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Sadek Akrour. Militant du MCB, ancien animateur du comité populaire de Béjaïa

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Publie le : mercredi 21 avril 2010

Le parcours militant de Sadek Akrour a fait la jonction entre le printemps berbère de 1980 et les événements du printemps noir en 2001. Pour lui, l’un est le prolongement de l’autre. Il revient dans cet entretien sur l’évolution de la revendication amazighe et du combat pour la démocratie.

– La commémoration du double anniversaire du printemps berbère et du printemps noir ne connaît pas de mobilisation significative cette année. Selon vous, qu’est-ce qui fait défaut ?

– Il y a un cumul de raisons qui ne datent pas d’aujourd’hui. Le pouvoir n’a jamais cessé ses manœuvres pour disperser les forces populaires, sociales et démocratiques qui militent pour la remise en cause du fondement du système. La question de tamazight n’a jamais été neutre, c’est un combat politique et toute question politique évolue au gré des forces politiques autant dans l’opposition qu’au sein du pouvoir. Pendant les années 1980, il y a toujours eu des divergences à l’intérieur du mouvement entre les forces de gauche et celles de droite. Les premières considèrent qu’on ne peut dissocier le combat pour tamazight du combat global pour l’émancipation du peuple algérien en particulier et de l’Afrique du Nord en général, dans ses composantes arabophone et amazighophone.

L’arabe populaire était d’ailleurs opprimé au même titre que tamazight. Les deuxièmes, les forces de droite, étudiaient la question amazighe dans un vase clos. De ce fait, on nous disait militer pour tamazight et point. Or, la mouvance de gauche a fédéré les forces démocratiques et sociales au niveau national. Il y a bien eu parmi les détenus de 1980 des arabophones comme Ahmed Dahmani, Abderrezak Hamouda, fils de Si L’haouès, et plus tard M’hamed Rachedi en 1981. La troupe Debza, qui chantait en arabe, était née dans ce sillage, la troupe Dersa de Sétif également. Cette situation de divergences s’est répétée avec la naissance du RCD et avec l’ouverture politique en 1989. Il y a eu dispersion des rangs des porteurs de la revendication. Après la crise politique dans le pays au début des années 1990, il y a eu l’éclatement du MCB, puis sont apparues des divergences autour du boycott scolaire (1994-1995). La même logique a présidé aux divergences de 2001. On ne peut aller vers une citoyenneté sans un projet démocratique, laïque, social. Aujourd’hui, j’appelle à se référer au document final du séminaire de Yakouren afin d’y voir la façon avec laquelle a été posée la question amazighe. C’était tamazight qui posait le problème des libertés, de la démocratie… Le mouvement était aux côtés des actions d’Oran (1982), de La Casbah (1984), l’Est algérien (1986), mais aussi en 1988 où nous sommes sortis au nom du mouvement. Tout cela a amené les acquis démocratiques qui ont suivi.
– A qui profitent justement les acquis de tamazight aujourd’hui ?

– C’est vrai qu’avec l’ouverture, la création du HCA, etc., la question de la promotion de la langue est nécessaire, mais elle n’est pas suffisante. Prenons l’exemple de la radio locale, il est vrai qu’elle participe au développement de la région, mais remarquez que les heures d’écoute profitent au mouvement islamiste. A la télévision nationale, avant on nous parlait de dictature en arabe ; aujourd’hui, on la sert en tamazight. Voilà ce qui a changé. Au nom de tamazight, le pouvoir a pu normaliser la Kabylie. Le discours officiel a changé dans la forme mais pas dans le fond. Ce sont ceux qui ne veulent pas le règlement définitif de la question amazighe qui se nourrissent aujourd’hui de sa revendication. Y compris les islamistes. Nous ne sommes pas d’accord avec ceux qui disent que ‘‘nous sommes des Amazighs que l’Islam a arabisés’’. Ces gens-là sèment l’amalgame. Ceci dit, il y a eu des acquis malgré tout, mais est-ce que ces espaces travaillent pour tamazight ? Je dis que les véritables porteurs de la revendication ont été marginalisés, opprimés par le pouvoir. S’il y a une avancée sur le plan linguistique, sur les plans culturel et identitaire, la revendication demeure entière.

– Vous avez été l’un des animateurs du Comité populaire né dans la douleur des événements d’avril 2001 à Béjaïa. Avec du recul, comment jugez-vous l’expérience de ce comité ?

– S’il y a une mémoire de ce qui s’est passé en 2001, je pense que les chômeurs et les couches opprimées vont reprendre le flambeau de la dynamique du Comité populaire, du mouvement populaire. Je ne regrette rien, sauf peut-être les divisions. C’était en tout cas dans la logique des choses. Le pouvoir a activé tous ses services et sa clientèle en Kabylie pour réduire le mouvement à la simple revendication de tamazight, langue nationale et officielle, et à l’espace kabylo-kabyle. Or, les premières heures du mouvement ont constitué un immense espoir pour tous les opprimés à l’échelle nationale. Le mouvement a atteint Chlef, El Tarf, Béchar, Djanet, les Aurès, Khenchela où une femme a été tuée mais qui n’a pas été comptabilisée parmi les victimes. Le caractère fondamentalement social imprimé au mouvement par le Comité populaire a ébranlé toutes les forces conservatrices au sein et à l’extérieur du pouvoir. C’est dommage que cette énergie ait fini en gâchis, dont les auteurs qui se réclamaient porte-parole du peuple sont aujourd’hui connus, ils ont fait la campagne pour Bouteflika. Ceci dit, ce mouvement a ouvert des brèches et chassé la peur à l’échelle nationale.

– Le président Bouteflika avait proposé, lors de ses sorties électorales en Kabylie, une sorte de réconciliation en proposant de tourner la page…

– On tourne la page quand les auteurs des crimes et responsables des massacres se repentissent. Par contre, Bouteflika propose aux victimes de se repentir. On ne peut pas tourner la page, car les causes qui ont conduit aux événements de 2001 se sont encore multipliées : misère sociale, fermeture du champ politique, répression des mouvements sociaux, des syndicats…Tout cela continue. Le système éducatif n’a jamais été plus arabiste que maintenant, y compris tamazight qui est entrée dans ce cadre. Ils ont appauvri les gens qui ne pensent plus à la revendication identitaire. On veut domestiquer le petit bastion qui reste comme espoir pour l’Algérie. La Kabylie a eu la responsabilité historique de reconstruire le mouvement culturel dans le rassemblement et l’unité et dans le sens d’enfanter une dynamique qui permettra l’émancipation réelle des masses populaires algériennes.

Par Kamel Medjdoub – El Watan


26 juin 1980

Chronologie du Printemps berbère 1980

Par Rachid Chaker – Revue Tafsut n° 80
En deux années et demie d’existence, le Centre universitaire de Tizi-Ouzou a déjà connu trois grandes grèves dont la dernière en date, très dure, s’est déroulée du 17 octobre au 13 novembre 79 ; elle posait le problème de la représentation authentique des étudiants dans l’instance universitaire. Le FLN avait accusé les meneurs d’être des berbéristes, voire des bébéro-marxistes (ou plus prosaïquement des Bougiots).

On avait alors supprimé la venue des étudiants bougiots sur Tizi-Ouzou, ceux-ci étant désormais orientés sur Sétif. De même les enseignants algériens ayant accompli leurs études en France, furent particulièrement surveillés, parfois intimidés. De nombreuses atteintes à la liberté des manifestations culturelles berbères se sont déjà produites à Tizi-Ouzou. Interdiction d’Aït Menguellet et d’Idir ; ou de la pièce de théâtre la Guerre de 2000 ans adaptée en kabyle. En rétorsion, une salle de prière aurait été alors mise à sac par les étudiants.

La venue le 10 mars 1980 de Mouloud Mammeri avait été annoncée par voie d’affiches depuis plusieurs jours déjà. Le recteur, bien qu’hostile à cette présence a toléré l’organisation de la conférence par le comité de cité d’Oued Aïssi (comité reconnue par l’administration). Toutefois, plusieurs affiches avaient été arrachées. Dans la nuit du dimanche au lundi à minuit, un mystérieux appel téléphonique de quelqu’un se faisant passer pour le recteur de Tizi-Ouzou prévient Mammeri de l’annulation de sa conférence.

Lundi 10 mars 1980.

Renseignement pris le matin, M. Mammeri s’est entendu démentir au téléphone, par M. Arab, lui-même, toute interdiction ou report de la conférence. Vers 12 heures Mammeri, en compagnie de S. Chaker et d’un chauffeur du CRAPE se dirige en direction de Tizi-Ouzou. Parvenu à 14 heures à Dra Ben Khedda, ils sont interceptés par un barrage de police. (Un second barrage était d’ailleurs prévu à Boukhalfa.)
Conduit chez le Wali après vérification d’identité, M. Mammeri se voit signifier oralement, l’interdiction de sa conférence sur la » poésie kabyle ancienne « , sous prétexte de » risques de troubles de l’ordre public « . Il est également convié à quitter la wilaya immédiatement. Auparavant, il prend soin de se rendre chez le recteur pour s’enquérir de cette interdiction. Le Wali a en effet » lâché le morceau » en trahissant son exécuteur des basses œuvres, puisqu’il avait charge, le directeur du COUS, M. Mérabtène, de téléphoner « l’annulation » à Mammeri, la veille à minuit.

Le recteur et le secrétaire général de l’Université sont effondrés et déclarent être soumis à des pressions intolérables. Aux environs de 16 h 30, à Hasnaoua lorsque la nouvelle de l’interdiction parvient à la nombreuse foule attendant impatiemment (plus de 1 000 personnes !) c’est l’effervescence qui succède à l’indignation. Une A.G. des étudiants est convoquée pour le lendemain mardi 11 mars à 9 heures.

Mardi 11 mars 1980.

Première manifestation de rue à Tizi-Ouzou. Cette manifestation est rapidement décidée par l’A.G. de 9 heures. De l0hl5 à l2hl5, soit durant deux heures, ce sont 500 à 600 personnes puis à la fin 700 environ qui ont défilé en faisant deux fois le tour de la ville par les principales artères. Le cortège a marqué des temps d’arrêt devant le CNP du FLN, devant la Wilaya et enfin devant les lycées de la ville.
Les banderoles proclamaient :
» Culture berbère : culture populaire »
» Wali, CNP, Conférence de M. Mammeri interdite ? »
» Halte à la répression culturelle ! »
Les slogans en français étaient : » A bas la répression » – » Wali, CNP, assassins « .
En kabyle, c’étaient :
» Tamazight t-tameslayt ennegh : le berbère est notre langue »
» anerrez wala aneknu ! : nous briserons mais ne plierons pas ! »
» ‘naâya di lbat’el ! : nous en avons marre de l’injustice ! »
Le service de répression était très important : police, gendarmerie et pompiers, mais il n’a pas osé intervenir. L’activité dans la ville était paralysée et l’ensemble de la population était aux fenêtres. Il y avait certes une grande approbation tacite, mais pas de manifestations très nettes d’appui ; seules quelques vieilles ont osé pousser des » vouyous » de leurs balcons.
L’après-midi, une réunion des enseignants algériens du Centre universitaire de Tizi-Ouzou met au point le texte d’une pétition sous forme de lettre ouverte au ministre de l’Enseignement supérieur, texte dénonçant (dans ses deux versions finalement proches l’une de l’autre), l’interdiction dont avait été victime un collègue universitaire, insistant également sur le nécessaire respect des franchises universitaires (présence de flics en civil dénoncée…), et revendiquant la liberté d’expression notamment au plan culturel et précisément en ce qui concerne la langue berbère. La lettre recueillera plus de 40 signatures (soit les 4/5 des enseignants algériens).

Mercredi 12 mars 1980.

Rédaction en assemblée générale par les étudiants de Tizi-Ouzou, d’une » lettre ouverte au président de la République » qui sera tirée plus tard à des milliers d’exemplaires et largement diffusée (Alger, Boumerdès, etc.). Cette lettre relativement modérée, s’appuie sur la Charte nationale dont elle cite de larges extraits. Elle rappelle les événements et revendique le droit au développement de la langue et de la culture berbères proposant l’adoption du berbère comme seconde langue nationale.
A Alger, les personnes mises au courant de ce qui se passait à Tizi-Ouzou, se sont montrées souvent très mitigées certaines mettaient même en doute la véracité des informations ou la personnalité de M. Mammeri. Quelques rares personnes étaient enthousiasmées par la manifestation de rue !

Jeudi 13 mars 1980.

Les enseignants de l’Institut des Sciences économiques d’Alger, informés des événements, ont pris l’initiative d’une pétition adressée au ministère protestant contre l’interdiction dont avait été victime l’universitaire Mammeri. Ce texte recueillera une bonne quarantaine de signatures, soit les 3/4 des enseignants algériens (y compris les gens du PAGS et la direction…). Dans la nuit du 12 au 13 mars, entre Boudouaou et Tizi-Ouzou, la plupart des pancartes routières et des abris d’arrêts de bus, ont été recouverts d’inscriptions à la peinture noire portant : » Démocratie « , » Aït Ahmed au pays ! « , » Halte au génocide culturel ! « , » néo-FLN-Fascîste « , » Tous opposants ! »
Des inscriptions ont aussi été signalées dans Tizi-Ouzou et sur les routes de la haute Kabylie. Toutes ont été recouvertes précipitamment par les autorités avec plus ou moins d’efficacité, à la peinture blanche ou rosé, et ce, dans la journée du jeudi 13. C’est à cette date aussi, que paraît le premier article de la presse étrangère, faisant état des événements de Tizî-Ouzou. Il s’agit d’un court article de Libération, lequel relate honnêtement la manifestation du 11. (C’est sans doute ce qui éveillera l’intérêt du Monde !)

Vendredi 14 mars 1980.

Les gens commentent abondamment (et différemment) les inscriptions. Les avis sont plutôt partagés.
Samedi 15 mars 1980.
Première visite à la présidence de la République d’une délégation d’étudiants de Tizi-Ouzou qui lui remettront la lettre ouverte. Ils sont reçus par A. Benhabyles le secrétaire général qui se montre quelque peu surpris et réservé, mais néanmoins pas trop hostile. Les étudiants lui font une démonstration d’écriture en berbère (Tifinagh) qu’il dit avoir transmise au Président ( ?). En fait il précisera ses positions lors de la seconde rencontre.

Dimanche 16 mars 1980.

A Alger, on signale qu’un tract du FFS circule en milieu estudiantin (c’est le troisième depuis six mois), il informe sur les événements de Tizi-Ouzou tout en exagérant quelque peu le nombre des manifestants (2000 prétend-il).
En Kabylie, les dimanche 16, lundi 17 et mardi 18, Larbaa Naît Irathen puis Azazga et Aïn El Hammam ont connu trois journées de manifestations (à Larbaa, trois jours consécutifs). Les manifestants sont surtout de nombreux jeunes (lycéens, etc.) mais aussi des très jeunes et des femmes (en général des vieilles). Des actions spectaculaires sont signalées.
A Larbaa Naît Irathen, les manifestants entrent dans la caserne et obligent les djounouds à sortir (alors qu’ils étaient en tenue de sport, en train de faire de la gymnastique), pour manifester en faveur de la langue berbère. Le même sort atteint le président de l’APC qui se voit contraint de défiler en tête en scandant : » Vive les Berbères. »
Partout des vitres et des enseignes des édifices publics sont brisées, souvent elles sont repeintes en caractères » tifinagh « . A Azazga, un officier de police venu protester contre la dégradation d’une enseigne du FLN, se voit déverser sur lui un pot de peinture rouge, etc. Les commerçants (certains diront qu’ils y ont été forcés) ont bien évidemment baissé tous les rideaux.

Lundi 17 mars 1980.

Daniel Junqua, correspondant du Monde, se rend à Tizi-Ouzou, où il enquête auprès d’étudiants, d’enseignants et tente vainement d’obtenir la version des responsables (recteur absent, etc.). Un premier article honnête va paraître dans le Monde, daté du mercredi 19 mars.
A l’université de Tizi-Ouzou, on commente bien sûr tous les événements. Les partisans d’une prise de position pour dénoncer les » partis d’opposition suspects de chercher à manipuler » sont mis en minorité et le projet est abandonné. Le soir, un gala du chanteur d’Imazighen Imula, Ferhat, a lieu au foyer de Hasnaoua devant près de mille spectateurs dont le directeur du COUS, Merabtène,
complètement ivre, qui se prête aux demandes loufoques des étudiants qui le ridiculisent. Ce gala tourne en une espèce de meeting d’opposition à la politique répressive du pouvoir et il a beaucoup de succès car des thèmes politiques sont ouvertement débattus, comme par exemple, le retour d’opposants comme Aït Ahmed et Boudiaf. Le laborantin About Arezki parle imprudemment d’un tract du FUAA qu’il aurait reçu sous sa porte.

Mardi 18 mars 1980.

On nous confirme les manifestations de Larba, Azazga et Aïn El Hammam. Les gens sont parfois assez circonspects (particulièrement les hommes adultes), » on risque de s’acheminer vers une guerre civile » redoutent-ils.

Mercredi 19 mars 1980.

Mammeri est reçu une première fois par Bererhi (le ministre de l’Enseignement supérieur) qui s’est montré tout plein d’excuses » mielleuses » mais vagues. Une seconde fois il le contacte pour lui déconseiller fortement de participer à un cycle de conférences organisées à la Cité universitaire de jeunes filles de Ben Aknoun, sur le thème de la Culture nationale. La même démarche semble avoir été faite auprès de M. Labîdi ainsi qu’auprès de Rachid Boudjedra également pressenti pour ce cycle.
Mammeri s’excusera » diplomatiquement » auprès des jeunes filles venues le relancer. Certaines filles de l’UNJA tenteront même de reprendre l’affaire en main.

Jeudi 20 mars 1980.

On relève un billet plutôt » ordurier » signé K.B. (sans doute Kamel Beikacem, le rédacteur en chef) paru dans la page culturelle de El Moudjahid. Mammeri y est attaqué (sans être nommé) comme un véritable collaborateur du colonialisme. On note aussi un éditorial très confus mais dont la fin dénonce nettement les fauteurs de trouble de Tizi-Ouzou dans ‘Révolution africaine.
Algérie Actualité, quant à lui, souligne bien que le départ de Chadiy pour le Moyen-Orient était prévu de longue date et n’a donc rien de conjoncturel. En fait une venue de Chadly à Tizi-Ouzou était bel et bien prévue pour le 15 ou le 16 mars. En témoignent les nombreux (et précipités) travaux d’embellissement dans toute la ville.
A Dra El Mizan, une première tentative de manifestation a eu lieu alors que les lycées étaient en vacances, avec environ deux cents lycéens. A Tizi-Ouzou, les étudiants tiennent une A.G. assez houleuse, au cours de laquelle certains dénoncent les manipulations des partis d’opposition, FFS, FUAA et PRS ; certains y ajoutent le PAGS (qui effectivement manipulerait au moins un ou deux des » meneurs » estudiantins). Par ailleurs l’AG prend la décision d’aller au-devant des manifestants lycéens des villes de Larba, Azazga, etc. qui s’apprêtent à descendre en cortège sur Tizi-Ouzou, afin de les dissuader de faire le regroupement. La manifestation dont la rumeur était connue depuis plusieurs jours, même à Alger, est difficilement contenue. En fait les forces de l’ordre étaient sur les dents.

Samedi 22 mars 1980.

Au niveau des enseignements de Tizi-Ouzou, on parle d’une nouvelle initiative à prendre suite à l’article injurieux d’El Moudjahid, qui met en cause également la communauté universitaire de Tizi-Ouzou de façon indirecte. A Alger, certains universitaires tentent avec peu de succès, de faire signer une pétition demandant à El Moudjahid de garantir le droit de réponse à Mammeri.
La pétition recueille difficilement des signatures, même parmi le personnel du CRAPE dont Mammeri avait été directeur.

Lundi 24 mars 1980.

On note de nombreuses tergiversations en milieu enseignant à Tizi-Ouzou sur les initiatives à prendre. La lettre ouverte au ministre tarde à être envoyée. A l’Institut des Sciences économiques, le recteur Arab vient d’installer la commission pédagogique. Les enseignants décident à propos du problème des polycopies et du tirage d’adresser une lettre-ultimatum à l’administration pour la date limite du samedi 29 mars, au-delà de laquelle ce serait la grève.

Mardi 25 mars 1980.

L’Institut des Sciences économiques d’Alger se met en grève pour trois jours à propos principalement de leur comité d’institut non reconnu par l’administration.
Mammeri a été reçu par le ministre de l’Information, Mehri, qui, tout en lui présentant des excuses polies, s’oppose à la publication de sa réponse par El Moudjahid. Mammeri semble plutôt résigné à ne pas pousser plus loin, mais à sonder du côté d’Algérie-Actualité… Entre-temps, le directeur de la Recherche scientifique au ministère, Benbouzid, ainsi que des gens de l’ONRS se mon- trent plutôt favorables à l’idée de l’ouverture d’une chaire de berbère et de filières de recherches dans le domaine.
Les pétitions de protestation affluent chez les autorités.

26 mars 1980

Nouvelle manifestation à Tizi-Ouzou des près d’un millier d’étudiants. La police n’intervient pas.
30 mars 1980
Récital d’Aït-Menguellet à la porte de Pantin. Le comité de défense des droits culturels appelle à un rassemblement silencieux devant l’ambassade d’Algérie en France.

6 avril 1980

Assemblée générale des étudiants à Ihesnawen (Tizi-Ouzou) décidant l’occupation de la salle de reprographie de l’université et appelle à une manifestation pour le 7 avril à Alger.

7 avril 1980

10 h du matin. Alger, place du 1er Mai, cinq cents manifestants dont des étudiants et des enseignants se regroupent en milieu de matinée pour réclamer le droit à l’existence pour la culture berbère. Leurs banderoles sont « culture populaire », « liberté d’expression », « le berbère n’est-il pas une langue algérienne ? », « démocratie culturelle ». La police intervient dès le départ du cortège qui entonne alors le chant des maquisards « Min djibalina » (de nos montagnes s’est élevée la voix de la liberté). La police réprime sauvagement les manifestants. Près de 200 sont embarqués dans les fourgons à coups de matraque. Parmi les manifestants, on dénombre plusieurs blessés et cinq personnes sont dans le coma. Un manifestant est mort sous les coups de matraque. Une grève est votée à l’université d’Alger. L’université de Tizi-Ouzou est en grève et occupée par les étudiants.
11 h 30. Meeting à la faculté centrale d’Alger pour décider d’autres marches sur le commissariat central pour protester contre la répression.
3:00 PM. Rassemblement silencieux devant l’ambassade d’Algérie en France à l’appui du CDDA regroupant un millier de personnes. Une motion devait être remise à l’ambassade. L’ambassadeur a refusé de recevoir la délégation les traitant de non Algériens. Une lettre ouverte au président Chadli a été lancée pour recueillir des signatures.
Soir. Assemblée générale des étudiants décidant une grève générale illimitée avec occupation des locaux de l’université.

8 avril 1980

A Alger, plus d’un millier d’étudiants manifestent aux cris de « A bas la répression », « police assassin », « libérez les détenus », « culture populaire algérienne ». Ils entonnent aussi des chants patriotiques. Ils sont énergiquement refoulés par la police dans l’enceinte universitaire. La manifestation se prolonge pendant plus de deux heures. La plupart des interpellés sont libérés.
En Kabylie, plusieurs milliers de paysans de Aïn El Hammam et Larbâa Nat Yiraten marchent sur Tizi-Ouzou. L’armée bloque les routes et leur fait rebrousser chemin. La plupart des interpellés de la veille ont étés libérés. Les étudiants de Boumerdès se mettent en grève. Motion de soutien des étudiants et travailleurs de la Fac centrale aux étudiants de Tizi-Ouzou. Mise en place d’un bureau de coordination pour Alger.

9 avril 1980

Le mouvement s’étend en Kabylie. Les manifestations de jeunes revendiquant le droit à l’existence pour la culture berbère se multiplient aux Ouadhias, Aït-Yanni, Djemâa-Saaridj, Dellys, Bordj Menaïel, Sidi Aïch, etc. A Sidi Aïch, 9 avril, un concert donné par le chanteur Ferhat (groupe Imazighen Imula) est interdit. Le chanteur est interpellé par la police.

10 avril 1980

Contre-manifestation organisée par le parti FLN à Tizi-Ouzou.

9-15 avril 1980

Constitution de comités de vigilance et de soutien aux étudiants en grève dans tous les villages de Kabylie.

11 avril 1980

Réponse de Mouloud Mammeri à El Moudjahid à propos des « donneurs de leçons » refusée par ce même journal, reprise par le journal Le Matin. Ronéotypé et distribué par les étudiants à la population en Algérie et en France.

13 avril 1980

Une délégation d’enseignants de Tizi-Ouzou a été reçue par le ministre de l’enseignement supérieur. Les élèves du lycée Amirouche de Tizi-Ouzou se mettent en grève et occupent l’établissement. Les travailleurs de l’hôpital envoient une motion de soutien aux étudiants grévistes et une lettre au président Chadli demandant l’arrêt de la répression. Un tract attribué au FFS appelle à une grève générale pour le 16 avril.

15 avril 1980

Le CDDCA à Paris appelle à une marche pacifique pour le 26 avril devant l’ambassade d’Algérie et le 1er mai à la rue des filles du clavaire à la Bastille. Occupation de l’hôpital de Tizi-Ouzou.

16 avril 1980

Grève générale totale en Kabylie. Le chanteur Ferhat du groupe Imazighen Imula est enlevé à Dar El Beida à 14 h 30. Le ministère de l’Enseignement supérieur lance un ultimatum aux étudiants de Tizi-Ouzou pour reprendre les cours le 19 avril. Le soir, réunion conjointe entre travailleurs de la Sonelec, Sonelgaz, hôpital, étudiants, enseignants, lycéens, Sonitex, et Casoral condamnant la répression et mettant sur pied un comité populaire de coordination.

18 avril 1980

Rassemblement devant l’ambassade d’Algérie à Ottawa et marche symbolique devant le parlement canadien.

20 avril 1980

1 h du matin. L’opération Mizrana est déclenchée. Les forces de répression envahissent tous les lieux occupés (université, hôpital, usines). Les étudiants surpris dans leur sommeil sont assommées dans leur lit. Les chiens sont lâchés sur les fuyards. Des étudiants sautent des étages de la cité universitaire en slip. Des professeurs sont arrêtés à leur domicile. Tout le personnel de l’hôpital, médecins et infirmiers, est arrêté et remplacé par des médecins militaires. Des rumeurs font état de 32 morts et plusieurs centaines de blessés. Une grève générale spontanée a été déclenchée par la population de Tizi-Ouzou, plus aucune enseigne en arabe ne subsiste, ni plaque de rues.
La Kabylie était coupée du monde. Interdiction d’accès à tout le monde et aux journalistes en particulier.

21 avril 1980

Condamnation des 21 d’El-Kseur. Des barricades commencent à s’édifier dans la haute ville et à la gare. Les forces de répression circulent baïonnette au canon. Les nouvelles galeries sont pillées (par provocation ?). Le centre artisanal saccagé, ainsi que la gare routière et la villa de Kharroubi. La population des villages environnants marche sur la ville pour protester contre la répression et les morts.

22 avril 1980

Trois journées de grève générale. Des barricades continuent à s’édifier dans la haute ville. Des manifestants parcourent la ville avec des banderoles pour la libération des détenus et l’arrêt de la répression, d’autres proclamant « Imazighen » sont déployées. Les CNS chargent les manifestants dans le dos. De durs combats ont lieu partout dans la ville. Les montagnards redescendent dans la ville et dressent des barricades. Pillage du bureau de l’APS, la SAA, la maison de l’artisanat, le siège du parti, l’hôtel le Balloua, le cinéma Mondial. Grève de solidarité déclenchée à l’hôpital Mustapha (Alger) par le personnel soignant.

23 avril 1980

4 ème journée de la grève générale. Des arrestations massives ont lieu partout. Des manifestants venant de Tigzirt-sur-mer affrontent les forces de répression à l’entrée de la ville. De violents affrontements ont lieu également à Draâ Ben Khedda.

24 avril 1980

Retour au « calme » progressif, les magasins d’alimentation rouvrent dans l’après-midi. Des affrontements très violents ont lieu entre manifestants (des Ouadhias, de Larbaâ et de Aîn El Hammam) et les forces de répression. Les nouvelles galeries croulent sous l’abondance des marchandises.

25 avril 1980

La ville est quadrillée par les forces de répression. La RTA filme les endroits saccagés. 17 h, l’ambassadeur d’Algérie est reçu au quai d’Orsay. 17 h 50 le préfet de police signifie au comité de défense des droits culturels en Algérie, l’interdiction de la marche prévue pour le lendemain.

26 avril 1980

Malgré l’interdiction de la manifestation par le préfet, et pour le « risque de troubles de l’ordre public » le contre-ordre est lancé par le CDDCA par voie de presse et audiovisuelle, près de 500 personnes sont venues. 400 personnes ont été interpellées par la police et conduites à Vincennes où elles furent fouillées, photographiées et fichées. L’Amicale des Algériens avait « délégué » 200 provocateurs emmenés à Paris par cars et payés à la journée.

29 avril 1980

Le préfet de Paris interdit la manifestation silencieuse du CDDCA prévue pour le 1er mai pour « risque de trouble de l’ordre public.

10 mai 1980

Gala de Matoub Lounès à l’Olympia. Une minute de silence fut observée en signe de solidarité avec le mouvement populaire en Algérie.

12 mai 1980

Grève à la Fac d’Alger.

16 mai 1980

Une liste de 24 détenus est publiée par El Moudjahid et annonce leur traduction devant la cour de sûreté de l’Etat siégeant à Médéa.

18 mai 1980

Grève générale à Tizi-Ouzou suivie massivement par la population à l’exception des Nouvelles Galeries Algériennes.

19 mai 1980

Manifestation de protestation contre la répression à Alger.

24 mai 1980

Assemblée générale à la Fac centrale d’Alger agressée par les agents du pouvoir.

25 mai 1980

Le CDDCA publie la « lettre ouverte à Chadli » qui a recueilli 3522 signatures.

3 juin 1980

Publication de la pétition du Comité international de soutien aux victimes de la répression en Algérie. Mise sur pied par le CDDCA et qui a recueilli 140 signatures de personnalités universitaires et artistiques.

21 juin 1980

14 h. Meeting de soutien aux détenus en Algérie, tenu à la Bourse du travail à Paris organisé par le CDDCA et le comité international contre la répression sur les mots d’ordre suivants : -Halte à la répression.
Libération inconditionnelle et immédiate de tous les détenus.
Langues populaires (arabe algérien et berbère) comme langues nationales. Ont été invités à participer au meeting toutes les organisations et personnalités algériennes et françaises. Ont participé celles qui ont souscrit à ces principes.

Le CDDCA, l’ASEP, UNEF, LCR, FEN, FO, OCI, FFS, ligues internationales des droits de l’homme. Quant à Djamel Allam et le groupe Djurdura ils ont refusé de répondre à l’appel du CDDCA, Ferhat et Aït Menguelet ont été retenus en Algérie.

25 juin 1980

Journée de soutien aux détenus organisée à Tizi-Ouzou. 20 h. L’APS annonce la mise en liberté provisoire des 24 détenus de Berrouaghia pour le lendemain.

Une délégation avec plusieurs voitures part de Tizi-Ouzou pour chercher les détenus qui sont accueillis par Tizi-Ouzou en fête
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Liste des 24 détenus
1- ABBOUT Arezki
2- CHEMIME Mokrane
3- AGGOUN Ahmed
4- HALET Rachid
5- AHMED ZAID Idir
6- KHELLIL Saïd
7- AIT OUAKLI Rachid
8- LAMARI Idriss
9- AIT LARBI Arezki
10- LOUNAOUSSI Mouloud
11- ALI CHEIKH Oubraham
12- NAIT ABDELLAH Mohamed
13- BACHA Mustapha
14- RACHIDI Mohamed
15- BEN AMOUN Kamel
16- SAADI Mouloud
17- BELGHEZLI Achour
18- SAADI Saïd
19- BERDOUS Mammar
20- STIET Mohamed
21- BOURRIF Salah
22- TARI Laziz
23- BRAHIMI Ali
24- ZENATI Djamel