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Partie d’échecs ou partie de jeu de Go

La Libye, guerre chinoise de l’Amérique

23-06-2011

 

Partie d’échecs ou partie de jeu de Go

La Libye, guerre chinoise de l’Amérique

23-06-2011

 

Les Etats-Unis ont besoin de changer d’ennemi, et ce sera la Chine comme repoussoir mais, en sous-main, ce sera aussi l’Inde et le Brésil, des géants du futur contre lesquels les Etats-Unis ne disposent plus que de l’atout militaire. Sur tous les autres plans, les Etats-Unis sont entrés dans une crise irréversible du capitalisme globalisée qu’expriment si bien les crises financières et économiques de plus en plus proches dans le temps. Fallait-il sortir de Saint Cyr pour juste se rappeler ce que les différents documents officiels des Etats-Unis claironnent depuis vingt ans, à savoir que le contrôle des sources et des routes de l’énergie reste la seule façon pour eux d’étouffer la montée en puissance de la Chine ? Fallait-il vraiment fournir tant d’efforts pour se souvenir que les néoconservateurs avaient clairement, publiquement et à haute voix énoncé leur volonté de changer les frontières du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, pour créer, au nom de la démocratie, des Etats à caractère ethnique ou religieux (comme le veulent les sionistes et les évangéliques pour Israël), c’est-à-dire sur une base raciste ? Personne parmi les journalistes des rubriques «Monde», donc normalement spécialisés dans les questions internationales, n’a lu les documents sionistes qui formulent clairement que la sécurité d’Israël ne peut reposer durablement que sur la création de ces micros-Etats qui seraient des réserves indiennes du vingt et unième siècle et sur la propagation, comme cela se fait au Maroc et en Tunisie, d’une sorte de cosmopolitisme construit sur le rabaissement et la dévalorisation des identités nationales et religieuses

Par Mohamed Bouhamidi

Tous les responsables tablaient sur trois jours pour «dégommer» Kadhafi. Nous en sommes à trois mois et demi de l’agression ouverte. La phase cachée a commencée bien avant aux alentours de nos propres «révoltes» du sucre et de l’huile. Jamais une agression, manifestement impérialiste et de conquête des richesses d’autrui, n’a bénéficié d’un tel silence des peuples européens, et surtout des peuples arabes parce que cette question les touche quand-même directement. Seuls les partis progressistes latino-américains avaient vigoureusement condamné l’agression et la «feuille de vigne» onusienne qui la «légalisait». Les croisés/coalisés ont rejeté sans examen la proposition de dirigeants africains et latino-américains appelant à créer le cadre de négociations entre les groupes armés préparés à l’étranger et l’Etat légal libyen. Il devenait clair pour tous que l’OTAN et ses chefs politiques, c’est-à-dire les Etats-Unis, cherchaient délibérément à attiser les contradictions, les rendre insolubles et produire le bain de sang qui aurait rendu impossible toute idée et toute perspective d’une réconciliation inter-libyenne sur la base de l’unité nationale et de la souveraineté nationale et populaire sur les richesses du pays. En Irak, les Etats-Unis avaient déjà expérimenté cette haine par le bain de sang, par l’intermédiaire d’Al-Qaïda. La haine qui a rendu impossible la défense des intérêts irakiens face à l’occupant qui gère désormais quatre-vingt quinze pour cent des revenus pétroliers du pays qui, par ailleurs, n’en possède pas d’autres. Al-Qaïda est aujourd’hui en service en Libye pour sa dernière mission. Les Etats-Unis ont besoin de changer d’ennemi et ce sera la Chine comme repoussoir mais, en sous-main, ce sera aussi l’Inde et le Brésil, des géants du futur contre lesquels les Etats-Unis ne disposent plus que de l’atout militaire. Sur tous les autres plans, les Etats-Unis sont entrés dans une crise irréversible du capitalisme globalisée qu’expriment si bien les crises financières et économiques de plus en plus proches dans le temps. Fallait-il sortir de Saint Cyr pour juste se rappeler ce que les différents documents officiels des Etats-Unis claironnent depuis vingt ans, à savoir que le contrôle des sources et des routes de l’énergie reste la seule façon pour eux d’étouffer la montée en puissance de la Chine ? Fallait-il vraiment fournir tant d’efforts pour se souvenir que les néoconservateurs avaient clairement, publiquement et à haute voix énoncé leur volonté de changer les frontières du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, pour créer, au nom de la démocratie, des Etats à caractère ethnique ou religieux (comme le veulent les sionistes et les évangéliques pour Israël), c’est-à-dire sur une base raciste ? Personne parmi les journalistes des rubriques «Monde», donc normalement spécialisés dans les questions internationales, n’a lu les documents sionistes qui formulent clairement que la sécurité d’Israël ne peut reposer durablement que sur la création de ces micros-Etats qui seraient des réserves indiennes du vingt et unième siècle et sur la propagation, comme cela se fait au Maroc et en Tunisie, d’une sorte de cosmopolitisme construit sur le rabaissement et la dévalorisation des identités nationales et religieuses. Cela donnera forcément des paradis sexuels pour pédophiles. Mais qu’attendre de populations qui acceptent, à la base, le principe de vivre en domestiques éternels ? A moins que vous croyiez que les travailleurs du tourisme de masse bénéficient des garanties de dignité des travailleurs hôteliers européens ? Si les USA annoncent longtemps à l’avance leurs buts et même en partie les moyens, ils gardent le secret le plus épais sur la mise en œuvre. En tous les cas les buts sont facilement indentifiables pour peu qu’on ait du souvenir. La partition du Soudan, comme celles envisagées de la Libye puis de l’Algérie, avant de passer au retour des «royaumes» peuls ou bambaras. Tout le monde peut trouver les textes officiels US sur les sites officiels US ou dans des dizaines d’autres sites. Tout le monde peut retrouver et reprendre les déclarations de Condy Rice ou de John Bolton. Les analyses de fond qui inspirent et guident l’action des différentes administrations US, montrent à quel point les organismes US sont attentifs aux facteurs démographiques et géographiques et à quel point ils connaissent dans le détail l’état des sociétés et des pays du monde entier. Ils prévoyaient depuis longtemps l’embrasement du monde arabe, Condoleeza Rice prévenait déjà sur le «système Moubarak», que la situation n’était pas tenable en Egypte; qu’il fallait un aggiornamento ou comme on dit aujourd’hui «une mise à niveau» en assurant une meilleure représentation des «secteurs modernes», pour une bonne complémentation des doses narcotiques des composantes qui échappaient aux soporifiques des frères musulmans, officiellement opposants et réellement partenaires dans le partage des tâches et des prébendes. Ils pensaient la même chose pour la Tunisie. Il ne fallait pas être un grand clerc non plus, pour comprendre que les gérontocraties actuelles ne peuvent diriger les générations nouvelles autrement plus instruites et plus averties des mensonges et des manœuvres dilatoires des différents pouvoirs. Vous pouvez parier que dès cette époque Rice les Etats-Unis étaient prêts à gérer à leur profit l’explosion quasi mécanique qui allait se produire et que dès cette époque ils ont travaillé à faire émerger les courants les plus proches de leurs thèses et les plus sensibles à leurs «conseils». Les explosions ont eu lieu là où l’étincelle était proche de la poudre ou, autrement dit, là où le détonateur s’incrustait dans la réalité sociale. En Algérie programmée dans la foulée de la Libye, le détonateur CNT algérien n’avait rien à voir avec nos, pourtant innombrables, poudrières. Sans compter que le peuple algérien a vite éventé la ruse des augmentations incompréhensibles de l’huile et du sucre et a encore plus vite éventé les commandes externes de la CNCD puis du CNT. Les cas tunisien et égyptien furent des travaux dirigés en live d’une explosion sous contrôle. Nous avons vu – pour ceux qui voulaient voir – les révoltes populaires confrontées à la canalisation et à la récupération de tous les éléments explosifs. Vider la marmite avant de la redonner aux mêmes mais qui se cachaient derrière la façade Moubarak ou la façade Ben Ali. Tout a eu l’air de changer pour que rien ne change et dans l’affaire les Etats-Unis et leurs cinquièmes colonnes ont su donner le change. Transférer le pouvoir d’une fraction de la bourgeoise compradore à une autre fraction encore plus compradore, il fallait le réussir. C’est fait ! Trois mois après le début du conflit et au cours de son dernier périple africain, madame Clinton avoue enfin ce qui fait courir la bergère. Elle demande aux dirigeants africains de lâcher Kadhafi et de s’éveiller au péril du colonialisme chinois. Ainsi comme au Darfour en particulier et au Soudan en général, la guerre faite à la Libye est une phase préliminaire faite à la Chine et dans les deux cas le pétrole est présent en abondance. Elle nous annonce au passage que le futur ennemi mortel des Etats-Unis après le communisme et el Qaïda – fille de la CIA, faut-il le rappeler ? – ce sera le colonialisme chinois, la conquête chinoise du monde, la présence tentaculaire de la Chine etc. Cette chronique a dès le départ dévoilé cet aspect des choses : la guerre contre la Libye est une guerre contre l’émergence chinoise, indienne, brésilienne etc. Elle pouvait, madame Clinton, dévoiler une carte. Dans le jeu de rey-rey les Etats-Unis et leurs néo-cowboys franco-anglais, l’essentiel était fait dans les médias et dans les têtes. Les USA engageaient la deuxième bataille contre la Chine en terre d’Afrique après le Soudan, sous le drapeau gratifiant du sauvetage des civils. La gauche européenne désormais imbibée d’impérialisme humanitaire avait applaudi. Normal, elle sait mieux que quiconque que sans une reconquête coloniale du monde, s’en est fait du niveau de vie que droite et gauche ont assuré aux peuples européens en pillant l’Afrique et quelques autres terres. C’est comme le nez au milieu du visage. Cette gauche ne peut même plus caché sa nature coloniale profonde, ancrée dans leur culture et dans leur sentiment de supériorité au nom de quoi ils nous civilisaient hier et nous démocratisent aujourd’hui et les deux fois à coups de bombes et de cortèges funèbres. Il fallait juste qu’au moment du passage à l’acte la plus grande confusion règne. Car une fois le passage consommé personne ne peut rien faire pour tourner la roue vers l’arrière. Pas même la Russie ni la Chine qui se la jouent «indignés» de l’arbitraire de l’OTAN, mais qui avaient d’autres calculs en tête au moment de voter la résolution pour la croisade. Ils avaient trouvé le soutien responsable, plein et entier des la «gauche algérienne», enfin soulagée par la mort prochaine d’un dictateur. Elle aura bien fait son boulot. Au lieu d’éclairer sur les enjeux colonialistes de cette nouvelle croisade elle nous a abreuvé d’analyses à la «ni-ni». Ni Saddam ni Bush c’était oui à Bush et aujourd’hui il s’avère que le «ni Kadhafi ni Sarkozy» c’est un oui à Sarkozy. L’anesthésie aura joué son rôle, car dans ces cas l’émotion est le premier et pratiquement le seul moteur de la protestation. Et il fallait vite empêcher que cette émotion ne mobilise les algériens. Pourquoi cette gauche a suivi la gauche européenne ? Pour la même raison que les libéraux algériens suivent les libéraux des autres pays : pour s’extraire de l’indigénat, pour s’éclater dans l’illusion qu’ils sont cette «gauche» qui dit les valeurs. Elle est en réalité la gauche petit-nègre de l’impérialisme humanitaire. Maintenant que plus personne ne peut ignorer le caractère colonial et impérialiste de cette agression et que plus personne, à part la presse néocoloniale d’Alger, ne peut avancer la thèse des intentions pures d’Obama et des Sarkozy, pourquoi les gens ne protestent-ils pas ? Dans le Quotidien d’Oran du 18 juin 2011, D. Labidi terminait un papier sur la Libye par cette question : «Les Libyens ont été à nos côtés pendant notre guerre de libération. Ils étaient là quand nous avions besoin d’eux. Et maintenant, nous les laissons être bombardés par les avions français, comme nous l’étions, nous. Sommes-nous si ingrats ? Le peuple libyen nous envoie un SOS tous les jours, un immense cri de douleur que personne chez nous ne relaye. Va-t-on longtemps se boucher les oreilles ? Pourquoi les personnalités nationales en Algérie, pourquoi les partis, les courants, les différentes sensibilités politiques nationales, les organisations algériennes de droits de l’homme n’interviennent-elles pas et gardent- elles le silence actuellement ? Ce silence est plus assourdissant que le fracas des armes et des tomahawks sur la Libye. Et s’il se prolonge, il sera, un jour, très lourd sur nos consciences à tous.» D. Labidi ne peut exprimer fortuitement une telle inquiétude sur l’insensibilité algérienne à la souffrance d’un peuple frère – vous n’aimez pas l’expression de peuple frère ? Moi j’adore. J’ai grandi dans l’admiration de mes peuples frères du Viet Nam et de Cuba et c’est aux autres, de s’interroger, qui ne veulent de frères dans les autres humains. Derrière la question morale des souffrances infligées aux libyens se pose celle de savoir ce que nous sommes devenus pour rester étonnamment silencieux. Cette chronique, à défaut de pouvoir plus, avait réagi et appelé les patriotes algériens à comprendre qu’en Libye les croisés/coalisés frappent l’idée qu’un peuple puisse croire à sa souveraineté sur ses terres. Ils frappent l’Algérie et toutes les frontières africaines et arabes pour nous renvoyer à la vision biblique – sioniste et évangélique – de la nation comme entité ethnique. Exactement comme la Bible parle des nations. N’était la résistance libyenne, les français, les anglais et les américains auraient embrayé, de leur victoire éclair sur l’Etat libyen, sur l’Algérie avec le CNT algérien pour lequel Obama et Sarkozy avaient réclamé haut et fort le «droit» de manifester et de se rendre à El Mouradia pour prendre le pouvoir. Sinon, le cas libyen faisant jurisprudence, comme le souhaitait un amiral français, on nous aurait montré de quels avions et de quelles bombes se chauffent les maîtres du monde. Pourquoi les élites ne réagissent pas même à la menace directe sur l’existence de l’Algérie ? Si le peuple libyen est réduit, ce sera inexorablement la partition l’Algérie.

M. B.

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Benjamin Stora : « On assiste à la naissance de l’individu arabe »

L’historien et spécialiste du Maghreb publie un livre d’entretien autour du « printemps arabe ». Un bouleversement radical qu’il juge irréversible et qui traduit la volonté des citoyens de prendre enfin en main leur propre destin.

Qui ne connaît son nom ? Professeur d’histoire du Maghreb contemporain à l’université Paris-XIII, auteur d’une trentaine d’ouvrages, Benjamin Stora fait autorité depuis un bon tiers de siècle dès qu’il est question de l’Algérie, pays auquel il a consacré ses premières recherches. Mais il est aussi depuis fort longtemps un spécialiste de l’immigration en France et surtout l’un des observateurs les plus aigus des évolutions du monde arabe. Il ne pouvait donc qu’être particulièrement attentif aux révolutions et aux révoltes qui ont eu lieu, qui sont en cours ou qui couvent au Maghreb et au Moyen-Orient. Il publie d’ailleurs en ce début du mois de juin Le 89 arabe, un livre d’entretien avec Edwy Plenel, patron du journal en ligne Mediapart et ancien directeur de la rédaction du quotidien Le Monde. Ce « 89 » renvoie aussi bien dans son esprit à la Révolution française de 1789 qu’à la chute du mur de Berlin en 1989, façon de signifier – comme l’entretien qui suit le prouve à l’évidence – à quel point il prend au sérieux, et considère comme irréversible, cet ébranlement des sociétés arabes auquel on assiste aujourd’hui. Et qu’il constate sur le terrain : lorsque nous l’avons rencontré, il revenait de Tunisie, le pays où tout a commencé, et préparait un voyage imminent au Maroc.

Jeune Afrique : Si on devait résumer en quelques mots ce qui est en train de se passer dans le monde arabe…

Benjamin Stora : On dirait que c’est une aspiration formidable à la liberté. Le fait de ne plus devoir se taire, subir, accepter d’être obligé de ruser avec le réel, avoir des stratégies de discours compliqués pour éviter d’être réprimé. Tout cela, donc la peur, c’est fini.

Et en développant un peu ?

On peut enfin s’exprimer directement et déclarer ce que l’on pense du réel. Et plus seulement entre amis, dans l’espace privé, le seul où l’on pouvait dire jusqu’ici ce que l’on pensait des pouvoirs, des insuffisances des intellectuels, des problèmes économiques… Le seul pays, peut-être, où il y avait, au moins dans la presse écrite, cette liberté de parole, c’était l’Algérie. Mais une presse dont l’audience est limitée par rapport aux grands médias plus ou moins officiels. Au Maroc aussi, il y a eu une liberté de la presse, en particulier entre 1998 et 2003, mais c’était moins vrai depuis un certain temps. De fait, le seul média « lourd » avec une liberté d’expression qu’on trouvait dans le monde arabe, c’était Al-Jazira, qui invitait des opposants à des talk-shows et n’essayait pas de camoufler ou de contourner le réel.

Mais ce qui me paraît également très important en ce moment, c’est que les sociétés arabes sont à la recherche de vrais partis politiques, et non plus seulement de partis organisés par le haut. Elles sont, dans le même ordre d’idée, en quête de vrais syndicats, d’intellectuels qui sont dans une authentique posture critique.

Pendant cinquante ans, depuis les indépendances, ce n’était pas le réel qui faisait l’objet de débats mais uniquement des idéologies. Seuls comptaient l’anticolonialisme, l’anti-impérialisme, le rejet de l’Occident ; ou encore le nationalisme arabe ou l’islamisme. Quand on est englouti par les idéologies, cela n’amène pas à parler des problèmes réels, comme le marché, l’économie, le rapport effectif à l’Occident et à sa propre histoire. Et cela favorise des pensées complotistes, obscures ou compliquées, qui consistent à croire que tout se passe toujours derrière le rideau.

Donc, avant tout, on assisterait à un retour au réel ?

Ce retour au réel, c’est ce qui me frappe le plus, et aussi ce qui me plaît le plus aujourd’hui. On veut penser par soi-même, librement, indépendamment des pouvoirs, des États. Et des idéologies qui sont arrivées de l’extérieur et qui ont été imposées aux peuples depuis si longtemps.

S’agit-il de révolutions liées à une situation objective devenue insupportable ? Ou plutôt d’une sorte de révolution subjective, dans la tête des gens ?

C’est bien sûr une combinaison des deux. Mais on peut dire qu’on assiste dans le monde arabe à la naissance de l’individu, de celui qui peut exister indépendamment de la tradition, de la famille, de l’État. Même la pratique religieuse massive d’aujourd’hui peut être interprétée ainsi : comme l’expression, désormais, d’une croyance personnelle, individuelle, et non plus comme le simple respect de la tradition communautaire. Ce phénomène, on pouvait le repérer en fait depuis assez longtemps. Par exemple en s’interrogeant sur les harraga, ces jeunes du Maghreb qui veulent à tout prix partir, quitter leur pays. Ils disent tous la même chose : on ne part pas comme un ambassadeur, au nom de la famille, du quartier, du village comme autrefois. Ils ne partent pas pour une communauté mais en leur nom propre.

Si le phénomène était ainsi prévisible, avec des signes avant-coureurs, pourquoi avons-nous tous été tellement surpris par ce qui vient de se passer ?

C’est classique, les exemples abondent dans l’histoire. On a beau accumuler tous les indices, on ne peut prédire ce qui va se passer. Dès 2000, un chercheur, Philippe Fargues, avait décrit dans son livre Générations arabes. L’alchimie du nombre tous les facteurs démographiques – la diminution de la taille des familles en particulier – qui expliquent l’évolution qu’on constate aujourd’hui. La « modernisation » de la société apparaissait à la fois comme la cause et la conséquence de l’effondrement démographique qu’on constatait dans le monde musulman au Maghreb et au Moyen-Orient, de Rabat à Téhéran, avec pour seule exception, en raison de sa situation très particulière, Gaza. Un phénomène qui était sans doute aussi lié à une appréhension du futur : on fait moins d’enfants quand on discerne mal l’avenir. D’autant que le recul des idéologies messianiques – du nationalisme à l’islamisme –, qui ont un rôle rassurant, ne pouvait que renforcer cette incertitude et la peur de l’inconnu.

Parmi les indices, en plus des harraga ou de la démographie, il y avait encore l’abstention aux élections, de plus en plus massive à l’évidence malgré les chiffres officiels proclamés. Mais les discours de nombreux intellectuels occidentaux qui parlaient d’une spécificité des sociétés arabes peu enclines à bouger, ou du risque islamiste si les dictatures disparaissaient – légitimant ainsi la répression –, n’aidaient pas à se faire entendre quand on soutenait autre chose. Contrairement à l’idée reçue, il y avait bien des interlocuteurs possibles pour ceux qui voulaient encourager une évolution ou un changement des régimes.

Et parmi les éléments objectifs, lesquels, au-delà des dictatures évidemment insupportables, ont été déterminants ?

On peut citer, cela va de soi, la chute du mur de Berlin et la fin de l’URSS. Puis la guerre civile algérienne et la barbarie qui l’a accompagnée, lesquelles ont servi, si l’on peut dire, de contre-modèle. Tout cela préparait un retournement de l’Histoire, qui a trouvé de surcroît un point d’appui décisif avec l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche.

Pourquoi cela démarre-t-il dans cette Tunisie, qu’on disait presque apathique, plutôt qu’ailleurs ?

On peut trouver plusieurs raisons de fond pour l’expliquer. La structure interne de la société tunisienne pendant la colonisation n’avait pas été trop atteinte du point de vue anthropologique, religieux, social. L’histoire du nationalisme tunisien, malgré des affrontements, a pu se poursuivre sans véritable rupture, avec des points d’ancrage et des pôles d’influence très forts, comme le Néo-Destour côté politique ou l’UGTT [Union générale tunisienne du travail, NDLR] côté syndical. Le potentiel du pays et de ses élites n’était pas entamé. Il restera presque intact, malgré les vicissitudes, jusqu’à nos jours. Ensuite, et c’est important, la Tunisie était le pays le plus alphabétisé de la région et même de tout le monde arabe. C’est le pays où les femmes ont le plus de droits depuis Bourguiba. Aussi, ce qui pouvait passer aux yeux de beaucoup pour de l’apathie n’était en fait que la marque d’une société qui s’était construite sans connaître une situation de rupture. Et il y avait là les ingrédients qui pouvaient conduire à l’explosion. Car c’est au sein de cette société très éduquée, qui avait conservé ses élites, qu’est apparu un clan familial mafieux, inculte, en un mot très éloigné de ce qu’est le pays. Un clan qui ne s’appuiera finalement que sur une tradition policière. En décalage total avec toute l’histoire de la Tunisie. On peut donc parler d’une sorte de révolution culturelle, destinée à supprimer ce décalage insupportable entre la société et le pouvoir politique. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, qu’il n’y a pas eu aussi un ressort social, avec l’intérieur du pays abandonné et la côte touristique choyée par le régime.

En Tunisie comme ailleurs, le mot révolution est-il adapté pour parler de la situation récente ou en cours ?

Je suis pour l’emploi de ce mot. Même si je comprends ceux qui disent qu’une vraie révolution implique un projet de société radicalement différent. Le simple fait de sortir d’une société où l’on avait peur de vivre pour aller vers une société où la liberté s’exprime, cela correspond à un processus révolutionnaire. Un processus de reprise en main de son propre destin, sur lequel, je crois, on ne reviendra pas. Quand on voit le courage dont font preuve aujourd’hui les Syriens, c’est inouï. Cela montre bien que, même si la répression peut être violente, très violente, plus rien n’est et plus rien ne sera comme avant dans le monde arabe. Ce qui se passe renvoie, je le redis, à quelque chose de très profond, qui redéfinit à la fois le rapport des individus à la société et tout le lien national. Depuis la fin du temps colonial, il y avait une vision simple de l’État et de la nation : l’État protège et construit les frontières de la nation. Attaquer l’État, c’était donc diviser la nation et la mettre en péril. Aujourd’hui, c’est l’inverse, la société peut reconstruire l’État, se poser en garant du drapeau. Évidemment, cela va prendre des années. Et cela va obliger à se poser des questions sur toute une série de sujets jusque-là plus ou moins mis de côté, comme le statut des femmes, celui des minorités ou le rapport à l’Occident.

En Algérie, il se passe à la fois beaucoup de choses et rien de déterminant pour l’instant, semble-t-il…

L’Algérie est à la fois en avance et en retard. En avance, car les Algériens peuvent avoir le sentiment d’assister à un remake de ce qu’ils ont déjà vécu il y a vingt ans, entre 1988 et 1990, avec l’effervescence démocratique. Mais l’Histoire n’est pas une suite de remakes, elle se fait en avançant. Et si les Algériens ne voient pas ce qui se passe ailleurs, ils risquent de se retrouver en retard. Car s’ils ont obtenu des avancées au niveau de la société civile, comme la liberté de la presse, le régime et son mode de fonctionnement sont restés intacts, comme avant. Le poids du passé, et en particulier de la guerre civile, est là, qui ne rend pas facile un changement radical.

Et le Maroc ?

Il y a un mouvement de refus de l’absolutisme qui est profond là aussi. D’autant qu’il est lié à la structure sociale du pays. La question du passage à la monarchie constitutionnelle va rester posée, elle ne pourra pas être mise de côté. Alors que le problème ne se posait pas jusqu’à très récemment.

Et en Tunisie, comment voyez-vous l’évolution de la situation ?

L’élection de la Constituante va être un moment très important. Notamment, mais pas seulement, pour évaluer la force des islamistes et des autres mouvements. Mais c’est encore en gestation, il est difficile d’y voir clair. Ce qui est déjà acquis, c’est qu’on est dans une situation caractérisée par la pluralité. Et c’est fondamental. Les Tunisiens seront encore des pionniers avec les premières élections entièrement libres. L’enjeu est donc majeur.

L’Égypte ?

La question qui se pose : la mutation de tous les partis existants et celle de l’armée. En se transformant en parti, les Frères musulmans, en particulier, vont changer de statut. Ils vont cesser d’être vus comme une confrérie, un mouvement associatif, pour devenir un parti politique parmi d’autres, obligé de se prononcer sur tous les sujets. Cela change beaucoup. Même s’ils devaient être le premier parti du pays, ils ne pourront plus dire qu’ils parlent au nom du peuple entier. On peut aussi voir l’émergence d’autres partis et le retour sous une nouvelle forme d’anciens partis. Et puis il y a bien sûr le problème de l’armée : il est envisageable qu’elle change de rôle, qu’elle ait une place moins centrale après avoir été obligée de s’adapter à la nouvelle donne.

Comment tout cela peut-il avoir un effet sur le problème palestinien ?

Il n’y a aucune raison que la question de la démocratie politique ne se pose pas là aussi. Notamment pour les pays occidentaux impliqués. On ne peut pas à la fois saluer l’avènement de la démocratie dans le monde arabe et s’en désintéresser quand cela concerne la question nationale palestinienne. Cela va nécessairement bouger pour la création d’un État palestinien.

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Propos recueillis par Renaud de Rochebrune

sur Jeuneafrique.com

 

 


Jean Ziegler aux Tunisiens: « Ne comptez pas sur la loi pour récupérer les biens des Ben Ali en Suisse »

 

  • Pourrait-on juger les prédateurs de la finance pour crime contre l’humanité? Peut-être, mais pas en Suisse, estime Jean Ziegler, sociologue suisse réputé pour dénoncer les abus des «seigneurs de la guerre économique qui ont mis la planète en coupe réglée».
  • En 2005, Jean Ziegler publiait son ouvrage «L’empire de la honte». Aujourd’hui, il parle en Tunisie du pouvoir de la honte. «Si vous voulez récupérer votre argent, ce n’est certainement pas en suivant des procédures légales à ne pas en finir mais en militant, en vous exprimant par tous les moyens pour faire honte à ces Etats occidentaux qui «attaquent le pouvoir normatif des Etats, contestent la souveraineté populaire, subvertissent la démocratie, ravagent la nature et détruisent les hommes et leurs libertés… La dette et la faim sont les deux armes de destruction massive utilisées par les maîtres du monde pour asservir les peuples, leur force de travail, leurs matières premières, leurs rêves. Sartre disait que “pour aimer les hommes, il faut détester fortement ce qui les opprime“.

C’est ainsi que s’est exprimé Jean Ziegler lors de la conférence organisée par l’Association tunisienne de la Transparence financière qu’il a présentée samedi 11 juin à Tunis.

Le 19 janvier 2011, le gouvernement fédéral suisse a gelé les avoirs de 48 personnes de nationalité tunisienne. L’opération consiste à envoyer via un message électronique à Berne aux banques suisses un message disant «Si vous avez des comptes au nom de Ben Ali et des personnes qui se trouvent sur cette liste, toute transaction de retrait ou de transfert est interdite à partir de demain 12h». C’est une saisie qui n’a aucun impact sur le plan judiciaire, elle est une ordonnance constitutionnelle. Donc, les mesures effectives ne pourraient être prises que si les intérêts de la Confédération sont menacés à l’international. L’Etat qui veut rapatrier ses avoirs doit user d’une loi appelée loi sur l’enquête judiciaire. Il n’est pas dit, non plus, que cette procédure sera efficace car les banques suisses sont libres d’indiquer l’existence de comptes ou de ne pas le faire. Des clients comme Ben Ali sont par ailleurs très appréciés par la nomenclature bancaire suisse très concurrentielle car elle peut leur imposer des intérêts très bas puisque la provenance de capitaux n’est pas des plus transparentes.

Et même si le gouvernement suisse avait communiqué au gouvernement tunisien avoir gelé et saisi les avoirs de 70 noms soit un montant de 60 millions d’€ (une somme insignifiante), on ne peut arriver à cerner l’étendue des fonds déposés dans les banques suisses et autres. Les racketteurs à l’échelle de l’Etat peuvent user de mille et un subterfuges pour camoufler leurs malversations et principalement à travers les sociétés off shore et la diversification des lieux et des paradis fiscaux. Le président de l’Union des banques suisses a d’ailleurs protesté violemment contre la saisie et le gel précoces des biens des biens des Ben Ali et alliés.

Pour récupérer les biens spoliés à la Tunisie et déposés en Suisse, il faudrait que les législations des deux pays en matière de malversations bancaires et financières soient conformes, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Il faudrait aussi prouver le rapport entre ces fonds et leurs provenances par des pratiques mafieuses ou dans le cadre du blanchiment d’argent, ce qui n’est pas évident.

La Suisse, les capitaux spoliés sont chez moi, ils y restent. Vive le secret bancaire!

Le secret bancaire est sacré en Suisse, ceux qui le violent sont passibles de lourdes peines de prisons pouvant aller jusqu’à cinq ans. C’est en 1934 et suite à la mise à mort par Hitler de trois Allemands pour cause de compte en Suisse, que l’Etat helvète a convenu définitivement de la nécessité d’une loi stricte réglementant le secret bancaire afin de permettre aux clients de ses banques de bénéficier de la protection du code pénal. Et bien qu’en 2009 le Conseil fédéral suisse ait voté une loi permettant la levée du secret fiscal couvrant les évadés fiscaux étrangers, il n’est pas dit que la tâche pour la récupération des capitaux déposés dans ses institutions bancaires soit aisée. Berne n’aurait rien lâché sur ce qui constitue l’essence du secret bancaire suisse, c’est-à-dire la sauvegarde de la sphère privée pour toute personne «honnête».

Comment prouver que les fonds déposés dans les banques helvètes sont mal acquis? Et combien de temps cela prendrait? Dieu seul le sait.

En attendant, les Sani Abacha (Nigeria), Mobutu (ex-Zaïre), Jean-Claude Duvalier (Haïti), Marcos (Philippines), Ben Ali, Trabelsi et autres continueront à déposer en toute confiance le produit de leurs spoliations en Suisse. La Suisse, qui n’a aucune richesse naturelle, a un PNB de l’ordre de 550 milliards de $, celui de la Tunisie, par contre, est de l’ordre de 44 milliards. 27% des fonds off shore de par le monde se trouvent en Suisse.

«Je vous laisse imaginer comment la Suisse est devenue aussi riche», a déclaré sur un ton moqueur Jean Ziegler. En fait, la loi helvétique sur le secret bancaire est d’une telle complexité que très peu de gouvernements ont une chance quelconque de récupérer plus que quelques miettes des fortunes de leurs tyrans déchus. Et il ne s’agit pas que de Tyrans, nombre de riches ressortissants européens (Français, Espagnols ou Italiens), pratiquent l’évasion fiscale en se réfugiant en Suisse.

Dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, il est stipulé que tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes… peuvent disposer librement de leurs richesses et qu’en aucun cas, un peuple ne pourra être privé de ses propres moyens de subsistance. Dans l’article 14 de cette convention, il est dit que les États Parties envisagent de mettre en œuvre des mesures réalisables de détection et de surveillance du mouvement transfrontière d’espèces et de titres négociables ainsi que des mesures visant à prévenir le blanchiment d’argent et instituer un régime de contrôle des banques afin de décourager et de détecter toutes formes de blanchiment d’argent. Ce régime met l’accent sur les exigences en matière d’identification des clients et, s’il y a lieu, des ayants-droit économiques, les États Parties s’accordent mutuellement l’entraide judiciaire la plus large possible lors des procédures judiciaires concernant les infractions visées par la Convention à identifier, geler et localiser le produit du crime.

Il n’est pas dit que la Tunisie arrive à récupérer les capitaux placés dans les banques suisses. La tâche ne sera certainement pas aisée et c’est pour cela que pour Ziegler, il faut faire de la pression par le biais de la société civile, des médias et des dénonciations. «Il faudrait que les Etats qui abritent les biens volés aux peuples aient honte, il faudrait qu’ils sachent qu’ils s’exposent à une honte internationale», crie-t-il en terminant sur une belle citation de Pablo Neruda: «Nos ennemis peuvent couper toutes les fleurs mais jamais ils ne seront maîtres du printemps».


Enquête sur la consommation des Algériens

par Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 12 juin 2011

Une enquête nationale sur les habitudes de consommation en Algérie a été lancée en avril dernier, avec comme objectif de cerner les grandes tendances qui se profilent pour les ménages algériens. Selon l’Office national des statistiques (ONS), cette enquête sur les comportements de consommation des Algériens devrait être exploitée par les pouvoirs publics pour mieux cibler la politique sociale et économique du gouvernement. Une telle démarche est annoncée officiellement pour la première fois par l’ONS, qui, au demeurant, est devenu prestataire de ce type d’enquête, menée habituellement par le CENEAP, lui-même dépositaire de l’ancienne AARDES. Selon l’Office, cette enquête sur la consommation des ménages, qui s’inscrit dans le nouveau système (EPACA), a été initiée dans le cadre du programme d’appui au management de l’économie (AMECO) réalisé en collaboration avec l’Union européenne.

Cette première opération du genre couvre les différents aspects des conditions de vie des ménages dans le but d’améliorer l’observation de leurs comportements de consommation, et fournir aux pouvoirs publics un outil d’évaluation des politiques économiques et sociales, a indiqué le directeur national du programme AMECO, M. Youcef Bazizi, cité par l’APS. L’échantillon visé par cette enquête est de 2.500 ménages, et les résultats devront permettre d’obtenir des indicateurs sociaux de conjoncture relatifs à leurs conditions durant l’année. Cette enquête est complémentaire à la 5e enquête nationale sur les dépenses de consommation des ménages que mène actuellement l’Office pour ainsi dire permettre la mise en place par le gouvernement d’une politique sociale de soutien de l’Etat en direction des couches sociales les plus vulnérables.

L’introduction des volets liés à l’appréciation et à la mesure du niveau de vie et des conditions sociales des ménages, «constitue la nouveauté de cette enquête afin de produire des indicateurs qui permettront de distinguer les inégalités dans la société et de bien cerner la politique de soutien et de subvention de l’Etat», souligne M. Bazizi. Outre les indicateurs de base présents dans chaque enquête, il est prévu d’insérer un volet concernant les dépenses des ménages dans leur globalité, ainsi que les indicateurs d’opinion des ménages sur la conjoncture économique, afin de combler le déficit d’information sur les dépenses des ménages durant la période séparant les deux grandes enquêtes de consommation, qui se déroulent chaque 10 ans. L’enquête a été par ailleurs lancée au moment où l’Etat, sous la pression sociale, a décidé d’octroyer des augmentations de salaires dans presque tous les secteurs économiques, ainsi que dans la fonction publique.

Des revendications sociales, des débrayages et des mouvements syndicaux ont amené le gouvernement à faire des concessions sur le front des salaires, alors que l’inflation montait en flèche, notamment pour les produits de large consommation dont ceux alimentaires. Selon le Conseil de la monnaie et du crédit (CMC), le taux d’inflation en 2011 sera de 4%, et «nous prévoyons qu’elle resterait autour de ce niveau». A fin février dernier, l’inflation était de 3,87% contre des prévisions à 3,88%, soit un écart «quasi nul», selon lui. Mais, selon l’Office national des statistiques, l’inflation est remontée au mois d’avril 2011, date de lancement de cette enquête, à 4,5%, tirée vers le haut par les produits alimentaires (+4,3%), avec une progression prodigieuse de 8,1% pour les produits agricoles frais et 1,3% pour les produits industriels. Pour les quatre premiers mois de l’année, l’inflation s’est établie en hausse de 3,7%, avec une évolution quasi généralisée de tous les produits: 2,9% pour les biens alimentaires, dont 3,4% pour les produits agricoles frais et 2,5% pour les produits alimentaires industriels, et 5% pour les biens manufacturés et 3% pour les services. Une hausse très nette en fait des prix à la consommation, selon l’Office. Des indicateurs qui devront «influencer», sinon guider dorénavant les futures politiques sociales et économiques des pouvoirs publics, pour notamment éviter une trop grande fracture sociale.



COMMUNIQUÉ

Algérie : le président du SNAPAP, interdit de séjour en France

Comité international de soutien au syndicalisme autonome algérien (CISA), Paris, le 8 juin 2011

Rachid Malaoui est le président du SNAPAP (Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique), principal syndicat autonome en Algérie, fer de lance de toutes les luttes sociales et politiques actuellement en cours dans le pays. C’est dans cette période si cruciale des mobilisations pour le changement en Algérie que le tribunal administratif de Nantes, dans une décision du 27 mai 2011, a rejeté la requête de M. Malaoui, qui contestait un refus de visa pour se rendre en France.

Le 4 novembre 2010, M. Malaoui sollicitait auprès du Consulat général de France à Oran la délivrance d’un visa d’entrée en France pour participer à une réunion de travail de l’Union syndicale solidaire à Paris le 16 novembre. La veille, il a été informé par un simple mail du consul général, M. Jean-Louis Soriano, que cette demande de visa avait été rejetée, au motif que M. Malaoui serait redevable en France d’une dette hospitalière de 16 457,99 €, suite à une hospitalisation en urgence qu’il avait dû subir à l’Hôpital de Meaux, en septembre 2006, pour une tuberculose pulmonaire. Or, conformément à la Convention générale relative aux soins de santé dispensés en France à certaines catégories d’assurés sociaux algériens du 1er octobre 1980, c’est le régime algérien d’assurance maladie qui aurait dû s’acquitter de cette dette, ce qu’il a refusé de faire – à l’évidence pour placer un opposant au régime dans une situation difficile.

De son côté, le tribunal administratif de Nantes, refusant de prendre en compte l’argumentation juridique très précise de M. Malaoui, a donc décidé de rejeter la requête du plaignant visant à faire annuler la décision de refus de visa dont il a été l’objet, ce qui revient de facto à empêcher M. Malaoui de pouvoir se rendre en France.
Le CISA dénonce cette très grave entrave à la liberté de circulation d’un éminent syndicaliste qui a besoin plus que jamais de se rendre en Europe afin de développer les relations entre son syndicat et ses homologues européens.

Le CISA déplore qu’au moment où il faudrait manifester notre solidarité avec l’action exemplaire des syndicats autonomes, dans l’esprit de l’appel récent du G8 à la solidarité avec les sociétés du Maghreb et du Machrek, la France s’obstine à refuser un visa court séjour à un syndicaliste qui mène une lutte courageuse et digne en Algérie.

CISA
21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris (France)
http://www.cisa-solidaritesyndicats-algerie.org

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Luttes syndicales


Note au Secrétariat national

Note au Secrétariat national

Chers camarades,

A la suite de mes rencontres avec, entre autres, notre Premier secrétaire et le Président de notre Comité Ethique, je souhaiterai vous faire partager l’essentiel de nos discussions.

Dans notre pays, la crise nationale continue et les propositions de réformes proposées par le Chef de l’Etat sont peu crédibles et peu susceptibles de remédier au tsunami politique, économique et social provoqué par la décennie de sang suivie par une décennie de prédation de grande ampleur.

Je m’interroge sur les fonctions véritables assignées à cette commission.  Objectivement, on cherche à gagner du temps mais surtout à faire diversion. Comment peut-on choisir ce moment pour, dans l’opacité absolue, conclure un train d’accords commerciaux et financiers avec des partenaires étrangers ? C’est la sécurité nationale, voire même la souveraineté du pays,  qui peuvent être compromises. Ne profite-t- on  pas du contexte national et régional pour dépecer le pays ?   Certes ce pays ne peut pas s’arrêter de vivre mais des décisions économiques et financières qui engagent l’avenir de générations entières exigent un débat transparent, sérieux et un consensus de la Nation. Hier, des décisions ont été prises dans la précipitation et l’opacité, alors que c’était le destin de tout le pays qui se jouait. Pour nous, cette ère est révolue. Nous dirons la vérité, toute la vérité à l’opinion publique nationale et en temps voulu, nous proposerons les mesures nécessaires pour empêcher le bradage du pays.

Revenons aux aspects politiques de la crise, après avoir déstructuré les rapports entre État et citoyens, puis entre les citoyens eux-mêmes, le problème de gouvernance du pays est en train de détruire les relations entre les institutions elles-mêmes. Ceci risque de faire muter la crise de gouvernance en crise d’Etat défaillant. Ce qui peut connecter l’Algérie de la manière la plus dangereuse qui soit sur la crise globale.

Au plan régional, la guerre de Libye résultant de l’action criminelle du régime de Kadhafi et des visées impérialistes françaises, britanniques et … américaines, fait craindre la perspective du chaos.

La position algérienne est difficile à lire : d’une part un soutien officiel à Kadhafi au nom de la stabilité quand d’autre part est menée, dans la presse et sur les sites électroniques, une campagne totalement alignée sur les positions françaises.

L’opinion publique quant à elle a condamné la position de Kadhafi et déploré le comportement officiel algérien. De même qu’elle condamne l’agression militaire contre la Libye.

Par ailleurs, les turbulences que traversent les jeunes Révolution tunisiennes et égyptiennes inquiètent l’opinion et influent sur le moral. Mais elles confortent l’opinion la plus large dans sa conviction que seule une action organisée s’inscrivant dans une perspective démocratique et non violente peut faire émerger une alternative sérieuse à la crise nationale.

L’option du coup d’Etat défendue, fait quelques émules mais n’arrive pas à convaincre au-delà de quelques cercles très limités.

Chers camarades,

Pour ce qui concerne notre parti, je souhaiterai d’abord vous renvoyer à l’adresse que j’avais envoyée à la dernière session du Conseil national, et qui se concluait ainsi:  » Ce moment est  important et comme tel il nous force à nous dépasser. Nous devons être capables de donner le meilleur de nous-mêmes, non dans des actes faussement héroïques et spectaculaires, mais dans la discipline que nous saurons nous imposer. Une discipline qui nous forcera à nous dépasser quotidiennement pour construire, construire, construire…

Là où certains voudraient que l’on participe à leur œuvre de destruction de ce bien, l’Algérie, dont l’Histoire et les générations futures témoigneront combien nous avons œuvré à la préservation.

Mais revenons à ce moment précis dont il est important de prendre la juste mesure. Nous avons tous pu mesurer le respect que nos compatriotes autant que nos partenaires étrangers portent à notre parti. Ce respect, nous avons le devoir de le faire fructifier en nous investissant dans la construction des institutions capables, à partir du parti, d’aller à la rencontre des algériennes et des algériens qui partagent nos valeurs de démocratie, de liberté et d’engagement citoyen.

J’ai à cet effet, et après discussion avec la direction du parti, chargé cette dernière de prendre un certain nombre de mesures allant dans le sens de la mise en place des outils qui ont pour double mission d’accélérer le processus d’ouverture sur la société et d’amorcer le processus d’évaluation.

Nous avons déterminé quatre chantiers à ouvrir en priorité : Les jeunes, Les travailleurs, Les femmes et la feuille de route d’étape de restructuration du parti. »

Chers camarades,

Pour nous donner les moyens de réussir, j’ai demandé au Premier secrétaire de réaménager le Secrétariat national en conséquence.

Enfin, je vous informe que j’ai instruit le Président de notre Comité Ethique afin de le renforcer et lui permettre de remplir ses missions et compétences. Cette instance est appelée à jouer un rôle déterminant dans la vie du parti au regard des défis que nous allons devoir relever.

Je vous souhaite un bon travail.

Hocine.


Communiqué du Front du Changement National

Un autre bluff pour faire oublier le véritable changement

Le souffle historique des différentes révolutions en mouvement qui parcourent l’ensemble des pays arabes, au Machrek comme au Maghreb, ne semble pas affecter le pouvoir en place, qui continue d’observer sa politique de l’autruche en feignant d’ignorer la revendication populaire légitime pour un changement radical de régime.

Et pour ne pas déroger à ses habitudes, voilà que ce pouvoir manipulateur et faussaire, vient de lancer à grand bruit et fortes gesticulations, ce qu’il dit être une opération de consultations politiques sur les réformes institutionnelles du pays. Des consultations conduites, conjointement, par des espèces de fondés de pouvoirs, comme dans une vente aux enchères :

– Pour le compte du clan « présidentiel », par un fonctionnaire, – régionalisme oblige – président de la chambre haute d’enregistrement et ancien président du Conseil National de Transition de triste mémoire, instauré au lendemain du Coup d’Etat de Janvier 1992, perpétré contre la volonté souveraine du peuple algérien ;

-Pour le compte du clan de l’oligarchie militaro-financière, un officier, « cerveau » des décideurs.

Un peu le mariage de la carpe et du lapin…

C’est assez souligner que nous sommes en présence ici, d’une véritable opération de bluff et de manipulation du peuple algérien et de l’opinion internationale, diligentée dans l’urgence, par un pouvoir aux abois qui cherche à donner de faux gages de « réformes démocratiques ». Un pouvoir dont l’illégitimité originelle le dispute à sa disqualification morale, en tant que ce pouvoir est responsable de la faillite sanglante du pays.

Cette manipulation honteuse, révèle s’il en était besoin, le manque total d’imagination d’un pouvoir taraudé par la peur panique, devant la réappropriation par les citoyens algériens de l’espace public à travers les centaines d’actions de contestation et de revendication qu’ils organisent quotidiennement de manière pacifique et aussi devant l’ampleur des révolutions populaires qui se succèdent jusque à nos frontières, comme en Tunisie et en Libye surtout, où la criminelle paranoïa du dictateur-colonel a fini par transformer ce pays frère et voisin, en un véritable champ de ruines et de carnages.

La mascarade des pseudo-consultations entre un pouvoir totalement disqualifié et tout ce bric-à-brac clientéliste de partis godillots et autres soi-disant personnalités politiques, ne fera jamais faire au pays, l’économie d’une mise à plat du problème essentiel et vital de notre pays qu’est la LEGITIMITE DU POUVOIR et dont la solution conditionne l’avenir-même de l’Algérie en tant que nation. Cette solution passe par la nécessité d’un changement radical du régime algérien, dans ses Institutions et dans ses hommes.

A différentes occasions – depuis sa création en Mars 2011 – le Front du Changement National a publiquement et clairement proposé des modalités pratiques consensuelles pour favoriser l’avènement pacifique et radical d’un tel changement.

En particulier par la mise en place d’une Instance nationale de transition pour une durée déterminée, chargée en priorité :

-de l’organisation de l’élection d’une Assemblée Nationale Constituante ;

-de la gestion courante des affaires du pays dans cet intervalle ;

-la prise de toutes décisions conservatoires, d’ordre administratif et/ou juridique, susceptibles de sauvegarder les intérêts moraux et matériels de notre pays.

Nous en appelons, encore une fois à toutes les volontés sincères et engagées à ne pas s’inscrire dans la stratégie du pouvoir moribond qui ne cherche qu’à perdurer par des stratagèmes éculés et des ravalements de façade, stratégie suicidaire qui ne fait qu’aggraver la crise politique et qui risque de se terminer par un tsunami populaire chaotique qui emportera non seulement ce régime, mais à Dieu ne Plaise, le pays.

Seule une dynamique populaire courageuse et sincère autour de principes démocratiques clairs rassemblant tous les algériens sans exclusion est en mesure d’imposer à ce pouvoir déliquescent, un véritable changement du système politique à travers une transition démocratique et pacifique afin d’aboutir à l’instauration d’un Etat de Droit.

P /la Permanence politique du Front du Changement National.

Salah-Eddine SIDHOUM