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APW de Bejaia, le 19 mai 2014

Journée d’étude : « L’officialisation de Tamzight, atout pour le dépassement de la crise nationale. »

Introduction au débat par Brahim Tazaghart

Mesdames, messieurs,

Azul fell-awen, Salam Alikum, Bonjour Tout d’abord, je tiens à remercier le P/APW, M. Mohamed Bettache, et à travers lui toutes les élues et tous les élus de cette assemblée pour l’amabilité de nous recevoir et de nous écouter.

Mesdames, messieurs,

50 ans après l’indépendance, l’Algérie est mûre pour vivre de nouvelles mutations et transformations en mesure de lui permettre de jouer un rôle essentiel au niveau régional et continental.

La maturation des revendications démocratiques dans la société place l’Etat devant l’exigence de tendre une oreille attentive aux rêves citoyens, seul moyen de se consolider au lieu de persister dans la voie du statu quo.

Si les revendications sociales, économiques, sécuritaires sont d’une importance vitale, les revendications culturelles et linguistiques ne le sont pas moins, car elles déterminent la personnalité du peuple et structurent sa vision du monde et de l’existence. La solution à la question linguistique à travers la reconnaissance de Tamazight comme langue officielle sera, à coup sûr, une chance pour l’Algérie. Je dis chance, parce que Tamazight est un élément constitutif et émancipateur du pays à travers l’histoire.

Nous n’avons pas le temps ici pour parler de la relation privilégiée des amazighs avec les pharaons et les phéniciens, ni des royaumes amazighs musulmans, mais nous pouvons utilement nous arrêter un moment devant un instant historique sensible et essentiel, lequel, nous espérons, ne sera plus traité avec légèreté et superficiellement.

Face aux tentatives du colonialisme français d’amarrer sa présence à celle des Romains sur nos terres, et de se présenter comme son continuateur légitime, les penseurs de l’Association des Ulammas Musulmans Algériens n’ont trouvé de moyen à opposer à cette thèse que le recours à l’histoire antique de l’Afrique du nord et aux résistances légendaires de Jugurtha, Takfarinas et autres. Avec leur retour à l’histoire antique de notre pays par le moyen de leurs livres publiés entre 1930 et 1933, Cheikh Mbarek El Mili et Toufik El Madani ont participé à replacer l’histoire amazigh, comme le souligne bien Mohend Ouyidir Ait Amrane dans ses mémoires.

Vous voyez, c’est cela la force de l’amazighité, celle d’être là ou on l’attend le moins au service de la liberté et de la dignité des hommes et de la nation ! Après les événements de 08 mai 1945 et les crimes contre l’humanité commis par le colonialisme, une nouvelle pensée radicale a vue le jour parmi les jeunes nationalistes algériens. Cette pensée a œuvrée à préparer le mouvement libérateur à travers l’utilisation des symboles historiques qui ont donné à la lutte du peuple sa profondeur et son sens.

Entre 1945 et 1954, un mouvement d’idées a bouleversé le champ culturel et politique national. L’eternel Jugurtha de Jean El Mouhoub Amrouche, L’Emir Abdelkader de Kateb Yacine, Le message de Jugurtha, puis L’Emir Abdelkader, chevalier de la foi de Mohand Chérif Sahli, des œuvres qui avaient nourries le sentiment national et qui présentaient les fondements de la nation algérienne moderne. Une nouvelle fois, comme vous pouvez le constater, l’amazighité était une occasion pour la libération et Jugurtha et Abdelkader, les symboles de l’élan consensuel du peuple algérien pour son indépendance.

Par cette introduction au débat, j’ai voulu réaffirmer que si Tamazight était une chance pour l’indépendance, elle est sans aucun doute un atout pour la réconciliation de l’Algérie avec elle-même, une réconciliation en mesure de la placer sur le chemin du développement et du progrès.

Mesdames, messieurs,

Notre rencontre aujourd’hui se veut un moment significatif d’une dynamique politique et culturelle qui ambitionne de dépasser les questions superficielles pour atteindre par le débat franc et constructif l’essentiel qui doit nous réunir. Oui, nous devons déterminer avec intelligence ce qui doit nous rassembler de ce qui peut nous diviser. Cet effort est surtout celui de l’élite qui doit réfléchir, produire et prendre position au lieu de s’installer dans la fatalité et d’attendre Godos !

L’invitation des respectables conférenciers à plaider devant vous, dans cette honorable assemblée, est un appel solennel à toute l’élite nationale afin qu’elle s’implique dans la dynamique de construction d’un Etat de droit et des libertés. Au même moment, c’est un message clair à tous les responsables, à tous les niveaux, afin qu’ils bénéficient de la production des élites engagées qui refusent le rôle de faire valoir.

Mesdames, messieurs,

A cette journée d’étude, nous avons invités M. Mokrane Agoune, animateur culturel et ex prisonnier politique pour un moment de mémoire, une mémoire qui s’articule avec le présent pour nous pointer l’avenir.

Nous avons invité M. Mustapha Tidjet, ex chef de département de langue et de culture amazigh de l’université de Bejaia pour nous donner un aperçu sur l’enseignement de Tamazight à l’université et les moyens nécessaires que les enseignants et chercheurs réclament pour son développement.

Nous avons invité M. Tahar Aissi, enseignant, pour nous informer des conditions de l’enseignement de Tamazight dans les écoles de notre wilaya en général, et de la région du Sahel en particulier. Obligation de l’enseignement et sa généralisation est leurs objectifs, comment pouvez-vous être à leur coté et les aider comme élus du peuple ?

Nous avons invité M. Djamal Baloul, enseignant du droit, pour nous édifier sur la place de Tamazight dans les textes de lois, et en premier, dans la constitution, et voir avec lui la manifestation de ces textes dans les institutions et les obstacles à dépasser pour permettre à la langue des ancêtres de vivre au-delà du 21 siècle.
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jeudi 25 avril 2013

Entretien avec Brahim Tazaghart
militant du Mouvement amazigh et auteur

à l’occasion d’une journée d’études recommandant la tenue d’une Conférence nationale autour des questions linguistiques

Chafaa Bouaïche
la Nation info
le 24 Avril 2013

Dans quel contexte intervient la célébration du printemps amazigh de cette année 2013 ?

Brahim Tazaghart Le printemps amazigh de cette année intervient dans un moment particulier. En premier lieu, il y’a la continuité de ce que la presse désigne sous le vocable de « printemps arabe » avec la persistance des événements en Syrie ; en second lieu, il y’a l’annonce de la révision constitutionnelle qui va intervenir prochainement, et en troisième lieu, il y’a l’élection présidentielle d’avril 2014 qui va coïncider avec le 34ème anniversaire des événements de 1980.
Vous voyez, la célébration de cette année, et à plus d’un titre, particulière…

Avant d’avancer, quel bilan faites-vous en ce 33ème anniversaire ?

Brahim Tazaghart L’irruption de la population sur la scène publique en 1980, la formulation rationnelle de la revendication amazighe et son articulation à la demande démocratique constituent des moments essentiels de notre histoire postcoloniale. À ce sujet, il faut réaffirmer le rôle du printemps amazigh dans le renforcement du mouvement démocratique qui avait atteint sa maturation avec les événements d’octobre 1988 et l’ouverture des champs politique et médiatique qui a suivi.

Il faut reconnaitre, avec bonheur, que malgré le fait que le pouvoir, dans son aveuglement politique, avait utilisé l’islam et la langue arabe pour combattre la revendication amazighe, la majorité du peuple algérien a fini par sortir du conditionnement et faire sienne cette demande.

Aujourd’hui, Tamazight fait partie du paysage linguistique, culturel, médiatique de notre pays.

La lutte incessante de plusieurs générations de militantes et militants a fini par payer. En 1990, trois jours avant le rassemblement du 25 janvier devant l’APN, le gouvernement de M. Mouloud Hamrouche avait annoncé la création de l’institut de langue et de culture amazigh à l’université de Tizi-Ouzou. Suite au boycott de l’année scolaire 1994-95, tamazight avait intégré l’école et le Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA), institution chargée de sa réhabilitation, fut crée. En 1996, Tamazight apparait dans le préambule de la constitution comme élément de l’identité nationale. En 2002, en plein printemps citoyen, elle est reconnue, pour la première fois de son histoire, comme langue nationale en vertu de l’article 3 bis.

Seulement, force est de constater qu’aucun texte de mise en œuvre de cette reconnaissance n’a été promulgué. Plus grave encore, des décrets qui font obstacle à la promotion de l’amazighité sont toujours en vigueur. Je parle du décret portant arabisation de l’environnement qui doit être enrichi ou abrogé, du décret portant code de l’état civil… À cela, il faut signaler le refus du législateur de faire à tamazight une place dans l’article 178 comme constante nationale. Fait qui ne la sécurise nullement et qui maintient ses défenseurs sous pressions.
L’enseignement quant à lui reste expérimental après 18 de son entame. Il est facultatif et point généralisé. Plus grave encore, de 15 wilayas en 1995, et au lieu de gagner de plus en plus d’espace, Tamazight est enseignée aujourd’hui dans 10 wilayas avec les wilayas d’Alger et Bordj Bou Arreridj qui ne disposent que d’un enseignant chacune !!
Face à cette situation intenable, il est plus que temps de réagir….

À cet effet, le Front des Forces Socialistes a organisé une journée d’étude sur tamazight que vous avez présentée…

Brahim Tazaghart Oui, la direction du FFS m’a sollicité pour contribuer à l’organisation d’une journée d’étude sous le slogan “« Tamazight facteur d’intégration nationale et maghrébine »”. C’est avec un immense plaisir que j’ai participé à la conception et à l’animation de cette rencontre rehaussée par la présence de Mme Meryam Demnati du Maroc et de M. Mahmoud Abekkouche de Libye. En plus de ces deux amis, nous aurions aimé recevoir quelqu’un de la Tunisie, mais ce n’est que partie remise. Lors de cette journée d’étude, nous avons tenu à mettre en évidence la dimension Nord Africaine de la question amazighe, d’autant plus que tamazight est langue officielle au Maroc et va le devenir prochainement en Libye.

Par la suite, nous avons tenté de cerner la situation de l’amazighophonie et de l’amazighité dans notre pays, essentiellement en Kabylie et dans le M’zab.
Durant les travaux, la qualité des intervenants : le Pr Kacher, le Pr Mestfaoui, le Dr Salhi et les autres, a permis de dresser un état de lieux profitable, avec des éclairages indispensables pour une meilleure visibilité. Tamazight dans la constitution, dans les médias, à l’université, à l’école…

Un bilan en somme …

Brahim Tazaghart La modernité politique impose d’établir à chaque étape de la lutte un bilan en mesure de permettre des perspectives viables. Nous avons essayé de le faire, avec l’espoir que d’autres vont aller dans la même direction. C’est la seule façon d’être dans le réel et d’éviter diversion et égarement qui guettent souvent les luttes et leurs meneurs.

D’un autre coté, il faut dire qu’avec cette rencontre riche en débats, le FFS, principale force d’opposition démocratique en Algérie, a replacé tamazight dans le champ politique national avec comme mission essentielle la contribution à l’intégration nationale et nord africaine. C’est là une ambition à la hauteur du parti, du pays et de la région.

Seulement, force est d’admettre que tamazight ne peut remplir cette mission sans qu’elle soit rétablie dans ses droits légitimes et en premier, son élévation au statut de langue officielle.

Pourquoi le choix du slogan « Tamazight facteur d’intégration nationale et maghrébine » ?

Brahim Tazaghart Incontestablement, nous sommes à la croisée des chemins. Tamazight sera un facteur d’intégration nationale ou un facteur de désintégration ! Il n’y a pas de position médiane possible. Il faut se voiler la face et faire preuve de naïveté politique pour ne pas saisir cela.

Autour de nous, le monde bouge, il est comme sur un volcan. Les répliques peuvent être très dangereuses sur l’avenir de notre pays. Cela, d’autant plus que le pouvoir en place cherche plus son maintien que la pérennité de l’Etat qu’il lie maladroitement à son sort.

La vigilance nous dicte de ne pas perdre de vue que l’utilisation de l’Islam à des fins politiques nous a occasionné plus de 150 000 morts.
L’instrumentalisation de tamazight sera, sans aucun doute, une hécatombe.

Vous liez la question amazighe au printemps arabe ?

Brahim Tazaghart Ce que vous nommez printemps arabe nous concerne, nous implique directement, d’autant plus qu’il est parti de Tunisie. Nous ne pouvons pas échapper à sa face négative faite de violence et de drame de sang sans engager un grand chantier de changement de gouvernance.

Le changement sera le produit de notre action en tant que forces de changement ou bien il nous sera imposé de l’extérieur, ce qui sera dramatique.
Il faut observer, d’ailleurs, qu’au moment même ou dans le nord, l’Europe s’unie pour éviter d’être définitivement déclassée par les USA et la Chine engagés dans une course implacable, les pays d’Afrique et du monde arabe se précipitent, têtes baissées, vers la fragmentation, préparant leur « douce » recolonisation et leur mise sous tutelle.
Nous sommes conscients des enjeux et de la sensibilité du moment historique.

Fidèle à l’esprit d’Avril 1980, le Mouvement amazigh ne peut s’installer dans cette perspective sans se remettre en cause et sans renier les sacrifices inestimables de ses militants. Kamal Amzal, assassiné par les salafistes en 1981, n’accepterait jamais de servir l’offensive impérialiste enveloppée sous le couvert de la fin de l’histoire et de la guerre des religieux et des identités !
C’est loin d’être cohérent que d’être séduit par l’occident et de rompre au même temps avec l’esprit républicain et l’humanisme qui prévaut chez lui et qui fait sa force.

Comment peut-on réagir face à cette situation ?

Brahim Tazaghart Anticiper sur les événements pour ne pas les subir. Demain se fera aujourd’hui comme dit l’adage.
Ceux qui sont éblouis actuellement par un « radicalisme Kabyle sectaire » peuvent nous imposer une intégration négative du dit printemps arabe, avec toutes les conséquences dramatiques que cette perspective peut induire. L’internationale terroriste et d’autres forces embusquées dans les ténèbres n’attendent que ça !
Or, comme peuple de paix et hommes libres, nous devons travailler à privilégier une intégration positive qui fera notre salut. L’intégration positive c’est le travail sans relâche à la construction d’un rapport de force favorable à un changement pacifique et démocratique, imaginé ici et maintenant ! Le premier axe est celui de renforcer l’algérianité en donnant tous les moyens aux langues algériennes afin qu’elles se développent dans l’harmonie.

Revenant à la rencontre, vous êtes sortis avec la recommandation d’une conférence nationale sur la question des langues en Algérie.

Brahim Tazaghart Effectivement, nous sommes sortis avec la recommandation d’une conférence nationale sur la question des langues. Il s’agit de penser, de débattre et de proposer une politique linguistique pour notre pays. Définir les statuts, les fonctions, les moyens à mettre au service des langues arabe et tamazight qui sont les langues de la nation, mais aussi, discuter de la place des langues étrangères qui permettent notre relation avec le monde, la science et le développement.
Tamazight langue officielle doit faire l’objet d’un consensus entre l’ensemble des forces sociales et politiques conscientes de leur algérianité et des défis à relever pour placer le pays sur la voie du progrès. La conférence nationale peut être un moment idéal pour le réaliser.
Dans ce sens, je crois que toutes les élites doivent s’impliquer dans ce combat. Il est aisé d’observer que l’élite française avait soutenue la guerre d’Algérie avec le manifeste des 121, alors que l’élite nationale, dans sa majorité, observe un silence lourd et une attitude défensive face à la revendication amazighe.
Il est temps de se secouer et de réagir.

Êtes-vous optimiste ?

Brahim Tazaghart Je suis réaliste. Tamazight sera langue officielle. Comme conséquence, la langue arabe, libérée d’une dualité injustifiée, s’épanouira davantage. À cet instant précis, il faut mettre en place une politique d’échange et de traduction entre ces deux langues au bonheur de la culture nationale.


 أطلق الباحث والناشط في مجال الحركة الثقافية الأمازيغية، إبراهيم تازغارت، أول أمس، مبادرة تحت عنوان “لمنح فرصة للجزائر”. وتتمثل هذه المبادرة في “إنشاء منتدى للثقافة الأمازيغية يكون فضاء للنقاش والعمل من أجل الأمازيغية والديمقراطية”. وكشف إبراهيم تازغارت لـ”الخبر” أن مبادرته وجدت تأييدا لدى جمعيات ومنظمات وطنية معروفة، لحد الساعة، بالإضافة إلى شخصيات ونشطاء في الحركة الأمازيغية في الجزائر وفي الخارج. ومن المقرر أن يعلن عن ميلاد المنتدى رسميا الأسبوع القادم. وتتزامن هذه المبادرة مع تاريخ 25 جانفي من سنة 1990، حين نظمت الحركة الثقافية الأمازيغية تجمعا ضخما أمام مقر المجلس الشعبي الوطني للمطالبة بالاعتراف بالأمازيغية. وحينها أيضا تم إيداع خلاصة الاقتراحات التي خرج بها المنتدى الثاني للحركة الأمازيغية المنعقد سنة 89، من قبل المغني الراحل معطوب لوناس، لدى مكتب المجلس الشعبي الوطني. ويذكر إبراهيم تازغارت، في ندائه، أن ثلاثة أيام بعد هذا التجمع استجاب رئيس الحكومة آنذاك، مولود حمروش، للحركة بإنشاء أول معهد للغة الأمازيغية في جامعة تيزي وزو. وكان تجمع المجلس الشعبي الوطني بذلك “أول وقفة وضعت المسألة الأمازيغية في قلب الساحة السياسية التي طغى عليها آنذاك الزحف الإسلاموي”. وبعدما ذكر النداء بمختلف المراحل التي مر بها المطلب الأمازيغي منذ سنة 1990، طرح مجموعة المطالب المستقبلية كـ«الاعتراف بالأمازيغية لغة رسمية وإنشاء أكاديمية ومجلس أعلى تكون مهمته إعداد مخطط لترقية الأمازيغية وتجسيد ترسيمها ميدانيا”… أما الهدف الثاني للمنتدى الأمازيغي الجديد فيتمثل، حسب نفس النداء، في “إطلاق بيان من أجل انتخابات رئاسية انتقالية”. ويقترح النداء الرسالة التي وجهها الراحل عبد الحميد مهري لرئيس الجمهورية سنة 2011 وزكاها الرئيس السابق للأفافاس حسين آيت أحمد كأرضية للانتقال الديمقراطي. قضية أخرى أخذها البيان بعين الاعتبار، تتمثل في أحداث غرداية وبرج باجي مختار بين السكان الناطقين بالأمازيغية والناطقين بالعربية، معتبرا إياها “قضية تتعدى حدود هاتين المنطقتين، بل تخص كل الجزائر والحوض المتوسط”. ويرى النداء أن “دولة القانون القائمة على الديمقراطية الاجتماعية وحدها القادرة على وضع البلاد في سكة التقدم والحريات” – See more at: http://www.elkhabar.com/ar/culture/382045.html?fb_action_ids=10203089003814421&fb_action_types=og.likes&fb_source=other_multiline&action_object_map=%5B1469807726580032%5D&action_type_map=%5B%22og.likes%22%5D&action_ref_map=%5B%5D#sthash.flR6RNGa.MuRZHjbp.dpuf


مولود معمري خلال الحرب

يثير مولود معمري جدلا، وهو محل إحدى التهجمات التي أصبحت عرفا والتي لا تتطلب حدتها الاستنكار فسحب بل أيضا الدراسة، فمن غير الممنوع أن نتصور أن هناك، ربما، مجال في النقد حيث تحب العبقرية الجزائرية أن تتميز فيه وهو إقصاء الآخر. وموضوع هذا الإقصاء ليس الحس الجمالي ولا الأدبي ولا حتى على مستوى الأفكار، موضوع هذا الإقصاء هو الجزائريانية وهي ظاهرة تتطلب مُساءلتها الهدوء والروية. إن الذين يشككون في جزائرية الآخرين ليسوا بالضرورة متعصبين أشداء أو جهلة وهم بالتأكيد يعبرون عن نوع من الانزعاج، وهذا الانزعاج له معنى ليس بالضرورة المعنى المتفق عليه والذي يقسم العالم بين أخيار وأشرار بشكل قطعي . 
اخترنا أن ننشر هذا الأسبوع نصا لمولود معمري يعود إلى أكتوبر 1956 والذي لا يتم العثور عليه بسهولة: « رسالة إلى فرنسي ». إن محاكمته للاستعمار ; صارمة ومقلقة بالنسبة لنا، نحن الذين نحتفل بعيد الاستقلال الوطني في الرزنامات أكثر منه في الواقع، مقلقة لأن العالم الاستعماري الذي يصفه معمري يشبه في كثير من الجوانب العالم الذي نعيشه اليوم وخاصة ذلك التحقير الطاغي. هل من الصدفة أن يجد مولود معمري نفسه في هذه الرسالة مضطرا إلى التعبير عن فظاعة الاستعمار بأن يكتب إلى أحد أصدقائه، وهو جان سيناك، الذي دافع دوما عن جزائريته مخاطبا إياه على أنه « فرنسي » ؟ ومادامت إنسانية مولود معمري ليست محل شك في هذا الإبعاد فما الذي حركها يا ترى؟

رسالة إلى فرنسي

عزيزي جيروم  *

بدت لي رسالتك وكأنها قادمة من الشِّعرى اليمانية، لكون اهتماماتها هنا بدت جد غريبة. هل ما تزال هناك بلدان حيث يهتم الناس بأشياء ممتعة غير ضرورية كالأدب والأدباء..
أنتم أناس سعداء، يا جيروم، على ضفاف السين. هنا يموت رجال وتموت نتانة وتموت عفونة. كما تولد آمال أيضا كل يوم، آمال عنيدة، مصرة، رتيبة وخافتة، متجذرة وحقيقية إلى حد أن نقبل الموت من أجلها، وحتى يكون أمل موتى اليوم هو واقع أحياء الغد. يطلع النهار كل يوم بكومته من الجثث وجرعته من الحماس وأنت تكلمني عن الأدب…

لا، منذ أكثر من سنة لم أكتب شيئا ، لأنه لا شيء يبدو لي جدير بأن يكتب، لا شيء سوى المأساة الكبرى والدموع ودماء الأبرياء(كل الأبرياء الذين يدفعون خطأ المجرم الأكبر الوحيد، الاستعمار والذي هو هنا خطيئتكم الأصلية الثانية)، وأيضا بالطبع الحماس والأمل العنيد وكل ما يخرج من آلام الولادة ( وآمل أن يخرج قريبا) في هذه الأرض طيب دائما.

حاليا، نشاطات تسعة ملايين من الجزائريين محدودة وتفاجئك بساطتها. في أي جانب كانوا، يكتفي الجزائريون بعد موتاهم. وهو ما لا يتم بسرعة دائما، قد يحدث ذلك عندما يكون الموت جثة: إنه يُرى بسرعة؛ له شكل وله اسم وله أهل يبكونه وأصدقاء يريدون الانتقام له، وهناك أناس شرفاء يجدون أن موته كان ظلما وبأنه جثة غير مجدية، إهدار إنسانية، هناك من هم كما هو عندما كان حيا والذين يعصر الخوف أحشاءهم لأنهم يتساءلون لماذا كان هو؟ وإن لم يكن غدا دورهم؟ ( هؤلاء هم الأكثر خطورة لأنهم بقدر خوفهم من الموت ينشرونه بسهولة: المنتقمون، الدمويون، هم دائما، لأنهم يظنون أنهم يقتلون خوفهم نهائيا بقتلهم شخصا وأن الحركة العصبية والخاطفة التي يضغطون بها السبابة على الزناد ستخلصهم من الآخر، أي كل ما هو معاد، أي حل المشكل الجزائري. فلنقتلهم جميعا، إنها جملة نسمعها هنا ولكن أنت وأنا نعرف جيدا يا جيروم أنه بعد أن نكون قد قتلناهم سيكون آخرون وسيكونون دوما في حالات كهذه…)

ولكن عندما تكون أوهام ميتة ومحبات ميتة هي التي نَعُدُّ فالعملية صعبة. إنهم أموات لا يمكن أن نصبر عليهم، كالآخرين طبعا، لكننا متيقنون أن الآخرين لن يعودوا؛ فبعد أن يدفنوا لا يبق هناك شك: نحن متحضرون ونعرف أن الأرواح لا تعود. إنها ميتات منتهية، أريد أن أقول بأنها محددة الجوانب بشكل واضح.
لكن الميتات غير المعرّفة، ميتات لا متناهية لأشياء حبيبة والتي عندما تُقتل من حولنا تصر على البعث من جديد في ركن من قلوبنا، من سيخلصنا منها، من سيواسينا ومن يشفينا منها ؟

وعن فرنسا، كثير هنا كان لهم الضعف ( هل يمكن أن نقول هنا الحظ ؟) أن يحبوا بعض الأشياء والتي منذ أكثر من سنة تقتلها الأيام بصفة أكيدة وبشكل أعمق كل مرة. كل الكلمات التي وصلت حد الإهتراء عندكم والتي،أعرف ذلك عن تجربة، تثير على شفاهكم دوما ابتسامة ساخرة ومُشفِقة في نفس الوقت، جميع الكلمات التي تقرون منذ زمن طويل أنه ليس غير السذج من مازال يؤمن بها، وآمنا بها نحن بسذاجة: الأخوة، الإنسانية، التحرر، الأجمل بكثير من الحرية، التي أجرؤ على ذكرها بالكاد بدون خجل، ولكن ما عساي أن أفعل؟ كتّابكم وشعراؤكم وفلاسفتكم تكلموا عنها بالنبرة والبلاغة وحتى بالنغمات التي أحبها. إلى درجة أنني أغريت، بل أكثر من ذلك، بإغراء عنيد. لقد حدث الضرر. لا توجد سلطة في العالم يمكنها أن تجعلني مرة أخرى (وكثيرون معي ) إنسانيا، أخويا، ومتحررا الذي هو أجمل من حر، لأن هؤلاء الأموات نحن البعض، نحن الكثير، نحن كل الشعب الجزائري، وأنا متأكد أن جزءا مهما من شعب فرنسا لا نريد أن نتقبلهم. يكفي بالنسبة لنا أن الآخرين يكلفوننا كثيرا من الدموع.

أرفض أن أصدق أن يرتبط مصير فرنسا مع أي هيمنة استعمارية على جمع من البشر، لقد جعلتم العالم يؤمن بأن طرفي العبارة يقصي أحدهما الآخر: والعالم أخذكم على كلمتكم. لا يمكنكم أن ترجعوا عن كلمتكم وإن أخذتم بإحدى العبارات فعليكم بنبذ الأخرى في نفس الوقت: بين الاستعمار وفرنسا يجب الاختيار.

لأنه في المستعمرات، وأنت تدرك ذلك جيروم، كل شيء يصبح استعماريا. أي غير إنساني، وهذا عدل: النظام يُدافَع عنه أو يؤخذ برمته. لا يمكن أن يكون هناك مجال مخصص للإنسانية، ولا يوجد ما هو أكثر حقارة وإيلاما من التبشير في بلد مستعمر. فالمستعمر لا يضرب غير الجسد على الأقل، وهو يكسر الروح في نفس الوقت طبعا، ولكن بصفة ثانوية، وليست هي غايته الأولى، أما المبشر (المتدين أو العلماني، الكاهن أو المعلم) فهو يدمر الروح بصورة دقيقة فهو يحمل، غالبا أحسن النوايا، الكلمة الطيبة والمبادئ الكبرى إلى أناس حياتهم هي إنكار يومي ومأساوي للكلمة الطيبة والمبادئ الكبرى.

تصل تعاليم السيد المسيح، الذي جاء لإنقاذ البشر، كل البشر والمستضعفين منهم على وجه الخصوص، إلى الأفارقة علي نفس السفن التي تحمل المستعمِر والإداري وماء الحياة. وللأفارقة إحساس غامض (هل هذا خطأ؟) بأن كل هذه العناصر مترابطة، وأنها وراء وجوه مختلفة هي القطع الأساسية لآلة الطحن. قد يتمكن الكاهن من إخماد صرخات ضميره بإقناع نفسه في نفس الوقت بأنه يصنع « زنوجا طيبين » للمستعمرين، فهو يربح أرواحا للسماء؛ من الصعب في المستعمرات أن تخدم قيصر والله معا؛ إن الذي يربحه الأول يخسره الثاني. وفي المستعمرات قيصر لاعب شاطر.

وبعد هذا، أن تَعِدَ « الزنجي الطيب » بالسماء وتُصبِّره على بؤسه في هذا العالم بأمل فوزه بسعادة مطلقة في العالم الآخر قد يبدو له خداعا فجا: لماذا يخاطر المعمر الذي تربطه علاقات ممتازة بالمبشر بنصيبه من السماء يوميا بجشعه في امتلاك خيرات هذا العالم؟ ألم يخلق الله فضيلة الزهد لغير الزنجي؟ هل خصص الله السماء كلها للزنجي؟ أعرف أنني أُبَسِّط وأن كل العرب ليسوا خرافا وديعة يسهل جزها، وأن الكنيسة وجدت من وقت قريب طريق السيد المسيح وصوته وأن رجالا أتوا لهذه البلاد تحدوهم الرغبة في جلب القيم الحقيقية لفرنسا. ولكنك فهمتَ جيدا، أليس كذلك، أنه ليس الرجال من ألوم وإنما النظام.

النظام، لأنه تراجع للحضارة وللإنسان. هذه الضفاف المتوسطية التي أَلِفت الأنفاس العليا للروح والتي ازدهرت عليها إنسانية تيرانس وعمق أوغستين وعبقرية هنيبعل وسلم عبد المومن ونور ابن خلدون أصبحت الآن عقيمة. لا يمكن أن نخدم إلــهين: عبادة الكرمة لا تسمح بعبادة أخرى، التهمت الكرمة كل شيء: الأرض أولا والبشر بعد ذلك. وما جدوى سرد الأرقام لنبرز أنه يولد كل سنة بشر أكثر في هذه البلاد؟ لا يُعد البشر كما تعد رؤوس الماشية أو جذوع الكروم: يوزن البشر بمقدار إنسانيتهم .  لا يهم أن يولد كثير من الرجال إن كانوا يولدون ميتين.. أخذت الكرمة كل شيء: كل الهواء وكل المجال وكل تعب الزنود وكل أحزان الرجال، وكل حبهم أيضا. حيث تنمو الكرمة ينضب الرجال.

ينضب البشر، لأن ولا واحدة من الأحاسيس التي ترافق حتما النظام الاستعماري هي إحساس بالغبطة، وتوجد كلها في المنطقة الأدنى، الأكثر سلبية، والأكثر بشاعة في الإنسان. الرجال الذين يزهرون في النظام الاستعماري هم المحتالون والمزورون والمارقون والمنتخبون المصطنعون، بلهاء القرية، الرديئون، الطامحون الخواة، المطالبون بأكشاك التبغ، مخبرو الشرطة، القوادون البؤساء، القلوب البائسة. لا وجود في النظام الاستعماري لقديس ولا لبطل ولا حتى لموهبة متواضعة. لأن الاستعمار لا يحرر، بل يُكرِه، إنه لا يرفع، بل يقهر، لا يُمجِّد، بل يُيئس ويُعقم؛ إنه لا يسمح بالتواصل، بل يفرق ويعزل ويحبس كل إنسان في عزلة بلا أمل.

لقد ولّد الغزو الاستعماري شكلا خاصا من العلاقات بين البشر: الاحتقار، لا أعني الاحتقار الفردي الذي قد يكون مؤسسا (كاحتقار شخص حقير) ولكن الاحتقار الغبي لعرق كامل وشعب، الاحتقار الأعمى الحيواني. ولكن القوة والاحتقار؟ إسمنت هش جدا للذي يريد أن يبني حضارة ويريدها أن تدوم.

*ويقصد جان سيناك. كتبت الرسالة بالجزائر في 30 نوفمبر


20 avril 1980 : réaction disproportionnée à une revendication ancestrale.
Depuis l’indépendance, le régime algérien privilégie une voie répressive pour répondre aux revendications des citoyens. Il est un secret de polichinelle que le but latent est sa pérennisation au pouvoir. Toutefois, jusqu’au 20 avril 1980, le régime avait réussi à instaurer un climat de peur faisant du citoyen un sujet docile. Coupé des réalités, le régime ignorait que cette soumission du peuple était due à l’épreuve endurée pendant la guerre de libération. Par ailleurs, bien qu’il ait existé des simulacres d’organisations, ces dernières se limitèrent uniquement au rôle de courroie de transmission. Quant aux partis, ils furent tout bonnement interdits. Partant, les dirigeants de l’opposition furent forcés à l’exil. Selon le professeur Hacene Hireche : « Les opposants, comme Mohamed Boudiaf ou Hocine Ait Ahmed, n’avaient qu’à bien se tenir pour éviter le sort de Mohamed Khider ou de Krim Belkacem et, plus tard, Ali Mécili, assassinés sur le sol européen par les services algériens… » (1) Du coup, dans les années 1960, les Algériens, comme en 1926, ne pouvaient s’organiser que dans l’exil. L’université Paris XIII offrit par conséquent un lieu idoine de rencontre aux militants, venus notamment de Kabylie. Cependant, la fin de la formation de cette jeune génération coïncida avec la disparition de Hourai Boumediene, chef de l’Etat issu du coup d’état de juin 1965. A peine enterré, les chefs militaires préparèrent un successeur en dehors de toute consultation du peuple. Ce successeur, et si le moins que l’on puisse dire, n’avait pas l’étoffe d’un président. Dès la prise de ses fonctions, les rênes du pouvoir lui échappèrent totalement. Choisi parmi le plus malléable, selon l’expression de Khaled Nezzar, Chadli laissa la voie libre à tous les charlatans afin de profiter du système. Mais la nouvelle génération, ayant la vingtaine d’année en 1980, allait-elle accepter les injustices tous azimuts notamment celle inhérente au déni identitaire ? Les événements de 1980 prouvèrent le contraire. Par ailleurs, un élément particulier rentra également en jeu : l’adhésion des masses aux côtés de ces jeunes animateurs. Par ailleurs, fidèle à sa politique répressive, le régime pensait éteindre la mèche le plus vite possible. Or, la politique répressive n’est efficace que quand le peuple l’accepte. Ainsi, une fois le mur de la peur fut tombé, le changement était inéluctable. Bien que le fruit n’ait pas été cueilli immédiatement, le mouvement d’avril 1980 inaugura une nouvelle ère de combat politique en Algérie. Selon l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, Abdelhak Bererhi, le mouvement d’« avril 1980 déclencha un profond mouvement démocratique qui se prolongea avec le temps, face à un pouvoir qui, par son seul souci de perdurer coûte que coûte, permit aux germes de la radicalisation de se développer. » (2) Seul moyen d’expression, la révolte devint alors le langage susceptible d’être entendu par le régime.

I) La résistance dans la clandestinité ou en exil.

L’orientation arabiste de l’Algérie [Les dirigeants ne le firent pas dans l’intérêt de l’Algérie] a exclu, par ricochet, une partie du peuple algérien. Bien que, par le passé, cette tension ait été atténué par le combat commun contre le colonialisme, les nouveaux maitres de l’Algérie indépendante dénièrent aux berbérophones le droit d’exister en tant que tels. Or, dans les pays qui se respectent, les citoyens sont acceptés comme ils le sont dans le giron de la République. Cependant, le but de ce texte n’est pas de remonter jusqu’aux racines de l’Algérie. Toutefois, depuis le coup d’état de 1965, Houari Boumediene envenima ce déni. En revanche, bien qu’il ait fait de l’Algérie sa propriété privée, il autorisa tout de même une chaire de berbère, de deux heures par semaine, dès la rentrée universitaire d’octobre 1965. Intégré à la section d’ethnologie, une science héritée de la présence coloniale, le cours linguistique fut assuré bénévolement par Mouloud Mammeri. Le succès de ce cours finit par inquiéter les autorités. Et dès la réforme de l’enseignement supérieur, en 1973, le cours fut suspendu à l’université d’Alger.
Cependant, bien que la société aille cahin caha, la revendication identitaire n’a pas disparu pour autant. Les militants de la cause savaient à quoi s’en tenir. En effet, le contrôle accru de la sécurité militaire sur la société créa un climat de méfiance. Beaucoup de jeunes militants sortirent à l’étranger pour peaufiner leur formation. Selon Said Khelil : « Dans les années 70, beaucoup d’amis du groupe de Ben Aknoun iront continuer leurs études et leur activisme en France : Mohya, Boudaoud, Hend Sadi, Ramdane Achab… La plupart seront présents le jour J. Ceux restés à Alger, Said Doumène, Moumouh Loukad et Ali Ouabadi seront rejoints par de nouveaux venus pour animer la troupe de théâtre berbère, ainsi que de brillants groupes musicaux. »(3) Ainsi, à l’occasion de la fête des cerises, en1974, à Larbaa Nath Irathen, les spectateurs insistèrent pour que les chanteurs d’expression berbère se produisent. Mais la police de l’ombre ne fut jamais loin. Du coup, les téméraires payèrent dans cette décennie un lourd tribut. Des arrestations se multiplièrent à foison dans la région. Et la plupart ne furent, à ce moment-là, que des lycéens. Car, il fallait attendre la rentrée universitaire de 1978 pour que la région ait vu l’ouverture d’un centre universitaire. Dans son témoignage du livre, sur avril 80, sous la direction d’Arezki Ait Larbi, Salem Chaker explique que ce ne fut aucunement une récompense à la région. La démarche des autorités s’inscrivait dans la politique de désengorgement de l’université d’Alger. Selon des informations difficilement vérifiables, Boumediene aurait dit que l’ouverture de ce centre représentait une « bombe à retardement ». Avait-il compris que sa politique était injuste ? En tout cas, sa crainte aurait été l’octroi d’un foyer où se seraient rencontrés les militants de la cause berbère. En effet, ces jeunes militants ne tardèrent pas à se manifester.
Cependant, dans l’enceinte de l’université, tous les courants de pensée purent exister. Deux partis, des opposants emblématiques, Hocine Ait Ahmed et Mohamed Boudiaf, constituèrent des cellules à l’université. Pour Salem Chaker : « D’autant que beaucoup de ces jeunes universitaires, qui rentraient de France après une thèse, étaient politisés, avaient des expériences d’engagement militant dans le mouvement culturel berbère en France et/ou dans les partis de l’opposition clandestine (FFS, PRS). » (4) En effet, dès 1978, des jeunes cadres, à l’instar d’Arezki Ait Larbi, Said Sadi, Mouloud Lounaouci, Ali Ouabadi, intégrèrent le FFS. Sous la houlette d’Ali Mécili, bras droit de Hocine Ait Ahmed, un séminaire fut organisé en France (Hautes Alpes). A la fin de ses travaux, une plateforme fut entérinée prenant en charge les revendications culturelles et démocratiques.
Toutefois, depuis l’ouverture du centre universitaire de Tizi Ouzou, le FLN multiplia les tentatives en vue de le contrôler. D’emblée, l’UNJA, syndicat estudiantin lié au régime, tenta de s’assurer sa mainmise sur la représentation des étudiants. Il trouva par ailleurs des alliés parmi les étudiants affiliés au PAGS. En effet, selon Ihsen El Kadi : « le parti communiste, le PAGS algérien, est en réalité la première force politique dans le campus d’Alger. Mais, il est politiquement désorienté depuis la mort de Boumediene, à qui il a apporté son soutien à partir de 1971… à la fin de 1979, [il est] encore dans le soutien critique de Chadli Bendjedid.» (5) Or, en Kabylie, toutes les tendances existèrent. L’union du PAGS avec le FLN ne constitua pas la force principale. Dans le même livre cité plus haut, Mohand Ouamer Oussalem cite cinq groupes composant l’expression politique, à ce moment-là, à la FAC. Les militants du FLN et du PAGS formèrent le groupe de soutien au régime autour de l’UNJA. Selon lui, il y eut un groupe trotskiste. Fait-il allusion au groupe de Gérard Lamari, Aziz Tari et Djamel Zenati? Or, dans mes différentes conversations avec Gérard, ce dernier affirme qu’il était de gauche radicale, mais n’appartenait pas au courant trotskiste. Même Djamel Zenati ou Aziz Tari n’étaient pas trotskistes, m’avoue-t-il lors dans notre récente conversation téléphonique. Cependant, d’après Oussalem, il y eut des représentants du FUAA de Rachid Ali Yahia dont fit partie Arezki Abbout. Le parti de Boudiaf, le PRS, fut aussi présent. Mais le parti le plus représentatif fut indubitablement le FFS. Dans ces conditions, il était indécent que le syndicat du régime prétende représenter le nouveau centre universitaire. Du coup, la formule qui était susceptible de parvenir à rassembler les étudiants fut la création de comités autonomes. Ces derniers lancèrent une grève illimitée en octobre 1979. Pour meubler le vide, les étudiants ont programmé plusieurs activités culturelles. Dans ce programme d’animation culturelle, une conférence de Mouloud Mammeri, sur les poèmes kabyles anciens, fut programmée.

II) L’acharnement des autorités.

L’origine des événements d’avril 1980 fut la stupide interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri, pour reprendre l’expression de Brerehi, au centre universitaire, le 10 mars 1980. En effet, pour la communauté universitaire, ce fut un rendez-vous à ne pas manquer. Bien que le régime ne tolérât pas ce genre de manifestation culturelle, le conférencier n’eut aucun écho lui déconseillant de se rendre au centre universitaire. Ce jour-là, en compagnie de Salem Chaker et de son chauffeur Oulaid, Mammeri se rendit sereinement à Tizi Ouzou. Or, en dépit de la connaissance du thème de la conférence, les autorités décidèrent de l’intercepter à l’entrée de la ville, à Draa Ben Khedda. Quelques heures plus tard, le wali prit soin d’informer les étudiants que l’écrivain avait été arrêté. Dans la contribution de Hamid Sidi-Said sur cet événement, l’ancien Wali Tizi Ouzou, au moment des faits, écrit : « Le motif de cette décision étant « le risque de trouble à l’ordre public », c’était donc au wali qu’il revenait de prendre les mesures nécessaires pour que M. Mouloud Mammeri ne se présentât pas au centre universitaire. » (6) Cette humiliation, une énième des autorités envers ce combat, ne fut pas gobée sans réaction par les étudiants. Une délégation, composée de Gérard Lamari, Aziz Tari et Taleb, s’est rendue au siège de la wilaya. Mouloud Mammeri les attendait depuis un moment. D’emblée, il s’excusa auprès de la délégation de la tournure des événements. Bien que le sage ait prôné le calme, cette interdiction resta aux travers de la gorge de ces militants. Du coup, il ne fallait pas se laisser faire, estimaient-ils. De retour à l’université, une assemblée générale des étudiants fut organisée. Le principe d’une manifestation publique fut entériné par la quasi-totalité des présents. Selon Aziz Tari : « Tout le monde semble prêt à aller au combat, sans poser de question sur les suites…Trois interventions sont programmées. Gérard Lamari ouvre les hostilités. Hend Sadi enfonce le clou. Etant à l’origine de cette démarche, je clos les débats sans mâcher mes mots, ni faire dans le détail en faveur de cette action. » (7) Ainsi, le 11 mars 1980, une marche, rassemblant l’ensemble de la communauté universitaire, s’ébranla de Hasnaoua vers la haute ville, direction le siège de la wilaya. Au cri des étudiants « A bas la répression », les CNS, aux ordres de Hmimi Nait Abdelaziz, bloquèrent la route. Grâce à l’intransigeance des manifestants, la digue finit par céder. D’après Tari, le commissaire avait la rage de voir les jeunes militants braver son autorité. Ceci démontre, si besoin est, la nature de ce régime. Pour le commissaire, s’il devait y avoir une revanche, celle-ci serait sanglante. Tout compte fait, cette marche démontra, aux badauds, que la mobilisation de masse pourrait contrarier la pire dictature. En tout cas, les Tizi Ouziens ont applaudi chaleureusement le courage de cette jeunesse stoïcienne. Par conséquent, ces encouragements galvanisèrent les esprits. Malgré l’action du régime mobilisant ses partisans, dans les rues de la ville, où les étudiants du PAGS déployèrent une banderole réclamant l’application intégrale de la Charte nationale, à l’université, la mobilisation battait son plein. Ainsi, à l’initiative du groupe FFS, le plus important groupe, une campagne d’inscription murale fut exécutée dans la nuit du 12 au 13 mars 1980, selon Arezki Ait Larbi. Or, cette campagne jeta l’émoi au sein du groupe de la gauche radicale, avoue Aziz Tari.
Toutefois, l’action ayant démarré à l’université, il fallait que d’autres secteurs se mobilisent pour desserrer l’étau exercé sur la FAC. Ce fut ainsi que des villageois répondirent à l’appel. Dans le même esprit, la cellule FFS de l’hôpital engagea des actions afin d’alléger la pression sur le centre universitaire. Dans un esprit d’enlisement, le régime ne fit qu’attiser le feu. Par la voix du secrétaire général de la présidence, Abdelmalek Benhabyles, ce dernier voulut engager le dialogue avec les animateurs du mouvement. Cette démarche montra vite l’incapacité des dirigeants à chercher des solutions adéquates. En effet, le 5 avril 1980, une délégation se rendit à la présidence. Composée de Djamel Zenati, Gérard Lamari, Rachid Ait Ouali et Aziz Tari, la délégation a eu droit à un discours insolite de leur hôte. En effet, le secrétaire général estima que la faute avait été commise en 1962 lorsque les dirigeants n’avaient pas octroyé un statut à la langue berbère. Pour résumer son propos, il n’y eut désormais rien à discuter. L’équipe dirigeante ne put pas assumer les erreurs de leurs prédécesseurs. Finalement, il les somma d’arrêter l’agitation et de reprendre les cours. La délégation, ayant rencontré Benhabyles, découvrit, de retour à Tizi Ouzou, un tract, anonyme selon Aziz Tari, appelant à une manifestation pour le 7 avril 1980, de la place du 1er mai à la présidence. D’après Arezki Ait Larbi, les tracts furent diffusés au nom du « Comité de la Défense de la Culture Berbère ». Cependant, ce comité aurait-il eu un lien avec le FFS ? Pas de doute si l’on croit Oussalem, militant du FFS à ce moment-là. En effet, après la multiplication des arrestations à Tizi Ouzou, il fallait desserrer l’étau sur la Kabylie. Selon Oussalem : « C’est dans ce contexte que la structure du FFS, autour de Said Sadi, propose une riposte par l’organisation d’une marche à Alger, le 7 avril 1980. » (8) Prévoyant une répression pavlovienne des autorités, le groupe FFS, rejoint par les militants du PRS et de la gauche radicale, mit en place un Comité Anti-Répression (CAR). Les mots d’ordre de la marche résumèrent, à eux-seuls, la détermination de ces animateurs. Inscrits sur des banderoles, les slogans furent incisifs. Selon Arezki Ait Larbi : « L’une d’elle porte un seul mot, qui claque comme un terrible défi au régime du parti unique : « Démocratie ». En hommage aux morts du FFS de 1963, une autre proclame : « 1964 : 2000 morts ! 1980 : combien vous faut-il ? » (9) Hélas, fidèle à ses pratiques, le régime ne céda pas. La manifestation fut réprimée avec une rare violence. Pour les étudiants restés à Tizi Ouzou, il fallait convoquer vite une assemblée générale pour décider des mesures à prendre. Celle-ci trancha pour une grève générale illimitée avec occupation du campus. L’épreuve de force commença effectivement ce jour-là.

III) Entretien de la politique du pourrissement.

La répression de la marche d’Alger incita les membres du comité anti-répression, le CAR, à lancer un appel au peuple. Au lendemain de cet appel, soit le 10 avril, le FLN organisa une marche à Tizi Ouzou. Choisis pour leur docilité, ces Kabyles de service manifestèrent contre les revendications démocratiques et culturelles. Dans les tracts du CAR, il fut possible de lire : « La cessation de la répression contre la communauté universitaire ; la reconnaissance des langues populaires algériennes, notamment de la langue berbère ; le respect des libertés démocratiques en Algérie…etc. » (10) Hélas, ces Kabyles de service, mangeant à tous les râteliers, choisirent ceux qui vitupèrent contre la démocratie. Cependant, le travail de sape n’a pas démoralisé les animateurs du mouvement. Un événement, d’apparence anodine pourraient dire certains, apporta de l’air aux poumons. La communauté universitaire a pu lire, le 11 avril 1980, la réponse de Mouloud Mammeri à l’article diffamatoire de Kamel Belkacem, journaliste du journal El Moudjahid, un organe de propagande du régime. Ce journal refusa bien entendu de publier le droit de réponse de Mammeri. Ce fut le journal Le Matin parisien qui le publia. Véritable leçon d’éthique, l’article fut distribué sous forme de tracts à l’université. Ce second souffle du mouvement fut doublé par l’effort entrepris par le corps médical, cellule dynamique du FFS. Une assemblée générale des travailleurs de l’Hôpital fut programmée pour le 12 avril 1980. Le comité anti répression désigna, pour le représenter à cette réunion, deux membres : Djamel Zenati et Mohand Ouamer Oussalem. Moment charnier du mouvement, le CAR fut présent dans toutes les rencontres. En effet, au lendemain de l’assemblée du corps médical, les membres du CAR firent un déplacement à Alger. Le but fut de faire connaitre les positions du mouvement, par rapport aux dernières évolutions de la crise, au ministre de l’Enseignement supérieur, Abdelhak Bererhi. En présence de son conseiller, Djamel Labidi, le ministre s’engagea à se rendre, le lendemain, au centre universitaire. Escorté par la police, le ministre se rendit, en effet, le 14 avril 1980, au campus de Hasnaoua, vers 10 heures du matin. Il fut également accompagné d’une forte délégation, dont le secrétaire général de la FTEC, Hachemi Cherif, futur chef du MDS. Le discours du ministre, devant l’assemblée générale des étudiants, ne changea pas d’un iota par rapport à ce qu’il avait affirmé à la délégation du CAR la veille. A vrai dire, le ministre était venu pour leur livrer le message de fermeté des autorités. D’ailleurs, avait-il les moyens de proposer quoi que ce soit pour débloquer la situation ? Dans le régime de l’époque, le ministre était un fusible éjectable à l’envi. Du coup, l’assemblée générale s’est achevée sur une note de désappointement. Car, le ministre demanda tout bonnement aux étudiants de reprendre les cours et de cesser l’occupation du campus. Face au pouvoir sourd, un appel fut lancé à la population pour observer une grève générale le 16 avril 1980. L’implication de la société civile rendit ainsi la tâche plus alambiquée aux autorités. En effet, selon Mohand Ouamer Oussalem : « A l’extérieur, la mobilisation allait crescendo. A partir du samedi 12, les délégations d’entreprises de la région arrivent sur le campus : Sonelec de Oued Aissi et Fréha (en chantier), Sonitex de Draa Ben Khedda, Onalait. La visite de la Sonitex coïncidait avec l’arrivée du correspondant du journal le Monde. » (11) En effet, la grève fut un véritable succès. Désormais, la mobilisation dépassa les deux foyers : l’université et l’hôpital. Et les décisions ne se prenaient plus systématiquement à l’université. En effet, le siège de la Sonelec abrita une réunion capitale à la fin de la journée du 16 avril 1980. Le centre universitaire fut représenté par deux membres : Gérard Lamari et Rachid Ait Ouakli. Cette rencontre s’acheva par la création d’un Comité de Coordination Populaire. Son rôle : contacter les syndicalistes à travers tout le pays pour réclamer plus de liberté.

IV) L’exécution des menaces.

Dans la tradition du régime algérien, et ce depuis le recouvrement de l’indépendance nationale, le citoyen fut appelé à se soumettre sans vergogne aux règles édictées. Elaborées en dehors de toute concertation du peuple, elles furent iniques et sévères. Or, les jeunes militants, en ce printemps 1980, n’entendirent pas le message de cette oreille. Bien que l’épée de Damoclès ait été suspendue sur leurs têtes, leur fougue les conduisit à aller jusqu’au bout. Ainsi, en dépit de l’ultimatum de Bererhi, fixant la reprise des cours avant le 20 avril, le centre demeura toujours bloqué. Les relais du régime tentèrent bien sûr, qui par la menace, qui par la persuasion, d’obtenir la reprise des cours. Selon Mouloud Lounaouci, l’actuel secrétaire général de l’UGTA lui rendit une visite inattendue à l’hôpital : « L’atmosphère commençait à s’alourdir ; le 19 avril, j’eus une visite pour le moins étrange. Madjid Sidi-Said, alors responsable de l’union territoriale UGTA de Tizi Ouzou, se présenta en émissaire, sans plus de détail, et m’avertit qu’on avait intérêt à tout arrêter, car le lendemain il serait trop tard. »(12)
Cependant, à l’université, le comité anti répression tint sa réunion quotidienne. Selon Aziz Tari, une absence de taille fut remarquée, celle de Hend Sadi. Cette information m’a été confirmée à plusieurs reprises, lors de nos différentes conversations sur ces événements, par Gérard Lamari. Par ailleurs, d’après Aziz Tari, l’ultimatum transmis par hamid Sidi-Said, wali de Tizi Ouzou, fut péremptoire : « Signer immédiatement une déclaration affirmant que nous arrêtons le mouvement, sinon l’intervention aura lieu dans quelques heures… Le groupe du PRS annonce son retrait du mouvement et la fin de son engagement avec nous. » (13) Concomitamment à la réunion des étudiants, une autre réunion se tint, à Alger, au siège du FLN. Celle-ci se déroula en deux temps. Dans sa première partie, elle regroupa le coordinateur du FLN (Mohamed Salah Yahiaoui), le premier ministre (Ben Ahmed Abdelghani), le patron des services secrets (Yazid Zerhouni), le commandant de la gendarmerie (Mustapha Chelloufi), le DGSN (El Hadi Khediri), le ministre l’enseignement supérieur (Abdelhak Bererhi), le minsitre de l’éducation (Mohamed Cherif Kharoubi), le ministre du travail (Mouloud Goumeziane), le secrétaire général de l’UGTA (Abdellah Doumène) et le Wali de Tizi Ouzou. Dans les débats, l’intervention policière musclée fut vivement évoquée. A en croire le ministre de l’enseignement supérieur, cette solution fut rejetée grâce à son argumentation. Il évoqua, pour les persuader, le respect des franchises universitaires. Toutefois, la vraie réunion commença un peu plus tard. Ce fut le second temps de la réunion. Les ministres furent évidemment remerciés. Selon Bererhi : « Les opposés à l’emploi de la force furent laissés seuls quelques instants, puis on vint « nous remercier » en nous déclarant que la réunion était achevée. » (14) Lors du second temps de la réunion, selon Khediri, le patron de la DGSN, l’ordre du jour devint : « donner des instructions pour rétablir l’ordre dans les facultés occupées ». Bien qu’il ait essayé de convaincre ses camarades des services de sécurité de l’inanité de l’emploi de la force, en faisant même ranger le Président de la République à son point de vue, l’évacuation fut décidée. Selon lui : « quelques heures plus tard, l’ordre d’évacuer était redonner par un autre canal…Au plus fort des affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants, certains responsables insistaient pour envoyer l’armée. »(15) Ainsi, quelques heures après la clôture des travaux de l’assemblée des étudiants, les forces de l’ordre pénétrèrent dans les pavillons des cités universitaires. Les étudiants furent surpris dans leur sommeil par le bruit de bottes et les coups de matraques. Et le sang se répandit en creusant des petits sillons. Par ailleurs, l’hôpital, censé accueillir les blessés, fut aussi envahi par les forces de l’ordre. Le personnel médical fut malmené sans ménagement. Ceux qui n’avaient pas été arrêtés, accueillirent les blessés au matin du 20 avril. Le bilan de cette mascarade est donné par Arezki Ait Larbi, non lors du meeting d’Alger où il annonça 32 morts, mais dans le témoignage qu’il fait 30 ans plus tard : « 453 blessés et des centaines d’arrestations dont 24 seront déférés devant la Cour de sûreté. Mais, heureusement, aucun mort. » (16)
Cependant, la région fut solidaire de ses blessés et de ses détenus. Un combat fut engagé pour obtenir la libération de ses héros. Cette dernière n’intervint que deux mois plus tard. Ainsi, le 25 juin 1980, les vingt-quatre détenus furent mis en liberté. Désormais, la lutte pour la démocratie ne fut plus un tabou. Plusieurs régions d’Algérie suivirent l’exemple jusqu’à ce que la liberté de s’organiser soit obtenue après octobre 1988. Ainsi, la gestion sécuritaire des problèmes politiques donna lieu à des affrontements permanents. En s’appuyant sur les services de sécurité, le régime comptait annihiler toute contestation. Or, l’humiliation attisait davantage la rancune des citoyens. Du coup, la simple interdiction de la conférence, d’un homme reconnu pour ses recherches, déclencha un mouvement contestataire de grande ampleur. Finalement, les événements du 20 avril 1980 représentent l’acte fondateur d’une conscience politique à l’échelle nationale. Bien que le peuple algérien ne vive pas encore une démocratie et une liberté effectives, il n’en reste pas moins que la détermination du peuple algérien donnera un jour au pays des institutions libres, issues uniquement de la volonté populaire.

Notes de renvoi :
1) Contribution Hacene Hireche, « Avril 80 : Insurgés et officiels racontent le printemps berbère », page 194.
2) Contribution Abdelhak Bererhi, page 234.
3) Contribution Said Khelil, page 66.
4) Contribution Salem Chaker, page 124.
5) Contribution Ihsen El Kadi, page 151.
6) Contribution Hamid Sidi-Said, page 207.
7) Contribution Aziz Tari, page 43.
Contribution Mohand Oumer Oussalem, page 20.
9) Contribution Arezki Ait Larbi, page 178.
10) Tract du comité anti répression, page 270.
11) Contribution Mohand Oumer Oussalem, page 27.
12) Contribution Mouloud Lounaouci, page 85.
13) Contribution Aziz Tari, page 54.
14) Contribution Abdelhak Bererhi, page 227.
15) Contribution El Hadi Khediri, page 256.
16) Contribution Arezki Ait Larbi, page 183.

Posté; Par Ait Benali Boubekeur
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