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Madjid Benchikh: «Le pouvoir ne trouve pas en son sein un consensus pour changer le fonctionnement du système»

15 juin, 2011 Posté dans « Reformes » politiques

Ancien doyen de la faculté d’Alger et ancien président de la section algérienne d’Amnesty International, le professeur Madjid Benchikh maîtrise le fonctionnement du système politique algérien. En tant que spécialiste, il livre ici son analyse d’un système qui a pris et prend encore en otage l’avenir de plusieurs générations. Les responsables militaires et civils, selon lui, ne sont pas prêts à enclencher un sérieux processus démocratique.
Les consultations sur les réformes politiques déjà entreprises, dit-il, ne visent qu’à faire des aménagements au sein du système.

Le pouvoir a entamé, depuis le 21 mai dernier, des consultations avec la classe politique nationale en vue d’entreprendre «des réformes politiques». Le processus concerne
la Constitution et les textes législatifs régissant la vie politique. Cette démarche permettra-t-elle de vraies réformes politiques qui déboucheront sur le changement du système de gouvernance tant souhaité en Algérie ?

Vous avez raison d’attirer l’attention sur la démarche adoptée par le chef de l’Etat pour engager des réformes parce que la préparation des conditions dans lesquelles on organise les changements dans un système politique sont révélatrices de la volonté et du sérieux du changement. En décidant d’engager des réformes sur les textes constitutionnels et législatifs, les dirigeants politiques et militaires, conduits par le chef de l’Etat, indiquent clairement les objectifs et les limites des réformes qu’ils peuvent engager. Il s’agit de faire quelques aménagements au sein du système politique pour répondre à la nouvelle situation créée par les manifestations populaires et la chute de plusieurs dictateurs dans la région.

 

La Constitution garantit des droits fondamentaux qui sont violés. Chacun sait en effet que même si les textes constitutionnels et législatifs peuvent et doivent être changés dans une perspective démocratique, leur violation est d’abord le fait des dirigeants eux-mêmes. 

Qui a violé la Constitution, qui a violé les libertés fondamentales garanties par la Constitution, qui a truqué les élections, qui a organisé une représentation par quotas à l’Assemblée nationale, qui manipule les scènes politiques, associatives et syndicales ? Les réponses sont connues. D’anciens dirigeants politiques ont dit clairement que la responsabilité incombe aux principaux décideurs militaires et civils de ce système politique. J’ai moi-même expliqué le fonctionnement de ce système dans un livre intitulé Algérie : un système politique militarisé. Si l’on veut progresser vers la démocratie, il convient de prendre et d’appliquer effectivement une décision fondamentale qui est de mettre fin à l’existence d’une police politique, autrement dit d’un contrôle occulte de la vie politique.

La détention et le contrôle du pouvoir par des centres de décision qui ne sont pas définis par la Constitution pervertissent gravement le fonctionnement de la vie politique, économique et sociale. Si cet aspect fondamental du système politique algérien n’est pas changé, aucune réforme constitutionnelle ne sera crédible. Songez qu’aucun chef d’Etat n’a jamais été désigné sans avoir été d’abord choisi par le commandement militaire. Songez à l’impossibilité de réaliser l’indépendance de la justice, une séparation des pouvoirs exécutif et législatif, la liberté de la presse et la crédibilité des institutions, lorsque des autorités non constitutionnelles peuvent agir et se faire obéir sans que puisse être engagée leur responsabilité. Il existe aussi d’autres problèmes de fond sur lesquels il convient d’organiser un débat, comme la question de l’instrumentalisation politique de l’Islam, la gestion de la rente pétrolière, l’accès des femmes aux responsabilités, les avoirs publics du parti FLN, la constitution d’organes indépendants de contrôle des médias, pour ne citer que quelques exemples. La démarche choisie par le chef de l’Etat permet au contraire d’éviter de parler de ces problèmes de fond.

– De nombreuses personnalités et responsables politiques ont décliné l’invitation de l’instance chargée des consultations sur les réformes politiques que préside un des enfants du système, en l’occurrence Abdelkader Bensalah. Le choix de ce dernier pour piloter ces consultations a discrédité, aux yeux de l’opposition, toute la démarche. Pourquoi cet homme suscite-t-il autant de réserves ?

A ce sujet, on peut noter d’abord l’improvisation et la hâte, puisque, aussi incroyable que cela puisse paraître, le premier mouvement du chef de l’Etat a été de désigner le ministre de l’Intérieur pour conduire les «consultations» Comme cette décision était trop révélatrice de l’emprise du système répressif et de l’absence de projet de changement démocratique, le chef de l’Etat a désigné le président du Sénat, entouré d’un conseiller militaire et d’un conseiller civil pour piloter les discussions, ou plus exactement les «auditions», parce qu’il n’y a pas vraiment de discussions, et encore moins de dialogue. Il s’agit seulement de recueillir en quelque sorte «les doléances» d’organisations ou de «personnalités»  qui seront transmises ensuite aux décideurs.

Un tel choix montre l’incapacité des dirigeants de procéder à une analyse politique de la situation et de prendre la mesure des défaillances des institutions et du blocage politique auxquels le système politique et ses pratiques ont conduit le pays. L’identité de tel ou tel membre de la commission importe peu. Mais dans le paysage politique algérien, le Sénat est apparu dans des circonstances qui en font un instrument pour contourner ou limiter un éventuel effet du suffrage universel sur le contrôle de la majorité à l’Assemblée nationale.

Le système de nomination d’un grand nombre de membres du Sénat est indigne d’une démocratie républicaine. Comment dans ces conditions mettre en avant le président du Sénat pour conduire une consultation en vue de construire une transition démocratique. De surcroît on désigne un général pour y participer comme si le système ne peut pas cacher l’emprise persistante du commandement militaire dans tout projet d’aménagement du système. Tout cela paraît peu consistant.

Le système est à ce point bloqué qu’il n’est pas sûr que les décideurs aient accepté «que quelque chose change pour que tout reste comme avant» pour reprendre une fameuse formule popularisée par le film Le guépard. J’ai analysé le système politique tel qu’il a fonctionné de 1989 à 1991, comme une démocratie de façade qui permet, lorsque le pouvoir estime les conditions favorables et lorsqu’il ne se sent pas menacé, l’existence d’une scène politique, mais sans autoriser l’alternance au pouvoir.

A partir de 1992, le commandement militaire a supprimé l’essentiel des marges d’ouverture politique. Il s’est complu dans les facilités autoritaires en invoquant la lutte antiterroriste. Cela fait 20 ans que cela dure et des intérêts économiques ont eu le temps de se  structurer dans et autour de ce système autoritaire.

– Donc l’amendement des textes tel que proposé actuellement ne sera d’aucun effet sur la situation politique du pays…

Je pense qu’il faut autre chose que des amendements législatifs ou constitutionnels pour engager une transformation substantielle d’un tel système. Je ne pense pas, dans les rapports de forces actuels, qu’il y ait une volonté de revenir à un fonctionnement de la scène politique comparable à celle  de la démocratie de façade des années 1989-1991. Il s’agit encore moins de tracer la voie à une authentique transition démocratique. Dans les coulisses, les responsables brandissent l’argument usé du risque d’un retour des islamistes radicaux si les élections sont libres, comme d’autres donnent libre cours à leur imagination en ce qui concerne le régime parlementaire et le régime présidentiel, sans un mot sur les réalités de l’exercice du pouvoir en Algérie. Il faudrait commencer par analyser les échecs bien réels de ce système et les raisons de ces échecs.

– La révision des textes législatifs devient récurrente. En 2008, le président Bouteflika a même révisé l’article 74 de la Constitution qui limite les mandats présidentiels à deux, pour s’offrir un troisième mandat. Comment analysez-vous cette situation à l’algérienne où l’on fabrique des textes de loi pour ne pas les respecter par la suite ? Un pouvoir qui a violé la Constitution en 2008 peut-il accepter d’être réformé ?

En fait, les détenteurs du pouvoir ont eu peur, parce qu’ils ont bien compris que la chute des dictateurs tunisien et égyptien et les différentes manifestations qui agitent les peuples d’Afrique du Nord et du Proche-Orient ne peuvent pas être sans impact sur le peuple algérien. Le peuple algérien ne vit pas en dehors du temps et de l’espace. Notre histoire nationale nous enseigne que le peuple algérien peut plier devant la répression et l’adversité, mais il ne se soumet pas. La question que se posent les détenteurs du pouvoir n’est pas de savoir comment démocratiser la vie politique en organisant effectivement la séparation des pouvoirs, en encourageant le pluralisme politique, syndical et associatif et en veillant au respect des droits et des libertés individuels et collectifs auxquels d’ailleursla Constitution actuelle oblige les responsables. La question qu’ils se posent est celle de savoir comment garder le pouvoir. Ils n’ont pas trouvé une réponse satisfaisante et un consensus sur cette question. Ils ont donc décidé d’attendre et voir venir sur le fond en remettant en marche, sur le plan formel, une machinerie qu’ils connaissent et dont ils maîtrisent tous les aspects. C’est ainsi qu’il faut définir le système actuel de «recueil des doléances». Les consultations actuelles signifient donc que le pouvoir politique n’arrive pas à trouver en son sein un consensus pour changer le fonctionnement du système. C’est assez grave parce que jusque-là, les détenteurs du pouvoir ont su, souvent, négocier entre eux les modalités d’évolution et de renouvellement du système, y compris avec des dégâts, le passage du parti unique à la démocratie de façade.  Mais, depuis plusieurs années, le consensus sur l’essentiel entre les décideurs connaît des remises en cause, peu de temps après sa formation. Ce qui rend difficile l’élaboration de stratégies de gouvernement.

Ce qui a manqué, et qui manque toujours, aux dirigeants militaires et civils en Algérie, c’est une vision politique d’hommes d’Etat qui permettrait d’envisager, dans la durée, des transformations politiques en prenant en compte les transformations de la société et du monde. Aujourd’hui, le système est sans doute trop perverti par la promiscuité entre le monde des affaires et l’exercice du pouvoir politique. Le développement de la corruption ne peut pas être neutre par rapport à la nature et au fonctionnement du système politique. A cela, il faut ajouter des facteurs nouveaux : l’intrusion des jeunes et des travailleurs sur la scène sociale, et demain peut-être sur la scène politique perturbe les anciennes données. Les moyens d’information et de communication, et notamment Internet, ne permettent pas de réprimer en vase clos. La mobilisation des populations pour le respect de leur dignité et des droits humains progresse chaque jour.

La notion d’universalité des droits humains peut, désormais, difficilement être ignorée, sauf à risquer un isolement préjudiciable sur le plan international. Bien que personne parmi les dirigeants actuels ne semble acquis dans la pratique à la construction d’un Etat de droit, il faudra pourtant qu’on y fasse droit. L’immobilisme politique actuel peut être très préjudiciable, non seulement pour le pays, mais aussi aux équipes dirigeantes.

Des responsables syriens, libyens et yéménites qui tirent sur leur peuple ne constituent pas des exemples glorieux à présenter à la jeunesse civile ou militaire pour la mobiliser.

– Le pouvoir algérien a toujours affirmé que ce qui se passe dans la région ne pourra pas se produire en Algérie. Alors qu’à l’intérieur, la société est en ébullition et les demandes pour le changement deviennent incessantes. L’Algérie est-elle réellement à l’abri de ce qui se passe dans la région de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient ?

L’Algérie, on l’a dit, ne vit pas en dehors de l’espace et du temps. Le pouvoir ne pense pas sérieusement que ce qui se passe dans les pays voisins ne se produira pas un jour en Algérie, sans quoi il n’organiserait pas une machinerie de consultation. A voir les conditions dans lesquelles a été prononcé le discours du chef de l’Etat, on a même dû penser qu’il est urgent de faire quelque chose. Mais certains agents du système essaient de se rassurer comme ils peuvent. Ce faisant, à force de parler entre eux, ils croient avoir convaincu tout le monde.

Plusieurs ministres et autres responsables importants ont affirmé que l’Algérie a expérimenté une transition démocratique à partir d’octobre 1988. Cette affirmation procède de la volonté d’induire en erreur l’opinion internationale, tout en introduisant la confusion dans le débat sur le système politique algérien. Ce qui s’est passé en octobre 1988 en Algérie ne constitue pas une insurrection comparable à celles qui se sont déroulées et se déroulent encore en Tunisie, en Egypte, au Yémen, en Libye ou en Syrie. J’ai observé plus d’une dizaine de barricades en octobre 1988 dans l’Algérois, aucune n’avait des slogans ou des revendications démocratiques.

Il y avait des actions contre les symboles du parti et de l’Etat et des cris contre le chef de l’Etat et le responsable de l’appareil du parti. Mais cela ne suffit pas pour en faire une insurrection pour la démocratie. Octobre 1988 est le résultat de manipulations, au sein même des appareils politiques et militaires du système. Ceux-ci, comme l’indiquent d’ailleurs les écrits du  général Nezzar, bien placé pour savoir, ont été rapidement débordés par une jeunesse indignée par le règne de l’injustice, de l’arbitraire et de la hogra.

Mais ces manifestants n’avaient aucune organisation pour pouvoir revendiquer et obtenir la démocratie.

Il n’en avait pas non plus pour veiller, dans la durée, au succès des décisions d’ouverture de la scène politique qui ont été prises par la suite, sans consultation d’une opposition affaiblie par la clandestinité et la répression. En Tunisie, l’armée qui n’a jamais joué un grand rôle sur la scène politique depuis Bourguiba, a refusé de tirer sur les manifestants. Une partie de l’encadrement syndical a très vite rejoint les manifestants, ouvrant la voie à une large participation des cadres syndicaux, des avocats, des juges et des militants des droits humains.

Aujourd’hui encore, toutes ces forces continuent de veiller pour assurer une transition démocratique qui n’est pas encore acquise. On retiendra donc que l’insurrection tunisienne a été durable et rapidement encadrée. Ce qui n’a pas été le cas en Algérie en 1988. L’ouverture politique de 1988 en Algérie est fondamentalement une décision prise au sein du système, sans aucune consultation extérieure, pour tenter de dépasser les blocages du système et éliminer son aile la plus conservatrice. Jamais l’ouverture réalisée en 1988 n’a intégré l’alternance au pouvoir, comme une perspective souhaitable ou acceptable. Jamais cette ouverture n’a permis que l’UGTA soit autre chose que ce qu’elle a toujours été depuis 1963, un appareil pour soumettre le monde du travail et non pour le défendre. Jamais la justice n’a été indépendante, ni les pouvoirs exécutif et législatif séparés. Ce n’est donc pas très sérieux de parler d’une transition démocratique expérimentée à partir de 1988.

– Le système algérien peut-il continuer à gérer le pays de la même manière qu’il y a 50 ans ou 20 ans ?

Personne n’a prévu, ni en Tunisie, ni en Egypte, ni ailleurs, le renversement des dictateurs. Les militants des droits de l’homme tunisiens que j’ai appelés au cœur même de la tourmente, reconnaissent qu’il n’ont jamais prévu une telle chute du système Ben Ali. Les militants égyptiens que j’ai rencontrés en octobre et novembre au Caire ne prévoyaient pas non plus la chute de Moubarak. De la même manière, personne ne peut dire quelles seront les causes immédiates de la chute du système politique algérien. La cause de l’inéluctabilité de la chute de ce système réside dans son incapacité à dépasser ses blocages et à fonctionner normalement pour gérer les affaires du pays.

L’utilisation de la rente pétrolière ne suffira pas à éteindre les incendies. Sans libération des champs politique, syndical, associatif pour engager un processus de participation de citoyens à la gestion de leurs affaires, sans des institutions crédibles et représentatives, les émeutes continueront.  Il faut être aveugle et sourd pour ne pas voir et entendre le rejet du système par de larges parties de la population. Le refus populaire de descendre dans la rue serait mal interprété s’il est considéré comme une absence de rejet du système. L’absence de manifestations de grande envergure témoigne de plusieurs choses.

Il y a l’intériorisation du prix lourd payé au cours de la guerre civile sans autre résultat que les drames connus et la crise que nous vivons aujourd’hui. Il y a la peur et la confusion semées par le système politique militarisé que nous avons analysé : les diverses manipulations exercées sur le corps social avec la création de fausses associations, de faux syndicats, de faux partis, de faux opposants ont discrédité l’idée même de démocratie et découragé les citoyens de croire à l’action pour le changement.

C’est sans doute là le coup, ou peut être le crime le plus grave commis contre le peuple algérien. Ces déchirures du tissu social sont très difficiles à cicatriser et portent atteinte aux capacités de notre peuple d’organiser sa cohésion pour se construire un avenir meilleur. Je comprends que les jeunes ne veuillent pas affronter les chars, non seulement parce qu’il y a eu trop de morts en 1988 et de 1992 à aujourd’hui, mais aussi parce qu’ils n’ont pas confiance dans certains de ceux qui les appellent à manifester.

Certes, il est possible que ceux qui ont soutenu le pouvoir hier appellent à lutter contre lui aujourd’hui. Comme il est possible que ceux qui l’ont combattu en viennent à le soutenir. Mais pour être crédibles, leur évolution doit être précédée d’actions claires indiquant leur engagement auprès du peuple, d’une critique vraie, circonstanciée, conduite de bonne foi et illustrée par des exemples précis constitutifs de leurs graves fautes au cours de jeux politiques menés avec le pouvoir, voire d’exercice des responsabilités dont de nombreux citoyens ont fait les frais.

Il résulte de tout cela  que les dirigeants du système politique croient pouvoir durer, moyennant quelques changements de façade. Ils n’entendent, et souvent ne fréquentent que ceux qui les incitent à protéger leur pouvoir auquel sont liés tant d’intérêts. Mais le système politique algérien est au fond très fragile par suite de l’absence de représentativité des principales institutions, du fait de ses blocages et de son inefficacité et aussi de son incapacité à organiser un système de production industrielle en utilisant de manière rationnelle la rente pétrolière. Il en résulte des investissements pour des infrastructures modernes qui sont utilisées et gérées de manière archaïque. Ce système ne peut pas durer. Mais personne ne peut dire aujourd’hui quand et par quel système il sera remplacé.

– Comment parvenir à une solution à la crise que traverse le pays depuis plusieurs années ?

Les inconnues qui caractérisent l’avenir du pays ne doivent pas être des raisons pour désespérer. Le constat lucide est nécessaire pour éviter les erreurs du passé et construire l’avenir en connaissance de cause.Les solutions à la crise du système politique ne verront le jour ni dans un laboratoire ni dans le monologue des gouvernants avec eux-mêmes. Chacun doit lutter modestement à sa place, pour la dignité, les libertés et les  droits des citoyens, dans son village, sa rue ou son entreprise, son association, son syndicat, son parti ou son journal.

Ce travail finira par provoquer un élargissement des prises de conscience et transformera le rapport de forces pour contraindre les dirigeants à effectuer les réformes de fond ou pour les chasser du pouvoir. Dans tous les cas, ce système ne changera pas si aucune force, constituée sur une durée suffisante, ne l’y oblige de façon déterminée. Mais la constitution de ces forces et le regroupement de forces diverses déjà en action sur le terrain peuvent se réaliser en quelques mois ou peu d’années. Les basculements de certaines forces du système auxquels on a assisté en Tunisie ou en Egypte et ailleurs peuvent, à mon avis à coup sûr, se produire le moment venu en Algérie.

Ceci étant, on peut toujours préconiser de dissoudre l’Assemblée nationale et le Sénat, d’élire une Constituante, mais si l’organisation des campagnes électorales, les débats, les médias, les administrations continuent d’être contrôlés par ce pouvoir et ses hommes, si le commandement militaire continue d’être au centre de la décision, les élections seront manipulées.

Autrement dit, ces propositions de Constitution et de Constituante ne peuvent être sérieusement envisagées que si des forces de changement s’organisent pour exprimer leurs revendications et agir partout, y compris dans la rue, pour exiger les formes et le contenu du changement.

Le jour où les décideurs accepteront, ou seront obligés de laisser la jeunesse s’associer, se rassembler et s’exprimer pacifiquement et sans répression, dans les médias, les meetings et la rue, alors les projets de révision des lois et de Constituante ouvriront la voie aux transformations  démocratiques.

 


التحريات تعكف على تحديد مصدر تلك الأموال وشملت أسماء ثقيلة

 

كشوف أرصدة بالملايير لإطارات سامية في بنوك أجنبية

26-05-2011 الخبر

الجزائر: سامر رياض

التعاون الدولي في التحقيقات جاء تحت غطاء مكافحة
مجهولة المصدر

أسرت مصادر موثوقة لـ »الخبر » عن آخر مراحل الاستعلامات الأمنية حول مصدر الثـراء الفاحش لإطارات سامية، خلال السنوات الثلاث الأخيرة، حيث تمكن المحققون في إطار الاتفاقيات الدولية لمحاربة الثـراء مجهول المصدر المصنف في خانة تبييض الأموال، من الحصول على عدد من كشوف أرصدة عدد من الإطارات الذين كانوا تحت مجهر التحقيقات، مثلما أشارت إليه  »الخبر » في عدد سابق.

لم تتوفر للمحققين في بداية الأمر، عند فتح باب التحريات حول الثـراء الحديث وغير المستحق لعدد من الإطارات، سوى على معلومات عامة حول تمكن عدد من الوزراء الحاليين والسابقين وإطارات مسيرين لمؤسسات هامة، لا يقل عددهم عن 20 اسما ثقيلا، من ضخ مبالغ معتبرة في أرصدتهم البنكية في الخارج عن طريق التهريب، مستغلين مكانتهم وعدم خضوعهم للتفتيش في المطارات لنقل ما أمكن من الأموال. غير أن تدقيق التحريات مكن القائمين عليها، حسبما تسرب من معلومات لـ »الخبر »، من الوصول إلى مسار تلك الأموال والبنوك التي ضخت فيها في كل من فرنسا وبريطانيا والولايات المتحدة الأمريكية.
وإن لم تنته التحقيقات حول القيم المحولة في كل تلك البلدان، إلا أن المعطيات الأولية أكدت تمكن المحققين من الحصول على نسخ من كشوف أرصدة هؤلاء المسؤولين، والتي فاق بعضها 200 مليار سنتيم بالعملة الصعبة بالنسبة لوزير وابنيه، فيما قارب رصيد اسم وزاري آخر نصف هذا المبلغ، وهو شخصية حصل على حقيبتين وزاريتين منذ .1999
ومن بين أهم ما تجري التحقيقات حوله قبل الانتقال إلى المتابعة جنائيا للمعنيين، تحديد مصدر تلك الأموال ما إذا كانت عمولات أو رشاوى أو أنها أموال عمومية تم تحويلها بطرق ملتوية. وتوصلت التحقيقات إلى أن عددا من الإطارات الذين يواجهون تهمة الثـراء غير المستحق باستعمال النفوذ والمنصب، تعود ثـروتهم في الأصل إلى عقارات باعوها بالعملة الصعبة، وآخرين حولوا أموالا بالدينار إلى العملة الصعبة في السوق الموازية بعد سحبها من أرصدتهم في البنوك الجزائرية وضخها بالأورو والدولار في أرصدة أقربائهم في الخارج.
ومن بين ما وقف عليه المحققون، أن الإطارات الذين قاموا ببيع أملاكهم المنقولة وغير المنقولة في الجزائر لتهريب ما يقابلها من أموال بالعملة إلى الخارج، لم يصرحوا في عقود البيع التوثيقية بالقيم الحقيقية لعقاراتهم للتهرب من دفع الضرائب، ومثلما هو الحال لمسؤول حالي باع ثلاث فيلات في أعالي العاصمة قيمتها الإجمالية المصرح بها لا تساوي قيمة فيلا واحدة من بين الثلاث.
وربطت مصادرنا التحقيقات الجارية بتعليمات من رئيس الجمهورية التي أشار إليها صراحة في آخر خطاب له حول مكافحة الفساد، حيث أمر بمواصلة الحرب على الفساد بوتيرة أسرع. ولا تستبعد مصادرنا أن تكون التحريات استبقت حركة تنحيات وتحويلات قد تشمل عددا من الإطارات الذين يشغلون مناصب مؤسسات حساسة


COMMUNIQUÉ

Algérie : le président du SNAPAP, interdit de séjour en France

Comité international de soutien au syndicalisme autonome algérien (CISA), Paris, le 8 juin 2011

Rachid Malaoui est le président du SNAPAP (Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique), principal syndicat autonome en Algérie, fer de lance de toutes les luttes sociales et politiques actuellement en cours dans le pays. C’est dans cette période si cruciale des mobilisations pour le changement en Algérie que le tribunal administratif de Nantes, dans une décision du 27 mai 2011, a rejeté la requête de M. Malaoui, qui contestait un refus de visa pour se rendre en France.

Le 4 novembre 2010, M. Malaoui sollicitait auprès du Consulat général de France à Oran la délivrance d’un visa d’entrée en France pour participer à une réunion de travail de l’Union syndicale solidaire à Paris le 16 novembre. La veille, il a été informé par un simple mail du consul général, M. Jean-Louis Soriano, que cette demande de visa avait été rejetée, au motif que M. Malaoui serait redevable en France d’une dette hospitalière de 16 457,99 €, suite à une hospitalisation en urgence qu’il avait dû subir à l’Hôpital de Meaux, en septembre 2006, pour une tuberculose pulmonaire. Or, conformément à la Convention générale relative aux soins de santé dispensés en France à certaines catégories d’assurés sociaux algériens du 1er octobre 1980, c’est le régime algérien d’assurance maladie qui aurait dû s’acquitter de cette dette, ce qu’il a refusé de faire – à l’évidence pour placer un opposant au régime dans une situation difficile.

De son côté, le tribunal administratif de Nantes, refusant de prendre en compte l’argumentation juridique très précise de M. Malaoui, a donc décidé de rejeter la requête du plaignant visant à faire annuler la décision de refus de visa dont il a été l’objet, ce qui revient de facto à empêcher M. Malaoui de pouvoir se rendre en France.
Le CISA dénonce cette très grave entrave à la liberté de circulation d’un éminent syndicaliste qui a besoin plus que jamais de se rendre en Europe afin de développer les relations entre son syndicat et ses homologues européens.

Le CISA déplore qu’au moment où il faudrait manifester notre solidarité avec l’action exemplaire des syndicats autonomes, dans l’esprit de l’appel récent du G8 à la solidarité avec les sociétés du Maghreb et du Machrek, la France s’obstine à refuser un visa court séjour à un syndicaliste qui mène une lutte courageuse et digne en Algérie.

CISA
21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris (France)
http://www.cisa-solidaritesyndicats-algerie.org

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Luttes syndicales


Note au Secrétariat national

Note au Secrétariat national

Chers camarades,

A la suite de mes rencontres avec, entre autres, notre Premier secrétaire et le Président de notre Comité Ethique, je souhaiterai vous faire partager l’essentiel de nos discussions.

Dans notre pays, la crise nationale continue et les propositions de réformes proposées par le Chef de l’Etat sont peu crédibles et peu susceptibles de remédier au tsunami politique, économique et social provoqué par la décennie de sang suivie par une décennie de prédation de grande ampleur.

Je m’interroge sur les fonctions véritables assignées à cette commission.  Objectivement, on cherche à gagner du temps mais surtout à faire diversion. Comment peut-on choisir ce moment pour, dans l’opacité absolue, conclure un train d’accords commerciaux et financiers avec des partenaires étrangers ? C’est la sécurité nationale, voire même la souveraineté du pays,  qui peuvent être compromises. Ne profite-t- on  pas du contexte national et régional pour dépecer le pays ?   Certes ce pays ne peut pas s’arrêter de vivre mais des décisions économiques et financières qui engagent l’avenir de générations entières exigent un débat transparent, sérieux et un consensus de la Nation. Hier, des décisions ont été prises dans la précipitation et l’opacité, alors que c’était le destin de tout le pays qui se jouait. Pour nous, cette ère est révolue. Nous dirons la vérité, toute la vérité à l’opinion publique nationale et en temps voulu, nous proposerons les mesures nécessaires pour empêcher le bradage du pays.

Revenons aux aspects politiques de la crise, après avoir déstructuré les rapports entre État et citoyens, puis entre les citoyens eux-mêmes, le problème de gouvernance du pays est en train de détruire les relations entre les institutions elles-mêmes. Ceci risque de faire muter la crise de gouvernance en crise d’Etat défaillant. Ce qui peut connecter l’Algérie de la manière la plus dangereuse qui soit sur la crise globale.

Au plan régional, la guerre de Libye résultant de l’action criminelle du régime de Kadhafi et des visées impérialistes françaises, britanniques et … américaines, fait craindre la perspective du chaos.

La position algérienne est difficile à lire : d’une part un soutien officiel à Kadhafi au nom de la stabilité quand d’autre part est menée, dans la presse et sur les sites électroniques, une campagne totalement alignée sur les positions françaises.

L’opinion publique quant à elle a condamné la position de Kadhafi et déploré le comportement officiel algérien. De même qu’elle condamne l’agression militaire contre la Libye.

Par ailleurs, les turbulences que traversent les jeunes Révolution tunisiennes et égyptiennes inquiètent l’opinion et influent sur le moral. Mais elles confortent l’opinion la plus large dans sa conviction que seule une action organisée s’inscrivant dans une perspective démocratique et non violente peut faire émerger une alternative sérieuse à la crise nationale.

L’option du coup d’Etat défendue, fait quelques émules mais n’arrive pas à convaincre au-delà de quelques cercles très limités.

Chers camarades,

Pour ce qui concerne notre parti, je souhaiterai d’abord vous renvoyer à l’adresse que j’avais envoyée à la dernière session du Conseil national, et qui se concluait ainsi:  » Ce moment est  important et comme tel il nous force à nous dépasser. Nous devons être capables de donner le meilleur de nous-mêmes, non dans des actes faussement héroïques et spectaculaires, mais dans la discipline que nous saurons nous imposer. Une discipline qui nous forcera à nous dépasser quotidiennement pour construire, construire, construire…

Là où certains voudraient que l’on participe à leur œuvre de destruction de ce bien, l’Algérie, dont l’Histoire et les générations futures témoigneront combien nous avons œuvré à la préservation.

Mais revenons à ce moment précis dont il est important de prendre la juste mesure. Nous avons tous pu mesurer le respect que nos compatriotes autant que nos partenaires étrangers portent à notre parti. Ce respect, nous avons le devoir de le faire fructifier en nous investissant dans la construction des institutions capables, à partir du parti, d’aller à la rencontre des algériennes et des algériens qui partagent nos valeurs de démocratie, de liberté et d’engagement citoyen.

J’ai à cet effet, et après discussion avec la direction du parti, chargé cette dernière de prendre un certain nombre de mesures allant dans le sens de la mise en place des outils qui ont pour double mission d’accélérer le processus d’ouverture sur la société et d’amorcer le processus d’évaluation.

Nous avons déterminé quatre chantiers à ouvrir en priorité : Les jeunes, Les travailleurs, Les femmes et la feuille de route d’étape de restructuration du parti. »

Chers camarades,

Pour nous donner les moyens de réussir, j’ai demandé au Premier secrétaire de réaménager le Secrétariat national en conséquence.

Enfin, je vous informe que j’ai instruit le Président de notre Comité Ethique afin de le renforcer et lui permettre de remplir ses missions et compétences. Cette instance est appelée à jouer un rôle déterminant dans la vie du parti au regard des défis que nous allons devoir relever.

Je vous souhaite un bon travail.

Hocine.


Communiqué du Front du Changement National

Un autre bluff pour faire oublier le véritable changement

Le souffle historique des différentes révolutions en mouvement qui parcourent l’ensemble des pays arabes, au Machrek comme au Maghreb, ne semble pas affecter le pouvoir en place, qui continue d’observer sa politique de l’autruche en feignant d’ignorer la revendication populaire légitime pour un changement radical de régime.

Et pour ne pas déroger à ses habitudes, voilà que ce pouvoir manipulateur et faussaire, vient de lancer à grand bruit et fortes gesticulations, ce qu’il dit être une opération de consultations politiques sur les réformes institutionnelles du pays. Des consultations conduites, conjointement, par des espèces de fondés de pouvoirs, comme dans une vente aux enchères :

– Pour le compte du clan « présidentiel », par un fonctionnaire, – régionalisme oblige – président de la chambre haute d’enregistrement et ancien président du Conseil National de Transition de triste mémoire, instauré au lendemain du Coup d’Etat de Janvier 1992, perpétré contre la volonté souveraine du peuple algérien ;

-Pour le compte du clan de l’oligarchie militaro-financière, un officier, « cerveau » des décideurs.

Un peu le mariage de la carpe et du lapin…

C’est assez souligner que nous sommes en présence ici, d’une véritable opération de bluff et de manipulation du peuple algérien et de l’opinion internationale, diligentée dans l’urgence, par un pouvoir aux abois qui cherche à donner de faux gages de « réformes démocratiques ». Un pouvoir dont l’illégitimité originelle le dispute à sa disqualification morale, en tant que ce pouvoir est responsable de la faillite sanglante du pays.

Cette manipulation honteuse, révèle s’il en était besoin, le manque total d’imagination d’un pouvoir taraudé par la peur panique, devant la réappropriation par les citoyens algériens de l’espace public à travers les centaines d’actions de contestation et de revendication qu’ils organisent quotidiennement de manière pacifique et aussi devant l’ampleur des révolutions populaires qui se succèdent jusque à nos frontières, comme en Tunisie et en Libye surtout, où la criminelle paranoïa du dictateur-colonel a fini par transformer ce pays frère et voisin, en un véritable champ de ruines et de carnages.

La mascarade des pseudo-consultations entre un pouvoir totalement disqualifié et tout ce bric-à-brac clientéliste de partis godillots et autres soi-disant personnalités politiques, ne fera jamais faire au pays, l’économie d’une mise à plat du problème essentiel et vital de notre pays qu’est la LEGITIMITE DU POUVOIR et dont la solution conditionne l’avenir-même de l’Algérie en tant que nation. Cette solution passe par la nécessité d’un changement radical du régime algérien, dans ses Institutions et dans ses hommes.

A différentes occasions – depuis sa création en Mars 2011 – le Front du Changement National a publiquement et clairement proposé des modalités pratiques consensuelles pour favoriser l’avènement pacifique et radical d’un tel changement.

En particulier par la mise en place d’une Instance nationale de transition pour une durée déterminée, chargée en priorité :

-de l’organisation de l’élection d’une Assemblée Nationale Constituante ;

-de la gestion courante des affaires du pays dans cet intervalle ;

-la prise de toutes décisions conservatoires, d’ordre administratif et/ou juridique, susceptibles de sauvegarder les intérêts moraux et matériels de notre pays.

Nous en appelons, encore une fois à toutes les volontés sincères et engagées à ne pas s’inscrire dans la stratégie du pouvoir moribond qui ne cherche qu’à perdurer par des stratagèmes éculés et des ravalements de façade, stratégie suicidaire qui ne fait qu’aggraver la crise politique et qui risque de se terminer par un tsunami populaire chaotique qui emportera non seulement ce régime, mais à Dieu ne Plaise, le pays.

Seule une dynamique populaire courageuse et sincère autour de principes démocratiques clairs rassemblant tous les algériens sans exclusion est en mesure d’imposer à ce pouvoir déliquescent, un véritable changement du système politique à travers une transition démocratique et pacifique afin d’aboutir à l’instauration d’un Etat de Droit.

P /la Permanence politique du Front du Changement National.

Salah-Eddine SIDHOUM


lundi 6 juin 2011, 08:26

Le « 89 » arabe, dialogue d’un historien et d’un journaliste

« Le 89 arabe » (Ed Stock) est un dialogue entre un historien (B.Stora), et un journaliste (E.Plenel). Un journaliste y questionne un historien sur une actualité qui recouvre ce que deux professions ont en commun: l’événement, ses surprises et ses énigmes, son histoire immédiate et sa longue durée. En avant-première (le livre est en librairie à partir du lundi 6 juin), voici l’introduction à deux voix de cette conversation.

L’histoire en marche

La première vertu des révolutions, c’est d’ouvrir l’horizon des possibles. Pour les conservateurs, tenants des désordres établis et des ordres injustes, l’histoire est toujours écrite par avance, pavée de fatalités et de déterminismes, de pesanteurs économiques et de sujétions politiques. Quand, à la faveur de l’événement révolutionnaire, les peuples surgissent sans prévenir sur la scène, c’en est soudain fini de ces fausses évidences et de ces illusoires certitudes. L’histoire s’ouvre alors sur d’infinies possibilités et variantes où la politique redevient un bien commun, partagé et discuté, sur lequel la société a de nouveau prise.

Telle est, en cette année 2011, la portée universelle de la bonne nouvelle annoncée par le peuple tunisien avant que tous les peuples arabes s’en emparent, de l’Egypte au Yémen, du Maroc à la Syrie. Nous ne sommes qu’aux prémices d’un cycle historique sans précédent qui, en faisant surgir les aspirations démocratiques et sociales dans le monde arabe et, plus largement, le monde musulman, ébranle aussi nos propres pays. Entre fraternisation des peuples ou réactivation des peurs, nous ne savons pas encore quelle direction prendra cet écho européen et, plus particulièrement, français de l’événement arabe. Mais nous vivons déjà son impact.

L’évaluer, l’analyser, l’expliquer et l’interroger est la raison d’être de ce dialogue où un journaliste, Edwy Plenel, questionne un historien, Benjamin Stora. Nos deux professions ont en commun l’événement, ses surprises et ses énigmes (1). A priori, leurs impératifs s’opposent : quand le journalisme s’attache à décrypter l’immédiateté, l’histoire cherche la longue durée qui la traverse. Mais il y a longtemps que nos disciplines ont convenu qu’aucune de ces deux temporalités n’épuise l’événement où s’invente sans programme préétabli du possible, de l’improbable et de l’inédit qui, en même temps, sont pétris d’anciennes histoires oubliées, blessées ou meurtries.

« Il n’y a d’histoire que du présent », aimait à dire Lucien Febvre, l’un des fondateurs de l’école historique des Annales (2). Confronter les interrogations d’une histoire au présent dont témoigne le journalisme aux savoirs de l’histoire du passé que détient l’historien professionnel est une démarche non seulement logique mais absolument nécessaire si l’on ne veut pas se retrouver face à l’événement, à son tourbillon et à sa cavalcade, aussi démuni et tétanisé qu’un lapin pris dans des phares dont le faisceau lumineux l’aveugle.

Chercher à comprendre, trouver des repères, ébaucher des hypothèses : c’est ce que nous avons tenté de faire, en partant du constat posé par l’un d’entre nous d’un « 89 » arabe qui évoquait aussi bien le 1989 européen de la chute du mur de Berlin que le 1789 de la Révolution française (3). Ici, les curiosités généralistes du journaliste, qui n’est pas spécialiste du monde arabe et s’interroge comme le ferait tout citoyen informé, vont à la rencontre des réponses documentées de l’historien du contemporain dont le terrain de recherche est l’histoire politique du Maghreb et, plus généralement, celle du nationalisme arabe, des régimes qui en sont issus et des sociétés qui les ont subis.

A l’origine de cette envie commune d’échange et de discussion se trouve le refus de l’indifférence qui fut la première attitude officielle vis-à-vis des révolutions arabes, partagée dans tous les cercles de pouvoir français. Au lieu de fêter l’événement, d’afficher les solidarités, de mobiliser les fraternités, les méfiances et les défiances ont tenu le haut de l’affiche politique. Aussi notre souci de comprendre est-il d’abord une déclaration d’empathie : ces révolutions sont aussi les nôtres.

Rien de fortuit donc à cette rencontre. De plus, au-delà des métiers qui nous définissent, une longue complicité amicale et intellectuelle anime notre conversation. Elle est liée à des parcours sinon communs, du moins voisins. Benjamin Stora est né en Algérie, qu’il dut quitter en 1962 (4), tandis que Edwy Plenel y a vécu après l’indépendance. Tous deux ont placé la question coloniale, l’actualité de son passé et la critique de ses héritages, au cœur d’engagements de jeunesse qu’ils ne renient pas et qui les ont aussi faits ce qu’ils sont devenus (5).

Entre ses lecteurs et ses auteurs, ce dialogue voudrait faire lien afin de rompre la spirale infernale des divisions et des stigmatisations, des discriminations et des exclusions, des peurs et des haines. Quand les peuples se divisent en identités, communautés, religions, origines, nationalités, etc., ils font toujours le jeu de leurs oppresseurs et le lit de leurs détresses. C’est une vieille recette de domination, hélas aujourd’hui de retour en Europe alors qu’elle en a connu, autrefois, le prix élevé.

Les tenants de l’émancipation, du droit et de la justice, lui opposeront ce qui rapproche les hommes, par-delà leurs itinéraires divers et leurs chemins différents : leurs conditions sociales partagées, leurs aspirations démocratiques communes. Autrement dit, ce qu’ils vivent et ce qu’ils espèrent. Cet horizon des possibles qu’en se relevant, tous ensemble, ils peuvent dégager et ouvrir, remettant en marche leurs humanités, réinventant leurs histoires futures. C’est le chemin que nous indique le « 89 » arabe.

E. P. et B. S.

Paris, le 21 avril 2011


Chroniques Point Zéro

On le sent de plus en plus, la nouvelle Constitution est déjà prête, mais il s’agit d’instaurer un dialogue pour donner l’illusion que la réforme en cours résulte des conversations polissées entre M. Bensalah et ses invités. Pourquoi ce subterfuge ? Parce qu’il s’agit de donner une bonne image à l’extérieur, l’intérieur et son avis comptant très peu dans la décision. D’une façon générale, l’étrange étranger est toujours plus écouté que l’interne interné, ce que pense Obama est plus important que ce que pensent les groupes de jeunes militants des réseaux internet. Oujda c’est mieux qu’Alger, Zidane c’est mieux qu’un local et le Val-de-Grâce c’est mieux que Aïn Naâdja.

Les hauts responsables algériens transfèrent plus d’argent à l’étranger que dans leur propre pays. On importe, mais on n’exporte pas, les IDE c’est mieux que la production DZ, car il est plus facile d’attendre de l’argent étranger que de construire une véritable économie interne. C’est tout ? Non, le ministre de la Justice a plus peur d’Amnesty International que de la Ligue algérienne des droits de l’homme, et ne met pas les journalistes étrangers accrédités à Alger en prison, mais les journalistes algériens. Les ex-officiers de l’armée française sont mieux placés que ceux qui ont fait leurs classes à l’ALN, tout comme l’armée des frontières, c’est mieux que les moudjahidine de l’intérieur, et le privé étranger meilleur que le privé algérien, suspecté de vouloir gagner de l’argent.

Pourquoi ? Au niveau psychanalytique, il y a évidemment un complexe de taille, et celui-ci se répercute sur les autres domaines. L’anecdote est authentique, un psy d’Alger raconte qu’un ministre en exercice venait régulièrement le voir et le payait juste pour s’asseoir dans son cabinet… pour chanter la Marseillaise, à tue-tête, et repartir soulagé. Il se reconnaîtra peut-être ici, s’il n’est pas déjà parti vivre à l’étranger.

Cawki amari in El watan 31.052011