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Comité National pour la Défense des Droits des Chômeurs :

COMMUNIQUE

 

Le comité national pour la défense des droits des chômeurs  dénonce l’arrestation abusive et non justifié de nos animateurs suite au rassemblement  de la dignité auquel nous avons appelé aujourd’hui  pour exiger la satisfaction de nos revendications les plus élémentaires, à savoir :

Un travail décent pour tous.

-Une allocation chômage à hauteur de 50% du SNMG pou tout demandeur d’emploi.

-Attribuer une assurance sociale pour tous les chômeurs, accès gratuit aux loisirs et au transport. 

-Associer les comités chômeurs dans l’élaboration des politiques de l’emploi et le contrôle de la distribution des offres d’emplois

-Suppression du service militaire pour les jeunes de 25 ans et plus et la baisse de la durée du service militaire à 06 mois.

En effet les services de police ont procédé dès la matinée (7h 15mn) à l’arrestation arbitraire de 07 membres du comité devant le siège de la maison des syndicats sis Dar El Beida-Alger, ces derniers ont été libérés une heure âpre.

Les mêmes services de police ont procédé à l’arrestation de plusieurs(25) membres de notre comité au niveau de la présidence, nous avons assiste aujourd’hui à une véritable chasse aux chromeurs.

Le CNDDC considère  qu’au lieu et place  de satisfaire nos revendications les plus légitimes, les pouvoirs publics préfèrent  réprimer et usé d’une politique de violence et d’intimidation policière  pour annihiler toute tentatives d’organisation sociale. Nous estimons que cette politique répressive est une grave entrave à la dignité humaine et aux droits d’organisations et d’expression consacres par les textes fondamentaux de la République.

Ce genre de pratique nous renseigne encore une fois sur la nature répressive et antisociale du régime Algérien qui refuse de reconnaitre et de dialoguer avec les organi
sations sociales. 

Par ailleurs le CNDDC exige la libération immédiate et inconditionnelle pour ceux qui n’ont à se reprocher que le faite de lutter contre la fatalité du chômage, pour un travail décent et une vie digne.

 

Alger le 09 octobre 2011

Le bureau exécutif du CNDDC


ALGERIE : Halte à la campagne de harcèlement contre les militants syndicaux !

30 septembre, 2011

Copenhague, Paris, Genève, Alger, 30 septembre 2011

A la veille du premier Sous-comité Union Européenne-Algérie « dialogue politique, sécurité et droits de l’Homme », prévu le 3 octobre à Alger, le Réseau Euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH), l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme – un programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), le Collectif des Familles de Disparus en Algérie (CFDA) et la Ligue Algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH) dénoncent fermement l’intensification de la campagne de harcèlement à l’encontre des militants syndicaux et défenseurs des droits de l’Homme algériens.

Le soir du 25 septembre 2011, un officier de police des Renseignements généraux s’est présenté au domicile des propriétaires du local de la Maison des Syndicats à Dar El Beida (Est d’Alger), où le Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (SNAPAP) a son siège, afin d’expulser le Syndicat de son siège.

Plusieurs témoins dont Mme Nacera Ghozlane, secrétaire générale du SNAPAP, ont assisté à la scène et déclarent que l’officier de police nommait M. Akroune Belgacem. Toujours selon les témoins, l’officier a tenu des propos diffamatoires à l’encontre des principaux dirigeants du SNAPAP en les qualifiant de « dépravés » et de « voyous ». L’officier a également accusé le SNAPAP d’entretenir des relations avec des entités étrangères qui le financeraient illicitement. En outre, il a ajouté que les services de police avaient reçu des instructions « de la présidence de la République » aux fins de mettre fin aux activités du SNAPAP et de fouiller le siège à la recherche de documents importants.

L’officier a explicitement menacé de mort M. Rachid Malaoui, président du SNAPAP. Le 15 juillet dernier, Rachid Malaoui a déjà été victime d’une tentative de sabotage de sa voiture. Une plainte a alors été déposée et nos organisations appellent les autorités judiciaires algériennes à y donner suite sans délais.

Le même jour, M. Mourad Tchiko, également membre du SNAPAP, a été convoqué au commissariat de Hadjout (Wilaya de Tipaza, à l’Ouest d’Alger) où il a été interrogé sur son activité syndicale. M. Tchiko fait l’objet d’un harcèlement judiciaire continu depuis 2004 et est privé de passeport valide depuis août 2010, mesure visant à le sanctionner pour ses activités syndicales.

Par ailleurs, le 20 septembre, Mlle Malika Fallil – présidente du Comité national des travailleurs du pré-emplois et filet social (travail précaire) – a été arrêtée lors d’un sit-in devant le ministère du Travail. Mlle Fallil a été victime d’intimidations de la part de la police visant à mettre un terme à son activité militante, notamment à sa collaboration avec le SNAPAP, avant d’être relâchée quelques heures plus tard.

Nos organisations demandent aux autorités algériennes de:

– Mettre un terme aux actes de harcèlement des défenseurs de droits de l’Homme, y compris les syndicalistes, et d’abandonner toutes les procédures judiciaires arbitraires engagées à leur encontre ;
– Permettre à la justice de mener des enquêtes exhaustives, indépendantes et impartiales sur la tentative de sabotage de la voiture de Rachid Malaoui et sur les contentieux liés à la Maison des associations et la Maison des Syndicats autonomes à Dar El Beida ;
– Garantir en toute circonstance l’intégrité physique et psychologique de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme en Algérie, y compris les syndicalistes, ainsi que la sécurité des locaux des syndicats et des organisations de défense des droits de l’Homme ;
– Mettre en œuvre les dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme des Nations Unies (1998).

Nos organisations demandent par ailleurs à l’Union européenne d’appeler fermement les autorités algériennes, lors du premier Sous-comité « dialogue politique, sécurité et droits de l’Homme », à mettre en œuvre leurs engagements relatifs aux droits de l’Homme, en particulier de mettre fin au harcèlement des défenseurs des droits de l’Homme, notamment les syndicalistes. Nos organisations appellent également l’Union Européenne à mettre en œuvre les lignes directrices l’UE relatives aux défenseurs des droits de l’Homme.

Pour plus d’informations :
En dépit de la levée de l’état d’urgence, effective depuis le 24 février 2011, les libertés de rassemblement, de réunion, d’association en Algérie sont constamment bafouées. Les syndicalistes et défenseurs des droits de l’Homme sont victimes de harcèlement, d’intimidations, voir même de menaces de mort.

Les atteintes à l’exercice de la liberté syndicale se multiplient depuis le début de l’année 2011. Dans la nuit du 8 mai 2011, le siège du SNAPAP avait été cambriolé et alors que des objets de valeur n’ont pas été touchés, les ordinateurs avaient été emportés. La plainte déposée suite à ce cambriolage n’a reçu à ce jour aucune suite.

Par ailleurs, les contentieux liés à la fermeture administrative de la Maison des associations (Oran, 2002) et de la Maison des syndicats (Alger, 2010) restent pendants, alors que pour le premier cas le dossier se trouve auprès du Conseil d’Etat depuis plusieurs années déjà[1].
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Dans le cadre de l’Accord d’association en vigueur depuis 2005, l’Algérie et l’UE ont récemment institué le Sous-comité « dialogue politique, sécurité et droits de l’Homme ». Le sous-comité se réunit au moins une fois par an, alternativement en Algérie ou dans l’Union européenne. Il est présidé à tour de rôle par l’une des deux parties au niveau des hauts fonctionnaires.

Contacts :

REMDH : +45 32 64 17 00
FIDH : Karine Appy / Arthur Manet : + 33 1 43 55 25 18
OMCT : Delphine Reculeau : + 41 22 809 49 39
CFDA : + 33 1 43 44 87 82
LADDH : + 213 21 23 80 86

 


Lors d’une table ronde organisée par la section FFS de Tazmalt/ Les syndicalistes déclarent: “La rentrée sociale sera une «DJAHENAMA» pour le pouvoir”

21 août, 2011 Posté dans Opposition politique en Algerie

DE TAZMALT : HOCINE AISSA. 

A l’occasion de la célébration du 55ème anniversaire du Congrès de
la Soummam, la section FFS de Tazmalt a choisi de marquer cette date historique par l’organisation d’une table ronde dont la thématique a été: “les préoccupations et les souffrances quotidiennes des Algériens 55 ans après le Congrès de
la SOUMMAM”.

En cette journée du 18 août à 21h30, la maison des jeunes de Tazmalt était archicomble et exigüe pour contenir le nombre important de citoyens venus assister à cette table ronde.

Tout le monde s’accorder à dire que vue l’excellente préparation effectuée par les militants du parti et la présence d’un panel important d’acteurs syndicaux, l’affluence des citoyens ne pouvait que déborder les capacités d’accueil de la salle des conférences de la maison des jeunes.

Le premier secrétaire de la section de Tazmalt a pris la parole en premier lieu pour souhaiter la bienvenue à l’assistance ainsi qu’aux animateurs, tout en présentant l’ensemble des animateurs et la thématique de la table ronde.

L’assistance s’est ensuite levée pour saluer l’hymne national et observé une minute de silence dédiée aux martyrs de la révolution ainsi qu’à tous les martyrs des luttes pour la liberté et la démocratie.

Le P/APC de Tazmalt a axé son intervention sur la situation sociale précaire des Algériens tout en dénonçant le pouvoir dans sa politique de paupérisation généralisée.

Khaled Tazaghart, membre du conseil national du FFS, a enchainé en faisant le parallèle entre les couffins de ramadhan distribués en fanfare par les autorités et les bons de rationnement de l’époque coloniale, tout en décortiquant les unes après les autres «les pratiques colonialistes» du régime actuel en commençant par la confiscation de l’indépendance par les supplétifs de
la France coloniale en arrivant au détournement de l’argent du peuple qui alimente les caisses des banques américaines et européennes et qui fait le bonheur des financiers des ces pays.

Comme il a insisté pour dire à plusieurs reprises, en reprenant les déclarations du Président Hocine Ait Ahmed, que le congrès de
la Soumam, et ses résolutions, n’est pas de l’histoire ancienne, il est plus que jamais d’actualité.

Par ailleurs il a expliqué que le combat libérateur n’est pas encore achevé d’où la nécessité historique absolue d’honorer le serment de nos martyrs pour libérer l’Algérie et les Algériens.

En parlant des syndicats présents, il a affirmé que le FFS a choisi son camps qui est celui de la société dans son avenir et son devenir, comme il a fait remarqué que le FFS a toujours su choisir ses partenaires en rendant un vibrant hommage aux syndicats autonomes qui ne cessent de lutter sans relâche pour acquérir le droit d’avoir tous les droits.

S’en est suivi l’intervention du jeune Lekrim Boualem du mouvement national des chômeurs, maitrisant son sujet il a démontré à l’assistance le non-fondé de toutes les solutions préconisées par le pouvoir pour régler le problème endémique du chômage, tout en attirant l’attention sur le jeu farfelu mais dangereux des chiffres sur lesquels le pouvoir s’amuse à jouer.

En terminant il a exhorté tous les chômeurs de Tazmalt à s’organiser en comité et en coordination et rejoindre massivement le comité nationale pour les droits des chômeurs.

De son coté Belkacem Mellikech de la coordination autonome des étudiants a agréé l’assistance par un large tour d’horizons des luttes estudiantines en abordant le rôle primordial des étudiants dans tout changement démocratique qui doit intervenir dans la société Algérienne.

Ne cessant de répéter que tout un chacun a le devoir de s’engager dans des luttes quotidiennes pour arracher les droits nécessaires à l’épanouissement de toute la société et assurer une paix sociale durable à toutes le franges de la société.

En outre les représentants des syndicats de l »éducation à savoir : Slimane Zenati, Zahir Milane et Zoubir Messaoudi respectivement coordinateur CNAPEST de Béjaia, coordinateur UNPEF de Bejaia et coordinateur CNAPEST de Bouira, se sont largement étalés sur leurs luttes pour une école algérienne moderne tournée vers l’avenir.

Ils ont tous dénoncer le gestion sécuritaire et judiciaire des mouvement sociaux(en parlant des comités sécuritaires installées dans différents wilayas et même au sommet à Alger pour suivre et casser toute tentative de fronde et des fois dirigés même par le DRS, et le mise en branle de la machine judiciaire pour intimider les grévistes).

Pour faire face à l’intox et au pourrissement, ces syndicats ont toujours pris leurs responsabilités pour concilier leurs revendications légitimes et ne pas compromettre l’avenir des élèves.

Ces derniers ont appelé l’ensemble des parents d’élèves à s’inscrire dans la même dynamique pour sauver l’école Algérienne et l’avenir de leurs enfants, parce que expliquent-t-ils le pouvoir est entrain d’hypothéquer l’école avec ses réformettes qui ne cessent de déboussoler les enseignants et les élèves.

Chaque rentrée scolaire le pouvoir concocte une réformette cocotte-minute et l’impose à nos futures générations.

Unanimement ces syndicalistes s’accordent sur la nécessité du dialogue entre les différents acteurs syndicaux autonomes pour un travail unifié pour constituer un bloc fort à même de consolider la dynamique protestataire.

Par la voix du coordinateur de l’UNPEF, le gouvernement est mis en demeure de satisfaire toutes les revendications des syndicats autonomes sinon, et tout en assumant leurs responsabilités, ils promettent une rentrée sociale et scolaire d’enfer pour le pouvoir.

De sa part Ali Yahia, président du conseil national des communaux affilié au SNAPAP, a révélé la situation dramatique des fonctionnaires des communes et la précarité de la majorité des postes d’emploi au niveau des communes en qualifiant les communaux d’enfants pauvres de la fonction publique qui ont toujours étaient pris en otage par le syndicat du régime UGTA.

Il a expliqué les motivations de la suspension de leur grève cyclique mais il a promis que leur détermination pour arracher leurs droits reste intacte et qu’ils sont convaincus que leur démarche est jute face à un pouvoir qui s’entête à les ignorer.

Ils est à signaler que l’ensemble des animateurs ont salué le FFS pour cette tribune d’expression et de débats ,mais ils expliquent qu’ils sont pas du tout étonnés d’être invités par le FFS qui est pour eux le seul parti qui soutient et accompagne les syndicats autonomes dans leurs incessantes luttes.

Au environ de 1h du matin s’en est suivi un débat fructueux qui a généré une communion extraordinaire entre l’assistance et les animateurs de la table ronde, tout cela a enrichi considérablement les débats avec une conclusion finale adoptée par tout le monde pour dire que la crise est éminemment politique d’où la nécessité d’une solution politique globale.

A 2h du matin a pris fin cette table ronde qui a été une immense satisfaction pour les organisateurs (la section de Tazmalt),les représentants des syndicats autonomes et u peu plus pour l’assistance qui a exprimé le souhait de voir ce genre de rencontres se multiplier davantage, chose promise par les militants de la section de Tazmalt.


COMMUNIQUÉ

Algérie : le président du SNAPAP, interdit de séjour en France

Comité international de soutien au syndicalisme autonome algérien (CISA), Paris, le 8 juin 2011

Rachid Malaoui est le président du SNAPAP (Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique), principal syndicat autonome en Algérie, fer de lance de toutes les luttes sociales et politiques actuellement en cours dans le pays. C’est dans cette période si cruciale des mobilisations pour le changement en Algérie que le tribunal administratif de Nantes, dans une décision du 27 mai 2011, a rejeté la requête de M. Malaoui, qui contestait un refus de visa pour se rendre en France.

Le 4 novembre 2010, M. Malaoui sollicitait auprès du Consulat général de France à Oran la délivrance d’un visa d’entrée en France pour participer à une réunion de travail de l’Union syndicale solidaire à Paris le 16 novembre. La veille, il a été informé par un simple mail du consul général, M. Jean-Louis Soriano, que cette demande de visa avait été rejetée, au motif que M. Malaoui serait redevable en France d’une dette hospitalière de 16 457,99 €, suite à une hospitalisation en urgence qu’il avait dû subir à l’Hôpital de Meaux, en septembre 2006, pour une tuberculose pulmonaire. Or, conformément à la Convention générale relative aux soins de santé dispensés en France à certaines catégories d’assurés sociaux algériens du 1er octobre 1980, c’est le régime algérien d’assurance maladie qui aurait dû s’acquitter de cette dette, ce qu’il a refusé de faire – à l’évidence pour placer un opposant au régime dans une situation difficile.

De son côté, le tribunal administratif de Nantes, refusant de prendre en compte l’argumentation juridique très précise de M. Malaoui, a donc décidé de rejeter la requête du plaignant visant à faire annuler la décision de refus de visa dont il a été l’objet, ce qui revient de facto à empêcher M. Malaoui de pouvoir se rendre en France.
Le CISA dénonce cette très grave entrave à la liberté de circulation d’un éminent syndicaliste qui a besoin plus que jamais de se rendre en Europe afin de développer les relations entre son syndicat et ses homologues européens.

Le CISA déplore qu’au moment où il faudrait manifester notre solidarité avec l’action exemplaire des syndicats autonomes, dans l’esprit de l’appel récent du G8 à la solidarité avec les sociétés du Maghreb et du Machrek, la France s’obstine à refuser un visa court séjour à un syndicaliste qui mène une lutte courageuse et digne en Algérie.

CISA
21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris (France)
http://www.cisa-solidaritesyndicats-algerie.org

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Luttes syndicales



Par Salima Ghezali.
Mardi 26 Avril 2011

Il ya plusieurs façons de faire fausse route. Continuer dans la même voie pour le régime. Et appeler à un coup d’Etat pour l’opposition.

Que le Président Bouteflika soit malade cela ne constitue qu’un facteur aggravant de la crise. Cette dernière était déjà là quand le public sortait les chaises sur les trottoirs pour écouter aux terrasses des cafés le Bouteflika du premier mandat discourir à l’infini. Sur l’Algérie et sur le monde. Sur le passé et sur l’avenir. Sur le peuple et sur le pouvoir. Sur le président et sur les généraux.

Mais sur toutes ces questions Bouteflika comme tous ses prédécesseurs- et ceux qui les ont fait- n’a eu que des discours.

La réalité n’a jamais été abordée sérieusement. Par les actes. Ce n’était pas le but du jeu. Même si les discours se sont multipliés, tantôt se répétant. Tantôt se contredisant. Tantôt dans le style du sketche de Ramadan. Tantôt dans le savant babillage des experts. Et tantôt dans les roucoulements de quelques courtisans. Ou les rugissements de quelques opposants. La plupart en service commandé. Ou même pas. Ce qui est presque pire dans l’évaluation de l’état d’avilissement politique d’une société.

Bouteflika est malade et Ali yahia Abdennour demande sa destitution légale par recours à l’article 88 de la constitution.

A la tête d’une CNDC politiquement aussi malade que le Président lui-même, le vieux routier des Droits de l’Homme veut confier à un « conseil national de transition » désigné par un clan (fût-il de l’opposition !) la mission de tracer la feuille de route pour la sortie de crise.

On devine que cela ne va pas plaire aux autres clans. Ceux dans l’opposition. Pas plus que ceux déjà au pouvoir. Mais quel bonheur pour la crise !

Enfin ! Il ya là de la vraie matière pour continuer à faire comme avant en ayant l’air de changer. Et en changeant juste les figurants. Pour juste un épisode.

Et ce n’est pas le pire ! Le pire est que le pays, sa crise multiforme, sa société déstructurée, sa morale en putréfaction avancée, ses équilibres précaires, ses élites sous influence, traumatisées ou au bord de la crise de nerfs, ne seront pas en mesure de supporter le choc d’une autre issue illusoire.

Encore une porte ouverte sur le vide et tout le monde descend !

Ou plutôt tombe.

Qu’il est doux à demander Iskat ennidham ! Quand on est persuadé que le Nidham c’est l’Autre !

Quand on oublie, ou ne sait même pas, de combien d’autres on est l’Autre !

Et qu’on est le Nidham de tous ceux pour qui on est l’Autre.

On croit un certain nombre de choses assez curieuses chez nous.

Que seul le pouvoir est porteur de fausses solutions.

Que seul le pouvoir est concerné par le changement.

Que seul le pouvoir doit mettre ses actes en conformité avec ses paroles.

Et quand ça tourne mal on appelle l’armée à un redressement révolutionnaire.

Ou les jeunes à prendre les maquis.

Le problème est qu’on se trompe lourdement à demander aux militaires de prendre partie dans cette affaire.

Qu’ils n’ont plus les moyens, combien même en auraient-ils l’envie, de redistribuer les cartes comme ils l’ont toujours fait jusqu’ici.

Le problème est que les jeunes d’aujourd’hui n’ont plus envie de mourir pour les multiples « opiums »des idéologies. Même pas celles d’Internet.

Tant qu’à faire avec la violence. Les maquis des narco- trafiquants et du trafic d’armes sont un horizon stratégique ouvrant bien plus de perspectives de promotion sociale qu’un statut de martyr pour une révolution « par et pour les autres »

Dans sa faillite, le Pouvoir algérien a réussi à entrainer la faillite de l’opposition. Et la faillite de la société. C’est là le drame. Et c’est à ce drame qu’il faut trouver une solution.

C’est en cela que l’Algérie n’est pas concernée de la même manière que les autres par le « Printemps arabe ».

La révolution, si elle devait avoir lieu ici, sera consensuelle, négociée et pacifique !

A tous les autres programmes ce sera NON !

Elle a déjà donné l’Algérie !

Aux illusionnistes, aux génies du changement par décret, aux révolutionnaires de palais, aux relais d’ambassades, aux imbéciles impénitents, aux prédateurs à dents longues, aux assassins, aux calomniateurs, aux fanfarons, aux traitres, aux criminels et aux mercenaires de toutes obédiences !

Elle a donné les plus naïfs de ses enfants. Les plus irremplaçables. Par ce qu’on mettra longtemps avant de faire pousser à nouveau sur cette terre de cette sorte d’enfants qui meurent pour des idées.

On ne mourra plus désormais que pour tuer. La nuance est de taille. Entre ces deux espèces de candidats au sacrifice.

Il ya une génération qui a été sacrifiée. Et une autre qui préfère vendre chèrement sa peau. Et tant qu’à l’offrir ce sera aux poissons. Au feu. A la corde. Au bitume. Mais pas pour vos figures.

Les réactions au discours prononcé par le président Bouteflika vendredi dernier révèlent au moins une chose. La fracture qui traverse la scène algérienne entre une société virtuelle qui dispose du pouvoir réel, dont celui de neutraliser les institutions, et une société réelle qui ne dispose que d’un pouvoir virtuel, celui de se mobiliser.

Il reste quelques chances de sortir le pays de ce jeu pervers qui consiste à faire se télescoper le virtuel et le réel Sans que jamais ils ne se rencontrent.

Il est temps 50 ans après l’indépendance de libérer la société et le pouvoir. De ce piège des apparences. Fausses institutions, fausses sociétés, fausses mobilisations, fausses solutions et des textes à profusion.

Une seule règle en amont : Pas d’exclusion. Une seule en aval : le respect de la règle. Et entre les deux se mettre d’accord sur la règle.

Par une curieuse ironie du sort, à l’époque où Bouteflika remplissait bien sa mission d’amuseur des foules, après le diner en s’installant pour rigoler un bon coup on allait écouter le président parler dans les chaumières et on disait faut pas rater Cassandra ! C’était le nom du feuilleton mexicain à la mode avant l’arrivée des concurrents turcs.

Pour rappel Cassandre est le nom de cette héroïne grecque qui annonce les catastrophes. Dont la destruction de Troie.

Pour rappel également, un homme averti de la chose politique algérienne avait dit de Bouteflika à son arrivée au pouvoir : il enterrera le système… ou le pays.

Ne l’aidons pas à enterrer le pays par de fausses solutions.
S.G.


L’obscur objet d’un débat interdit sur les lignes rouges
Par Ahmed Selmane . lanation.info
Mardi 26 Avril 2011

La lecture des journaux pour fastidieuse qu’elle soit est parfois édifiante. On peut au détour d’une « analyse » découvrir, clairement formulé, l’infini agacement des différentes déclinaisons du régime sur la question du «changement». L’un de ces écrits de l’agacement post-Bouazizi qui saisi le système algérien n’hésite pas à exiger un débat à pas cadencés et en ordre serré où les intervenants s’exprimeraient sur la base de « questions fermées qui n’autorisent pas les approximations, les longues digressions et les perversions qui vont avec ». Gare aux « déviateurs » et aux « déviants » qui se piqueraient d’essayer de franchir les sacro-saintes « lignes rouges » qui officiellement n’existent pas. Mais qui sont néanmoins présentes. « Le système algérien a toutes les apparences du pluralisme et toute la réalité du parti unique », observe M.Abdelhamid Mehri.

Apparences partisanes

Dans les apparences partisanes du système, il est dévolu à Ahmed Ouyahia, actuel premier ministre et chargé du RND, le rôle du rabat-joie. Le méchant qui refroidit les ardeurs, affirme que l’Algérie ne connaît pas de crise politique et qu’il n’y a rien à changer. Les autres apparences – ou apparitions – du système se chargent de nuancer sur le mode de « tout va bien » mais « améliorons » : changeons de gouvernement, allons vers un régime présidentiel dit l’un, parlementaire rétorque l’autre. Et pour que toutes les « questions fermées » soient énoncées, on aura, dans la fantomatique scène politique sous contrôle, des gens qui « oseront » poser la question du départ d’Abdelaziz Bouteflika comme étant la clé voire la finalité du changement. Une fois ces pistes lancées – et alors qu’à l’étranger les américains en particulier pressent les régimes amis de faire quelque chose pour leur éviter les contorsions auxquelles ils ont du se résoudre en Egypte -, le chef de l’Etat décide donc de lancer une réforme textuelle

Questions fermées

Changer quelques lois et la Constitution, voilà donc des questions « fermées » officiellement annoncées avant d’être énoncées. Les sujets sont « cadrés » pour reprendre l’analyse agacée d’un membre de la confrérie soucieux de l’ordre et de son maintien. Changer les lois et la Constitution n’est pas inutile. Des constitutionnalistes peuvent ressortir, dans les journaux, les arguments de débats qui n’ont rien de nouveau sous le soleil, des universitaires transformés en « néo-mouhafed » des temps « pluralistes » ont droit à la télévision pour décortiquer la parole officielle et, accessoirement, des étudiants en droit et sciences politiques peuvent rafraichir leurs connaissances. Mais en Algérie on change des textes – et parfois des têtes – pour que le régime ne change pas. On n’est pas sorti de cette configuration. C’est le premier constat à faire. L’Algérie n’a pas un problème de textes. Suggérer des discussions sur les imperfections d’une Constitution et de lois qui ne sont pas appliquées permet de déplacer le débat. Or, le seul débat pertinent en Algérie – et il n’a rien de subversif – porte sur la mise en conformité du pouvoir réel avec le pouvoir légal. Le vrai débat est bien celui qui porte précisément sur les « lignes rouges » elles-mêmes. C’est la « question ouverte » qui rend secondaire toutes les questions fermées. Il est clair que le régime qui se sent conforté par des recettes pétrolières conséquentes ne va pas se mettre en « débat » pour le plaisir des opposants. Il y a un combat à mener pour le changement qui, nécessairement, sera de longue haleine.

Évolutions inquiétantes

La Turquie progresse vers la démocratie dans un combat qui dure depuis des décennies entre une société qui tente de s’affirmer et un « Etat profond » informel qui, depuis Atatürk, exerce une tutelle sur elle. Le premier enjeu est donc de « déverrouiller » le débat sur le changement, de le définir clairement et de l’articuler au vécu des algériens. Comment créer le vrai débat malgré les écrans de fumée ? Il n’y a pas de réponse évidente. Il est certain cependant qu’il ne faut pas attendre que le régime le fasse. Le « débat textuel » qu’il annonce ne peut sortir des questions « fermées » auxquelles il a d’ailleurs déjà répondu. Il faut d’autant plus forcer ce débat que les évènements en cours dans l’aire arabe montrent qu’un changement qualitatif inquiétant est en train de s’opérer : des forces d’oppositions internes qui se sont pendant longtemps interdits, par instinct patriotique, toute accointance avec l’extérieur n’hésitent plus à jouer à cette carte. Raisonnablement, ces évolutions inquiétantes devraient amener les acteurs « intelligents » du régime à engager, avec la société, le changement démocratique différé depuis la fin des années 80. Mais les cas libyen et syrien sont là pour démontrer que la rationalité n’est pas le propre du système autoritaire. Ces mêmes cas montrent qu’à trop créer des « lignes rouges » censées être infranchissables, on pave le chemin vers le pire. « N’y a-t-il pas parmi vous un homme raisonnable ? ». La question ne se pose déjà plus dans certains pays arabes…
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27 avril 2011


Algérie: vers la fin du compromis social fondé sur la rente ?
23 Avril 2011 Par ahmed.dahmani
L’Algérie indépendante fut marquée par l’organisation de son économie autour de la rente pétrolière. Un compromis social, tacite, s’est établi autour de ce système, dans les années 1980. Constamment remis en cause, ce modèle survivra-t-il aujourd’hui dans un pays en pleine mutation ?

Ahmed DAHMANI, membre de la section LDH Val-de-Bièvre et du Collectif « Pour un Maghreb des droits de l’Homme »

Plusieurs faits marquants, dans l’Algérie de ces dernières années, attestent la dégradation de la situation économique et sociale et le rejet du pouvoir politique qui domine depuis l’indépendance en 1962. Tous les jours, depuis le début des années 2000, des populations poussées à bout (1) sortent dans la rue pour crier leur colère, sous forme d’émeutes, de saccages, d’incendies d’édifices publics, de barrages de routes, etc. (2) Des jeunes, et des moins jeunes, sortent dans les rues de leurs agglomérations, parfois de simples bourgades, pour crier leur désespoir et revendiquer, qui un travail, qui un logement, qui de l’eau potable, etc. D’autres faits, non moins dramatiques, concernent des hommes, des femmes – et pas seulement des chômeurs –, parfois des catégories sociales en principe établies (travailleurs, employés, voire fonctionnaires…). Ils tentent la traversée à la recherche de l’eldorado, au nord de la Méditerranée, et souvent se retrouvent au fond des mers, dans les prisons tunisiennes ou libyennes, soit, pour les plus chanceux, dans les centres de rétention (à Lampedusa ou ailleurs), avec l’espoir d’une libération hypothétique. Enfin, en écho aux révoltes de la Tunisie voisine, à l’acte désespéré de Mohammed Bouazizi, une vingtaine d’Algériens ont commis le même geste d’immolation, et quatre en sont morts.
Nous retrouvons en Algérie quasiment les effets des mêmes causes que dans les autres pays du Maghreb et du Moyen-Orient (3) : chômage endémique, faiblesse du pouvoir d’achat et surtout absence de toute perspective, notamment pour les jeunes générations, en dépit de potentialités socio-économiques et culturelles importantes. La situation paraît cependant singulière, comparée à celle des pays de la région.

L’Algérie indépendante et l’Etat rentier

La spécialisation de l’Algérie dans la production et l’exportation des hydrocarbures date de la fin de l’ère coloniale, au milieu des années 1950. Toutes les stratégies de développement initiées par les gouvernements algériens successifs, de même que les programmes d’ajustement structurel, dictés par le FMI au milieu des années 1990, n’ont fait que renforcer cette tendance.
Ainsi, en douze ans, la part des hydrocarbures (pétrole et gaz) dans le produit intérieur brut a été multipliée par 1,65 : si, en 1995, les hydrocarbures représentaient 29 % du PIB, ils passent à 47,9 % en 2007. Quant à la fiscalité pétrolière, elle atteint 78 % en 2006, contre 62 % en 2002 ; et autour de 12 %, seulement, dans les années 1960. La part des hydrocarbures dans les exportations était de 69 % en 1970. Elle est aujourd’hui de 98 %. Même le Venezuela et l’Arabie saoudite sont en deçà. La branche des hydrocarbures, qui assure l’essentiel des exportations de l’Algérie, constitue le principal moteur de l’économie. Le prix du pétrole demeure la variable déterminante de la politique économique de l’Etat. Chaque année, le budget, le programme des importations, le volume des différentes subventions, etc., sont calculés en fonction du prix du pétrole. Ses fluctuations, notamment quand elles sont à la baisse, peuvent provoquer de graves problèmes économiques et sociaux.
Cette « rentisation » de l’économie s’étend aussi à la société. Elle a été un choix permanent de l’Etat algérien, plus précisément son groupe dominant (armée et services de sécurité), qui va privilégier un type d’intégration sociale financé par les ressources de la rente plutôt que fondé sur le travail et la production. S’établit alors un type de rapport singulier où l’Etat n’exige pas du citoyen-travailleur des devoirs mais ne lui reconnaît pas de droits : une sorte de « contrat » tacite, où l’absence d’efforts dans le travail et la production a pour contrepartie l’abstention de toute revendication sociale. Singulière configuration que ces rapports entre l’Etat et les citoyens !

L’illusion d’une prospérité sans limites

Dans la mesure où il centralise cette ressource, l’Etat se voit dans l’obligation de la redistribuer. Pour leur part, les citoyens vont considérer cette obligation morale de l’Etat comme un droit imprescriptible : les besoins sociaux se multiplient, les demandes sociales sont croissantes et insistantes. A cet effet, les entreprises étatiques et les administrations sont sommées d’employer des sureffectifs pour limiter la pression du chômage. La plupart des entreprises relevant de l’Etat sont maintenues en activité, alors que leur situation financière est catastrophique. Les prix des produits de consommation courante sont subventionnés par l’Etat pour soutenir le pouvoir d’achat des couches défavorisées, et éviter leur mécontentement.
La stabilité sociopolitique dépend dorénavant de ce nouveau « contrat ». Dans les faits, elle dépend moins des conditions internes du rapport direct de l’Etat aux citoyens que du lien avec le marché pétrolier international. D’où la capacité de l’Etat à négocier une part toujours plus importante de la rente pétrolière.
L’accès à la rente, l’inscription dans ses réseaux et ses circuits deviennent les préoccupations essentielles des différents agents économiques et sociaux. De nouvelles valeurs sociales marquent l’acte d’investissement, de production et de consommation. La croyance en une croissance sans limites, grâce au pétrole, est tenace (elle s’avérera illusoire). Le gaspillage et l’apparat deviennent des normes établies, au niveau des structures et des responsables étatiques. L’esprit de création, les capacités d’innovation ne sont pas encouragées. La culture de la rente s’impose à l’ensemble du corps social : perte du sens de l’effort, mépris du travail, développement de l’esprit de jouissance et de consommation, de l’illusion d’une prospérité sans limites. L’esprit civique disparaît et la corruption se généralise.

Une économie extrêmement fragile

En 1985-1986 l’Algérie subit un contre-choc pétrolier violent : les cours s’effondrent et se conjuguent avec la dévaluation du dollar (monnaie exclusive des transactions d’hydrocarbures). Pour l’Algérie, le choc va être particulièrement ressenti. Les importations sont réduites, l’approvisionnement des ménages et des entreprises chute. Tous secteurs confondus, la production baisse, le déficit des entreprises étatiques s’alourdit et leurs découverts bancaires s’aggravent. Le déficit budgétaire devient permanent et la dette extérieure empire. Ce retournement brutal du marché pétrolier va révéler l’extrême vulnérabilité d’une économie où la rente agit comme une variable exogène, déterminant le niveau d’activité économique, le niveau d’emploi et d’investissement, la politique économique.
Sur le plan social, les conditions de vie de la majorité de la population se dégradent dangereusement. Encouragé par les pénuries, le marché parallèle connaît un développement sans précédent. Plus grave encore, pour une société algérienne marquée par l’égalitarisme cultivé lors de la lutte de libération nationale, l’affairisme, la spéculation, l’étalage sans retenue de leurs richesses par les nouveaux nantis détonnent dangereusement avec l’austère décennie 1970. Conséquence logique, le mécontentement social se développe rapidement, jusqu’aux émeutes d’octobre 1988.
Entre 1988 et 1991, des réformes économiques et politiques sont engagées (4) : nouvelle Constitution instituant le multipartisme ; libéralisation de la presse écrite ; ratification des conventions internationales de protection des droits de l’Homme, etc. Mais ce processus de libéralisation politique n’a jamais été conçu par les tenants du pouvoir d’Etat comme un renoncement à l’exercice du monopole politique. Tout au plus est-il considéré comme un assouplissement des règles de son fonctionnement. L’essentiel est de maintenir à la source principale sinon exclusive du pouvoir politique les principaux généraux de l’armée et des services de sécurité, de préserver la même opacité dans la chaîne des décisions.

De la décennie de violences à Bouteflika

Cette volonté de ne pas se dessaisir du monopole politique explique l’interruption du processus électoral, qui devait assurer la victoire des islamistes aux législatives de décembre 1991. L’Algérie va alors connaître plus d’une décennie de violences meurtrières, causant des centaines de milliers de morts, de disparus, des blessures physiques et psychologiques profondes, à ce jour encore béantes.
L’atténuation des violences coïncide avec l’arrivée au pouvoir d’A. Bouteflika. Coopté par les principaux cercles de décision, il est seul candidat à la présidentielle d’avril 1999, et bien sûr élu. Aujourd’hui, le Président en est à son troisième mandat (5). Dès son premier mandat, il profite de la nette amélioration de la situation économique, grâce au renchérissement des prix du pétrole.
Jamais, dans l’histoire de l’Algérie indépendante, le pays n’a disposé d’autant de ressources financières. Près de quatre cents milliards de dollars sont engrangés en une dizaine d’années. Une manne inattendue, qui servira à apurer la dette extérieure, à financer de grands chantiers d’infrastructures et à disposer de réserves de change (6). Néanmoins, l’horizon économique demeure peu lisible et l’Algérie cumule les dépendances de toutes natures : les chantiers d’infrastructures et de logement sont confiés à des entreprises étrangères (asiatiques, turques, égyptiennes, etc.), qui recrutent une partie de leur main d’œuvre dans leur pays d’origine. Le sous-développement agricole rend impérative l’importation de près de la moitié de la consommation alimentaire des Algériens. Et surtout, la prédation et la corruption, naguère contenues ou limitées, prennent des proportions colossales.

Un Algérie aujourd’hui en colère

Attisée par l’afflux de milliards de dollars dans les caisses de l’Etat, l’avidité des nouveaux riches est sans limites, l’étalage de leurs fortunes mal acquises indécente aux yeux de la majorité de la population, qui voit les inégalités sociales s’aggraver, les catégories populaires, et même les couches moyennes, se paupériser. Près de 40 % de la population ne dispose pas du seuil minimum (trois cent cinquante euros mensuels) pour vivre modestement. Le chômage est estimé à 10 % mais les rues algériennes sont bondées de jeunes vivant du « commerce informel », quand ils ne passent pas leurs journées dans l’oisiveté et l’ennui, sans espaces de loisirs ou de détente. Le logement est inaccessible pour la plupart des citoyens qui voient se multiplier les programmes de construction sans que la crise s’atténue.
Plus encore, à la différence des années 1980, où l’islamisme politique avait rayonné, la société a connu des mutations socioculturelles profondes. La population algérienne a doublé en trente ans : trente-six millions d’Algériens et d’Algériennes aujourd’hui, majoritairement jeunes, instruits et très urbanisés. Par ailleurs l’espace public n’est plus réservé aux seuls hommes ; la proportion des jeunes filles dans les universités est au moins égale à celle des garçons, l’emploi féminin a beaucoup progressé.
Fortement imprégnés par la révolution informationnelle en cours (7) (TV satellitaires, Internet, réseaux sociaux…), les Algériens sont à l’écoute du monde et leurs besoins se sont accrus et complexifiés.
Dans ce contexte, la tentation du pouvoir d’utiliser la rente pour « calmer la rue », en annonçant distribution de logements, soutien des prix, création d’emplois, etc., pourrait s’avérer être une grande erreur d’analyse et de jugement face aux mouvements populaires qui montent dans toute l’Algérie. Les diverses mobilisations sociales, les multiples tentatives d’organisation de la révolte sauront-elles conserver leur forte dimension morale et éthique ? Iront-elles jusqu’au bout de leur rejet du système rentier, corrompu et corrupteur ? C’est, aujourd’hui, tout l’enjeu en Algérie.

(1) Le pouvoir réprime systématiquement tous les mouvements de revendication organisés par les syndicats autonomes, ne laissant d’autre choix à l’expression sociale que la rue.
(2) Pour la seule année 2010, il a été relevé officiellement plus de neuf mille manifestations à travers le territoire national, soit plus d’un mouvement de révolte par heure.
(3) La lecture des rapports du Pnud sur le développement humain dans le monde arabe dans les années 2000 est particulièrement éclairante à ce sujet.
(4) Ahmed Dahmani, L’Algérie à l’épreuve, économie politique des réformes, 1980-1997, L’Harmattan, 1999.
(5) Après modification de la Constitution qui, à l’origine, limitait l’exercice à deux mandats.
(6) Estimées, par le FMI, à cent soixante-dix milliards de dollars en 2010.
(7) Ahmed Dahmani, « Economie politique de l’Internet au Maghreb », in La Démocratie à l’épreuve de la société numérique, Karthala, 2007.