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Enquête sur la consommation des Algériens

par Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 12 juin 2011

Une enquête nationale sur les habitudes de consommation en Algérie a été lancée en avril dernier, avec comme objectif de cerner les grandes tendances qui se profilent pour les ménages algériens. Selon l’Office national des statistiques (ONS), cette enquête sur les comportements de consommation des Algériens devrait être exploitée par les pouvoirs publics pour mieux cibler la politique sociale et économique du gouvernement. Une telle démarche est annoncée officiellement pour la première fois par l’ONS, qui, au demeurant, est devenu prestataire de ce type d’enquête, menée habituellement par le CENEAP, lui-même dépositaire de l’ancienne AARDES. Selon l’Office, cette enquête sur la consommation des ménages, qui s’inscrit dans le nouveau système (EPACA), a été initiée dans le cadre du programme d’appui au management de l’économie (AMECO) réalisé en collaboration avec l’Union européenne.

Cette première opération du genre couvre les différents aspects des conditions de vie des ménages dans le but d’améliorer l’observation de leurs comportements de consommation, et fournir aux pouvoirs publics un outil d’évaluation des politiques économiques et sociales, a indiqué le directeur national du programme AMECO, M. Youcef Bazizi, cité par l’APS. L’échantillon visé par cette enquête est de 2.500 ménages, et les résultats devront permettre d’obtenir des indicateurs sociaux de conjoncture relatifs à leurs conditions durant l’année. Cette enquête est complémentaire à la 5e enquête nationale sur les dépenses de consommation des ménages que mène actuellement l’Office pour ainsi dire permettre la mise en place par le gouvernement d’une politique sociale de soutien de l’Etat en direction des couches sociales les plus vulnérables.

L’introduction des volets liés à l’appréciation et à la mesure du niveau de vie et des conditions sociales des ménages, «constitue la nouveauté de cette enquête afin de produire des indicateurs qui permettront de distinguer les inégalités dans la société et de bien cerner la politique de soutien et de subvention de l’Etat», souligne M. Bazizi. Outre les indicateurs de base présents dans chaque enquête, il est prévu d’insérer un volet concernant les dépenses des ménages dans leur globalité, ainsi que les indicateurs d’opinion des ménages sur la conjoncture économique, afin de combler le déficit d’information sur les dépenses des ménages durant la période séparant les deux grandes enquêtes de consommation, qui se déroulent chaque 10 ans. L’enquête a été par ailleurs lancée au moment où l’Etat, sous la pression sociale, a décidé d’octroyer des augmentations de salaires dans presque tous les secteurs économiques, ainsi que dans la fonction publique.

Des revendications sociales, des débrayages et des mouvements syndicaux ont amené le gouvernement à faire des concessions sur le front des salaires, alors que l’inflation montait en flèche, notamment pour les produits de large consommation dont ceux alimentaires. Selon le Conseil de la monnaie et du crédit (CMC), le taux d’inflation en 2011 sera de 4%, et «nous prévoyons qu’elle resterait autour de ce niveau». A fin février dernier, l’inflation était de 3,87% contre des prévisions à 3,88%, soit un écart «quasi nul», selon lui. Mais, selon l’Office national des statistiques, l’inflation est remontée au mois d’avril 2011, date de lancement de cette enquête, à 4,5%, tirée vers le haut par les produits alimentaires (+4,3%), avec une progression prodigieuse de 8,1% pour les produits agricoles frais et 1,3% pour les produits industriels. Pour les quatre premiers mois de l’année, l’inflation s’est établie en hausse de 3,7%, avec une évolution quasi généralisée de tous les produits: 2,9% pour les biens alimentaires, dont 3,4% pour les produits agricoles frais et 2,5% pour les produits alimentaires industriels, et 5% pour les biens manufacturés et 3% pour les services. Une hausse très nette en fait des prix à la consommation, selon l’Office. Des indicateurs qui devront «influencer», sinon guider dorénavant les futures politiques sociales et économiques des pouvoirs publics, pour notamment éviter une trop grande fracture sociale.



COMMUNIQUÉ

Algérie : le président du SNAPAP, interdit de séjour en France

Comité international de soutien au syndicalisme autonome algérien (CISA), Paris, le 8 juin 2011

Rachid Malaoui est le président du SNAPAP (Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique), principal syndicat autonome en Algérie, fer de lance de toutes les luttes sociales et politiques actuellement en cours dans le pays. C’est dans cette période si cruciale des mobilisations pour le changement en Algérie que le tribunal administratif de Nantes, dans une décision du 27 mai 2011, a rejeté la requête de M. Malaoui, qui contestait un refus de visa pour se rendre en France.

Le 4 novembre 2010, M. Malaoui sollicitait auprès du Consulat général de France à Oran la délivrance d’un visa d’entrée en France pour participer à une réunion de travail de l’Union syndicale solidaire à Paris le 16 novembre. La veille, il a été informé par un simple mail du consul général, M. Jean-Louis Soriano, que cette demande de visa avait été rejetée, au motif que M. Malaoui serait redevable en France d’une dette hospitalière de 16 457,99 €, suite à une hospitalisation en urgence qu’il avait dû subir à l’Hôpital de Meaux, en septembre 2006, pour une tuberculose pulmonaire. Or, conformément à la Convention générale relative aux soins de santé dispensés en France à certaines catégories d’assurés sociaux algériens du 1er octobre 1980, c’est le régime algérien d’assurance maladie qui aurait dû s’acquitter de cette dette, ce qu’il a refusé de faire – à l’évidence pour placer un opposant au régime dans une situation difficile.

De son côté, le tribunal administratif de Nantes, refusant de prendre en compte l’argumentation juridique très précise de M. Malaoui, a donc décidé de rejeter la requête du plaignant visant à faire annuler la décision de refus de visa dont il a été l’objet, ce qui revient de facto à empêcher M. Malaoui de pouvoir se rendre en France.
Le CISA dénonce cette très grave entrave à la liberté de circulation d’un éminent syndicaliste qui a besoin plus que jamais de se rendre en Europe afin de développer les relations entre son syndicat et ses homologues européens.

Le CISA déplore qu’au moment où il faudrait manifester notre solidarité avec l’action exemplaire des syndicats autonomes, dans l’esprit de l’appel récent du G8 à la solidarité avec les sociétés du Maghreb et du Machrek, la France s’obstine à refuser un visa court séjour à un syndicaliste qui mène une lutte courageuse et digne en Algérie.

CISA
21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris (France)
http://www.cisa-solidaritesyndicats-algerie.org

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Luttes syndicales


Note au Secrétariat national

Note au Secrétariat national

Chers camarades,

A la suite de mes rencontres avec, entre autres, notre Premier secrétaire et le Président de notre Comité Ethique, je souhaiterai vous faire partager l’essentiel de nos discussions.

Dans notre pays, la crise nationale continue et les propositions de réformes proposées par le Chef de l’Etat sont peu crédibles et peu susceptibles de remédier au tsunami politique, économique et social provoqué par la décennie de sang suivie par une décennie de prédation de grande ampleur.

Je m’interroge sur les fonctions véritables assignées à cette commission.  Objectivement, on cherche à gagner du temps mais surtout à faire diversion. Comment peut-on choisir ce moment pour, dans l’opacité absolue, conclure un train d’accords commerciaux et financiers avec des partenaires étrangers ? C’est la sécurité nationale, voire même la souveraineté du pays,  qui peuvent être compromises. Ne profite-t- on  pas du contexte national et régional pour dépecer le pays ?   Certes ce pays ne peut pas s’arrêter de vivre mais des décisions économiques et financières qui engagent l’avenir de générations entières exigent un débat transparent, sérieux et un consensus de la Nation. Hier, des décisions ont été prises dans la précipitation et l’opacité, alors que c’était le destin de tout le pays qui se jouait. Pour nous, cette ère est révolue. Nous dirons la vérité, toute la vérité à l’opinion publique nationale et en temps voulu, nous proposerons les mesures nécessaires pour empêcher le bradage du pays.

Revenons aux aspects politiques de la crise, après avoir déstructuré les rapports entre État et citoyens, puis entre les citoyens eux-mêmes, le problème de gouvernance du pays est en train de détruire les relations entre les institutions elles-mêmes. Ceci risque de faire muter la crise de gouvernance en crise d’Etat défaillant. Ce qui peut connecter l’Algérie de la manière la plus dangereuse qui soit sur la crise globale.

Au plan régional, la guerre de Libye résultant de l’action criminelle du régime de Kadhafi et des visées impérialistes françaises, britanniques et … américaines, fait craindre la perspective du chaos.

La position algérienne est difficile à lire : d’une part un soutien officiel à Kadhafi au nom de la stabilité quand d’autre part est menée, dans la presse et sur les sites électroniques, une campagne totalement alignée sur les positions françaises.

L’opinion publique quant à elle a condamné la position de Kadhafi et déploré le comportement officiel algérien. De même qu’elle condamne l’agression militaire contre la Libye.

Par ailleurs, les turbulences que traversent les jeunes Révolution tunisiennes et égyptiennes inquiètent l’opinion et influent sur le moral. Mais elles confortent l’opinion la plus large dans sa conviction que seule une action organisée s’inscrivant dans une perspective démocratique et non violente peut faire émerger une alternative sérieuse à la crise nationale.

L’option du coup d’Etat défendue, fait quelques émules mais n’arrive pas à convaincre au-delà de quelques cercles très limités.

Chers camarades,

Pour ce qui concerne notre parti, je souhaiterai d’abord vous renvoyer à l’adresse que j’avais envoyée à la dernière session du Conseil national, et qui se concluait ainsi:  » Ce moment est  important et comme tel il nous force à nous dépasser. Nous devons être capables de donner le meilleur de nous-mêmes, non dans des actes faussement héroïques et spectaculaires, mais dans la discipline que nous saurons nous imposer. Une discipline qui nous forcera à nous dépasser quotidiennement pour construire, construire, construire…

Là où certains voudraient que l’on participe à leur œuvre de destruction de ce bien, l’Algérie, dont l’Histoire et les générations futures témoigneront combien nous avons œuvré à la préservation.

Mais revenons à ce moment précis dont il est important de prendre la juste mesure. Nous avons tous pu mesurer le respect que nos compatriotes autant que nos partenaires étrangers portent à notre parti. Ce respect, nous avons le devoir de le faire fructifier en nous investissant dans la construction des institutions capables, à partir du parti, d’aller à la rencontre des algériennes et des algériens qui partagent nos valeurs de démocratie, de liberté et d’engagement citoyen.

J’ai à cet effet, et après discussion avec la direction du parti, chargé cette dernière de prendre un certain nombre de mesures allant dans le sens de la mise en place des outils qui ont pour double mission d’accélérer le processus d’ouverture sur la société et d’amorcer le processus d’évaluation.

Nous avons déterminé quatre chantiers à ouvrir en priorité : Les jeunes, Les travailleurs, Les femmes et la feuille de route d’étape de restructuration du parti. »

Chers camarades,

Pour nous donner les moyens de réussir, j’ai demandé au Premier secrétaire de réaménager le Secrétariat national en conséquence.

Enfin, je vous informe que j’ai instruit le Président de notre Comité Ethique afin de le renforcer et lui permettre de remplir ses missions et compétences. Cette instance est appelée à jouer un rôle déterminant dans la vie du parti au regard des défis que nous allons devoir relever.

Je vous souhaite un bon travail.

Hocine.


Communiqué du Front du Changement National

Un autre bluff pour faire oublier le véritable changement

Le souffle historique des différentes révolutions en mouvement qui parcourent l’ensemble des pays arabes, au Machrek comme au Maghreb, ne semble pas affecter le pouvoir en place, qui continue d’observer sa politique de l’autruche en feignant d’ignorer la revendication populaire légitime pour un changement radical de régime.

Et pour ne pas déroger à ses habitudes, voilà que ce pouvoir manipulateur et faussaire, vient de lancer à grand bruit et fortes gesticulations, ce qu’il dit être une opération de consultations politiques sur les réformes institutionnelles du pays. Des consultations conduites, conjointement, par des espèces de fondés de pouvoirs, comme dans une vente aux enchères :

– Pour le compte du clan « présidentiel », par un fonctionnaire, – régionalisme oblige – président de la chambre haute d’enregistrement et ancien président du Conseil National de Transition de triste mémoire, instauré au lendemain du Coup d’Etat de Janvier 1992, perpétré contre la volonté souveraine du peuple algérien ;

-Pour le compte du clan de l’oligarchie militaro-financière, un officier, « cerveau » des décideurs.

Un peu le mariage de la carpe et du lapin…

C’est assez souligner que nous sommes en présence ici, d’une véritable opération de bluff et de manipulation du peuple algérien et de l’opinion internationale, diligentée dans l’urgence, par un pouvoir aux abois qui cherche à donner de faux gages de « réformes démocratiques ». Un pouvoir dont l’illégitimité originelle le dispute à sa disqualification morale, en tant que ce pouvoir est responsable de la faillite sanglante du pays.

Cette manipulation honteuse, révèle s’il en était besoin, le manque total d’imagination d’un pouvoir taraudé par la peur panique, devant la réappropriation par les citoyens algériens de l’espace public à travers les centaines d’actions de contestation et de revendication qu’ils organisent quotidiennement de manière pacifique et aussi devant l’ampleur des révolutions populaires qui se succèdent jusque à nos frontières, comme en Tunisie et en Libye surtout, où la criminelle paranoïa du dictateur-colonel a fini par transformer ce pays frère et voisin, en un véritable champ de ruines et de carnages.

La mascarade des pseudo-consultations entre un pouvoir totalement disqualifié et tout ce bric-à-brac clientéliste de partis godillots et autres soi-disant personnalités politiques, ne fera jamais faire au pays, l’économie d’une mise à plat du problème essentiel et vital de notre pays qu’est la LEGITIMITE DU POUVOIR et dont la solution conditionne l’avenir-même de l’Algérie en tant que nation. Cette solution passe par la nécessité d’un changement radical du régime algérien, dans ses Institutions et dans ses hommes.

A différentes occasions – depuis sa création en Mars 2011 – le Front du Changement National a publiquement et clairement proposé des modalités pratiques consensuelles pour favoriser l’avènement pacifique et radical d’un tel changement.

En particulier par la mise en place d’une Instance nationale de transition pour une durée déterminée, chargée en priorité :

-de l’organisation de l’élection d’une Assemblée Nationale Constituante ;

-de la gestion courante des affaires du pays dans cet intervalle ;

-la prise de toutes décisions conservatoires, d’ordre administratif et/ou juridique, susceptibles de sauvegarder les intérêts moraux et matériels de notre pays.

Nous en appelons, encore une fois à toutes les volontés sincères et engagées à ne pas s’inscrire dans la stratégie du pouvoir moribond qui ne cherche qu’à perdurer par des stratagèmes éculés et des ravalements de façade, stratégie suicidaire qui ne fait qu’aggraver la crise politique et qui risque de se terminer par un tsunami populaire chaotique qui emportera non seulement ce régime, mais à Dieu ne Plaise, le pays.

Seule une dynamique populaire courageuse et sincère autour de principes démocratiques clairs rassemblant tous les algériens sans exclusion est en mesure d’imposer à ce pouvoir déliquescent, un véritable changement du système politique à travers une transition démocratique et pacifique afin d’aboutir à l’instauration d’un Etat de Droit.

P /la Permanence politique du Front du Changement National.

Salah-Eddine SIDHOUM


lundi 6 juin 2011, 08:26

Le « 89 » arabe, dialogue d’un historien et d’un journaliste

« Le 89 arabe » (Ed Stock) est un dialogue entre un historien (B.Stora), et un journaliste (E.Plenel). Un journaliste y questionne un historien sur une actualité qui recouvre ce que deux professions ont en commun: l’événement, ses surprises et ses énigmes, son histoire immédiate et sa longue durée. En avant-première (le livre est en librairie à partir du lundi 6 juin), voici l’introduction à deux voix de cette conversation.

L’histoire en marche

La première vertu des révolutions, c’est d’ouvrir l’horizon des possibles. Pour les conservateurs, tenants des désordres établis et des ordres injustes, l’histoire est toujours écrite par avance, pavée de fatalités et de déterminismes, de pesanteurs économiques et de sujétions politiques. Quand, à la faveur de l’événement révolutionnaire, les peuples surgissent sans prévenir sur la scène, c’en est soudain fini de ces fausses évidences et de ces illusoires certitudes. L’histoire s’ouvre alors sur d’infinies possibilités et variantes où la politique redevient un bien commun, partagé et discuté, sur lequel la société a de nouveau prise.

Telle est, en cette année 2011, la portée universelle de la bonne nouvelle annoncée par le peuple tunisien avant que tous les peuples arabes s’en emparent, de l’Egypte au Yémen, du Maroc à la Syrie. Nous ne sommes qu’aux prémices d’un cycle historique sans précédent qui, en faisant surgir les aspirations démocratiques et sociales dans le monde arabe et, plus largement, le monde musulman, ébranle aussi nos propres pays. Entre fraternisation des peuples ou réactivation des peurs, nous ne savons pas encore quelle direction prendra cet écho européen et, plus particulièrement, français de l’événement arabe. Mais nous vivons déjà son impact.

L’évaluer, l’analyser, l’expliquer et l’interroger est la raison d’être de ce dialogue où un journaliste, Edwy Plenel, questionne un historien, Benjamin Stora. Nos deux professions ont en commun l’événement, ses surprises et ses énigmes (1). A priori, leurs impératifs s’opposent : quand le journalisme s’attache à décrypter l’immédiateté, l’histoire cherche la longue durée qui la traverse. Mais il y a longtemps que nos disciplines ont convenu qu’aucune de ces deux temporalités n’épuise l’événement où s’invente sans programme préétabli du possible, de l’improbable et de l’inédit qui, en même temps, sont pétris d’anciennes histoires oubliées, blessées ou meurtries.

« Il n’y a d’histoire que du présent », aimait à dire Lucien Febvre, l’un des fondateurs de l’école historique des Annales (2). Confronter les interrogations d’une histoire au présent dont témoigne le journalisme aux savoirs de l’histoire du passé que détient l’historien professionnel est une démarche non seulement logique mais absolument nécessaire si l’on ne veut pas se retrouver face à l’événement, à son tourbillon et à sa cavalcade, aussi démuni et tétanisé qu’un lapin pris dans des phares dont le faisceau lumineux l’aveugle.

Chercher à comprendre, trouver des repères, ébaucher des hypothèses : c’est ce que nous avons tenté de faire, en partant du constat posé par l’un d’entre nous d’un « 89 » arabe qui évoquait aussi bien le 1989 européen de la chute du mur de Berlin que le 1789 de la Révolution française (3). Ici, les curiosités généralistes du journaliste, qui n’est pas spécialiste du monde arabe et s’interroge comme le ferait tout citoyen informé, vont à la rencontre des réponses documentées de l’historien du contemporain dont le terrain de recherche est l’histoire politique du Maghreb et, plus généralement, celle du nationalisme arabe, des régimes qui en sont issus et des sociétés qui les ont subis.

A l’origine de cette envie commune d’échange et de discussion se trouve le refus de l’indifférence qui fut la première attitude officielle vis-à-vis des révolutions arabes, partagée dans tous les cercles de pouvoir français. Au lieu de fêter l’événement, d’afficher les solidarités, de mobiliser les fraternités, les méfiances et les défiances ont tenu le haut de l’affiche politique. Aussi notre souci de comprendre est-il d’abord une déclaration d’empathie : ces révolutions sont aussi les nôtres.

Rien de fortuit donc à cette rencontre. De plus, au-delà des métiers qui nous définissent, une longue complicité amicale et intellectuelle anime notre conversation. Elle est liée à des parcours sinon communs, du moins voisins. Benjamin Stora est né en Algérie, qu’il dut quitter en 1962 (4), tandis que Edwy Plenel y a vécu après l’indépendance. Tous deux ont placé la question coloniale, l’actualité de son passé et la critique de ses héritages, au cœur d’engagements de jeunesse qu’ils ne renient pas et qui les ont aussi faits ce qu’ils sont devenus (5).

Entre ses lecteurs et ses auteurs, ce dialogue voudrait faire lien afin de rompre la spirale infernale des divisions et des stigmatisations, des discriminations et des exclusions, des peurs et des haines. Quand les peuples se divisent en identités, communautés, religions, origines, nationalités, etc., ils font toujours le jeu de leurs oppresseurs et le lit de leurs détresses. C’est une vieille recette de domination, hélas aujourd’hui de retour en Europe alors qu’elle en a connu, autrefois, le prix élevé.

Les tenants de l’émancipation, du droit et de la justice, lui opposeront ce qui rapproche les hommes, par-delà leurs itinéraires divers et leurs chemins différents : leurs conditions sociales partagées, leurs aspirations démocratiques communes. Autrement dit, ce qu’ils vivent et ce qu’ils espèrent. Cet horizon des possibles qu’en se relevant, tous ensemble, ils peuvent dégager et ouvrir, remettant en marche leurs humanités, réinventant leurs histoires futures. C’est le chemin que nous indique le « 89 » arabe.

E. P. et B. S.

Paris, le 21 avril 2011



Chroniques Point Zéro

On le sent de plus en plus, la nouvelle Constitution est déjà prête, mais il s’agit d’instaurer un dialogue pour donner l’illusion que la réforme en cours résulte des conversations polissées entre M. Bensalah et ses invités. Pourquoi ce subterfuge ? Parce qu’il s’agit de donner une bonne image à l’extérieur, l’intérieur et son avis comptant très peu dans la décision. D’une façon générale, l’étrange étranger est toujours plus écouté que l’interne interné, ce que pense Obama est plus important que ce que pensent les groupes de jeunes militants des réseaux internet. Oujda c’est mieux qu’Alger, Zidane c’est mieux qu’un local et le Val-de-Grâce c’est mieux que Aïn Naâdja.

Les hauts responsables algériens transfèrent plus d’argent à l’étranger que dans leur propre pays. On importe, mais on n’exporte pas, les IDE c’est mieux que la production DZ, car il est plus facile d’attendre de l’argent étranger que de construire une véritable économie interne. C’est tout ? Non, le ministre de la Justice a plus peur d’Amnesty International que de la Ligue algérienne des droits de l’homme, et ne met pas les journalistes étrangers accrédités à Alger en prison, mais les journalistes algériens. Les ex-officiers de l’armée française sont mieux placés que ceux qui ont fait leurs classes à l’ALN, tout comme l’armée des frontières, c’est mieux que les moudjahidine de l’intérieur, et le privé étranger meilleur que le privé algérien, suspecté de vouloir gagner de l’argent.

Pourquoi ? Au niveau psychanalytique, il y a évidemment un complexe de taille, et celui-ci se répercute sur les autres domaines. L’anecdote est authentique, un psy d’Alger raconte qu’un ministre en exercice venait régulièrement le voir et le payait juste pour s’asseoir dans son cabinet… pour chanter la Marseillaise, à tue-tête, et repartir soulagé. Il se reconnaîtra peut-être ici, s’il n’est pas déjà parti vivre à l’étranger.

Cawki amari in El watan 31.052011


Statu quo contre dynamique politique
Par Salima Ghezali
Mercredi 18 Mai 2011

Un semestre pour rien.

Entre les déclarations du ministre de l’Intérieur au lendemain des violentes émeutes de janvier dernier et l’installation de la commission Bensalah qui doit entamer ses consultations ce samedi autour des Réformes politiques, il n’ya rien de nouveau sous le ciel officiel. Tout ce qui est présenté comme mesure, démarche ou discours a déjà été usé jusqu’à… la démobilisation quasi-totale de la société. Et même des segments les moins nocifs du régime. Le fameux « impératif de fonctionnement », qui a jusqu’ici péniblement trainé la carcasse de l’Etat de rendez-vous raté en rendez-vous gâché, peine à maquiller cette énième tentative en Grand jour.

« L’impression qui prévaut est une impression de fin de période mais d’une fin de période qui semble s’installer dans la durée. Et s’il ya consensus pour dire qu’il faut passer à « autre chose » c’est le grand flou qui domine lorsqu’il s’agît de parler pertinemment de cette autre chose. De plus, non seulement les conditions du passage ne semblent pas réunies mais les conditions en faveur du maintien du statu quo se révèlent d’une puissance insoupçonnée et d’une terrible efficacité. C’est comme si nous nous trouvions au milieu du gué non dans une position de marche mais dans une position d’immobilité, c’est-à-dire la pire qui soit. » ( l’article de Guerrid : Repenser l’université en crise ).

Ce propos de D. Guerrid sur la crise de l’université peut sans peine être appliqué à la crise nationale dans sa globalité. Ni le discours du Président Bouteflika, ni les déclarations de ses ministres, ni les autres interventions d’un personnel taillable et corvéable à merci n’ont donné lieu à ce fameux déclic susceptible de remettre le pays en marche. L’état de délabrement politique et moral du régime est tel qu’on ne serait pas surpris d’entendre quelque nouveau » laquad nadjahna ! » Au milieu de ce naufrage sans appel.

La grenouille et le scorpion

Dans son infinie sagesse, comme dans la longue liste de ses déboires, l’Afrique nous enseigne certaines choses essentielles. Comme cette histoire.
« Un scorpion qui avait besoin de traverser une rivière demanda à une grenouille de le mener jusqu’à l’autre rive sur son dos.
– Il n’en est pas question, répondit la grenouille. Je te connais et je sais que si je te laisse monter sur mon dos, tu me piqueras pour me tuer.
– Mais alors, je vais mourir noyé, répondit le scorpion.
La grenouille finit par accepter et alors qu’ils étaient à la moitié du parcours, le scorpion la piqua, lui injectant son venin mortel.
– Mais qu’est-ce que tu as fait, malheureux, s’écria la grenouille ! Maintenant, tu vas mourir, toi aussi !
– Je n’y peux rien, dit le scorpion. C’est ma nature.»

L’histoire sociale et politique de l’Algérie contemporaine est telle qu’il ne faut pas s’étonner que les foules ne soient pas sorties dans les rues pour demander la chute du régime. Alors que des dizaines de mouvements de contestation quotidiens troublent depuis des années la quiétude de responsables locaux mal élus, corrompus ou incompétents. Ou sans prérogatives réelles.

Pas plus qu’il ne faut s’étonner de voir l’armée résister aux sirènes d’un autre coup d’Etat. Alors qu’elle continue de peser de tout le poids de son silence sur l’ébauche de la moindre sortie de crise.
Ni de voir les acteurs politiques les plus significatifs refuser de s’embarquer dans l’aventure de réformes annoncées dans un râle et menées au pas de charge. Alors que ces acteurs ont formulé des propositions et
décliné leur engagement en vue de l’amorce d’une dynamique politique sérieuse.

Un signal fort.

Il n’ya nulle part l’indice que quelque chose a changé. Le ciel politique national demeure doublement plombé par l’omnipotence de la violence sous toutes ses formes. Et par le statu quo.
« La force du pouvoir algérien réside justement dans sa formidable capacité à neutraliser toute tentative d’organisation de l’opposition et des intellectuels à constituer un débat politique et à construire la moindre entente avec le peuple, par ses méthodes ultrasophistiquées appuyées par une violence politique extrêmement dissuasive. » ( l’article de Benzatat : De la polémique au débat politique)

Dans ce face à face entre l’Algérie et ses crises certaines clarifications s’imposent. Elles concernent l’ensemble des forces en présence. A l’exception de celles qui investissent dans la prolongation du statu quo. Quitte à entrainer dans leur dérive le pays vers une aggravation fatale de toutes les crises actuelles. Que signifie concrètement rassemblement des forces de l’opposition dans un système dominé depuis des décennies par la police politique ? Comment peut s’opérer la moindre « entente avec le peuple » alors que la violence de la gestion par la rente a pénétré en profondeur le monde des représentations sociales politiques et culturelles défigurant la notion même de société ?

« Les conditions fondamentales d’une expérimentation et d’une progression réelle ( …) est que la société (…) puisse représenter pour ses membres un bien commun incontestable. Or, l’usage actuel de la rente s’oppose à une telle représentation de la société. Il définit le jeu social comme un jeu à somme nulle. Ce que l’un gagne l’autre le perd. La coopération est un coût. Or, ce n’est pas le seul usage possible, comme le montre l’exemple de la Norvège. L’usage actuel dilapide notre capital naturel et contrarie la formation des autres capitaux. » ( l’article de Derguini: La crise de la jeunesse maghrébine)

Le potentiel de déflagration générale que comporte ce double containment de la société par la violence et par la rente pèse au dessus de tous les scénarios en cours.
Pour que quelque chose bouge enfin il faudrait de la part du pouvoir comme dit A. Mehri dans sa lettre ouverte au Président Bouteflika « un signal fort ». Or il n’ya rien de cet ordre dans la démarche actuelle.
S.G.


Tunisie: Une révolution étonnamment prometteuse
Par Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’économie

Prix Nobel d’économie en 2001, Joseph E. Stiglitz enseigne cette discipline à l’université de Columbia après avoir dirigé le board des conseillers économiques du président Clinton et servi en qualité de directeur économique et de vice-président de la Banque mondiale. Il en a démissionné en 2000 et depuis il se montre très critique à l’endroit de l’institution. Son ouvrage le plus vendu (La grande désillusion) a été traduit dans plus de 30 langues. Il préside une commission d’experts, nommée par le président de l’Assemblée générale de l’Onu, sur les réformes du système monétaire et financier international.
Son dernier livre, Le triomphe de la cupidité, existe également en anglais, en allemand, en japonais et en espagnol

Le monde entier célèbre la révolution démocratique de la Tunisie qui a déclenché une cascade de soulèvements dans la région, notamment en Egypte, avec des conséquences inouïes. Le monde a maintenant les yeux fixés sur ce petit pays de 10 millions d’habitants pour tirer les leçons des événements récents, tout en se demandant quelle va être la suite: ce jeune peuple qui a renversé un autocrate corrompu parviendra-t-il à créer une démocratie stable et fonctionnelle?
D’abord les leçons. En premier lieu il ne suffit pas que l’Etat assure la croissance économique. Le PIB de la Tunisie a augmenté en moyenne de 5% par an au cours des 20 dernières années, au point d’être souvent citée comme l’une des économies les plus performantes de la région.

Mélange explosif

De même il ne suffit pas de se conformer aux exigences des marchés financiers – cela permet sans doute d’avoir des obligations bien cotées et de répondre à l’attente des investisseurs étrangers, mais cela ne s’accompagne pas nécessairement de créations d’emplois et d’une augmentation du niveau de vie de la population. La crise de 2008 a mis en évidence la faillibilité du marché obligataire et celle des agences de notation. Elles ont baissé la note de la Tunisie au moment où elle tentait de passer d’un régime autoritaire à la démocratie, ce qui n’est pas à mettre à leur crédit. Cela doit rester dans les annales.

Même permettre à la population d’accéder à une éducation de qualité ne suffit peut-être pas. Un peu partout dans le monde, on s’efforce de créer des emplois pour les nouveaux entrants sur le marché du travail. Chômage élevé et corruption endémique constituent un mélange explosif. Des études économiques montrent que la réussite d’un pays dépend avant tout du sentiment de justice et d’équité.
Lorsqu’il faut avoir des relations pour trouver du travail alors que les emplois sont rares et lorsque les dirigeants et les hauts fonctionnaires accumulent des fortunes alors que les ressources sont limitées, naît un sentiment d’injustice puis de révolte. L’indignation de l’opinion publique à l’encontre des banquiers en Occident est une version édulcorée de l’exigence de justice économique qui est apparue d’abord en Tunisie, et ensuite à travers la région.

Souvent la démocratie s’accompagne de conflits, de factionalisme et de dysfonctionnements étatiques. De ce point de vue la révolution tunisienne débute sur une note positive: un sentiment de cohésion nationale généré par le renversement d’un dictateur haï par la grande majorité de la population. La Tunisie doit préserver ce sentiment, ce qui exige un effort de transparence, de tolérance et d’ouverture à l’égard de toutes les couches de la société – tant sur le plan politique qu’économique.
Le sentiment d’équité exige un dialogue public. Car si tout le monde parle d’Etat de droit, on ne peut mettre de côté la nature même de ce droit. La loi peut servir à garantir l’égalité des chances et la tolérance ou bien à maintenir les inégalités et la mainmise des élites sur le pouvoir.

La Tunisie ne parviendra peut-être pas à empêcher que les représentants d’intérêts particuliers fassent main basse sur l’Etat. Pour éviter cette situation il est indispensable de procéder au financement public des campagnes électorales, de limiter l’action des lobbies et d’interdire les passages trop faciles entre le secteur public et le secteur privé. Privatiser en toute transparence et procéder à de véritables appels d’offres pour les achats publics permettrait de freiner la recherche de rente de situation.

Il y a un équilibre délicat à trouver dans beaucoup de domaine: un Etat trop puissant risque de ne pas respecter les droits des citoyens, tandis qu’un Etat trop faible risque de ne pouvoir conduire l’action collective nécessaire pour parvenir à une société prospère et solidaire à l’égard des plus démunis – ou de ne pouvoir empêcher les puissants acteurs du secteur privé d’exploiter les individus les plus faibles et sans défense. L’Amérique latine montre qu’il y a des problèmes relatifs à la durée des mandats des hommes politiques, mais l’absence de limite est la pire solution.
Les Constitutions doivent donc être flexibles. Inscrire comme loi d’airain le dernier principe économique à la mode, ainsi que l’a fait l’UE avec sa banque centrale qui se préoccupe exclusivement de la lutte contre l’inflation, est une erreur. Mais il est indispensable de garantir certains droits politiques (la liberté de religion, la liberté d’expression et la liberté de la presse) et économiques. Ainsi la Tunisie pourrait entamer son débat public par la question de savoir quels droits supplémentaires introduire dans sa nouvelle Constitution, en plus de ceux figurant dans la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Le début de la révolution tunisienne est étonnamment prometteur. Le peuple tunisien a fait preuve de maturité et de sagesse en établissant un gouvernement intérimaire, tandis que des Tunisiens qui ont réussi par leur talent ont accouru pour servir leur pays dans ce moment critique. C’est aux Tunisiens eux-mêmes de créer un nouveau système qui pourrait symboliser la démocratie du XXIe siècle.

Quant à la communauté internationale, après avoir soutenu si souvent des régimes autoritaires au nom de la stabilité (ou du principe qui veut que «les ennemis de mes ennemis sont mes amis»), elle a de toute évidence la responsabilité de fournir à la Tunisie toute l’aide dont elle aura besoin dans les mois et les années qui viennent.

Peau de chagrin

Aussi vertueuse soit la démocratie (ainsi que le montre l’exemple tunisien, elle est de loin préférable à la dictature), souvenons-nous des échecs de ceux qui en font un mantra et n’oublions pas qu’elle ne se limite pas à des élections, même équitables. Ainsi aux USA elle s’accompagne d’inégalités croissantes, au point que les 1% d’Américains les plus riches bénéficient du quart du revenu national et que la répartition du patrimoine est encore plus inéquitable.
La plupart des Américains vivent moins bien aujourd’hui qu’il y a 10 ans, presque tous les bénéfices de la croissance économique bénéficiant exclusivement à la petite minorité des plus riches. La corruption de style américain se traduit par des milliers de milliards de dollars de cadeaux aux entreprises pharmaceutiques, l’achat des hommes politiques au moyen de contributions financières massives aux campagnes électorales et des baisses d’impôt pour les millionnaires, tandis que les pauvres voient leur assurance santé se réduire à peau de chagrin.


Entretien avec le président de LA LADDH,MOSTAFA BOUCHACHI : « L’ESSENTIEL POUR LE POUVOIR ALGERIEN C’EST D’EVITER LE CHANGEMENT POLITIQUE »
22/05/2011

« La Croix » : Le président du Conseil de la nation (Sénat) Abdelkader Bensalah entame demain une série de consultations sur des réformes politiques promises par le président Bouteflika. Qu’en attendez-vous ?

Mostafa Bouchachi : Pourquoi vouloir changer des lois puisqu’elles ne sont pas appliquées ? Le problème de l’Algérie n’est pas un problème de texte ou de Constitution, car le pouvoir agit en dehors des lois et affiche son mépris des lois. La démocratie n’est que de façade. Pour 80 % des textes, le président Bouteflika a légiféré par ordonnance. Il confie au président du conseil le soin de mener des consultations auprès des partis et personnalités, mais Abdelkader Bensalah est membre fondateur du Rassemblement national démocratique (RND), le parti du premier ministre, impliqué dans des fraudes électorales.
Un tiers des membres du Sénat sont désignés par le président. Cette deuxième chambre du parlement ne sert pas à grand-chose sauf à pouvoir bloquer le changement pour la démocratie.

Et c’est ce même parlement qui a amendé la Constitution pour offrir un troisième mandat au président ! Ces annonces de réforme sont de la poudre aux yeux. Personne ne s’y est trompé. L’essentiel pour le pouvoir algérien c’est précisément d’éviter le changement politique.

Amnesty International vient de dénoncer les violations des droits de l’homme en Algérie en 2010. Comment la situation évolue-t-elle ?

Il a y eu des personnes blessées et des arrestations pendant les marches. Les personnes ont depuis lors été relâchées. Même s’il n’y a pas de détenus politiques en Algérie – le pouvoir est trop intelligent pour cela –, la situation des droits de l’homme reste inquiétante.

Le pays est fermé. Il n’y a pas de liberté de rassemblement, ni de constitution de parti ou de syndicat. Et, point omis par Amnesty, la torture est toujours utilisée comme moyen d’arracher des aveux.

Les révolutions tunisienne et égyptienne ont-elles de l’écho ?

Bien sûr, mais il y a trop de séquelles dans la conscience des Algériens. Le traumatisme de la guerre civile sera très difficile à surmonter. 200 000 morts, des dizaines de milliers de disparus. Chaque famille a été touchée. En Égypte, en Tunisie, le pouvoir était aux mains d’un président et de sa famille.

En Algérie le système est beaucoup plus compliqué et le pouvoir partagé entre le département du renseignement et de la sécurité (DRS), la police politique, l’armée, le président. Si l’on dit « Bouteflika dégage », cela ne changera rien. Ce sera au mieux un changement dans le système, mais pas du système.

On ne sent pourtant pas une chape de plomb comme dans la Tunisie de Ben Ali.
À la différence de la police tunisienne, la police politique algérienne laisse des petits espaces de liberté. Un président de parti peut critiquer le président ou le puissant directeur du DRS. La presse, surtout la presse francophone, jouit d’une certaine liberté de ton. C’est précisément la force du système algérien. Il donne au monde extérieur une image de semblant de démocratie.

Or, en dépit des apparences, il contrôle tout et la liberté d’expression s’exerce dans le vide, sans influer sur l’opinion publique. Le pouvoir a puissamment œuvré pour discréditer une opposition qui n’a d’ailleurs jamais existé depuis l’indépendance si ce n’est l’intermède de deux ans en 1989-1990.

Les Algériens ont peur, ils osent tout de même faire grève et manifester
Ils ont parfaitement intégré les limites à ne pas franchir. Ils savent que le système tolère les revendications socioprofessionnelles. D’ailleurs la contestation sociale est endémique, elle dure depuis des années.

Et le pouvoir, en satisfaisant certaines de ces revendications, cherche à corrompre des esprits. Mais les Algériens savent parfaitement, à l’inverse, que le système ne tolère pas de revendications d’ordre politique pour l’avènement de la démocratie.

journal la Croix.
Recueilli par MARIE VERDIER (à Alger)
le 19 mai 2010