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contrat de Rome

LE CONTRAT NATIONAL SIGNE A ROME, EN 1995

Texte intégral de la plate-forme portant « contrat national » et sanctionnant la rencontre de huit partis algériens d’opposition à Rome, organisée par l’association catholique Sant’Egidio, du 8 au 13 janvier 1995.

A. Cadre : valeurs et principes

Les participants s’engagent sur la base d’un contrat national dont les principes sont les suivants et sans l’acceptation desquels aucune négociation ne serait viable :
– La déclaration du 1er novembre 1954 : » la restauration de l’État algérien souverain démocratique et social dans le cadre des principes de l’Islam » (art. 1).
– Le rejet de la violence pour accéder ou se maintenir au pouvoir.
– Le rejet de toute dictature quelle que soit sa nature ou sa forme et le droit du peuple à défendre ses institutions élues.
– Le respect et la promotion des droits de la personne humaine tels qu’énoncés par la Déclaration universelle, les pactes internationaux sur les droits de l’homme, la convention internationale contre la torture et consacrés par les textes légaux.
– Le respect de l’alternance politique à travers le suffrage universel.
– Le respect de la légitimité populaire. Les institutions librement élues ne peuvent être remises en cause que par la volonté populaire.
– La primauté de la loi légitime.
– La garantie des libertés fondamentales, individuelles et collectives quels que soient la race, le sexe, la confession et la langue.
– La consécration du multipartisme.
– La non-implication de l’armée dans les affaires politiques. Le retour à ses attributions constitutionnelles de sauvegarde de l’unité et de l’indivisibilité du territoire national.
– Les éléments constitutifs de la personnalité algérienne sont l’islam, l’arabité et l’amazighité; la culture et les deux langues concourant au développement de cette personnalité doivent trouver dans ce cadre unificateur leur place et leur promotion institutionnelle, sans exclusion ni marginalisation.
– La séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.
– La liberté et le respect des confessions.

B. Mesures devant précéder les négociations

1. La libération effective des responsables du FIS et de tous les détenus politiques. Assurer aux dirigeants du FIS tous les moyens et garanties nécessaires leur permettant de se réunir librement entre eux et avec tous ceux dont ils jugent la participation nécessaire à la prise de décision.
2. L’ouverture du champ politique et médiatique. L’annulation de la décision de dissolution du FIS. Le plein rétablissement des activités de tous les partis.
3. Levée des mesures d’interdiction et de suspension des journaux, des écrits et des livres prises en application du dispositif d’exception.
4. La cessation immédiate, effective et vérifiable de la pratique de la torture.
5. L’arrêt des exécutions des peines capitales, des exécutions extrajudiciaires et des représailles contre la population civile.
6. La condamnation et l’appel à la cessation des exactions et des attentats contre les civils, les étrangers, et de la destruction des biens publics.
7. La constitution d’une commission indépendante pour enquêter sur ces actes de violence et les graves violations des droits de l’homme.

C. Rétablissement de la paix

Une dynamique nouvelle pour la paix implique un processus graduel, simultané et négocié comprenant :
– d’une part, des mesures de détentes réelles : fermeture des camps de sûreté, levée de l’état d’urgence et abrogation du dispositif d’exception;
– d’autre part, un appel urgent et sans ambiguïté pour l’arrêt des affrontements. Les Algériennes et les Algériens aspirent au retour rapide à la paix civile. Les modalités d’application de cet engagement seront déterminées par les deux parties en conflit avec la participation active des autres partis représentatifs. Cette dynamique exige la participation pleine et entière des forces politiques représentatives et pacifiques. Celles-ci sont en mesure de contribuer au succès du processus en cours et d’assurer l’adhésion de la population.

D. Le retour à la légalité constitutionnelle

Les partis s’engagent à respecter la Constitution du 23 février 1989. Son amendement ne peut se faire que par les voies constitutionnelles.

E. Le retour à la souveraineté populaire

Les parties prenantes aux négociations doivent définir une légalité transitoire pour la mise en oeuvre et la surveillance des accords. Pour cela, elles doivent mettre en place une conférence nationale dotée de compétences réelles, composée du pouvoir effectif et des forces politiques représentatives.
Cette conférence définira :
– Les structures transitoires, les modalités et la durée d’une période de transition, la plus courte possible, devant aboutir à des élections libres et pluralistes qui permettent au peuple le plein exercice de sa souveraineté.
– La liberté de l’information, le libre accès aux médias et les conditions du libre choix du peuple doivent être assurés. Le respect des résultats de ce choix doit être garanti.

F. Garanties

Toutes les parties prenantes à la négociation sont en droit d’obtenir des garanties mutuelles.
Les partis, tout en gardant leur autonomie de décision :
– s’opposent à toute ingérence dans les affaires internes de l’Algérie;
– dénoncent l’internationalisation de fait qui est le résultat de la politique d’affrontement menée par le pouvoir;
– demeurent convaincus que la solution de la crise ne peut être que l’oeuvre exclusive des Algériens et doit se concrétiser en Algérie;
– s’engagent à mener une campagne d’information auprès de la communauté internationale pour faire connaître l’initiative de cette plate-forme et lui assurer un soutien;
– décident de lancer une pétition internationale pour appuyer l’exigence d’une solution politique et pacifique en Algérie;
– appellent la communauté internationale à une solidarité agissante avec le peuple algérien;
– décident de maintenir les contacts entre eux en vue d’une consultation et d’une concertation permanentes.

Les signataires :

Pour la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme,
Abdenour Ali Yahia.

Pour le Front de libération nationale (FLN),
Abdelhamid Mehri.

Pour le Front des forces socialistes (FFS),
Hocine Aït Ahmed et Ahmed Djeddaï.

Pour le Front islamique du salut (FIS),
Rabah Kebir et Anouar Haddam.

Pour le Mouvement pour la démocratie en Algérie,
Ahmed Ben Bella et Khaled Bensmaïn.

Pour le Parti des travailleurs,
Louiza Hanoune.

Pour le Mouvement de la renaissance islamique (Ennahda),
Abdallah Djaballah.

Pour Jazaïr musulmane contemporaine,
Ahmed Ben Mohammed.


La transitologie: mode d’emploi pour la transition et la démocratie ?

par Tobias Hagmann

Avec la stabilisation des régimes démocratiques en Amérique latine et l’effondrement du régime soviétique, un grand nombre d’économistes, de politologues et de sociologues spécialisés dans la  » transition démocratique  » ont suscité une attention
croissante ces dernières années. En effet, les études sur la démocratisation de régimes autoritaires se sont multipliés dans les revues spécialisées des sciences sociales pour donner naissance à ce qu’on appelle la  » transitologie « .
Ainsi, les maîtres de cette  » proto-science « , attribués de l’étiquette de  » transitologues  » – des auteurs comme Guillermo O’Donnel, Philippe C. Schmitter, Arend Lijphart, Juan J. Linz ou Giovani Sartori –  » prétendent expliquer et, à la fois guider, le passage d’un régime autoritaire à un régime démocratique  » en pratiquant cette discipline(1.). Unifiés dans une approche
comparative à fort penchant quantitatif, ces auteurs visent à démontrer qu’en appliquant un ensemble de concepts et d’hypothèses universels, il est possible d’expliquer et de gérer la transition démocratique dans un pays non-démocratique donné(2.).

Dans ce sens, la transitologie cherche à tirer des généralisations et des leçons à partir de l’observation des démocratisations passées afin de formuler – pour les transitions futures – des recommandations institutionnelles et constitutionnelles ayant souvent un caractère prescriptif excessif(3.). Ainsi, les différentes vagues de démocratisation – ex-puissances fascistes à la fin de la Seconde guerre mondiale, les pays méditerranéens dans les années 70, les régimes autoritaires de l’Amérique du Sud une décennie plus tard et les ex-Républiques soviétiques à l’heure actuelle – constituent le moteur et la source première des réflexions transitologiques(4.). En ce sens, il est intéressant de cerner d’abord la philosophie et les conceptions sous-tendant la transitologie pour pouvoir ensuite analyser le va-et-vient opéré entre les différents passages démocratiques et la  » théorie  » relative.
Le régime autoritaire, et la nécessité impérative de le modifier, constituent le point de départ de tout transitologue. Une analyse exhaustive et systématique(5.) s’ensuit, mettant en perspective tant les conjonctures que les acteurs décisifs pour le destin d’un pays donné, dans le but de réfléchir aux possibilités de démocratisation ou de transfert de « technologie institutionnelle « . L’attachement au changement est au coeur de cette approche et toute la transitologie peut être caractérisée comme  » une entreprise de dévoilement et de prédiction de l’avenir politique « (6.). A part la volonté prononcée d’élaborer des lignes directrices
pour la transition, on retrouve dans la littérature spécialisée un langage révélateur d’une certaine conception prescriptive et déterministe ;
déterministe non pas d’un point de vue épistémologique, mais dans le sens où les  » leçons  » ou  » recettes  » héritées des observations passées sont souvent propagées de manière mécanique(7.). Par conséquent, la transitologie a tendance à généraliser à l’extrême ses théorèmes institutionnels pour arriver à des conclusions qui sont présentées comme des acquis scientifiques.A ce propos Valérie Bunce relève une certaine ironie dans la mesure où les nouveaux régimes politiques de l’Europe de l’Est – après s’être
débarrassé du  » socialisme scientifique  » – sont maintenant informés par des  » experts  » occidentaux qu’il existe  » une démocratie et un capitalisme scientifiques  » imposables du haut vers le bas(8.).

Concernant la relation entre la transitologie et son objet d’étude, on constate que  » de nombreux observateurs des transitions sont devenus acteurs de celle-ci « (9.). L’exemple le plus connu nous est fourni par le sociologue brésilien Fernando Henrique Cardoso qui a gagné une réputation en tant que spécialiste dans le domaine du développement et le la théorie de la dépendance dans les années 70 et qui est devenu président de son pays en 1994. Dans le contexte de la transition et de la stabilisation démocratiques des nouvelles Nations en Europe orientale, on peut observer que les liens entre les transitologues – en premier lieu des économistes et des juristes – et les milieux politiques se sont multipliés au cours de ces dernières années.

A un niveau plus profond, l’essor de la transitologie – et de l’idéal de transition démocratique ainsi véhiculée – témoigne également des bouleversements politiques et idéologiques des deux dernières décennies. Ainsi, on peut considérer que le paradigme
démocratique a désormais réussi à s’imposer comme seul référentiel légitime tant au niveau idéel et scientifique qu’au niveau des formes de gouvernement concrètement adoptées. En théorisant, idéalisant et naturalisant la démocratie représentative telle que nous la connaissons à l’heure actuelle(10.), la transitologie néglige pourtant le fait que le modèle démocratique est le produit de configurations historiques spécifiques et que celles-ci sont également soumises à des transformations. Pour citer Ignacio Ramonet,  » la thèse de Francis Fukuyama sur la  » fin de l’histoire  » pouvait triompher : la démocratie était l’horizon indépassable de tout régime politique « (11.).

Par conséquent, sans vouloir nier les mérites et les effets positifs de la transitologie, on peut s’interroger sur ses capacités analytiques : elle ne propose aucune alternative au modèle de la démocratie libérale et de l’économie de marché ; modèle trop souvent perpétué sans questionnement critique par une certaine ingénierie politico-sociale.

Tobias Hagmann, SSP, Lausanne1 P. C. Schmitter,  » La transitologie : Art ou pseudo-science ? « , dans l’article très complet de
J. Santiso,  » De la condition historique des transitologues en Amérique latine et en Europe centrale et orientale « , in Revue internationale de Politique Comparée, vol. 3, n°1, 1996, p. 43
2 P. C. Schmitter et T. L. Karl,  » The Conceptual Travels of Transitologists and Considologists : How Far to the East Should They Attempt to Go ? « , in Slavic Review, vol. 53, n°1, 1994, p. 173
3 Voir comme exemple représentatif de ce ton péremptoire : A. Lijphart,  » The Southern European Examples of Democratization : Six Lessons for Latin America « , in Government and Opposition, vol. 25, n°1, 1995, pp. 69-84
4 Lire l’article de C. Offe,  » Vers le capitalisme par la construction démocratique ? : la théorie de la démocratie et la triple transition en Europe de l’Est « , in Revue française de science politique, vol. 42, n°6, décembre 1992, pp. 924-925
5 Lire les analyses systématiques élaborées dans le contexte de la démocratisation en Europe et en Amérique du Sud de G. O’Donnell, P. C. Schmitter et L. Whitehead, Transitions from Authoritarian
Rule : Prospects for Democracy, London, John
Hopkins University Press, 1984
6 J. Santiso, op. cit., p. 18
7 Ainsi A. Lijphart a soutenu à plusieurs reprises que la démocratie consociative serait la meilleure médecine pour des sociétés fragmentées, en leur  » prescrivant  » les mesures institutionnelles relatives à sa théorie sur la démocratie consociative.
8 Lire l’article critique de Valérie Bunce,  » Should Transitologists be grounded ? « , in Slavic Review, vol. 54, n°1, 1995, p.116
9 J. Santiso, op. cit., p. 43

10 En matière de typologie démocratique,l’ouvrage de A. Lijphart constitue une référence indispensable. Il est repris de manière quasi dogmatique par la grande majorité des politologues contemporains : A. Lijphart, Democraties : Patterns of Majoritarian and
Consensus Government in Twenty-One Countries, London, Yale University Press, 1984
11 I. Ramonet,  » chancelante démocratie « , in Le Monde diplomatique, octobre 1996, p. 1a contrario, numéro 6 janvier 1998


ait larbi

الانتخابات الرئاسية
مــن أجــل التغـيير السـلـمي

يتوجه الناخبون الجزائريون غدا الخميس 17 أبريل 2014 إلى صناديق الاقتراع. وسيفترض أنهم سيفعلون ذلك لاختيار رئيس الجمهورية للخمس سنوات القادمة.
في الدول الديمقراطية تجري الانتخابات أيام العطلة الأسبوعية، ويفترض أن تنظم عندنا أيام السبت، لأن جعل يوم الانتخاب عطلة مدفوعة الأجر، سيكلف الاقتصاد الوطني عدة ملايير نحن بحاجة لاستثمارها في مجال التنمية. ومن جهة أخرى فمن يريد أن ينتخب، سيفعل ذلك ولو في الليل، ومن يقاطع فلن ينتخب ولو منحت له عطلة مدفوعة الأجر لمدة أسبوع.
بعد هذه الملاحظة، أسجل أن الحملة الانتخابية كانت رديئة ودون مستوى التطلعات، خاصة ما يتعلق بالرئيس المترشح عبد العزيز بوتفليقة ورئيس حكومته الأسبق علي بن فليس.
تتلخص « البرامج  » في تبادل التهم والشتائم والوعود التي لا تلزم إلا من يؤمن بها، وفي مسائل محسومة « كالاستقرار والأمن » من جهة و »محاربة التزوير وتحرير الصحافيين واستقلال القضاء » من جهة أخرى، وغيرها من الشعارات التي لم تعد تقنع أحدا. وكنا ننتظر من مرشحي النظام نظرة مستقبلية في المجالات الاقتصادية والصناعية والعمرانية والفلاحية والاجتماعية والأمنية والتربوية والمؤسساتية لمدة جيل، وإبراز قدرات وإمكانيات الجزائر المادية والبشرية لوضع خطة جادة وبالأرقام لآفاق 2040. ولعل أسوأ وأخطر ما حدث بين المرشحين عبد العزيز بوتفليقة وعلي بن فليس يتلخص في أن الأول إما هو وإما الطوفان، والثاني إما أن يفوز أو الظلام، كأن الجزائر التي أنجبت ثورة نوفمبر أصبحت عاقرة ،لا تستطيع إنجاب دولة ديمقراطية بالوسائل السلمية.
وحول هذه الانتخابات، انقسمت الطبقة السياسية والمجتمع المدني والشخصيات إلى فئات متباينة، فالأولى تنادي بالمقاطعة والثانية بالمشاركة والثالثة مع العهدة الرابعة والخامسة ضدها والسادسة مع مرحلة انتقالية والسابعة مع احتلال الشارع… وكل هذه الاتجاهات ليست لها برامج ولا نظرة للمستقبل،لأن صلاحيتها تنتهي يوم 17 أبريل، وبعده ستصبح غير صالحة للاستهلاك.
والسؤال الذي ينبغي طرحه عشية هذه الانتخابات: ماذا ينبغي أن نعمل من أجل تغيير سلمي ابتداء من يوم 18 أبريل؟
يمكن أن نستخلص من النقاش الدائر منذ حوالي أربعة أشهر وجود شبه إجماع صريح أو ضمني حول القضايا التالية:
1 – ضرورة التغيير بالوسائل السلمية.
2 – إعداد دستور توافقي يتضمن تجديد العهدة الرئاسية مرة واحدة فقط، وتوسيع مجال الحريات الأساسية وحقوق الإنسان والمواطن، والتقليص من صلاحيات رئيس الجمهورية لصالح الحكومة والبرلمان، واستقلال القضاء، ومحاربة الفساد بكل أشكاله والتداول على السلطة بانتخابات نزيهة.
3 – مراجعة بعض القوانين وعلى رأسها ما يتعلق بالانتخابات والأحزاب والجمعيات والإعلام والسمعي البصري.
4 – فتح المجال للشباب في كل المجالات والمؤسسات .
5 – جعل الجيش ومصالح الأمن خارج اللعبة السياسية وفي الخدمة الحصرية للشعب والوطن والدولة، بغضّ النظر عن الأغلبية الرئاسية أو البرلمانية.
6 – ضرورة بناء الدولة الديمقراطية ورفض فكرة
وقصد تجسيد هذا القاسم المشترك، أرى أنه لا بد من فتح حوار بين قوى التغيير السلمي أينما كانت وبدون إقصاء. ولكن التغيير السلمي لا يمكن تجسيده بدون مشاركة السلطة. مما يقتضي وضع خطة واضحة يلتزم بها الجميع. ويمكن تلخيص هذه الخطة في :
ا – وضع إطار مرن تلتقي فيه قوى التغيير السلمي للاتفاق حول برنامج انتقالي في إطار المؤسسات القائمة.
ب – دعوة السلطة لمناقشة البرنامج الانتقالي وتحديد المراحل عن طريق وضع رزنامة دقيقة ومفصلة.
ج – تأسيس لجنة وطنية تضم ممثلي الأحزاب والجمعيات والشخصيات والسلطة للعمل التوافقي. ويمكن أن تكون برئاسة شخصية تحظى بثقة الجميع، وأرى أن الرئيس اليمين زروال مؤهل لهذه المهمة.
د – تنظيم انتخابات رئاسية وتشريعية مسبقة في مدة تتراوح بين 12 و18 شهرا. ويتم خلال هذه الفترة إعداد البرامج وبروز شخصيات شابة تتحلى بالنزاهة، وتتمتع بكفاءة عالية تمكنها من دخول الانتخابات المقبلة بقوة. وسينتخب الشعب عن دراية، بعد وضع آليات واضحة لضمان انتخابات حرة ونزيهة فعلا. وسيسترجع الشعب سيادته بالوسائل السلمية. ولكن إذا لم تستجب السلطة للرغبات الشعبية في الانتقال إلى نظام ديمقراطي بالوسائل السلمية وفقا للمقاييس الدولة فستتحمل مسؤولية ما يمكن أن يحدث وحدها.
وفي هذا الإطار، فإنني مستعد للمشاركة الفعلية في أي نشاط هدفه التغيير السلمي في خدمة الشعب وخاصة الطبقات المحرومة، وفي خدمة جزائر الغد، جزائر الحقوق والحريات والكرامة والعدالة.


Ni glaciation, ni guerre civile, ni attentisme pour notre pays

Encore une fois, devant la gravité et l’urgence de ce qui se passe en Algérie à l’occasion de cette psychédélique «élection présidentielle 2014», je ne peux m’empêcher de penser que ce serait criminel, de la part de tout Algérien qui se respecte, de surcroît revêtu du privilège de faire un métier d’intellectuel comme j’en ai l’honneur et le privilège, de demeurer indifférent, encore moins silencieux.

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Levons tout d’abord une tenace ambiguïté à mon sujet, ambiguïté qui me fait de la peine et qui est injuste, entretenue par certains milieux que cela arrange afin de discréditer mes «dérangeants» discours et interventions en me faisant la réputation d’être un «arriviste» qui a «fui l’Algérie pour mener la belle vie ailleurs», doublé d’un nostalgique dangereux cryptocommuniste, sous-produit d’un non moins dangereux cryptoboumédiéniste.

Tous ceux qui me connaissent savent — j’explique cela en détail dans Algérie, entre l’exil et la curée, paru en 1989) — que j’ai été, de diverses mais fermes et efficaces façons, poussé vers la porte de sortie de mon pays dès le milieu des années 1970. C’était la mort dans l’âme et le cœur déchiqueté que ma famille et moi avons pris la voie de l’exil. Avec nos têtes et nos tripes, nous vivons toujours au sein de ce pays que nous aimons sans limites. La plaie est vive et ne se fermera jamais, pour ce qui me concerne. Quant au cryptoboumédiénisme, innombrables sont les témoins qui pourraient attester du fait que j’étais l’un des plus précoces amères critiques de ce système, alors que beaucoup de ceux qui m’en accusent en étaient de zélés adeptes et profiteurs.C’est donc en Algérien, en simple et total Algérien que je lance ce cri à mon pays et à ceux qui pourraient intervenir, avant que ne soit ouverte la voie au pire, afin de stopper immédiatement cette macabre mascarade électorale et tenter de nous mettre sur des pistes qui pourraient sauver le futur.

Quelle que soit la personne «élue» avec l’actuel «système algérie», le scénario mortifère demeurera et s’aggravera très vite, boycott ou non

Tout d’abord, le non-engagement, l’appel au boycott ou le retrait de la course de «figures» comme les Mouloud Hamrouche, Ahmed Benbitour, Soufiane Djilali, Kamel Benkoussa ou encore le général TaharYala… m’incitent à en faire une lecture à la fois mitigée et amère. Une lecture mitigée, d’un côté, parce que j’ignore les vraies motivations (je ne parle pas des motifs déclarés) qui se tissent derrière chacune de ces attitudes en termes de véritables et profondes convictions ou, encore moins, les authentiques différences et distances par rapport aux socles du «système Algérie» tel qu’il a toujours été et tel qu’il est pérennisé par Bouteflika.

Ces «figures» restent, qu’on le veuille ou non, d’une façon ou d’une autre, «redevables» à ce même système pour leur propre «ascension» et, forcément, peu ou prou liées à l’un ou l’autre des clans des «traditionnels» faiseurs de pouvoir en notre pays… Comment imaginer l’avènement de la radicale révolution des mœurs politiques dont on a urgemment besoin ? Une lecture amère, d’un autre côté, parce que je me vois obligé de faire le constat qui semble se dégager, dans nos sphères de prise potentielle du pouvoir, qu’aucune force-tendance suffisamment solide pour réellement modifier en profondeur ou transcender cinquante années de gabegie politique érigée en cynique et ostentatoire mode de gouvernance qui ne dissimule même plus ni sa profonde corruption ni ses pestilentielles pratiques mafieuses.

Cette gabegie devient de plus en plus surréaliste mortifère «système» mais en plus, désormais, hallucinante arrogance d’incompétents-impotents propre à faire rougir Ubu, Néron, Amin Dada et Caligula réunis ! Car rien, absolument rien, en l’état, ne me paraît, à ce que j’observe, pouvoir stopper l’accélération des létales nuisances (et l’action-pouvoir de leurs acteurs enracinés) qui minent le pays. Autant de murailles dressées contre toute évolution (révolution) digne de ce nom.

Calcul de gain politique pour plus tard ? mais quel horizon de «plus tard» pour un pays descendu aussi bas et sous menace d’explosion imminente ?

Sans parler de puissances extérieures fort intéressées par une certaine «continuité» des choses en Algérie : pensons à l’heureux «hasard» de la récente virée algérienne de John Kerry et à l’hallucinante pièce de vaudeville jouée autour de la «traduction» de ses paroles faisant état «d’élections claires et transparentes…» ! Je comprends donc et approuve ces retraits, même s’il peut y avoir d’habiles calculs de plus ou moins basse politique politicienne derrière certains, mais je ne peux résister à me poser la question : in fine, quelle élection de qui aurait été, ou serait, le prélude à la révolution copernicienne dont le système Algérie a besoin ? Quel boycott stoppera une chronique de réélection annoncée, de surcroît ostensiblement souhaitée-appuyée par Washington et consorts ?

Ma lecture serait cependant incomplète si je ne revenais à la question cruciale du rôle de cet énorme lobby montant qu’est le milieu du business en Algérie. Même en proie à de fortes bisbilles entre factions qui ne relèvent pas des mêmes hommes-liges en haut lieu, ce lobby est forcément objectivement porté à plutôt s’accommoder d’une continuité des opacités et magouillages qui tiennent lieu de politiques économiques algériennes qu’à encourager le (vrai) changement. Comment en juger autrement quand à peine 40 membres du FCE sur 500 se présentent à une réunion dont l’objet était le positionnement quant à cette quatrième candidature ? Quand ce lobby finit par adouber officiellement l’inimaginable ? Pour moi donc, la situation est limpide et m’inspire ceci :
1- il est impossible d’imaginer un «challenger» qui ne soit dans l’obligation de s’allier moult appuis occultes de notre sombre «système Algérie» et «alliés internes et externes», y compris parmi la kyrielle de très hauts officiers actuels (presque tous issus de «l’Ouest») nommés et placés par Bouteflika ;
2- il est tout aussi impossible de soutenir ni cautionner une candidature qui ne soit et s’annonce clairement capable d’être en rupture totale (je dis bien totale) avec tout ce qui ce qui touche de près ou de loin à une quelconque «continuité» par rapport au système algérien tel qu’il est depuis pratiquement l’indépendance. Système auquel il convient d’ajouter aujourd’hui les carnages de l’adoption d’une idéologie économique (donc modèle de gouvernance) résolument néolibérale, ce qui n’est pour déplaire à aucune des factions magouilleuses, à commencer par le milieu du business.

On comprendra que je fais ici allusion à ce que, devant l’insondable cul-de-sac dans lequel nous sommes et devant l’impossible attentisme, notre armée se décide à prendre les choses en main car elle reste le dernier recours. Mais c’est une grande question qui est ici posée car elle touche aussi le cœur de ce que j’appelle le «système Algérie». Sans l’ALN, puis l’ANP et ses hauts gradés, à commencer par le défunt Boumediène, rien de consistant sur l’histoire algérienne récente et contemporaine ne peut se dire. Tout d’abord, il est clair que notre armée — en particulier bien sûr, ses hauts officiers — est loin d’être si homogène et monolithique qu’on pourrait le penser.

Tous les cadres de l’ANP, sans doute plus particulièrement parmi les générations promues post-indépendance, ne sont pas, loin s’en faut, des accapareurs tous azimuts, des assoiffés de prestige, de luxe, de pouvoir-hagra ou de sombres éminences grises. Il y a donc, en Algérie, armée et armée, et en particulier les nouvelles générations de hauts gradés capables de penser et agir de façon désintéressée-transcendantale. De surcroît, le rôle historique de cette institution en a toujours fait un élément incontournable parmi les institutions et les interlocuteurs de la politique de notre pays. Elle doit donc prendre, plus que jamais, de grandes responsabilités devant l’histoire.

Notre pays n’en peut tout simplement plus. Les temps de l’amateurisme et des incompétences boulimiques ont atteint leurs ultimes limites. Il y a péril imminent en la demeure Algérie. Il faut absolument que l’unique institution qui en est capable, notre armée, «stoppe tout» immédiatement et convoque en urgence une Assemblée constituante en règle (la Tunisie vient d’en recueillir les fruits, pourquoi pas nous ?) représentative de toutes les tendances politiques, ethniques, régionales… de toute l’Algérie, de tous ses recoins, et veiller à ce qu’elle aboutisse à une seconde République largement appuyée sur le peuple et la société civile, et non pas sur des groupes de pression, de forces ou d’influences instituées telles que la religion, l’argent, la propriété, les clercs de service…

C’est là le scénario de salut public algérien que je privilégie depuis toujours et que je réclame depuis des années : tout effacer et reprendre à zéro ; seule l’amputation rapide et à vif peut venir à bout de la gangrène. Et cette gangrène est aussi profonde que tentaculaire, comme en témoignent les tristes statistiques suivantes concernant le classement et la situation de l’Algérie dans le monde : 185e place (sur 192 pays) dans le Doing Business, 152e place dans la corruption, 175e place dans l’efficacité de l’administration, 134e place dans l’innovation et recherche (sur 141 pays), 146e place dans liberté économique (sur 178 pays)… dépendance dramatique des importations en produits de consommation tels que le sucre (100%),  les légumes secs (85%), les viandes rouges (18%), les huiles végétales (95%), les céréales (70%), les viandes blanches (90%), le lait (57%),  et même… les poissons (11%)… Ajoutons au portrait les avalanches de scandales politico-financiers qui n’en finissent plus (Khalifa, Sonatrach, autoroute Est-Ouest, BRC…), les taux d’inflation et de chômage record, les injustices et inégalités abyssales, l’inéluctable imminente dégringolade des prix mondiaux des hydrocarbures combinée à la non moins inéluctable montée en flèche des prix des produits importés… et nous avons un cocktail si explosif que toute solution «attentiste» ne serait qu’un criminel plongeon vers de bien sombres perspectives.

Peut-être, diront certains, que ce que je propose s’apparente aussi à une forme d’attentisme… soit, mais quel autre choix avons-nous ? Sinon l’espoir qu’un nouveau pouvoir sorti des suffrages du peuple (avec un intérim le plus bref et le plus neutre-intègre possible) puisse nous tracer des voies de sortie, hors les pièges des girons néocolonialistes de type «mondialisation/néolibéralisme» dont on constate chaque jour les carnages et telles que certaines qui ont fait leurs preuves comme en Malaisie, Indonésie, Corée du Sud…

Omar Aktouf : Professeur titulaire, HEC Montréa

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Communiqué

Le Front des Forces Socialistes a décidé d’entamer des rencontres avec les acteurs politiques et sociaux pour la tenue d’une Conférence de Consensus pour une issue démocratique et pacifique à la crise nationale.

Des contacts seront pris avec les parties qui ont manifesté un intérêt pour une approche consensuelle des questions politiques, économiques, sociales, environnementales et culturelles qui se posent au pays. Ceci afin d’assurer l’unité, la cohésion et la souveraineté nationale dans un contexte international et régional sensible, et de répondre aux besoins de développement durable, de diversification économique et de demandes sociales urgentes.

L’objectif de cette Conférence est d’offrir un cadre d’échange et de concertation à tous les participants : formations politiques, candidats à l’élection présidentielle, personnalités indépendantes, universitaires, animateurs et organisations sociales.

Le but est de parvenir à définir ensemble un certain nombre de règles permettant un meilleur fonctionnement de l’Etat et des institutions acceptées et respectées par tous. Il s’agit aussi de définir ensemble les étapes, les instruments et les modalités pour mettre en place un système politique ouvert et édifier une république moderne à la fois, démocratique et sociale.

Sur certaines questions d’intérêt national, un consensus sur les politiques à mener est d’une importance vitale pour faire renaître la confiance, remettre le pays au travail et préserver l’avenir des générations futures.

Pour la préparation de cette Conférence de Consensus, le FFS ne pose aucun préalable mais, instruit par les expériences passées, il sera attentif à réunir les conditions de la réussite.


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Omar Aktouf. économiste

«La seule ‘‘stabilité’’ semble être celle des gains et privilèges des gens du pouvoir et de leurs clientèles»

Professeur en management à HEC Montréal (Canada), Omar Aktouf n’est plus à présenter. Dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder, l’économiste connu et reconnu dans le monde entier tire la sonnette d’alarme sur les dangers qui guettent l’Algérie. Pour lui, le chômage abyssal des jeunes sur fond de développement d’une caste d’affairistes et fortunés aux revenus aussi insensés que douteux sont des ingrédients d’une révolte annoncée, d’autant que, regrette-t-il, rien n’indique que le régime actuel ait tiré une quelconque leçon de ce qui est arrivé en Tunisie, Egypte… et aujourd’hui en Syrie ou en Ukraine. Bien au contraire.

-La candidature «muette» de Bouteflika à sa propre succession pour un quatrième mandat a plongé l’Algérie dans un climat d’incertitudes. Pourtant, notre diaspora à l’étranger, loin d’être négligeable, reste étrangement placide. Pourquoi ?

Personnellement, je ne dirais pas que notre diaspora est «placide», mais plutôt qu’elle est (tout comme moi-même, en fait) profondément atterrée et tétanisée devant l’ampleur inouïe de la gabegie et de l’ubuesque qui atteignent aujourd’hui notre pays, devenu la risée mondiale. Je pense aussi que notre diaspora reste les bras ballants devant l’extrême timidité (pour ne pas dire silence total) de ladite «communauté internationale» face à ces tréfonds de bafouage de la démocratie qui frappent l’Algérie (alors qu’elle se déchaîne par ailleurs à propos de ce qui se passe en Ukraine, Iran et autres Venezuela). Notre diaspora me semble également profondément perplexe, sinon au comble de la déception et du désenchantement devant l’apathie (même s’il y a çà et là de relatives protestations et manifestations isolées) dont font preuve nos «élites» de la société civile «établie», qu’elles soient intellectuelles ou, surtout à mon avis, institutionnelles-corporatistes du genre FCE et ses think-tanks, associations «progressistes» diverses, cohortes d’«experts internationaux» nationaux abonnés aux séjours en Algérie.

Ces «élites» qui, souvent, n’hésitent pas à se positionner en parangons de la modernisation de l’Algérie, de sa mise à niveau «démocratique» et «business-stratégique», se voulant au diapason des nations les plus «évoluées», se révèlent finalement (sans généraliser, il y a évidemment des exceptions) bien plus opportunistes et prêtes à s’accommoder de n’importe quel Néron, Staline, Tartarin, ou même fantôme à la tête du pays. Et ce, en plus des cliques, galonnées ou non, qui gravitent autour et qui assurent la pérennité des magouilles, appuis occultes et passe-droits, nid de bien des «affaires» juteuses.

Le sort du pays et du peuple n’a jamais fait partie de leurs préoccupations en dépit des discours poujadistes-populistes dont ces milieux font preuve à l’occasion, pourvu que soit garantie la continuité de leur confortable affairisme et de leurs intérêts égoïstes immédiats. Ceux-ci sont par ailleurs largement présentés (et opportunément relayés par certains médias aux ordres, vulgate ultra-libérale aidant), comme synonymes de l’intérêt général, de sources de progrès économiques et sociaux, de créations d’emplois, de développement collectif… Sinon de propulsion du pays au rang de «l’émergence» grâce à une miraculeuse éclosion de salutaires héros-entrepreneurs-leaders qui méritent, en plus de leur enrichissement personnel infini, vénération, adulation et reconnaissance (ce dont on voit les résultats par exemple au Mexique où se trouve le second homme le plus riche du monde et 45% de la population en pauvreté absolue).

La persistance de ce genre de pensée chez nos «élites» économiques (ainsi que chez certains médias, certaines franges de la société civile), malgré les cuisants échecs du néolibéralisme — et ipso facto des modes de gouvernance — management qui l’accompagnent —, donne pour nous une amère impression d’aveuglement dogmatique ultra libéral. Dogmatisme devenu non seulement stupide mais désormais criminel (comme le répètent inlassablement, entre autres, des Nobel tels que Stiglitz, Krugman, ou des R. Reich, Al Gore, etc.).

A cette impression d’aveuglement doublée d’ignorance volontaire de toute autre forme de pensée que néolibérale, vient s’ajouter celle de l’emprise d’un pur et simple arrivisme-opportunisme fortement appuyé sur un désastreux (et fort lucratif pour ceux qui en profitent) statu quo théorique et idéologique, s’acharnant à ressasser les mêmes leitmotiv : ce qui fait le boulimique intérêt des dominants ferait aussi, automatiquement et par on ne sait quelle vertu de pensée magique, celui des masses populaires. Faire sans cesse plus de néolibéralisme est non seulement censé guérir les maux issus de ce même néolibéralisme, mais aussi propulser vers de radieux lendemains de «changements et progrès».

Pour finir sur cette question, il me semble qu’il est un autre aspect de fort grande importance : ne pas oublier qu’une partie (largement) non négligeable de notre diaspora entretient de bien juteuses relations de business avec le système Algérie tel qu’il est et a presque toujours été, Bouteflika ou pas : ce sont les intermédiaires de tous poils, les représentants de multinationales, les «consultants» en tout et rien, les innombrables vecteurs de ristournes et rétro-commissions, les omnipotents experts importateurs de «modèles occidentaux avancés» qui viennent donner un salutaire adoubement «scientifique» aux plus douteuses des pratiques d’enrichissements illimités, sinon de lavage d’argent public, d’évasion fiscale, d’exploitation infinie des citoyens et de la nature (la sempiternelle «stratégie de la compétitivité»)… Cette diaspora-là, par ailleurs la plus visible au pays, ne dénoncera jamais ni ne se lèvera contre qui que ce soit au pouvoir en Algérie tant que les poches des uns et des autres se remplissent.

-Qu’est-ce qui fait courir, selon vous, les adeptes du 4e mandat ? Est-ce pour maintenir un système de prédation ou pour, comme ils le prêchent, garantir la stabilité et le progrès économique ?

Un certain Einstein répétait que «Refaire constamment les mêmes choses et clamer ou espérer qu’il en résultera le changement, relève soit de la bêtise soit de la folie». Voilà un des aspects sur lesquels ce régime Bouteflika qui n’a cessé de promettre emplois pour les jeunes, justice sociale, transparence des institutions, Etat de droit, solidarité nationale… a, plus que les autres (car il avait le recul et le temps d’en voir les dégâts mondiaux, et cela jusqu’aux portes mêmes de l’Algérie, en Europe) gravement failli, autant socialement qu’économiquement et politiquement. Il est gravement coupable de ne pas avoir compris (ou refusé de comprendre) que s’imposait d’urgence une totale rupture avec les doctrines néolibérales et un virage radical vers des «modèles» quasiment aux antipodes du modèle libéral-US, et qui ont largement et constamment fait leurs preuves : ceux de l’Europe du Nord et des Tigres et Dragons asiatiques.

J’insiste sur ce point, car partout ce sont les milieux d’affaires-faiseurs d’argent (money makers comme on dit sans hypocrisie ni complexe en langue anglaise) qui sont présentés (et se présentent) comme des super-élites philanthropiques, preux chevaliers sauveurs des peuples, du bon droit, de la démocratie, de l’économie, du bien-être général, du «progrès». Et c’est bien ce que l’on voit chez nous : cette super-élite de money makers est, à grands renforts de triomphants think-tanks et super «experts» made in US ou France…, ainsi présentée et imposée aux Algériens. Le résultat est que notre peuple, intellectuels et institutions de la société civile compris, finit par être dupe de ce discours, et même par s’en approprier les principes idéologiques érigés en haute science.

C’est alors que peuple et société civile apparaissent finalement, et malgré les sporadiques protestations, à la diaspora comme tout aussi tétanisés qu’elle, las, fatigués d’années de violences et de sang, en plus d’être «achetés» par manne pétrolière interposée, embrigadés, muselés, férocement réprimés à la moindre manifestation ; bref, impuissants et n’aspirant qu’à une chose : décrocher un visa pour l’étranger et fuir une patrie qui leur échappe de toutes parts.

-Quel scénario voyez-vous pour l’après-17 avril 2014 ? Un «printemps algérien» serait-il inéluctable ?

Je dirais que personnellement je crains, hélas, autant un avant le 17 avril qu’un après, bien que je souhaite ardemment me tromper. Car, malheureusement, tous les ingrédients (et même plus) qui ont conduit au déclenchement desdits printemps arabes semblent réunis : chômage abyssal des jeunes ; fortunes et revenus aussi insensés que douteux de nos nouveaux super riches (une quarantaine de milliardaires et cinq milliers de millionnaires en euros connus !) dont certains figurent dans les «top 500» du monde ; ampleurs sans précédent des inégalités et injustices qui en découlent ; absence endémique de perspectives pour la jeunesse ; catastrophique Education nationale ; multitudes de diplômés chômeurs ; inflation hors contrôle ; revenus d’exportations (qui ne sont qu’hydrocarbures) en baisse à cause des chutes des prix mondiaux et des produits de schistes ; importations en hausse à cause des spéculations internationales sur tous les produits de premières nécessité ; «Etat» qui n’est plus que chaise musicale de rentiers, scandales, couverture de méga corruption, figuration bureaucratique sclérosée, comité de gestion des intérêts de ses kidnappeurs de l’ombre et de la nouvelle classe dominante d’arrivistes qui s’y accrochent ; agriculture sinistrée ; industrie, infrastructures, PIB… ridiculement anémiques, même comparés à des nains comme la Malaisie ; secteur privé largement extraverti avec des entreprises (statistiques désormais dépassées sans doute) dont 68% des chefs ne déclarent pas leurs salariés aux caisses de sécurité sociale, 72% les rémunèrent en dessous du SNMG, 55% les font travailler 12 heures par jour ; des centaines de jacqueries populaires un peu partout pratiquement tous les mois ; conflits sociaux qui virent aux affrontements ethniques sanglants (région du M’zab par exemple)…

Ne voilà-t-il pas une dangereuse accumulation d’ingrédients d’une bombe à retardement qui n’attend que l’étincelle fatidique ? Craignons, à Dieu ne plaise, que ce ne soit cette grotesque candidature fantomatique, avant ou après le 17 avril. Il est connu en sociologie politique que lorsqu’environ 25% d’une population est spoliée au point de ne plus rien avoir à perdre, la révolution n’est pas loin. Reste à espérer qu’elle ne soit point sanglante, ou que nos «élites» et dirigeants/dominants se mettent de toute urgence à vraiment changer les choses et appliquer ce conseil de Machiavel : «Prince, si tu crains la révolution, fais-la !». Hélas ! Je ne peux être de ceux qui clament «la stabilité» du pays comme synonyme du règne de l’actuelle présidence. Je ne vois personnellement que stagnations et reculs, la seule «stabilité» semble être celle des gains et privilèges de nos gens du pouvoir et de leurs clientèles, autant intérieures qu’extérieures. Nous ne sommes en effet pas du tout à l’abri d’un printemps algérien. Je ne vois nulle part qu’on ait tiré une quelconque leçon de ce qui est arrivé en Tunisie, Egypte… et aujourd’hui en Syrie ou Ukraine. Bien au contraire.

-Ce climat politique délétère ne risque-t-il pas d’avoir des conséquences gravissimes au plan économique, notamment sur la confiance dont notre pays a plus que jamais besoin auprès de ses partenaires étrangers, des institutions et des marchés financiers ?

Le climat délétère dont on parle ne fera, à mon sens, qu’aggraver un manque de confiance déjà «structurel» qui accable l’Algérie depuis des années. Sa cote dans le monde est déjà bien basse : que de lamentables classements dans les indicateurs internationaux de sérieux, de qualité de vie, de gouvernance. Rien de nouveau sous le soleil, si ce n’est d’autres nuages qui s’accumulent dans notre ciel, et dont notre pays se serait bien passé. Ma position sur la question des partenaires étrangers et des institutions internationales (les FMI, Banque mondiale, OMC…) a toujours été limpide : rien de bon pour les pays non nantis et tout pour les pays riches et les riches des pays pauvres.

Ce que le dernier Davos, l’OIT, Oxfam… viennent de confirmer en montrant comment ces institutions et leur néolibéralisme entêté conduisent à la mainmise de la finance sur les Etats, l’aggravation de la pauvreté globale, l’enrichissement insolent des multinationales, le saccage du tiers-monde, l’hyperconcentration stérile des richesses (85 personnes possèdent l’équivalent de l’avoir de la moitié de la planète, 400 citoyens américains possèdent plus de richesses que la moitié de la population US, etc.), la destruction des classes moyennes, la dévastation de la nature… Que ces institutions se tiennent loin de l’Algérie ne me pose aucun problème, au contraire ! Quant aux investisseurs étrangers et aux marchés financiers, on voit bien les résultats de leurs actions un peu partout (à commencer par le chaos argentin de 2003 et à finir par la déroute de l’Europe en voie d’être classée — hors Allemagne —, comme ensemble de «pays émergents» et une France «sous surveillance»).

Les investisseurs ne cherchent qu’à retirer toujours plus que ce qu’ils mettent, quitte à corrompre, spolier, déplacer des populations, polluer, semer la misère, voire la mort et les génocides (région des grands lacs en Afrique subsaharienne, notamment). Les marchés financiers ne sont pratiquement que spéculation, argent sale, évasions fiscales (manipulation de la dette grecque par Goldman Sachs, survaleur titanesque de Facebook, Microsoft, Google…, gigantesques magouilles fiscales et monétaires de McDonald, Starbucks, Barclay…). Pour moi, l’Algérie doit d’abord se sortir de sa tenace image d’absence de sérieux, d’incessant bricolage politico-économique, et ensuite rompre d’urgence avec l’économisme néolibéral et ses sous-produits assassins : le «stratégisme-managérialisme» à l’américaine.

Regardons vite du côté de pays qui ont brillamment réussi «autrement», comme les Tigres et Dragons asiatiques, dont la minuscule Malaisie (double du PIB algérien, moitié de la taille de la France). Cette question renvoie à celle des institutions et leur fonctionnement. Or, ce que l’on voit le plus en Algérie c’est une agitation frénétique autour de l’importation de modes, programmes et diplômes (MBA, DBA…) qui ne sont que techniques, how-to, simples procédures de niveau méso et micro : ce qui se retrouve derrière des théories et pratiques traitant de «stratégie», «management», «gouvernance»… Tout cela n’est que «techniques» ou modalités opératoires absurdes en soi, manquant cruellement de perspective autres que le fait de «prendre soin de l’argent» et le multiplier à n’importe quel prix. Ce dont nous manquons le plus, c’est de vision macro, de paradigme, de finalité, de sens et de raisons quant à ce que nous faisons en guise d’activités dites économiques. Pour qui ? Pourquoi ? Pour quel projet de société ? Quelle communauté humaine ? Quel niveau de vie et pour qui ? Aucun «how-to» ne répond à ces questions fondamentales. La multiplication des écoles de gestion à la US (que du «how-to») et des diplômés de ces écoles temples du néolibéralisme ne feront qu’aggraver les choses, point ! Une constituante serait ici fort utile pour établir un projet de société et dire si notre peuple veut une Algérie à la US ou non.

-L’Algérie est très mal classée dans de nombreux domaines socio-économiques au moment où le Premier ministre Sellal sillonne le pays en louant les grandes réalisation du Président-candiadat. Un changement de cap est-il inélucatble ?

Ce sont des statistiques et des faits dévastateurs pour notre pays. Elles ne font que confirmer ce que l’on atteint à foncer tête baissée dans les affres du néolibéralisme et du désormais létal modèle US qui a été utile et efficace en un temps passé, mais qui n’est plus que criminels boursicotages et châteaux de cartes financiers sur le dos des classes moyennes, de la nature et du salariat (voir Inequality for all de R. Reich et Inconvenient truth de Al Gore…). Ce ne sont pas là les «réalisations» de notre seul Président-candidat actuel, elles découlent de politiques économiques faites de bric et de broc et de fantaisistes revirements d’incompétents depuis quasiment l’indépendance de notre pays.

De plus, depuis l’ère de notre «ouverture» au capitalisme et la mondialisation néolibérale, l’Algérie a tout abdiqué au dieu marché autorégulé («institution qui n’a ni cœur ni cerveau» comme disait le Nobel Paul Samuelson). Ce sera donc ma conclusion : confier le destin de pays et peuples à un prétendu «libre marché» n’est que dénaturation de l’Etat devenu repaire de businessmen et vassal d’un nouveau clergé imposant les desiderata du business comme «sciences», «ordre naturel des choses». Or, les forces du business mènent, lorsque non surveillées et encadrées (elles le sont, avec les résultats qu’on connaît, en Allemagne, Suède, Japon, Malaisie, Corée du Sud…) inéluctablement aux corruptions (les lobbies US ne sont qu’hyper corruption légalisée), aux scandales, aux injustices, aux inégalités, à l’épuisement accéléré de la nature. Il n’est pas trop tard pour l’Algérie pour changer de cap, mais le temps joue terriblement contre nous.

Naima Benouaret
in El Watan, 10 mars 2014


Des citoyens ont fermé l’autoroute Est-Ouest

 

le 22 08.11.el watan |

La tension ne cesse de monter dans la commune d’Al Adjiba, à 25 km à l’est de Bouira.

Les villageois de Semmache, après une semaine de pourparlers infructueux avec les responsables municipaux pour que ces derniers s’engagent à améliorer leurs conditions de vie, ont décidé de passer à un stade supérieur de la protestation. Plusieurs jeunes manifestants, issus de cette localité, ont fermé, hier matin vers 9h, les deux voies de l’autoroute Est-Ouest au niveau de la commune d’Al Adjiba.

Cette action vient après plusieurs jours de sourde oreille de la part des responsables locaux. «Nous protestons pacifiquement et nous avons procédé à la fermeture de l’autoroute pour attirer l’attention des pouvoirs publics, mais jusqu’à maintenant aucun responsable n’a jugé utile de venir nous voir», a affirmé le porte-parole de ce mouvement de protestation. Ainsi, les villageois, qui sont venus pour poursuivre leur mouvement de contestation et fermer le siège de l’APC, ont été surpris par un groupe de jeunes qui se trouvaient à l’intérieur du siège de la mairie et qui ne cessaient de les provoquer, à en croire les manifestants.

«Nous sommes venus le matin pour protester pacifiquement devant le siège de l’APC et puis des jeunes perturbateurs qui se trouvaient à l’intérieur de la mairie n’avaient pas cessé de nous provoquer. Nous n’avons pas voulu répondre à leur insolence», ajoute notre interlocuteur. L’autoroute a été rouverte à la circulation automobile à 12h30. Il faut noter qu’aucun incident n’a eu lieu avec les brigades antiémeute de la Gendarmerie nationale qui sont arrivées en nombre sur les lieux. De plus, le déplacement du chef de daïra de Bechloul n’a rien apporté quant aux revendications des habitants de Semmache. Ces derniers comptent aller jusqu’au bout.

Ali Cherarak