers-monde. Son rôle est tel que cette organisation est désormais subventionnée par la National Endowment for Democracy, une organisation façade de la CIA. (5) et les néo-conservateurs les plus agressifs de l’administration Bush lui trouvent une certaine utilité et la citent en exemple… (6) Au moment où le droit international est foulé aux pieds, où la torture est devenue une pratique institutionnalisée par ceux-là mêmes qui se proclament « bons », son omniprésence dans les médias par des campagnes corporatistes est tel que l’on peut désormais se poser légitimement la question suivante « quel rôle joue exactement RSF et où sont donc passées les autres ONG ? ». (6)
RSF, expulsée de l’UNESCO en 2008 (7), débarrassée de la présence encombrante de Robert Ménard, revient donc plus innocente que jamais et avec les compliments de la délégation d’un pays qui a récemment fait preuve de son savoir-faire en matière de défense de la liberté… La référence de l’ambassadeur suédois à Freedom House et le déroulement général des débats ne laisse planer que peu de doutes sur les objectifs réels de l’opération « journée sur la liberté d’expression » qui n’aurait été au final qu’une opération à la gloire de « la presse » – une et indivisible – même celle qui ronge de l’intérieur notre droit à l’information et qui au fond méprise l’information… et nous avec.
Viktor Dedaj
« il y a des cancers dont je suis vacciné depuis longtemps »
(*) idiots utiles : à la suite de remarques de jeunes (probablement) lecteurs, l’expression « idiot utile » (attribuée à Lénine) en politique désigne ceux qui défendent les fabricants de la corde qui servira à les pendre.
(1) Un traitement miracle contre le cancer du poumon ? http://www.legrandsoir.info/Un-trai…
(2) Freedom House a eu pour patron James Woosley, ancien directeur de la CIA (1993/1995). Diana Villiers l’épouse de Negroponte, l’homme qui supervise l’ensemble des services secrets états-uniens, est membre du Conseil d’administration de Freedom House.
(4) Reporters Sans Frontières et Cuba : L’ art de se tirer une balle dans le pied. http://www.legrandsoir.info/Reporte…
(5) D’une autre source discrète, le Center for a Free Cuba (CFC), RSF reçoit des dollars depuis 2002. Qu’est-ce que le Center for a Free Cuba ? Une des organisations subventionnées par la NED et par l’USAID pour renverser le gouvernement cubain. Les « Comptes 2004 » de RSF sont publiés sur son site. Ils portent la date du 31 décembre 2004, ce qui indique à quel moment les comptes ont été arrêtés et non pas, comme il faudrait le croire, quand ils ont été rendus publics. Ces comptes font apparaître pour la première fois le Center for a Free Cuba. Apparemment, il s’agit d’un aveu spontané qui semble être antérieur à un article de Thierry Meyssan du réseau Voltaire qui révélait, le 26 avril 2005, que RSF était ainsi financée depuis 2002. Or, un doute m’est venu. J’ai voulu vérifier si la date accolée aux comptes 2004 correspondait peu ou prou à la date à laquelle ils avaient réellement été publiés. Pour ce faire, j’ai demandé conseil à un informaticien, lequel a étudié de près le lien qui renvoie à la page incriminée : http://www.rsf.org/article.php3?id_…
Le chiffre final indique que cette page est la 14275ème publiée par RSF. Si l’on remonte en arrière, on tombe sur un lien exploitable :
http://www.rsf.org/article.php3?id_… qui ouvre une page datée du 1er juillet 2005. Cette date est sincère puisque l’article afférent fait référence à des événements survenus quelques jours avant.
Donc les chiffres 2004 ont été mis en ligne au plus tôt le 1er juillet 2005, soit deux mois après que le réseau Voltaire eut découvert le pot aux roses.
Bref, Diana Barahona révélant les subventions de la NED, le réseau Voltaire celles du Center for a Free Cuba, il était devenu impossible de tout nier en bloc. Dans un article paru le 6 juillet 2005, RSF affirme : « Les seules subventions que nous percevons en provenance des Etats-Unis sont celles des fondations Center for a Free Cuba et National Endowment for Democracy (NED). La première nous a accordé, en 2004, une subvention de 50 000 dollars, ce qui représente 1,3 % du budget total de Reporters sans frontières. La NED nous a aidé, pour la première fois en 2005, en nous versant une subvention de 39 900 dollars. » (29) On remarquera que RSF avoue la subvention 2004 du CFC, mais ne souffle mot de celles des années précédentes. Sa réponse sous-entend donc qu’il n’y en a pas eu.
A ce stade, des questions se posent. De deux choses l’une : ou bien l’information du réseau Voltaire est partiellement fausse et le Center for a Free Cuba n’a pas donné un dollar en 2002 et en 2003, ou bien, si les versements ont débuté en 2002, l’ONG ment encore par omission. (…) – extrait de La face cachée de reporters sans frontières, par Maxime Vivas, éd. Aden 2007 http://www.legrandsoir.info/La-face…
Lire aussi Ne dites pas à ma mère que j’ai lu « La face cachée de Reporters Sans Frontières », elle croit que je suis journaliste dans un média libre. http://www.legrandsoir.info/Ne-dite…
(6) « ETATS-UNIS : TOUTE UNE QUESTION D’IMAGES » – introduction au livre Les Etats-Unis De Mal Empire, ces leçons de résistance qui nous viennent du Sud, par Danielle Bleitrach, Maxime Vivas, Viktor Dedaj, éd. Aden 2005 ) http://www.legrandsoir.info/Les-Eta…
(7) Pourquoi l’UNESCO ne peut pas s’associer à Reporters sans frontières, http://www.legrandsoir.info/Pourquo…

http://www.legrandsoir.info/L-UNESCO-et-le-symposium-international-sur-la-liberte-d-expression-entre-instrumentalisation-et-nouvelle-croisade-il-fallait-le.html