Articles Tagués ‘pouvoir d’achat’


image

En Algérie, les salaires ont augmenté et avec eux les envies de shopping. Mais les produits importés ne sont pas à la portée de toutes les bourses.

Elles sont bien loin les années 1990, cette décennie noire où l’Algérie a dû passer sous la tutelle du Fonds monétaire international (FMI) pour cessation de paiement, où la dette extérieure avait atteint la somme astronomique de 32 milliards de dollars, où les caisses de l’État étaient tellement vides qu’il avait fallu solliciter une monarchie du Golfe pour régler la facture d’un simple bateau de blé. Désormais, le pays a renoué avec l’aisance financière, à la faveur de l’envol des prix du pétrole et du gaz, ses deux principales richesses.

Depuis 1999, l’Algérie a engrangé près de 800 milliards de dollars, a remboursé ses dettes, et même prêté 5 milliards au « méchant » FMI en octobre 2012. Mieux, la Banque d’Algérie a accumulé quelque 200 milliards de dollars en réserves de change – dont une bonne partie a été placée en bons du Trésor aux États-Unis. De quoi assurer trois années d’importations, du jamais vu depuis l’indépendance.

Au cours de la dernière décennie, l’Algérie a connu une hausse substantielle du nombre de millionnaires en dollars, voire de milliardaires.

Et pour clore cette liste de records chiffrés régulièrement exhibée par les autorités pour démontrer que l’Algérie a bien changé, on peut rappeler que les gouvernements successifs du président Bouteflika ont engagé 600 milliards de dollars dans des projets de développement. Qu’ils ont revalorisé à cinq reprises le salaire national minimum garanti (SNMG), fixé à 18 000 dinars (DA, soit environ 180 euros) par mois depuis 2012, alors que la première revalorisation l’avait péniblement fait passer de 6 000 à 8 000 DA en 2001. Qu’ils ont par ailleurs rétabli le crédit à la consommation (supprimé en 2009) et dopé les salaires de 2010 à 2012. Le pouvoir d’achat a-t-il progressé pour autant ? La qualité de vie des Algériens s’est-elle améliorée ? Sont-ils heureux ?

L’Algérie, un eldorado pour ceux qui veulent gagner de l’argent rapidement ?

Invité le 11 mars à une conférence au siège du quotidien Liberté, Djamel Zenati, ancien député du Front des forces socialistes (FFS), s’est fendu de cette savoureuse formule : « Celui qui ne s’est pas enrichi sous Bouteflika ne sera jamais riche. »

Lyes fait partie de ces Algériens qui ont amassé une petite fortune au cours de ces quinze dernières années. Importateur de pièces détachées pour véhicules légers, ce père de 3 enfants se qualifie volontiers de privilégié du système. Plusieurs comptes bancaires garnis, villa avec piscine dans le quartier de Dely Brahim, sur les hauteurs d’Alger, progéniture scolarisée dans un établissement privé, vacances dans le sud de l’Espagne, en Thaïlande ou en Égypte…

Lyes n’a pas de scrupules à faire étalage de sa fortune. Sa dernière acquisition, qu’il aime exhiber dans le quartier de Sidi Yahia, les Champs-Élysées d’Alger : une limousine flambant neuve payée, en liquide, 7 millions de dinars (environ 70 000 euros). « Ces 7 millions sont une goutte d’eau, dit Lyes non sans fierté. Cette somme ne représente même pas la moitié de la valeur d’un conteneur. Or j’en importe deux à trois par mois. Mais cet argent ne fait pas vraiment notre bonheur. Je peux tout me permettre, mais les lieux de savoir, de distraction et d’évasion sont inexistants en Algérie. On s’y ennuie mortellement. »

Ancien trabendiste reconverti dans l' »import-import » – dénomination populaire de l’import-export -, Lyes estime que l’Algérie est un eldorado pour ceux qui veulent gagner de l’argent rapidement. À preuve, au cours de la dernière décennie, le pays a connu une hausse substantielle du nombre de millionnaires en dollars, voire de milliardaires. Une réussite symbolisée par celle de l’industriel Issad Rebrab, patron du groupe privé agroalimentaire Cevital, entré dans le classement 2013 du magazine Forbes avec une fortune estimée à 3,2 milliards de dollars.

« Nous ne produisons rien, nous importons tout, souligne Lyes. C’est pain bénit pour les hommes d’affaires qui sont sur ce créneau, et ce n’est pas demain que cette source va se tarir, car l’économie algérienne dépendra encore de la rente pétrolière dans les vingt prochaines années. On se frotte les mains d’avance… » Il ne croit pas si bien dire. De l’aveu même de l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, l’Algérie a importé pour 370 milliards de dollars au cours des quinze dernières années. Pour la seule année 2014, la facture pourrait même atteindre la barre des 55 milliards de dollars, alors qu’elle était à peine de 10 milliards en 1998. Une vraie dépendance, aussi, au « fabriqué à l’étranger ».

Des produits pas accessibles à toutes les bourses

Forcément, ce boom des importations et le prix des produits importés se ressentent dans la vie quotidienne. De la pomme de terre à la pièce détachée en passant par le téléphone, la voiture, les conserves, les viandes, le blé, les fruits, les vêtements, les Algériens consomment presque exclusivement des produits importés de Chine, d’Argentine, de France, des émirats du Golfe ou de Taïwan. À tel point que certains marchés populaires portent désormais des noms aussi exotiques que Dubaï, Chinatown ou Dallas. De quoi donner à chacun sa petite part de rêve…

Mais si tous les produits sont disponibles, ils ne sont pas accessibles à toutes les bourses. D’autant que le pouvoir d’achat des Algériens a sensiblement diminué au cours de ces cinq dernières années, bien que le SNMG ait été revalorisé et bien que les autorités, qui continuent de soutenir les produits de première nécessité (pain, lait, sucre, huile), aient procédé à des revalorisations salariales substantielles (avec effet rétroactif) pendant l’hiver 2012, dans la foulée des révolutions en Tunisie et en Égypte, pour garantir la paix sociale. Et même si, selon le FMI, le PIB par habitant est passé de 1 630 dollars en 1999 à 5 670 dollars en 2013, le pouvoir d’achat des Algériens s’est érodé. L’inflation, conjuguée à la flambée incessante des prix des produits de grande consommation, grève le budget des ménages.

Médecin au service ophtalmologie d’un hôpital public, mère de deux enfants, Nadjet se plaint de la cherté de la vie, malgré un salaire mensuel de 90 000 DA, pourtant largement supérieur à la moyenne. « Entre la nourriture et le téléphone, l’entretien et le remboursement de la voiture, le loyer, les soins de santé, la scolarité des enfants, les vêtements… Il ne reste plus grand-chose à la fin du mois, maugrée Nadjet. Pour les vacances d’été, il faut se contenter de la plage. Et il faut compter deux ou trois ans d’économies pour un séjour en Tunisie ou en Turquie », qui restent les deux principales destinations des touristes algériens.

Sportives et grosses berlines

Où et comment dépenser son argent ? Pour répondre à cette cruelle question et aux besoins des « nouveaux riches » algériens, quelques temples pour consommateurs haut de gamme ont vu le jour, surtout dans la capitale, où plusieurs concessionnaires proposent des véhicules de standing, négociables entre 5 millions et 20 millions de dinars (DA, entre 50 000 et 200 000 euros).

C’est « le » véritable signe extérieur de richesse. L’engouement pour ces berlines, limousines ou sportives est tel que, du 9 juillet au 9 août 2013, les clients aisés ont pu se rendre à loisir au premier Salon de l’automobile haut de gamme d’Alger. Sur les hauteurs de la capitale et dans ses banlieues chics, les villas avec piscine fleurissent, dont certaines se revendent à plus de 400 millions de DA. Des magasins de luxe, de grandes enseignes d’horlogerie, de vêtements ou d’électronique high-tech ont ouvert à Sidi Yahia, près du quartier huppé de Hydra, à Alger.

Et pour ceux qui aiment la discrétion, rien de tel que l’étranger. Les Algériens qui en ont les moyens aiment passer leurs vacances à Paris, à Monaco, dans le sud de l’Espagne ou à Cuba. Pour le shopping, ils préfèrent Londres, Genève, Dubaï ou Doha, d’autant plus prisé depuis que Qatar Airways propose des vols directs plusieurs fois par semaine. Ils sont aussi de plus en plus nombreux à acquérir maisons, appartements et commerces hors du pays pour assurer l’avenir de leurs enfants, faire des affaires, ou, pour quelques-uns, investir les petites et grandes fortunes amassées.

Par Farid Alilat


Algérie – Le salaire minimum garanti (SNMG) passe à 18000 dinars (Officiel)

 

Le salaire national minimum garanti (SNMG) est passé à 18.000 DA, a confirmé ce vendredi, le Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia à l’issue des travaux de la tripartite qui ont duré une vingtaine d’heures. Dans la matinée, l’agence APS, citant une source proche de la tripartite (gouvernement, UGTA et patronat) avait indiqué que le SNMG, qui était de 15.000 DA, passerait à 18.000 DA à compter de janvier 2012.  Avant la tenue de la tripartite il était question d’une hausse qui mettrait le SNMG dans une fourchette située entre 18.000 et 20.000 dinars. Manifestement, c’est le niveau le plus bas de la hausse envisagée qui a été retenue à la tripartite.


Enquête sur la consommation des Algériens

par Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 12 juin 2011

Une enquête nationale sur les habitudes de consommation en Algérie a été lancée en avril dernier, avec comme objectif de cerner les grandes tendances qui se profilent pour les ménages algériens. Selon l’Office national des statistiques (ONS), cette enquête sur les comportements de consommation des Algériens devrait être exploitée par les pouvoirs publics pour mieux cibler la politique sociale et économique du gouvernement. Une telle démarche est annoncée officiellement pour la première fois par l’ONS, qui, au demeurant, est devenu prestataire de ce type d’enquête, menée habituellement par le CENEAP, lui-même dépositaire de l’ancienne AARDES. Selon l’Office, cette enquête sur la consommation des ménages, qui s’inscrit dans le nouveau système (EPACA), a été initiée dans le cadre du programme d’appui au management de l’économie (AMECO) réalisé en collaboration avec l’Union européenne.

Cette première opération du genre couvre les différents aspects des conditions de vie des ménages dans le but d’améliorer l’observation de leurs comportements de consommation, et fournir aux pouvoirs publics un outil d’évaluation des politiques économiques et sociales, a indiqué le directeur national du programme AMECO, M. Youcef Bazizi, cité par l’APS. L’échantillon visé par cette enquête est de 2.500 ménages, et les résultats devront permettre d’obtenir des indicateurs sociaux de conjoncture relatifs à leurs conditions durant l’année. Cette enquête est complémentaire à la 5e enquête nationale sur les dépenses de consommation des ménages que mène actuellement l’Office pour ainsi dire permettre la mise en place par le gouvernement d’une politique sociale de soutien de l’Etat en direction des couches sociales les plus vulnérables.

L’introduction des volets liés à l’appréciation et à la mesure du niveau de vie et des conditions sociales des ménages, «constitue la nouveauté de cette enquête afin de produire des indicateurs qui permettront de distinguer les inégalités dans la société et de bien cerner la politique de soutien et de subvention de l’Etat», souligne M. Bazizi. Outre les indicateurs de base présents dans chaque enquête, il est prévu d’insérer un volet concernant les dépenses des ménages dans leur globalité, ainsi que les indicateurs d’opinion des ménages sur la conjoncture économique, afin de combler le déficit d’information sur les dépenses des ménages durant la période séparant les deux grandes enquêtes de consommation, qui se déroulent chaque 10 ans. L’enquête a été par ailleurs lancée au moment où l’Etat, sous la pression sociale, a décidé d’octroyer des augmentations de salaires dans presque tous les secteurs économiques, ainsi que dans la fonction publique.

Des revendications sociales, des débrayages et des mouvements syndicaux ont amené le gouvernement à faire des concessions sur le front des salaires, alors que l’inflation montait en flèche, notamment pour les produits de large consommation dont ceux alimentaires. Selon le Conseil de la monnaie et du crédit (CMC), le taux d’inflation en 2011 sera de 4%, et «nous prévoyons qu’elle resterait autour de ce niveau». A fin février dernier, l’inflation était de 3,87% contre des prévisions à 3,88%, soit un écart «quasi nul», selon lui. Mais, selon l’Office national des statistiques, l’inflation est remontée au mois d’avril 2011, date de lancement de cette enquête, à 4,5%, tirée vers le haut par les produits alimentaires (+4,3%), avec une progression prodigieuse de 8,1% pour les produits agricoles frais et 1,3% pour les produits industriels. Pour les quatre premiers mois de l’année, l’inflation s’est établie en hausse de 3,7%, avec une évolution quasi généralisée de tous les produits: 2,9% pour les biens alimentaires, dont 3,4% pour les produits agricoles frais et 2,5% pour les produits alimentaires industriels, et 5% pour les biens manufacturés et 3% pour les services. Une hausse très nette en fait des prix à la consommation, selon l’Office. Des indicateurs qui devront «influencer», sinon guider dorénavant les futures politiques sociales et économiques des pouvoirs publics, pour notamment éviter une trop grande fracture sociale.



Indice mondial du bonheur
Les Algériens parmi les plus malheureux au monde

Khaled Yahyaoui / in TSA
L’Algérie continue de collectionner les mauvais points dans tous les domaines. Après les faibles performances réalisées en matière de gouvernance, de lutte contre la corruption ou d’ouverture démocratique, l’Algérie figure dans le rayon des pays dont les citoyens sont les moins heureux au monde.

Dans l’édition 2009 2010 de l’indice mondial du bonheur (IMB) publié par la revue française Globeco, l’Algérie se classe à 46e place sur 60 pays représentant 85 % de la population mondiale et 90 % du PIB. Les Algériens sont à peine mieux lotis que les Éthiopiens, les Pakistanais ou encore les Congolais dont les pays connaissent une instabilité durable depuis maintenant de nombreuses années.

En dépit de ses ressources pétrolières et gazières et ses importants moyens financiers, l’Algérie fait moins bien qui ses voisins Tunisiens (36e) et Marocains qui occupent la 41e position. L’Algérie est toutefois mieux classés que l’Égypte (47e) qui souffre d’une démographie disproportionnée et l’Iran (50e).

Les pays de l’Europe centrale et orientale (PECO) enregistrent tous une « évolution favorable », souligne Globeco. Les indicateurs utilisés par l’IMB sont issus de sources crédibles paraissant tous les ans comme les données du PNUD, de la Banque mondiale, de l’OMS, du SIPRI, d’Amnesty International et du HCR.

Pour donner une meilleure idée sur le classement, l’IMB définit le bonheur en expliquant ce qu’est un pays heureux. Selon Globeco, « un pays heureux c’est un pays où on vit en paix et en sécurité, où on vit en liberté et en démocratie, et où les droits de l’homme sont respectés, qui connaît une qualité de la vie importante, où la recherche, la formation, l’information, la communication et la culture sont partagées par tous ». De telles conditions ne sont pas réunies en Algérie, ce qui explique son classement parmi les dix derniers pays. C’est dans la rubrique de la recherche, formation, information et communication que l’Algérie a obtenu ses plus mauvaises notes qui lui ont valu cette place au bas du tableau.