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Bouleversements politiques dans le monde arabe

Le «précieux» soutien US au régime algérien
El Watan, 21 septembre 2011

Sur les capacités du régime algérien à se réformer, les Américains disent croire en «un changement sain et juste».

Jamais sans doute les Etats-Unis n’ont été aussi proches du régime d’Alger que depuis l’éclatement du conflit libyen et l’intervention atlantiste aux mille et une complications pour la région. Un soutien franc, sans équivoque, tombant à point nommé pour un régime aux abois, isolé sur la scène internationale et essuyant les contrecoups de son appui (avéré ou présumé) au régime d’El Gueddafi. Interviews, communiqués, rencontres formelles et informelles avec la presse, les «communicants» US débordent d’activité, ne lésinent pas sur les marques ostentatoires de soutien. Les autorités américaines y mettent du zèle, déploient des trésors de bienveillance. Une bien étrange bienveillance à l’endroit des tenants du régime algérien, élevés aujourd’hui au rang de «partenaires stratégiques» dans la région.

«C’est de la realpolitik, expliquait hier une source US. Nous sommes parfois amenés à travailler avec des dictateurs comme Al Assad, mais vu notre expérience dans la région, il est hors de question de soutenir des régimes dictatoriaux. Nous privilégions en premier lieu la stabilité. Et une véritable stabilité ne peut provenir que d’un changement pacifique et démocratique à l’intérieur du régime.» Sur les capacités du régime algérien à se réformer, notre source dit «croire en un changement sain et juste», reprenant à son compte, avec toutefois des réserves, la thèse officielle du gouvernement : «Nous pensons que les réformes proposées sont utiles, qu’elles vont dans le sens d’une démocratisation du régime.

Les Algériens font-ils confiance à leur gouvernement et en ce qu’il propose ? C’est une autre question. Maintenant, nous ne sommes pas certains si les aspirations des Algériens sont d’ordre strictement économiques et sociales ou si elles renferment des revendications politiques.» Tout en épiloguant sur la «peur» des Algériens de revivre les affres de la décennie 1990, «l’officiel» américain fait le parallèle avec la révolte du 5 Octobre 1988. Une révolte dont les motivations diffèrent, selon lui, suivant les collèges d’analystes. «Certains (analystes) disent que les Algériens s’étaient soulevés pour des raisons économiques, d’autres prétendent que c’est amplement politique. Nous, nous pensons que les revendications à caractère économique charrient forcément dans leur sillage des revendications politiques.» Quid du retour sur la scène politique des islamistes issus notamment de la mouvance de l’ex-FIS ?

L’officiel américain affirme ne pas y voir d’objection, même s’il dit cultiver une méfiance et des appréhensions vis-à-vis de ces mouvements, notamment les plus radicaux d’entre eux. «Mais si tel est le choix des Algériens, nous n’y voyons pas d’objection. Si les islamistes acceptent de se dissoudre dans le jeu démocratique et d’abandonner l’usage de la violence comme moyen pour parvenir au pouvoir, ils ont tout à fait le droit d’activer sur la scène politique», dit-il.

Lundi, Anouar Heddam, ancien dirigeant du FIS exilé aux USA, a affiché son intention de rentrer au bercail. «C’est une affaire qui concerne les autorités algériennes, souligne-t-on. Comme tout citoyen, la loi lui confère le droit de retourner chez lui. Maintenant, la question est de savoir comment il sera accueilli, sachant qu’il est perçu comme faisant partie du problème. Fait-il le poids devant Ali Benhadj (le n°2 du FIS) ? Est-il populaire ?!» Avalanche de questions.

Les islamistes ? Pas d’objection
Même approche américaine en Libye, où le risque d’une prise du pouvoir par les islamistes (djihadistes ?) n’est pas écarté. «Les Algériens ont raison. C’est un fait grave, mais c’est aussi le cas en Tunisie et en Egypte», commente la source. Tout en reconnaissant le bien-fondé des réserves algériennes sur la question, le responsable américain se dit «embarrassé» par la question mais veut dissiper les craintes : «Nous avons insisté auprès du Conseil de transition libyen avec qui nous travaillons sur l’importance d’édifier un système politique démocratique. Et si ce mouvement islamiste libyen existe et qu’il veuille entrer dans le jeu politique, nous n’y voyons pas d’objection.» Les «rapports» qui parviennent de Benghazi, Tripoli, les «contacts» avec certains des islamistes djihadistes libyens (Ali Sallabi, Belhadj) réfutent, d’après lui, la thèse selon laquelle «le CNT est sous le contrôle des islamistes».

Les réserves exprimées par l’Algérie, bien qu’elles soient «légitimes», n’expliquent pas, selon lui, la valse-hésitation du gouvernement à reconnaître le CNT et à élever le niveau des relations bilatérales : «Les contacts entre le gouvernement algérien et le CNT sont aux minima. Nous n’en comprenons pas les raisons. Car bien qu’il y ait déjà eu une rencontre (au Caire) entre Mourad Medelci (ministre algérien des AE) et Mohamed Jibril (président de la délégation exécutive du CNT), nous pensons que les relations entre les deux demeurent très limitées. C’est étrange et illogique.»

Autre sujet abordé : les câbles de WikiLeaks sur l’Algérie, dont la presse algérienne a fait l’écho. Les éléments d’appréciation portés par d’anciens diplomates américains en poste en Algérie à l’endroit de certains hauts dirigeants civils et militaires n’ont appelé aucune réaction officielle ni officieuse. «Nous n’avons, dit-il, reçu aucune réaction du gouvernement algérien.»

Mohand Aziri



Salim Rabia, Maghreb Emergent, 15 avril 2011

Les annonces du président Abdelaziz Bouteflika ne répondent pas aux demandes sourdes émanant du régime pour l’institution d’une poste de vice-président « stabilisant ». En dehors du système, elles sont déjà accueillies avec réserves. A l’image de M. Abdelhamid Mehri qui considère que l’on confond réforme et révision de textes alors que le vrai problème réside dans les règles de fonctionnement occultes du régime.
Le style de l’annonce a pratiquement éclipsé le contenu du discours du président Abdelaziz Bouteflika. Le chef de l’Etat a paru fatigué, expédiant sur un ton monocorde un discours censé annoncer un nouvel élan et un redémarrage des réformes pour anticiper une contestation qui est sociale mais peut devenir politique. Ceux qui ont suivi le discours à la télévision avaient parfois de la peine à saisir le contenu des révisions annoncées. Le discours de Bouteflika a été un mélange d’autosatisfaction pour les « réalisations » des différents plans quinquennaux et une annonce d’une série de révision de textes qui culminera avec celle de la Constitution. Pourtant les observateurs focaliseront longtemps sur la manière dont le discours a été énoncé et sur l’image du président et plus précisément sur sa capacité à mener des réformes. Le premier constat dans les annonces du président est que celui-ci ne satisfait pas les tenants du système qui auraient souhaité prendre une assurance à travers la création d’un poste de vice-président, permettrait de gérer dans l’aisance une éventuelle vacance du pouvoir. Rien, théoriquement, n’interdit qu’une telle fonction puisse être créée à la faveur de la révision annoncée de la Constitution. Mais le fait qu’elle n’ait pas été annoncée traduit plus vraisemblablement le refus du chef de l’Etat de créer un poste qui pourrait devenir fragilisant pour la fonction présidentielle en cas de difficultés. Du point de vue du régime stricto-sensu et de son fonctionnement, ce poste de vice-président était sans doute la principale annonce significative. L’apparente patine du temps sur le président en faisait peut-être une urgence pour le régime.
Une approche « textuelle »
Malgré le ton fatigué de Bouteflika, les annonces n’ont pas manqué dans le discours du président de la république : révision de la Constitution, de la loi sur les partis politiques et du code électoral ainsi que le code de l’information. L’objectif affirmé est de «renforcer la démocratie ». Ainsi une commission pour la révision de la constitution sera mise en place et à laquelle participeront les « courants politiques agissants et des experts en droit constitutionnel ». La commission fera des propositions au président qui les soumettra à approbation par voie référendaire ou par voie parlementaire. La loi électorale fera l’objet d’une « révision profonde » et l’ensemble des partis politiques y compris ceux qui ne sont pas représentés au parlement y seront associés. La loi sur les partis sera également révisée pour leur permettre d’apporter une contribution « plus efficace » au processus de renouveau du pays. Enfin, une nouvelle sur l’information « introduira les repères d’une charte déontologique et complètera la législation actuelle, notamment à travers la dépénalisation du délit de presse ». L’approche est donc centrée sur une révision des textes alors que les demandes portent sur une libération des champs politiques et médiatiques. Le régime semble se donner le moyen de contrôler de bout en bout les réformes en décidant, seul, de la feuille de route. Et en la limitant à une révision des textes.
« Mehri : c’est le fonctionnement occulte du régime qui fait problème pas les lois »
Des objections immédiatement relevées, dans une réaction à chaud de M.Abdelhamid Mehri, ancien secrétaire général du FLN, qui critique la focalisation sur les textes alors que l’enjeu principal réside dans les « pratiques occultes » du régime. Tout en estimant que le discours présidentiel nécessite une lecture approfondie afin de le comparer avec les aspirations du peuple algérien et ce qui est posé par la scène politique, M.Mehri observe qu’il aurait davantage collé à la réalité « s’il avait été le couronnement d’un profond débat national et d’une large consultation entre tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, sont invités à soutenir le processus de réformes et d’œuvrer à sa réussite ». Mais, relève l’ancien secrétaire général du FLN, « il existe apparemment une conviction que la réforme est meilleure quand elle est le plus éloignée de ce qui est secrété et posé par la scène politique ». La critique de fond porte sur la propension du discours à faire accroire que la réforme est une révision des textes. « L’aspect le plus visible de ce discours est de limiter la réforme à une révision des textes ce qui dénote qu’une grande vérité est ignorée, à savoir que l’échec du système de pouvoir et ses défauts résident davantage dans les pratiques du régime et ses règles de fonctionnement occultes que dans les textes que ce soit la constitution ou les lois


Bouchachi (LADDH): «La révision des textes annoncée: un processus biaisé d’avance»

16 avril, 2011 El watan

Me Mostefa Bouchachi, président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme à El Watan:
«Le problème en Algérie n’est pas un problème de textes (juridiques), mais un problème d’institutions qui agissent en dehors des lois. On peut fabriquer les meilleures lois du monde, s’il n’y a pas une volonté de les respecter, des mécanismes, des contrepouvoirs, rien ne changera. Ce n’est donc pas une question de textes, de refonte de la Constitution, mais bien une question d’institutions évoluant en dehors des lois.
A mon sens, la révision des textes annoncée est d’ores et déjà un processus biaisé. La refonte de ces textes devrait échoir à des institutions ‘’bien élues’’ et non pas aux institutions actuelles. Celles-ci n’offrent aucune garantie et ce ne sont certainement pas elles qui changeront le système.»