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contrat de Rome

LE CONTRAT NATIONAL SIGNE A ROME, EN 1995

Texte intégral de la plate-forme portant « contrat national » et sanctionnant la rencontre de huit partis algériens d’opposition à Rome, organisée par l’association catholique Sant’Egidio, du 8 au 13 janvier 1995.

A. Cadre : valeurs et principes

Les participants s’engagent sur la base d’un contrat national dont les principes sont les suivants et sans l’acceptation desquels aucune négociation ne serait viable :
– La déclaration du 1er novembre 1954 : » la restauration de l’État algérien souverain démocratique et social dans le cadre des principes de l’Islam » (art. 1).
– Le rejet de la violence pour accéder ou se maintenir au pouvoir.
– Le rejet de toute dictature quelle que soit sa nature ou sa forme et le droit du peuple à défendre ses institutions élues.
– Le respect et la promotion des droits de la personne humaine tels qu’énoncés par la Déclaration universelle, les pactes internationaux sur les droits de l’homme, la convention internationale contre la torture et consacrés par les textes légaux.
– Le respect de l’alternance politique à travers le suffrage universel.
– Le respect de la légitimité populaire. Les institutions librement élues ne peuvent être remises en cause que par la volonté populaire.
– La primauté de la loi légitime.
– La garantie des libertés fondamentales, individuelles et collectives quels que soient la race, le sexe, la confession et la langue.
– La consécration du multipartisme.
– La non-implication de l’armée dans les affaires politiques. Le retour à ses attributions constitutionnelles de sauvegarde de l’unité et de l’indivisibilité du territoire national.
– Les éléments constitutifs de la personnalité algérienne sont l’islam, l’arabité et l’amazighité; la culture et les deux langues concourant au développement de cette personnalité doivent trouver dans ce cadre unificateur leur place et leur promotion institutionnelle, sans exclusion ni marginalisation.
– La séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.
– La liberté et le respect des confessions.

B. Mesures devant précéder les négociations

1. La libération effective des responsables du FIS et de tous les détenus politiques. Assurer aux dirigeants du FIS tous les moyens et garanties nécessaires leur permettant de se réunir librement entre eux et avec tous ceux dont ils jugent la participation nécessaire à la prise de décision.
2. L’ouverture du champ politique et médiatique. L’annulation de la décision de dissolution du FIS. Le plein rétablissement des activités de tous les partis.
3. Levée des mesures d’interdiction et de suspension des journaux, des écrits et des livres prises en application du dispositif d’exception.
4. La cessation immédiate, effective et vérifiable de la pratique de la torture.
5. L’arrêt des exécutions des peines capitales, des exécutions extrajudiciaires et des représailles contre la population civile.
6. La condamnation et l’appel à la cessation des exactions et des attentats contre les civils, les étrangers, et de la destruction des biens publics.
7. La constitution d’une commission indépendante pour enquêter sur ces actes de violence et les graves violations des droits de l’homme.

C. Rétablissement de la paix

Une dynamique nouvelle pour la paix implique un processus graduel, simultané et négocié comprenant :
– d’une part, des mesures de détentes réelles : fermeture des camps de sûreté, levée de l’état d’urgence et abrogation du dispositif d’exception;
– d’autre part, un appel urgent et sans ambiguïté pour l’arrêt des affrontements. Les Algériennes et les Algériens aspirent au retour rapide à la paix civile. Les modalités d’application de cet engagement seront déterminées par les deux parties en conflit avec la participation active des autres partis représentatifs. Cette dynamique exige la participation pleine et entière des forces politiques représentatives et pacifiques. Celles-ci sont en mesure de contribuer au succès du processus en cours et d’assurer l’adhésion de la population.

D. Le retour à la légalité constitutionnelle

Les partis s’engagent à respecter la Constitution du 23 février 1989. Son amendement ne peut se faire que par les voies constitutionnelles.

E. Le retour à la souveraineté populaire

Les parties prenantes aux négociations doivent définir une légalité transitoire pour la mise en oeuvre et la surveillance des accords. Pour cela, elles doivent mettre en place une conférence nationale dotée de compétences réelles, composée du pouvoir effectif et des forces politiques représentatives.
Cette conférence définira :
– Les structures transitoires, les modalités et la durée d’une période de transition, la plus courte possible, devant aboutir à des élections libres et pluralistes qui permettent au peuple le plein exercice de sa souveraineté.
– La liberté de l’information, le libre accès aux médias et les conditions du libre choix du peuple doivent être assurés. Le respect des résultats de ce choix doit être garanti.

F. Garanties

Toutes les parties prenantes à la négociation sont en droit d’obtenir des garanties mutuelles.
Les partis, tout en gardant leur autonomie de décision :
– s’opposent à toute ingérence dans les affaires internes de l’Algérie;
– dénoncent l’internationalisation de fait qui est le résultat de la politique d’affrontement menée par le pouvoir;
– demeurent convaincus que la solution de la crise ne peut être que l’oeuvre exclusive des Algériens et doit se concrétiser en Algérie;
– s’engagent à mener une campagne d’information auprès de la communauté internationale pour faire connaître l’initiative de cette plate-forme et lui assurer un soutien;
– décident de lancer une pétition internationale pour appuyer l’exigence d’une solution politique et pacifique en Algérie;
– appellent la communauté internationale à une solidarité agissante avec le peuple algérien;
– décident de maintenir les contacts entre eux en vue d’une consultation et d’une concertation permanentes.

Les signataires :

Pour la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme,
Abdenour Ali Yahia.

Pour le Front de libération nationale (FLN),
Abdelhamid Mehri.

Pour le Front des forces socialistes (FFS),
Hocine Aït Ahmed et Ahmed Djeddaï.

Pour le Front islamique du salut (FIS),
Rabah Kebir et Anouar Haddam.

Pour le Mouvement pour la démocratie en Algérie,
Ahmed Ben Bella et Khaled Bensmaïn.

Pour le Parti des travailleurs,
Louiza Hanoune.

Pour le Mouvement de la renaissance islamique (Ennahda),
Abdallah Djaballah.

Pour Jazaïr musulmane contemporaine,
Ahmed Ben Mohammed.


La transitologie: mode d’emploi pour la transition et la démocratie ?

par Tobias Hagmann

Avec la stabilisation des régimes démocratiques en Amérique latine et l’effondrement du régime soviétique, un grand nombre d’économistes, de politologues et de sociologues spécialisés dans la  » transition démocratique  » ont suscité une attention
croissante ces dernières années. En effet, les études sur la démocratisation de régimes autoritaires se sont multipliés dans les revues spécialisées des sciences sociales pour donner naissance à ce qu’on appelle la  » transitologie « .
Ainsi, les maîtres de cette  » proto-science « , attribués de l’étiquette de  » transitologues  » – des auteurs comme Guillermo O’Donnel, Philippe C. Schmitter, Arend Lijphart, Juan J. Linz ou Giovani Sartori –  » prétendent expliquer et, à la fois guider, le passage d’un régime autoritaire à un régime démocratique  » en pratiquant cette discipline(1.). Unifiés dans une approche
comparative à fort penchant quantitatif, ces auteurs visent à démontrer qu’en appliquant un ensemble de concepts et d’hypothèses universels, il est possible d’expliquer et de gérer la transition démocratique dans un pays non-démocratique donné(2.).

Dans ce sens, la transitologie cherche à tirer des généralisations et des leçons à partir de l’observation des démocratisations passées afin de formuler – pour les transitions futures – des recommandations institutionnelles et constitutionnelles ayant souvent un caractère prescriptif excessif(3.). Ainsi, les différentes vagues de démocratisation – ex-puissances fascistes à la fin de la Seconde guerre mondiale, les pays méditerranéens dans les années 70, les régimes autoritaires de l’Amérique du Sud une décennie plus tard et les ex-Républiques soviétiques à l’heure actuelle – constituent le moteur et la source première des réflexions transitologiques(4.). En ce sens, il est intéressant de cerner d’abord la philosophie et les conceptions sous-tendant la transitologie pour pouvoir ensuite analyser le va-et-vient opéré entre les différents passages démocratiques et la  » théorie  » relative.
Le régime autoritaire, et la nécessité impérative de le modifier, constituent le point de départ de tout transitologue. Une analyse exhaustive et systématique(5.) s’ensuit, mettant en perspective tant les conjonctures que les acteurs décisifs pour le destin d’un pays donné, dans le but de réfléchir aux possibilités de démocratisation ou de transfert de « technologie institutionnelle « . L’attachement au changement est au coeur de cette approche et toute la transitologie peut être caractérisée comme  » une entreprise de dévoilement et de prédiction de l’avenir politique « (6.). A part la volonté prononcée d’élaborer des lignes directrices
pour la transition, on retrouve dans la littérature spécialisée un langage révélateur d’une certaine conception prescriptive et déterministe ;
déterministe non pas d’un point de vue épistémologique, mais dans le sens où les  » leçons  » ou  » recettes  » héritées des observations passées sont souvent propagées de manière mécanique(7.). Par conséquent, la transitologie a tendance à généraliser à l’extrême ses théorèmes institutionnels pour arriver à des conclusions qui sont présentées comme des acquis scientifiques.A ce propos Valérie Bunce relève une certaine ironie dans la mesure où les nouveaux régimes politiques de l’Europe de l’Est – après s’être
débarrassé du  » socialisme scientifique  » – sont maintenant informés par des  » experts  » occidentaux qu’il existe  » une démocratie et un capitalisme scientifiques  » imposables du haut vers le bas(8.).

Concernant la relation entre la transitologie et son objet d’étude, on constate que  » de nombreux observateurs des transitions sont devenus acteurs de celle-ci « (9.). L’exemple le plus connu nous est fourni par le sociologue brésilien Fernando Henrique Cardoso qui a gagné une réputation en tant que spécialiste dans le domaine du développement et le la théorie de la dépendance dans les années 70 et qui est devenu président de son pays en 1994. Dans le contexte de la transition et de la stabilisation démocratiques des nouvelles Nations en Europe orientale, on peut observer que les liens entre les transitologues – en premier lieu des économistes et des juristes – et les milieux politiques se sont multipliés au cours de ces dernières années.

A un niveau plus profond, l’essor de la transitologie – et de l’idéal de transition démocratique ainsi véhiculée – témoigne également des bouleversements politiques et idéologiques des deux dernières décennies. Ainsi, on peut considérer que le paradigme
démocratique a désormais réussi à s’imposer comme seul référentiel légitime tant au niveau idéel et scientifique qu’au niveau des formes de gouvernement concrètement adoptées. En théorisant, idéalisant et naturalisant la démocratie représentative telle que nous la connaissons à l’heure actuelle(10.), la transitologie néglige pourtant le fait que le modèle démocratique est le produit de configurations historiques spécifiques et que celles-ci sont également soumises à des transformations. Pour citer Ignacio Ramonet,  » la thèse de Francis Fukuyama sur la  » fin de l’histoire  » pouvait triompher : la démocratie était l’horizon indépassable de tout régime politique « (11.).

Par conséquent, sans vouloir nier les mérites et les effets positifs de la transitologie, on peut s’interroger sur ses capacités analytiques : elle ne propose aucune alternative au modèle de la démocratie libérale et de l’économie de marché ; modèle trop souvent perpétué sans questionnement critique par une certaine ingénierie politico-sociale.

Tobias Hagmann, SSP, Lausanne1 P. C. Schmitter,  » La transitologie : Art ou pseudo-science ? « , dans l’article très complet de
J. Santiso,  » De la condition historique des transitologues en Amérique latine et en Europe centrale et orientale « , in Revue internationale de Politique Comparée, vol. 3, n°1, 1996, p. 43
2 P. C. Schmitter et T. L. Karl,  » The Conceptual Travels of Transitologists and Considologists : How Far to the East Should They Attempt to Go ? « , in Slavic Review, vol. 53, n°1, 1994, p. 173
3 Voir comme exemple représentatif de ce ton péremptoire : A. Lijphart,  » The Southern European Examples of Democratization : Six Lessons for Latin America « , in Government and Opposition, vol. 25, n°1, 1995, pp. 69-84
4 Lire l’article de C. Offe,  » Vers le capitalisme par la construction démocratique ? : la théorie de la démocratie et la triple transition en Europe de l’Est « , in Revue française de science politique, vol. 42, n°6, décembre 1992, pp. 924-925
5 Lire les analyses systématiques élaborées dans le contexte de la démocratisation en Europe et en Amérique du Sud de G. O’Donnell, P. C. Schmitter et L. Whitehead, Transitions from Authoritarian
Rule : Prospects for Democracy, London, John
Hopkins University Press, 1984
6 J. Santiso, op. cit., p. 18
7 Ainsi A. Lijphart a soutenu à plusieurs reprises que la démocratie consociative serait la meilleure médecine pour des sociétés fragmentées, en leur  » prescrivant  » les mesures institutionnelles relatives à sa théorie sur la démocratie consociative.
8 Lire l’article critique de Valérie Bunce,  » Should Transitologists be grounded ? « , in Slavic Review, vol. 54, n°1, 1995, p.116
9 J. Santiso, op. cit., p. 43

10 En matière de typologie démocratique,l’ouvrage de A. Lijphart constitue une référence indispensable. Il est repris de manière quasi dogmatique par la grande majorité des politologues contemporains : A. Lijphart, Democraties : Patterns of Majoritarian and
Consensus Government in Twenty-One Countries, London, Yale University Press, 1984
11 I. Ramonet,  » chancelante démocratie « , in Le Monde diplomatique, octobre 1996, p. 1a contrario, numéro 6 janvier 1998


ait larbi

الانتخابات الرئاسية
مــن أجــل التغـيير السـلـمي

يتوجه الناخبون الجزائريون غدا الخميس 17 أبريل 2014 إلى صناديق الاقتراع. وسيفترض أنهم سيفعلون ذلك لاختيار رئيس الجمهورية للخمس سنوات القادمة.
في الدول الديمقراطية تجري الانتخابات أيام العطلة الأسبوعية، ويفترض أن تنظم عندنا أيام السبت، لأن جعل يوم الانتخاب عطلة مدفوعة الأجر، سيكلف الاقتصاد الوطني عدة ملايير نحن بحاجة لاستثمارها في مجال التنمية. ومن جهة أخرى فمن يريد أن ينتخب، سيفعل ذلك ولو في الليل، ومن يقاطع فلن ينتخب ولو منحت له عطلة مدفوعة الأجر لمدة أسبوع.
بعد هذه الملاحظة، أسجل أن الحملة الانتخابية كانت رديئة ودون مستوى التطلعات، خاصة ما يتعلق بالرئيس المترشح عبد العزيز بوتفليقة ورئيس حكومته الأسبق علي بن فليس.
تتلخص « البرامج  » في تبادل التهم والشتائم والوعود التي لا تلزم إلا من يؤمن بها، وفي مسائل محسومة « كالاستقرار والأمن » من جهة و »محاربة التزوير وتحرير الصحافيين واستقلال القضاء » من جهة أخرى، وغيرها من الشعارات التي لم تعد تقنع أحدا. وكنا ننتظر من مرشحي النظام نظرة مستقبلية في المجالات الاقتصادية والصناعية والعمرانية والفلاحية والاجتماعية والأمنية والتربوية والمؤسساتية لمدة جيل، وإبراز قدرات وإمكانيات الجزائر المادية والبشرية لوضع خطة جادة وبالأرقام لآفاق 2040. ولعل أسوأ وأخطر ما حدث بين المرشحين عبد العزيز بوتفليقة وعلي بن فليس يتلخص في أن الأول إما هو وإما الطوفان، والثاني إما أن يفوز أو الظلام، كأن الجزائر التي أنجبت ثورة نوفمبر أصبحت عاقرة ،لا تستطيع إنجاب دولة ديمقراطية بالوسائل السلمية.
وحول هذه الانتخابات، انقسمت الطبقة السياسية والمجتمع المدني والشخصيات إلى فئات متباينة، فالأولى تنادي بالمقاطعة والثانية بالمشاركة والثالثة مع العهدة الرابعة والخامسة ضدها والسادسة مع مرحلة انتقالية والسابعة مع احتلال الشارع… وكل هذه الاتجاهات ليست لها برامج ولا نظرة للمستقبل،لأن صلاحيتها تنتهي يوم 17 أبريل، وبعده ستصبح غير صالحة للاستهلاك.
والسؤال الذي ينبغي طرحه عشية هذه الانتخابات: ماذا ينبغي أن نعمل من أجل تغيير سلمي ابتداء من يوم 18 أبريل؟
يمكن أن نستخلص من النقاش الدائر منذ حوالي أربعة أشهر وجود شبه إجماع صريح أو ضمني حول القضايا التالية:
1 – ضرورة التغيير بالوسائل السلمية.
2 – إعداد دستور توافقي يتضمن تجديد العهدة الرئاسية مرة واحدة فقط، وتوسيع مجال الحريات الأساسية وحقوق الإنسان والمواطن، والتقليص من صلاحيات رئيس الجمهورية لصالح الحكومة والبرلمان، واستقلال القضاء، ومحاربة الفساد بكل أشكاله والتداول على السلطة بانتخابات نزيهة.
3 – مراجعة بعض القوانين وعلى رأسها ما يتعلق بالانتخابات والأحزاب والجمعيات والإعلام والسمعي البصري.
4 – فتح المجال للشباب في كل المجالات والمؤسسات .
5 – جعل الجيش ومصالح الأمن خارج اللعبة السياسية وفي الخدمة الحصرية للشعب والوطن والدولة، بغضّ النظر عن الأغلبية الرئاسية أو البرلمانية.
6 – ضرورة بناء الدولة الديمقراطية ورفض فكرة
وقصد تجسيد هذا القاسم المشترك، أرى أنه لا بد من فتح حوار بين قوى التغيير السلمي أينما كانت وبدون إقصاء. ولكن التغيير السلمي لا يمكن تجسيده بدون مشاركة السلطة. مما يقتضي وضع خطة واضحة يلتزم بها الجميع. ويمكن تلخيص هذه الخطة في :
ا – وضع إطار مرن تلتقي فيه قوى التغيير السلمي للاتفاق حول برنامج انتقالي في إطار المؤسسات القائمة.
ب – دعوة السلطة لمناقشة البرنامج الانتقالي وتحديد المراحل عن طريق وضع رزنامة دقيقة ومفصلة.
ج – تأسيس لجنة وطنية تضم ممثلي الأحزاب والجمعيات والشخصيات والسلطة للعمل التوافقي. ويمكن أن تكون برئاسة شخصية تحظى بثقة الجميع، وأرى أن الرئيس اليمين زروال مؤهل لهذه المهمة.
د – تنظيم انتخابات رئاسية وتشريعية مسبقة في مدة تتراوح بين 12 و18 شهرا. ويتم خلال هذه الفترة إعداد البرامج وبروز شخصيات شابة تتحلى بالنزاهة، وتتمتع بكفاءة عالية تمكنها من دخول الانتخابات المقبلة بقوة. وسينتخب الشعب عن دراية، بعد وضع آليات واضحة لضمان انتخابات حرة ونزيهة فعلا. وسيسترجع الشعب سيادته بالوسائل السلمية. ولكن إذا لم تستجب السلطة للرغبات الشعبية في الانتقال إلى نظام ديمقراطي بالوسائل السلمية وفقا للمقاييس الدولة فستتحمل مسؤولية ما يمكن أن يحدث وحدها.
وفي هذا الإطار، فإنني مستعد للمشاركة الفعلية في أي نشاط هدفه التغيير السلمي في خدمة الشعب وخاصة الطبقات المحرومة، وفي خدمة جزائر الغد، جزائر الحقوق والحريات والكرامة والعدالة.


Ni glaciation, ni guerre civile, ni attentisme pour notre pays

Encore une fois, devant la gravité et l’urgence de ce qui se passe en Algérie à l’occasion de cette psychédélique «élection présidentielle 2014», je ne peux m’empêcher de penser que ce serait criminel, de la part de tout Algérien qui se respecte, de surcroît revêtu du privilège de faire un métier d’intellectuel comme j’en ai l’honneur et le privilège, de demeurer indifférent, encore moins silencieux.

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Levons tout d’abord une tenace ambiguïté à mon sujet, ambiguïté qui me fait de la peine et qui est injuste, entretenue par certains milieux que cela arrange afin de discréditer mes «dérangeants» discours et interventions en me faisant la réputation d’être un «arriviste» qui a «fui l’Algérie pour mener la belle vie ailleurs», doublé d’un nostalgique dangereux cryptocommuniste, sous-produit d’un non moins dangereux cryptoboumédiéniste.

Tous ceux qui me connaissent savent — j’explique cela en détail dans Algérie, entre l’exil et la curée, paru en 1989) — que j’ai été, de diverses mais fermes et efficaces façons, poussé vers la porte de sortie de mon pays dès le milieu des années 1970. C’était la mort dans l’âme et le cœur déchiqueté que ma famille et moi avons pris la voie de l’exil. Avec nos têtes et nos tripes, nous vivons toujours au sein de ce pays que nous aimons sans limites. La plaie est vive et ne se fermera jamais, pour ce qui me concerne. Quant au cryptoboumédiénisme, innombrables sont les témoins qui pourraient attester du fait que j’étais l’un des plus précoces amères critiques de ce système, alors que beaucoup de ceux qui m’en accusent en étaient de zélés adeptes et profiteurs.C’est donc en Algérien, en simple et total Algérien que je lance ce cri à mon pays et à ceux qui pourraient intervenir, avant que ne soit ouverte la voie au pire, afin de stopper immédiatement cette macabre mascarade électorale et tenter de nous mettre sur des pistes qui pourraient sauver le futur.

Quelle que soit la personne «élue» avec l’actuel «système algérie», le scénario mortifère demeurera et s’aggravera très vite, boycott ou non

Tout d’abord, le non-engagement, l’appel au boycott ou le retrait de la course de «figures» comme les Mouloud Hamrouche, Ahmed Benbitour, Soufiane Djilali, Kamel Benkoussa ou encore le général TaharYala… m’incitent à en faire une lecture à la fois mitigée et amère. Une lecture mitigée, d’un côté, parce que j’ignore les vraies motivations (je ne parle pas des motifs déclarés) qui se tissent derrière chacune de ces attitudes en termes de véritables et profondes convictions ou, encore moins, les authentiques différences et distances par rapport aux socles du «système Algérie» tel qu’il a toujours été et tel qu’il est pérennisé par Bouteflika.

Ces «figures» restent, qu’on le veuille ou non, d’une façon ou d’une autre, «redevables» à ce même système pour leur propre «ascension» et, forcément, peu ou prou liées à l’un ou l’autre des clans des «traditionnels» faiseurs de pouvoir en notre pays… Comment imaginer l’avènement de la radicale révolution des mœurs politiques dont on a urgemment besoin ? Une lecture amère, d’un autre côté, parce que je me vois obligé de faire le constat qui semble se dégager, dans nos sphères de prise potentielle du pouvoir, qu’aucune force-tendance suffisamment solide pour réellement modifier en profondeur ou transcender cinquante années de gabegie politique érigée en cynique et ostentatoire mode de gouvernance qui ne dissimule même plus ni sa profonde corruption ni ses pestilentielles pratiques mafieuses.

Cette gabegie devient de plus en plus surréaliste mortifère «système» mais en plus, désormais, hallucinante arrogance d’incompétents-impotents propre à faire rougir Ubu, Néron, Amin Dada et Caligula réunis ! Car rien, absolument rien, en l’état, ne me paraît, à ce que j’observe, pouvoir stopper l’accélération des létales nuisances (et l’action-pouvoir de leurs acteurs enracinés) qui minent le pays. Autant de murailles dressées contre toute évolution (révolution) digne de ce nom.

Calcul de gain politique pour plus tard ? mais quel horizon de «plus tard» pour un pays descendu aussi bas et sous menace d’explosion imminente ?

Sans parler de puissances extérieures fort intéressées par une certaine «continuité» des choses en Algérie : pensons à l’heureux «hasard» de la récente virée algérienne de John Kerry et à l’hallucinante pièce de vaudeville jouée autour de la «traduction» de ses paroles faisant état «d’élections claires et transparentes…» ! Je comprends donc et approuve ces retraits, même s’il peut y avoir d’habiles calculs de plus ou moins basse politique politicienne derrière certains, mais je ne peux résister à me poser la question : in fine, quelle élection de qui aurait été, ou serait, le prélude à la révolution copernicienne dont le système Algérie a besoin ? Quel boycott stoppera une chronique de réélection annoncée, de surcroît ostensiblement souhaitée-appuyée par Washington et consorts ?

Ma lecture serait cependant incomplète si je ne revenais à la question cruciale du rôle de cet énorme lobby montant qu’est le milieu du business en Algérie. Même en proie à de fortes bisbilles entre factions qui ne relèvent pas des mêmes hommes-liges en haut lieu, ce lobby est forcément objectivement porté à plutôt s’accommoder d’une continuité des opacités et magouillages qui tiennent lieu de politiques économiques algériennes qu’à encourager le (vrai) changement. Comment en juger autrement quand à peine 40 membres du FCE sur 500 se présentent à une réunion dont l’objet était le positionnement quant à cette quatrième candidature ? Quand ce lobby finit par adouber officiellement l’inimaginable ? Pour moi donc, la situation est limpide et m’inspire ceci :
1- il est impossible d’imaginer un «challenger» qui ne soit dans l’obligation de s’allier moult appuis occultes de notre sombre «système Algérie» et «alliés internes et externes», y compris parmi la kyrielle de très hauts officiers actuels (presque tous issus de «l’Ouest») nommés et placés par Bouteflika ;
2- il est tout aussi impossible de soutenir ni cautionner une candidature qui ne soit et s’annonce clairement capable d’être en rupture totale (je dis bien totale) avec tout ce qui ce qui touche de près ou de loin à une quelconque «continuité» par rapport au système algérien tel qu’il est depuis pratiquement l’indépendance. Système auquel il convient d’ajouter aujourd’hui les carnages de l’adoption d’une idéologie économique (donc modèle de gouvernance) résolument néolibérale, ce qui n’est pour déplaire à aucune des factions magouilleuses, à commencer par le milieu du business.

On comprendra que je fais ici allusion à ce que, devant l’insondable cul-de-sac dans lequel nous sommes et devant l’impossible attentisme, notre armée se décide à prendre les choses en main car elle reste le dernier recours. Mais c’est une grande question qui est ici posée car elle touche aussi le cœur de ce que j’appelle le «système Algérie». Sans l’ALN, puis l’ANP et ses hauts gradés, à commencer par le défunt Boumediène, rien de consistant sur l’histoire algérienne récente et contemporaine ne peut se dire. Tout d’abord, il est clair que notre armée — en particulier bien sûr, ses hauts officiers — est loin d’être si homogène et monolithique qu’on pourrait le penser.

Tous les cadres de l’ANP, sans doute plus particulièrement parmi les générations promues post-indépendance, ne sont pas, loin s’en faut, des accapareurs tous azimuts, des assoiffés de prestige, de luxe, de pouvoir-hagra ou de sombres éminences grises. Il y a donc, en Algérie, armée et armée, et en particulier les nouvelles générations de hauts gradés capables de penser et agir de façon désintéressée-transcendantale. De surcroît, le rôle historique de cette institution en a toujours fait un élément incontournable parmi les institutions et les interlocuteurs de la politique de notre pays. Elle doit donc prendre, plus que jamais, de grandes responsabilités devant l’histoire.

Notre pays n’en peut tout simplement plus. Les temps de l’amateurisme et des incompétences boulimiques ont atteint leurs ultimes limites. Il y a péril imminent en la demeure Algérie. Il faut absolument que l’unique institution qui en est capable, notre armée, «stoppe tout» immédiatement et convoque en urgence une Assemblée constituante en règle (la Tunisie vient d’en recueillir les fruits, pourquoi pas nous ?) représentative de toutes les tendances politiques, ethniques, régionales… de toute l’Algérie, de tous ses recoins, et veiller à ce qu’elle aboutisse à une seconde République largement appuyée sur le peuple et la société civile, et non pas sur des groupes de pression, de forces ou d’influences instituées telles que la religion, l’argent, la propriété, les clercs de service…

C’est là le scénario de salut public algérien que je privilégie depuis toujours et que je réclame depuis des années : tout effacer et reprendre à zéro ; seule l’amputation rapide et à vif peut venir à bout de la gangrène. Et cette gangrène est aussi profonde que tentaculaire, comme en témoignent les tristes statistiques suivantes concernant le classement et la situation de l’Algérie dans le monde : 185e place (sur 192 pays) dans le Doing Business, 152e place dans la corruption, 175e place dans l’efficacité de l’administration, 134e place dans l’innovation et recherche (sur 141 pays), 146e place dans liberté économique (sur 178 pays)… dépendance dramatique des importations en produits de consommation tels que le sucre (100%),  les légumes secs (85%), les viandes rouges (18%), les huiles végétales (95%), les céréales (70%), les viandes blanches (90%), le lait (57%),  et même… les poissons (11%)… Ajoutons au portrait les avalanches de scandales politico-financiers qui n’en finissent plus (Khalifa, Sonatrach, autoroute Est-Ouest, BRC…), les taux d’inflation et de chômage record, les injustices et inégalités abyssales, l’inéluctable imminente dégringolade des prix mondiaux des hydrocarbures combinée à la non moins inéluctable montée en flèche des prix des produits importés… et nous avons un cocktail si explosif que toute solution «attentiste» ne serait qu’un criminel plongeon vers de bien sombres perspectives.

Peut-être, diront certains, que ce que je propose s’apparente aussi à une forme d’attentisme… soit, mais quel autre choix avons-nous ? Sinon l’espoir qu’un nouveau pouvoir sorti des suffrages du peuple (avec un intérim le plus bref et le plus neutre-intègre possible) puisse nous tracer des voies de sortie, hors les pièges des girons néocolonialistes de type «mondialisation/néolibéralisme» dont on constate chaque jour les carnages et telles que certaines qui ont fait leurs preuves comme en Malaisie, Indonésie, Corée du Sud…

Omar Aktouf : Professeur titulaire, HEC Montréa

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Communiqué

Le Front des Forces Socialistes a décidé d’entamer des rencontres avec les acteurs politiques et sociaux pour la tenue d’une Conférence de Consensus pour une issue démocratique et pacifique à la crise nationale.

Des contacts seront pris avec les parties qui ont manifesté un intérêt pour une approche consensuelle des questions politiques, économiques, sociales, environnementales et culturelles qui se posent au pays. Ceci afin d’assurer l’unité, la cohésion et la souveraineté nationale dans un contexte international et régional sensible, et de répondre aux besoins de développement durable, de diversification économique et de demandes sociales urgentes.

L’objectif de cette Conférence est d’offrir un cadre d’échange et de concertation à tous les participants : formations politiques, candidats à l’élection présidentielle, personnalités indépendantes, universitaires, animateurs et organisations sociales.

Le but est de parvenir à définir ensemble un certain nombre de règles permettant un meilleur fonctionnement de l’Etat et des institutions acceptées et respectées par tous. Il s’agit aussi de définir ensemble les étapes, les instruments et les modalités pour mettre en place un système politique ouvert et édifier une république moderne à la fois, démocratique et sociale.

Sur certaines questions d’intérêt national, un consensus sur les politiques à mener est d’une importance vitale pour faire renaître la confiance, remettre le pays au travail et préserver l’avenir des générations futures.

Pour la préparation de cette Conférence de Consensus, le FFS ne pose aucun préalable mais, instruit par les expériences passées, il sera attentif à réunir les conditions de la réussite.


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Omar Aktouf. économiste

«La seule ‘‘stabilité’’ semble être celle des gains et privilèges des gens du pouvoir et de leurs clientèles»

Professeur en management à HEC Montréal (Canada), Omar Aktouf n’est plus à présenter. Dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder, l’économiste connu et reconnu dans le monde entier tire la sonnette d’alarme sur les dangers qui guettent l’Algérie. Pour lui, le chômage abyssal des jeunes sur fond de développement d’une caste d’affairistes et fortunés aux revenus aussi insensés que douteux sont des ingrédients d’une révolte annoncée, d’autant que, regrette-t-il, rien n’indique que le régime actuel ait tiré une quelconque leçon de ce qui est arrivé en Tunisie, Egypte… et aujourd’hui en Syrie ou en Ukraine. Bien au contraire.

-La candidature «muette» de Bouteflika à sa propre succession pour un quatrième mandat a plongé l’Algérie dans un climat d’incertitudes. Pourtant, notre diaspora à l’étranger, loin d’être négligeable, reste étrangement placide. Pourquoi ?

Personnellement, je ne dirais pas que notre diaspora est «placide», mais plutôt qu’elle est (tout comme moi-même, en fait) profondément atterrée et tétanisée devant l’ampleur inouïe de la gabegie et de l’ubuesque qui atteignent aujourd’hui notre pays, devenu la risée mondiale. Je pense aussi que notre diaspora reste les bras ballants devant l’extrême timidité (pour ne pas dire silence total) de ladite «communauté internationale» face à ces tréfonds de bafouage de la démocratie qui frappent l’Algérie (alors qu’elle se déchaîne par ailleurs à propos de ce qui se passe en Ukraine, Iran et autres Venezuela). Notre diaspora me semble également profondément perplexe, sinon au comble de la déception et du désenchantement devant l’apathie (même s’il y a çà et là de relatives protestations et manifestations isolées) dont font preuve nos «élites» de la société civile «établie», qu’elles soient intellectuelles ou, surtout à mon avis, institutionnelles-corporatistes du genre FCE et ses think-tanks, associations «progressistes» diverses, cohortes d’«experts internationaux» nationaux abonnés aux séjours en Algérie.

Ces «élites» qui, souvent, n’hésitent pas à se positionner en parangons de la modernisation de l’Algérie, de sa mise à niveau «démocratique» et «business-stratégique», se voulant au diapason des nations les plus «évoluées», se révèlent finalement (sans généraliser, il y a évidemment des exceptions) bien plus opportunistes et prêtes à s’accommoder de n’importe quel Néron, Staline, Tartarin, ou même fantôme à la tête du pays. Et ce, en plus des cliques, galonnées ou non, qui gravitent autour et qui assurent la pérennité des magouilles, appuis occultes et passe-droits, nid de bien des «affaires» juteuses.

Le sort du pays et du peuple n’a jamais fait partie de leurs préoccupations en dépit des discours poujadistes-populistes dont ces milieux font preuve à l’occasion, pourvu que soit garantie la continuité de leur confortable affairisme et de leurs intérêts égoïstes immédiats. Ceux-ci sont par ailleurs largement présentés (et opportunément relayés par certains médias aux ordres, vulgate ultra-libérale aidant), comme synonymes de l’intérêt général, de sources de progrès économiques et sociaux, de créations d’emplois, de développement collectif… Sinon de propulsion du pays au rang de «l’émergence» grâce à une miraculeuse éclosion de salutaires héros-entrepreneurs-leaders qui méritent, en plus de leur enrichissement personnel infini, vénération, adulation et reconnaissance (ce dont on voit les résultats par exemple au Mexique où se trouve le second homme le plus riche du monde et 45% de la population en pauvreté absolue).

La persistance de ce genre de pensée chez nos «élites» économiques (ainsi que chez certains médias, certaines franges de la société civile), malgré les cuisants échecs du néolibéralisme — et ipso facto des modes de gouvernance — management qui l’accompagnent —, donne pour nous une amère impression d’aveuglement dogmatique ultra libéral. Dogmatisme devenu non seulement stupide mais désormais criminel (comme le répètent inlassablement, entre autres, des Nobel tels que Stiglitz, Krugman, ou des R. Reich, Al Gore, etc.).

A cette impression d’aveuglement doublée d’ignorance volontaire de toute autre forme de pensée que néolibérale, vient s’ajouter celle de l’emprise d’un pur et simple arrivisme-opportunisme fortement appuyé sur un désastreux (et fort lucratif pour ceux qui en profitent) statu quo théorique et idéologique, s’acharnant à ressasser les mêmes leitmotiv : ce qui fait le boulimique intérêt des dominants ferait aussi, automatiquement et par on ne sait quelle vertu de pensée magique, celui des masses populaires. Faire sans cesse plus de néolibéralisme est non seulement censé guérir les maux issus de ce même néolibéralisme, mais aussi propulser vers de radieux lendemains de «changements et progrès».

Pour finir sur cette question, il me semble qu’il est un autre aspect de fort grande importance : ne pas oublier qu’une partie (largement) non négligeable de notre diaspora entretient de bien juteuses relations de business avec le système Algérie tel qu’il est et a presque toujours été, Bouteflika ou pas : ce sont les intermédiaires de tous poils, les représentants de multinationales, les «consultants» en tout et rien, les innombrables vecteurs de ristournes et rétro-commissions, les omnipotents experts importateurs de «modèles occidentaux avancés» qui viennent donner un salutaire adoubement «scientifique» aux plus douteuses des pratiques d’enrichissements illimités, sinon de lavage d’argent public, d’évasion fiscale, d’exploitation infinie des citoyens et de la nature (la sempiternelle «stratégie de la compétitivité»)… Cette diaspora-là, par ailleurs la plus visible au pays, ne dénoncera jamais ni ne se lèvera contre qui que ce soit au pouvoir en Algérie tant que les poches des uns et des autres se remplissent.

-Qu’est-ce qui fait courir, selon vous, les adeptes du 4e mandat ? Est-ce pour maintenir un système de prédation ou pour, comme ils le prêchent, garantir la stabilité et le progrès économique ?

Un certain Einstein répétait que «Refaire constamment les mêmes choses et clamer ou espérer qu’il en résultera le changement, relève soit de la bêtise soit de la folie». Voilà un des aspects sur lesquels ce régime Bouteflika qui n’a cessé de promettre emplois pour les jeunes, justice sociale, transparence des institutions, Etat de droit, solidarité nationale… a, plus que les autres (car il avait le recul et le temps d’en voir les dégâts mondiaux, et cela jusqu’aux portes mêmes de l’Algérie, en Europe) gravement failli, autant socialement qu’économiquement et politiquement. Il est gravement coupable de ne pas avoir compris (ou refusé de comprendre) que s’imposait d’urgence une totale rupture avec les doctrines néolibérales et un virage radical vers des «modèles» quasiment aux antipodes du modèle libéral-US, et qui ont largement et constamment fait leurs preuves : ceux de l’Europe du Nord et des Tigres et Dragons asiatiques.

J’insiste sur ce point, car partout ce sont les milieux d’affaires-faiseurs d’argent (money makers comme on dit sans hypocrisie ni complexe en langue anglaise) qui sont présentés (et se présentent) comme des super-élites philanthropiques, preux chevaliers sauveurs des peuples, du bon droit, de la démocratie, de l’économie, du bien-être général, du «progrès». Et c’est bien ce que l’on voit chez nous : cette super-élite de money makers est, à grands renforts de triomphants think-tanks et super «experts» made in US ou France…, ainsi présentée et imposée aux Algériens. Le résultat est que notre peuple, intellectuels et institutions de la société civile compris, finit par être dupe de ce discours, et même par s’en approprier les principes idéologiques érigés en haute science.

C’est alors que peuple et société civile apparaissent finalement, et malgré les sporadiques protestations, à la diaspora comme tout aussi tétanisés qu’elle, las, fatigués d’années de violences et de sang, en plus d’être «achetés» par manne pétrolière interposée, embrigadés, muselés, férocement réprimés à la moindre manifestation ; bref, impuissants et n’aspirant qu’à une chose : décrocher un visa pour l’étranger et fuir une patrie qui leur échappe de toutes parts.

-Quel scénario voyez-vous pour l’après-17 avril 2014 ? Un «printemps algérien» serait-il inéluctable ?

Je dirais que personnellement je crains, hélas, autant un avant le 17 avril qu’un après, bien que je souhaite ardemment me tromper. Car, malheureusement, tous les ingrédients (et même plus) qui ont conduit au déclenchement desdits printemps arabes semblent réunis : chômage abyssal des jeunes ; fortunes et revenus aussi insensés que douteux de nos nouveaux super riches (une quarantaine de milliardaires et cinq milliers de millionnaires en euros connus !) dont certains figurent dans les «top 500» du monde ; ampleurs sans précédent des inégalités et injustices qui en découlent ; absence endémique de perspectives pour la jeunesse ; catastrophique Education nationale ; multitudes de diplômés chômeurs ; inflation hors contrôle ; revenus d’exportations (qui ne sont qu’hydrocarbures) en baisse à cause des chutes des prix mondiaux et des produits de schistes ; importations en hausse à cause des spéculations internationales sur tous les produits de premières nécessité ; «Etat» qui n’est plus que chaise musicale de rentiers, scandales, couverture de méga corruption, figuration bureaucratique sclérosée, comité de gestion des intérêts de ses kidnappeurs de l’ombre et de la nouvelle classe dominante d’arrivistes qui s’y accrochent ; agriculture sinistrée ; industrie, infrastructures, PIB… ridiculement anémiques, même comparés à des nains comme la Malaisie ; secteur privé largement extraverti avec des entreprises (statistiques désormais dépassées sans doute) dont 68% des chefs ne déclarent pas leurs salariés aux caisses de sécurité sociale, 72% les rémunèrent en dessous du SNMG, 55% les font travailler 12 heures par jour ; des centaines de jacqueries populaires un peu partout pratiquement tous les mois ; conflits sociaux qui virent aux affrontements ethniques sanglants (région du M’zab par exemple)…

Ne voilà-t-il pas une dangereuse accumulation d’ingrédients d’une bombe à retardement qui n’attend que l’étincelle fatidique ? Craignons, à Dieu ne plaise, que ce ne soit cette grotesque candidature fantomatique, avant ou après le 17 avril. Il est connu en sociologie politique que lorsqu’environ 25% d’une population est spoliée au point de ne plus rien avoir à perdre, la révolution n’est pas loin. Reste à espérer qu’elle ne soit point sanglante, ou que nos «élites» et dirigeants/dominants se mettent de toute urgence à vraiment changer les choses et appliquer ce conseil de Machiavel : «Prince, si tu crains la révolution, fais-la !». Hélas ! Je ne peux être de ceux qui clament «la stabilité» du pays comme synonyme du règne de l’actuelle présidence. Je ne vois personnellement que stagnations et reculs, la seule «stabilité» semble être celle des gains et privilèges de nos gens du pouvoir et de leurs clientèles, autant intérieures qu’extérieures. Nous ne sommes en effet pas du tout à l’abri d’un printemps algérien. Je ne vois nulle part qu’on ait tiré une quelconque leçon de ce qui est arrivé en Tunisie, Egypte… et aujourd’hui en Syrie ou Ukraine. Bien au contraire.

-Ce climat politique délétère ne risque-t-il pas d’avoir des conséquences gravissimes au plan économique, notamment sur la confiance dont notre pays a plus que jamais besoin auprès de ses partenaires étrangers, des institutions et des marchés financiers ?

Le climat délétère dont on parle ne fera, à mon sens, qu’aggraver un manque de confiance déjà «structurel» qui accable l’Algérie depuis des années. Sa cote dans le monde est déjà bien basse : que de lamentables classements dans les indicateurs internationaux de sérieux, de qualité de vie, de gouvernance. Rien de nouveau sous le soleil, si ce n’est d’autres nuages qui s’accumulent dans notre ciel, et dont notre pays se serait bien passé. Ma position sur la question des partenaires étrangers et des institutions internationales (les FMI, Banque mondiale, OMC…) a toujours été limpide : rien de bon pour les pays non nantis et tout pour les pays riches et les riches des pays pauvres.

Ce que le dernier Davos, l’OIT, Oxfam… viennent de confirmer en montrant comment ces institutions et leur néolibéralisme entêté conduisent à la mainmise de la finance sur les Etats, l’aggravation de la pauvreté globale, l’enrichissement insolent des multinationales, le saccage du tiers-monde, l’hyperconcentration stérile des richesses (85 personnes possèdent l’équivalent de l’avoir de la moitié de la planète, 400 citoyens américains possèdent plus de richesses que la moitié de la population US, etc.), la destruction des classes moyennes, la dévastation de la nature… Que ces institutions se tiennent loin de l’Algérie ne me pose aucun problème, au contraire ! Quant aux investisseurs étrangers et aux marchés financiers, on voit bien les résultats de leurs actions un peu partout (à commencer par le chaos argentin de 2003 et à finir par la déroute de l’Europe en voie d’être classée — hors Allemagne —, comme ensemble de «pays émergents» et une France «sous surveillance»).

Les investisseurs ne cherchent qu’à retirer toujours plus que ce qu’ils mettent, quitte à corrompre, spolier, déplacer des populations, polluer, semer la misère, voire la mort et les génocides (région des grands lacs en Afrique subsaharienne, notamment). Les marchés financiers ne sont pratiquement que spéculation, argent sale, évasions fiscales (manipulation de la dette grecque par Goldman Sachs, survaleur titanesque de Facebook, Microsoft, Google…, gigantesques magouilles fiscales et monétaires de McDonald, Starbucks, Barclay…). Pour moi, l’Algérie doit d’abord se sortir de sa tenace image d’absence de sérieux, d’incessant bricolage politico-économique, et ensuite rompre d’urgence avec l’économisme néolibéral et ses sous-produits assassins : le «stratégisme-managérialisme» à l’américaine.

Regardons vite du côté de pays qui ont brillamment réussi «autrement», comme les Tigres et Dragons asiatiques, dont la minuscule Malaisie (double du PIB algérien, moitié de la taille de la France). Cette question renvoie à celle des institutions et leur fonctionnement. Or, ce que l’on voit le plus en Algérie c’est une agitation frénétique autour de l’importation de modes, programmes et diplômes (MBA, DBA…) qui ne sont que techniques, how-to, simples procédures de niveau méso et micro : ce qui se retrouve derrière des théories et pratiques traitant de «stratégie», «management», «gouvernance»… Tout cela n’est que «techniques» ou modalités opératoires absurdes en soi, manquant cruellement de perspective autres que le fait de «prendre soin de l’argent» et le multiplier à n’importe quel prix. Ce dont nous manquons le plus, c’est de vision macro, de paradigme, de finalité, de sens et de raisons quant à ce que nous faisons en guise d’activités dites économiques. Pour qui ? Pourquoi ? Pour quel projet de société ? Quelle communauté humaine ? Quel niveau de vie et pour qui ? Aucun «how-to» ne répond à ces questions fondamentales. La multiplication des écoles de gestion à la US (que du «how-to») et des diplômés de ces écoles temples du néolibéralisme ne feront qu’aggraver les choses, point ! Une constituante serait ici fort utile pour établir un projet de société et dire si notre peuple veut une Algérie à la US ou non.

-L’Algérie est très mal classée dans de nombreux domaines socio-économiques au moment où le Premier ministre Sellal sillonne le pays en louant les grandes réalisation du Président-candiadat. Un changement de cap est-il inélucatble ?

Ce sont des statistiques et des faits dévastateurs pour notre pays. Elles ne font que confirmer ce que l’on atteint à foncer tête baissée dans les affres du néolibéralisme et du désormais létal modèle US qui a été utile et efficace en un temps passé, mais qui n’est plus que criminels boursicotages et châteaux de cartes financiers sur le dos des classes moyennes, de la nature et du salariat (voir Inequality for all de R. Reich et Inconvenient truth de Al Gore…). Ce ne sont pas là les «réalisations» de notre seul Président-candidat actuel, elles découlent de politiques économiques faites de bric et de broc et de fantaisistes revirements d’incompétents depuis quasiment l’indépendance de notre pays.

De plus, depuis l’ère de notre «ouverture» au capitalisme et la mondialisation néolibérale, l’Algérie a tout abdiqué au dieu marché autorégulé («institution qui n’a ni cœur ni cerveau» comme disait le Nobel Paul Samuelson). Ce sera donc ma conclusion : confier le destin de pays et peuples à un prétendu «libre marché» n’est que dénaturation de l’Etat devenu repaire de businessmen et vassal d’un nouveau clergé imposant les desiderata du business comme «sciences», «ordre naturel des choses». Or, les forces du business mènent, lorsque non surveillées et encadrées (elles le sont, avec les résultats qu’on connaît, en Allemagne, Suède, Japon, Malaisie, Corée du Sud…) inéluctablement aux corruptions (les lobbies US ne sont qu’hyper corruption légalisée), aux scandales, aux injustices, aux inégalités, à l’épuisement accéléré de la nature. Il n’est pas trop tard pour l’Algérie pour changer de cap, mais le temps joue terriblement contre nous.

Naima Benouaret
in El Watan, 10 mars 2014


Des citoyens ont fermé l’autoroute Est-Ouest

 

le 22 08.11.el watan |

La tension ne cesse de monter dans la commune d’Al Adjiba, à 25 km à l’est de Bouira.

Les villageois de Semmache, après une semaine de pourparlers infructueux avec les responsables municipaux pour que ces derniers s’engagent à améliorer leurs conditions de vie, ont décidé de passer à un stade supérieur de la protestation. Plusieurs jeunes manifestants, issus de cette localité, ont fermé, hier matin vers 9h, les deux voies de l’autoroute Est-Ouest au niveau de la commune d’Al Adjiba.

Cette action vient après plusieurs jours de sourde oreille de la part des responsables locaux. «Nous protestons pacifiquement et nous avons procédé à la fermeture de l’autoroute pour attirer l’attention des pouvoirs publics, mais jusqu’à maintenant aucun responsable n’a jugé utile de venir nous voir», a affirmé le porte-parole de ce mouvement de protestation. Ainsi, les villageois, qui sont venus pour poursuivre leur mouvement de contestation et fermer le siège de l’APC, ont été surpris par un groupe de jeunes qui se trouvaient à l’intérieur du siège de la mairie et qui ne cessaient de les provoquer, à en croire les manifestants.

«Nous sommes venus le matin pour protester pacifiquement devant le siège de l’APC et puis des jeunes perturbateurs qui se trouvaient à l’intérieur de la mairie n’avaient pas cessé de nous provoquer. Nous n’avons pas voulu répondre à leur insolence», ajoute notre interlocuteur. L’autoroute a été rouverte à la circulation automobile à 12h30. Il faut noter qu’aucun incident n’a eu lieu avec les brigades antiémeute de la Gendarmerie nationale qui sont arrivées en nombre sur les lieux. De plus, le déplacement du chef de daïra de Bechloul n’a rien apporté quant aux revendications des habitants de Semmache. Ces derniers comptent aller jusqu’au bout.

Ali Cherarak

Retour sur la fausse démission de Chadli

25 juillet, 2011 Posté dans Algérie Politique

Par Ait Benali Boubekeur

L’ouverture démocratique en Algérie fut de courte durée. Ce fut l’une des éphémères. La responsabilité de cet arrêt s’incombe à ceux qui ont estimé que le peuple algérien n’était capable de choisir ses représentants. Bien que le choix puisse être par dépit, il n’en demeure pas moins que le choix du peuple fut, lors des élections du 26 décembre 1991, sans appel. Il s’agit pour ces millions d’Algériens de sanctionner un système ne pouvant pas répondre à leurs desiderata. Mais en se trouvant devant la victoire incontestée du Front Islamique du Salut (FIS),  les réels décideurs ont-ils agi de sorte à éviter à l’Algérie l’un des drames  les plus rudes qu’elle ait connue ? Ainsi, à l’annonce des résultats officiels du premier tour des élections législatives, rien n’indiquait en apparence une quelconque manigance des militaires. Mais, derrière la vitrine, les calculs fur
ent légion.

Et si les nouveaux décideurs réclamaient la restitution des biens mal acquis, que ferions-nous alors. Cette option fut en tout cas analysée. La solution se trouva alors dans l’arrêt du processus pouvant conduire à l’alternance. Et ce qui les guida  fut  la sauvegarde des privilèges immenses. Ainsi, pour enclencher une troisième guerre d’Algérie, le haut commandement militaire avait cherché les raisons  dans une presse subordonnée. Celle-ci fut d’une allégeance infaillible au régime. Bien que  les leaders du FIS aient réagi avec une extrême vigilance à l’égard de cette presse partiale, la noria du renversement des résultats fut lancée. Car les organisateurs des élections s’étaient trompés sur les scores. D’ailleurs mêmes les vainqueurs  furent surpris par l’étendue de la victoire.

Contacté par le journaliste de RFI, Abdelkader Hachani  fut médusé par le score réalisé. Tout compte fait, il attendait à ce que  le pourcentage de sièges ne dépasse pas les 30%. Mais une fois l’effet de surprise passé, les leaders du FIS s’employèrent à développer un langage rassurant pour calmer les esprits surchauffés.  Cela dit, affirmer  que les vainqueurs avaient une confiance en ce pouvoir, qui cherchait  la moindre étincelle pour allumer le brasier, fut un leurre. Car ce dernier avait des moyens très importants, notamment en jouant sur la peur. Sa force de mobilisation fut incontestable par tous les observateurs. D’ailleurs, ce régime n’a-t-il pas joué les courants les uns contre les autres pour se pérenniser depuis l’indépendance? Qui a donné les ailes à cette mouvance depuis l’indépendance ? Car, dans un pays musulman, il est nul besoin de jouer la carte religieuse. En revanche, face à la gabegie du régime, ces militants religieux voulurent combattre les dérives du système, notamment la corruption, en s’appuyant sur les principes justes de l’Islam.

Cependant,  une fois de plus, la presse aux ordres vint au secours de ce régime. En effet, la presse thuriféraire a joué un rôle moteur dans la manipulation de l’opinion  induisant des milliers voire des millions d’Algériens en erreur. Ainsi, au lendemain de l’annonce des résultats du scrutin,  Mohammed Said a prononcé dans un prêche des propos apaisants dont  la presse a déformé.  « Nous sommes tous des frères, celui qui versera une goutte de sang de son frère ne connaîtra pas le pardon », a-t-il dit.  Il a ajouté plus loin  « tout va bien et, grâce à dieu,  il n’existe aucune pomme de discorde entre nous. Pour renforcer notre fois, il faut nous conformer aux prescriptions divines sur la façon de nous habiller ou de nous nourrir ». Les correspondants de presse,  qui couvrirent la prière, interprétèrent les propos en les reformulant pour donner à peu prés  ceci : « Mohamed Said demande aux Algériens de changer leurs habitudes vestimentaires et alimentaires ». Un journaliste d’un titre britannique  affirma dans une interview que lui avait soi disant  accordée Hachani  que ce dernier « désire rompre les accords liant l’Algérie au CEE ». Quelques années plus tard,  le journaliste reconnut  n’avoir jamais rencontré l’intéressé.  L’interview fut imaginée en analysant ses discours, reconnut-il. Ainsi cette désinformation ne fut qu’une facette de l’action des putschistes.

Selon José Garçon « le 6 janvier, une assemblée réunit 181 officiers supérieurs qui signent une pétition demandant la démission du président ». Pour étayer la thèse que les dés furent déjà jetés,  l’état major de l’armée  ordonna, le 8 janvier 1992,  le déploiement d’un dispositif militaire autour d’Alger, Oran et Constantine. Bien que  la constitution algérienne fasse du président le premier homme du pays en incarnant l’Etat et l’unité de la nation,  puisse nommer et révoquer les ministres et grade ou dégrade les militaires, le réel pouvoir se trouvait hélas ailleurs. D’où la question suivante : en ayant autant de pouvoir, Chadli aurait-il décidé, de son propre chef, de partir ? Il est difficile de croire cette hypothèse. Car une délégation militaire, conduite par Nezzar et les principaux responsables militaires,  se rendit le 9 janvier 1992 à la présidence pour demander tout uniment au président de se retirer dans l’honneur et de rédiger sa lettre de démission, et ce conformément à une pétition qu’auraient signée 181 officiers. Chadli aurait résisté pendant un petit moment aux pressions  mais il finit par accepter  de partir le 11 janvier.

Dans la lettre de démission,  il expliqua que son départ n’était  pas une fuite de responsabilité mais un sacrifice dans l’intérêt supérieur de la nation. Il s’agit là sûrement de récriminer les militaires qui l’ont forcé à partir. Car s’il s’était agi des islamistes,  il aurait simplement fait allusion au code  civil pour sanctionner les fraudeurs ayant permis la large victoire du FIS.  En tout cas, le départ du président ne fut pas le seul casse tête du haut commandement militaire.  La constitution de 1989 stipulait, dans ce cas de figure, que «  le président de l’assemblée nationale assure l’intérim du chef de l’état et prépare une élection dans 45 jours ». Or celui qui devait succéder au président fut éliminé en montant de toutes pièces la dissolution du parlement. D’après Ali Yahia Abdenour : « Belkhadem,  Président de l’APN,  a révélé au procès des dirigeants du FIS que Chadli,  Président qu’il avait rencontré le 7 janvier ne l’avait pas informé de la dissolution de l’assemblée (décret du 4 janvier) ». En somme,  le président ne pouvait  pas  démissionner dans un pays où il fut nommé. Son départ fut obtenu par des pressions.  Et les Algériens ont le droit de connaitre la vérité à défaut de pouvoir se prononcer sur les personnes qui les gouvernent.


Etat d’exception et modèle d’accès réduit : Mezrag, Khalifa, Gharbi et Beliardouh.

Salima GHEZALI
Mardi 19 Juillet 2011

Les émeutes de janvier dernier ont plongé l’Algérie dans un climat de tension qui a ouvert un nouveau cycle à l’intérieur de l’Etat d’exception imposé au pays depuis des décennies. Ce nouveau cycle prolonge l’ancien, fait de violences et de prédation, et tend à inscrire ces dernières comme les seules formes d’expression validées par le régime et reconnues au sein de la société.

Lutte dans les hautes sphères.

Rien de sérieux ne transpire des luttes  qui se mènent au sein des sphères directement impliquées dans le contrôle des institutions. Des luttes menées en vue de  la reconfiguration du pouvoir, avec comme forte probabilité le maintien de son caractère prédateur et fermé. Toutefois, certains faits mis sur la place publique tracent les contours de quelques uns des enjeux au cœur de ces luttes. Les affaires de corruption qui alimentent  la chronique judiciaire s’inscrivent en partie dans ce cadre conflictuel sans pour autant en épuiser toutes les dimensions.
Mohammed Hachemaoui,  qui soutient que la corruption colonise l’Etat,  montre, à travers l’analyse de l’affaire Khalifa,  la manière avec laquelle s’organise, de l’intérieur du système, la prédation économique et le pillage des richesses nationales. Pour autant, la mise en cause de l’autoritarisme si elle suffit à réunir les conditions propices à la prolifération de la corruption, ne permet pas, à elle  seule, de rendre compte de l’effondrement institutionnel à l’œuvre. Une situation qui peut sembler relever de l’acte irresponsable de quelqu’un qui scie la branche sur laquelle il est assis.

Un effondrement institutionnel organisé.

Un tel effondrement, nié par le discours officiel, est largement illustré par les formes de plus en plus radicales que prend la protestation sociale. Violence des émeutes, multiplication des suicides de protestation, banalisation de la criminalité sous toutes ses formes et face à cela une impuissance quasi-totale des pouvoirs publics. Une autre violence se tient, elle, en amont et en aval de ce qui ressemble à un long processus de redistribution des cartes.
Pensé  en amont par les « sorciers blancs » des réajustements institutionnels ou induit par la seule logique de la corruption, le contournement du fonctionnement économique et administratif légal avait besoin du contournement de l’exercice légal de la violence pour achever sa domination des institutions de l’Etat et de la société (tous deux nés- dans leur forme contemporaine- de la lutte pour l’Indépendance nationale).

Redistribution des monopoles.

En matière de violence, la guerre a permit de redistribuer les monopoles et de les  mettre en concurrence. Porté massivement et continuellement sur la place publique selon le formatage voulu par la sale guerre des années 90 (résistance versus djihad) le volet relatif à la redéfinition de la légitimité en matière de violence est une partie intégrante de la lutte pour le pouvoir.

Inaugurée par l’islamisme radical la contestation du monopole de l’exercice de la violence par l’Etat, a trouvé, derrière les discours patriotiques antiterroristes, dans les notables locaux ses principaux bénéficiaires directs. Ces derniers, s’ils ne sont pas tous membres de la caste prédatrice des seigneurs de la guerre, le sont quand même assez souvent pour poser un problème structurel à l’existence d’un Etat de droit où les citoyens seraient tous égaux devant la loi.

Avec ce paradoxe qu’aujourd’hui ce sont des  « terroristes islamistes repentis » qui réclament l’arbitrage légal qu’ils combattaient hier les armes à la main et des « défenseurs de la république » qui revendiquent la dépénalisation de l’assassinat politique. Du point de vue d’une opinion publique, toujours aussi divisée, il ya des « terroristes repentis » et d’autres qui veulent faire de la terreur des années 90 un instrument de  domination sociale et politique. Et ces derniers se recrutent dans les deux camps.

L’affaire Gharbi qui occupe les devants de la scène depuis de nombreuses années, et qui a donné l’occasion cette semaine à Madani Mezrag d’interpeler directement le président Bouteflika,  reflète un fonctionnement politique dans lequel, depuis 20 ans, la conjugaison de l’extrémisme idéologique et de la violence physique entrave la constitution d’un espace public pacifié
Par delà l’affaire elle-même, qui consacre le recours individuel à la violence pour « faire justice », ce qui est fondamentalement remis en cause est le principe de l’arbitrage légal égal pour tous. Le fonctionnement institutionnel républicain qui a été combattu par l’islamisme au nom de la chariaa se trouve de fait  récusé par les partisans de Gharbi au nom du patriotisme aujourd’hui anti islamiste et demain ? Dans le sillage de ces contestations d’un ordre légal déjà malmené, on assiste à l’expression plus ou moins « spontanée » de la revendication d’un retour au droit coutumier1 tribal en lieu et place de la législation nationale.

L’affaire Beliardouh et l’ordre nouveau.

Parmi les innombrables affaires de violences à l’actif de certains notables locaux ,aux mœurs féodales les plus brutales, l’affaire Beliardouh2, du nom de ce journaliste poussé au suicide, bien avant Bouazizi, par les méthodes du pouvoir réel est bien plus symptomatique des forces au profit desquelles travaille la renégociation du monopole sur la violence que l’affaire Gharbi  elle-même. En plus de l’héritage de « la sale guerre » qui n’a toujours pas été apuré c’est de la place et de la forme qu’est en train de prendre la violence au sein de la société algérienne qu’il s’agit. Ni les groupes armés islamistes ni les milices armées par le pouvoir ni les forces de sécurité n’ont été en mesure d’empêcher la prolifération de toutes sortes de maffias. Qui se sont curieusement multipliées alors que le pays connaissait une  mobilisation sans précédent du nombre d’hommes armés et injectés dans le sauvetage  de l’Etat, de la religion ou de la république. Force est de reconnaitre que les trois sont sortis éreintés d’un exercice qui n’a profité qu’à la résurgence assumée de rapports sociaux marqués par l’archaïsme.

La mort publique de l’affaire Beliardouh, avec la mort physique de Beliardouh lui même et le triomphe politico-juridique de Garboussi  dessinent bien plus clairement les vainqueurs et les vaincus de l’ère  nouvelle que l’Affaire Gharbi.

Par ce que l’affaire Beliardouh illustre bien le type d’ordre qui règne dans un pays une fois que la violence a été entérinée comme mode de régulation  des contentieux. Qu’un notable local s’autorise à kidnapper un citoyen , qu’il s’autorise à le séquestrer et à le brutaliser en toute impunité au vu et au su de tous,  à l’humilier et à le pousser au suicide comme ce fût le cas de Belliardouh  n’a été  possible que par la remise en cause du monopole légal sur la violence. Revendiqué dans le cadre de la « défense de la République » le recrutement de nouveaux agents de la violence a surtout bénéficié aux barons locaux.

D’autres notables dans d’autres régions du pays ont eux aussi en toute impunité enlevé, séquestré et tué des citoyens désarmés et ont été mis à l’abri de toute poursuite judiciaire. Parfois les plaignants se sont même retrouvés sur le banc des accusés. Il ya dans la manière dont certains cercles ont voulu faire de l’affaire Gherbi un symbole de l’héroïsme et du patriotisme  les ingrédients d’une autre guerre en gestation. Mais si certains, aveuglés par la haine ou par l’idéologie, n’obéissent qu’à un besoin de vengeance, d’autres veulent ainsi se positionner dans la reconfiguration des rapports de force au sein du pouvoir et de la société.

Coloniser l’Etat par la corruption en colonisant la politique par la violence. 

Pour que la corruption puisse aisément coloniser l’Etat il est de la plus haute importance que la violence colonise la politique et son prolongement naturel qu’est l’espace public.
« Le totalitarisme moderne peut-être défini comme l’instauration,  par l’état d’exception, d’une guerre civile légale, qui permet l’élimination physique non seulement des adversaires politiques, mais de catégories entières de citoyens qui, pour une raison ou une autre, semblent non intégrables dans le système politique…Devant l’irrésistible progression de ce qui a été défini comme une « guerre civile mondiale », l’état d’exception tend toujours plus à se présenter comme le paradigme dominant dans la politique contemporaine. Ce passage d’une mesure provisoire et exceptionnelle à une technique de gouvernement menace de transformer radicalement-et a déjà en fait sensiblement transformé- la structure et le sens de la distinction traditionnelle entre les différentes sortes de constitution. L’Etat d’exception se présente dans cette perspective comme un seuil d’indétermination entre démocratie et absolutisme. »3

Mohammed Gharbi  d’une part et  Madani Mezrag d’autre part constituent de manière emblématique les composants politico-militaires de cet état d’exception consacré  par le pouvoir au sein de la société. Alors que l’Etat voulu par le 1er Novembre, la plate-forme de la Soummam et le sacrifice de millions d’algériens révoltés  par l’injustice coloniale et engagés pour l’abolition des privilèges de caste se voulait l’Etat de  la justice et de l’égalité de tous devant la loi.

La lecture attentive de l’interview accordée aux journaux4par Mohammed Gharbi et celle de la lettre de Madani Mezrag5 laisse clairement voir que les deux sont dans un rapport de connivence avec les pouvoirs publics et qu’ils estiment trahis les termes d’une négociation politico-militaire dont le public ne sait rien.

Que le politique ait été réduit ici à l’exacerbation extrême des tensions idéologiques qui travaillent le corps social et que le militaire se résume à l’acte de prendre les armes pour éliminer par la violence un adversaire  est moins un dérapage que l’aboutissement logique d’une conception de l’organisation politico-économique de la société fondée sur la suspension du droit et la manipulation d’un pouvoir de destruction.

Douglass North chez les indigènes

Douglass North, prix Nobel d’économie et grand gourou de la Banque mondiale, de l’Agence française pour le développement et par ricochet d’une large partie des élites sous influence décrit ainsi le type d’Etat que nous voyons se mettre en place : « Les Etats naturels partagent quatre éléments qui les caractérisent comme un « modèle d’accès limité’’. Ce modèle se définit par : 1)- Une économie à croissance lente, vulnérable aux chocs. 2)-  Des régimes politiques sans consentement généralisé des administrés. 3)- Un Etat plus réduit et plus centralisé. 4)- Une prédominance des relations sociales organisées sur un mode personnel reposant sur des privilèges, une hiérarchie sociale, des lois appliquées au cas par cas, des droits de propriété fragiles et le présupposé que tous les individus ne sont pas égaux. »6

Cette inégalité entre citoyens réclamée ouvertement aujourd’hui a profité en le manipulant et en l’exacerbant d’un clivage de la société algérienne  que décrit par Djamel Guerid : « … En Algérie, ce sont deux sociétés différentes appartenant à deux cultures différentes qui se font face et chacune, par l’intermédiaire de son élite, s’efforce d’asseoir son hégémonie sur l’ensemble social tout entier. Ce qui distingue cet effort est qu’il vise l’effacement de l’autre, son « éradication »(…) La question qui est aujourd’hui la nôtre, est la question de la dualité et de l’opposition des deux tendances qui travaillent en profondeur la société algérienne et son élite.»7 Loin de tout essentialisme Guerid rappelle les conditions historiques qui ont présidé à cette fracture et cite Harbi : «  L’Algérie est entrée au XIXème siècle sous l’égide de la colonisation  dans un processus de modernisation forcée. Ce n’est donc pas sous l’effet d’une évolution interne, par développement naturel, que la société s’est modifiée. Ce changement était d’autant plus douloureusement ressenti qu’il s’est accompli rapidement dans l’assujettissement et la violence. L’unité du socle culturel est brisée. Le traumatisme qui en est résulté perdure encore. Le passé est toujours présent(…) parce que nombre d’algériens ont perdu leurs repères et sont encore trop ébranlés pour examiner objectivement leur histoire. Ils continuent à s’affronter autour des enjeux de mémoire et opposent les ruptures politiques et sociales intervenues, à la continuité du pays ».8

Après 20 ans de guerre, de pertes humaines inestimables et de destruction innombrables on débouche sur une reconfiguration de la scène politique, non au profit de l’une ou l’autre des élites en conflit, mais au profit de leur insertion dans un cadre global où la violence joue un rôle déterminant et permanent.

Derrière l’hostilité caricaturale au changement politique, le choix opéré par le pouvoir en faveur de la gestion du politique par la violence a concouru à sa généralisation.
Ne pouvant mettre ‘’un soldat derrière chaque citoyen pour assurer l’ordre’’, comme s’en était plaint un responsable militaire, le système, en rusant avec l’histoire, peut aujourd’hui mettre derrière chaque citoyen, armé ou non, un autre citoyen armé. Que ce dernier soit un « terroriste repenti » un «patriote armé » un «notable intouchable» ou un délinquant. La recomposition violente de l’espace public débouche sur un état de guerre civile latente après des années d’horreurs de grande ampleur. Et qui ne demande qu’à être réveillée faute de solution sérieuse à des problèmes de fond.
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1 Article paru dans El Watan 31 Août 2008, et déclaration de la LADH.
2 Journaliste d’El Watan Abdelhaï Beliardouh qui s’était opposé à Saâd Garboussi ( à l’époque président de la Chambre de commerce et d’industrie de Nemmenchas, englobant deux wilayas, Tébessa et Souk Ahras.)
3 Réf : Giorgio Agemben : ETAT D’EXCEPTION, homo sacer, Paris, éditions du seuil, 2003.
4 Interview publié par les quotidiens le soir d’Algerie et El Watan en date du 9 Juillet 2011
5 Communiqué de Madani Mezrag en date du 15 Juillet 2011.
6 Douglass C. North, John Joseph Wallis et Barry R. Weigast, Violence et orders sociaux, Paris, editions Gallimard, 2010.
7 Djamel Guerrid : L’exception algérienne, la modernisation à l’épreuve de la société, Alger, Casbah Edition, 2007
8 Harbi Mohammed, Préface à Perville G. Les étudiants algériens de l’université française 1880-1962, Alger, Casbah Edition, 1997.

Propos recueillis par Hamid Guemache TSA

Vous venez de publier votre premier livre, « La Martingale algérienne ». Pourquoi avez‑vous décidé de parler maintenant ? 
Parce que nous sommes à une étape de changement fondamental et crucial pour notre pays. Avec l’arrivée au pouvoir des nouvelles générations qui n’ont pas vécu octobre 1988  et qui pensent qu’il faut faire table rase du passé pour réussir. Ces générations se trompent. Il faut au contraire tenir compte du passé et surtout des erreurs passées. J’ai 59 ans, bientôt 60 ans. Je parle à ces jeunes parce qu’il y a une chance qu’il ne faut pas rater. Eux sont prêts, et à un moment où le reste du monde est dans un processus de changement profond.  L’Algérie ne peut rater cette séquence.
 
Que dites-vous dans votre livre ?
Je donne des clés qui permettent de concrétiser la transition, entre l’ancien et le nouveau; entre l’ancienne et la nouvelle génération, à un moment où tout est possible. Il y a un puzzle qui se met en place pour permettre aux nouvelles générations de prendre les destinées du pays. Dans mon livre, il y a des formules pour tenter de comprendre. Ces formules constituent des axes directeurs à partir desquels  je voudrais engager un débat avec la nouvelle génération.
Il faut se rappeler que le Maghreb était fort durant la période préhistorique. C’était une zone d’inventions. Mais nos ancêtres avaient dû quitter leur territoire pour des régions mieux pourvues en eau, indispensable pour tout développement. Aujourd’hui, c’est la première fois qu’on peut faire venir l’eau vers nous, grâce à la technologie et non pas aller vers l’eau, comme l’avaient fait nos ancêtres. La richesse se construit autour de l’eau, de l’agriculture et des richesses du sous‑sol mais bien sûr, surtout de l’homme. Aujourd’hui, nous avons tout pour réussir. On peut ramener l’eau vers nous et on a les compétences humaines. Ne laissons pas le système perdurer. C’est un système destructeur de valeur.
 
 
La transition va‑t‑elle se faire ?
Il faut absolument initier un dialogue avec les jeunes ! Nos prédécesseurs ont fait le 1er novembre 1954, mais ils ont tourné le dos à   leurs prédécesseurs comme Messali Hadj et Ferhat Abbas. Aujourd’hui ils refusent de passer le témoin à la nouvelle génération ; considérant même la mienne comme étant trop jeune. C’est cela qui les a affaiblis face aux manipulations de l’État colonial et c’est cela encore qui ne permet pas, encore aujourd’hui, la construction d’un État moderne. La solidarité des générations est fondamentale dans l’évolution d’un peuple.
 
Quel diagnostic faites‑vous de l’économie algérienne aujourd’hui ?
Il n’y a plus de réflexion sur l’économie algérienne depuis 20 ans. Dans le temps, il y avait un système cohérent, avec le plan, les statistiques, les études stratégiques. Tout cela a été détruit. L’administration et le pouvoir se sont retrouvés sans capacités d’études et de prospectives.
On ne peut parler d’économie. Il y a des décisions administratives, sans soubassement économique, ni idéologique, ni technique. On ne comprend pas s’il y a une politique de création de richesse, une politique industrielle. L’Algérie participe au bon fonctionnement de l’économie mondiale au détriment de la création d’emplois et de sa propre économie. Les augmentations erratiques de salaires, les passations de contrat avec l’étranger sans contreparties en sont des manifestations éloquentes.
Dans le livre, j’essaie d’expliquer que cette situation n’est pas le fait d’un individu, mais d’un processus dans lequel nous nous sommes progressivement installés. Mon message est qu’il est urgent d’engager une réflexion pour sortir des pièges et des impasses dans lesquelles nous stagnons, à la lumière d’une grille d’analyse  qui est précisément le contraire d’une martingale.
 
Vous proposez une refondation de l’État algérien…
Je propose une reconstruction du système politique algérien sur la base de l’expérience internationale mais aussi de l’expérience nationale en remontant jusqu’au néolithique s’il le faut. On ne fait pas de démocratie parlementaire en tournant le dos à la Djemâa (assemblée du village). Nos institutions traditionnelles ont résisté aux épreuves du temps. Calquer des institutions théoriques provoque le rejet des populations. L’homme neuf, issu de la tabula rasa, ne peut être que le produit d’un fascisme ordinaire ou d’esprits dérangés.
A votre avis, le dialogue politique initié par le président Bouteflika va‑t‑il aboutir à de véritables réformes démocratiques ?
Je reviens à mon livre. Je parle de l’économie informelle dont nous savons que son existence est liée à la présence d’un pouvoir informel. C’est dire que nous avons une société civile désignée qui parle avec la façade désignée du Pouvoir. Donc, la réalité du pouvoir, comme celle de la population, n’est pas concernée par le débat. La population n’est pas concernée par les débats actuels, elle en subira pourtant les conséquences.
La situation d’aujourd’hui est la conséquence de ce qui s’est passé depuis 1956 dans notre pays. Au départ, nous n’avions pas pu résoudre la question liée à l’équilibre des pouvoirs. Les choses n’ont fait que se compliquer pour aboutir aujourd’hui à une impasse.
 
Vous avez dirigé la Banque centrale d’Algérie. Cette institution est‑elle indépendante aujourd’hui ?
Lorsqu’on a un pouvoir informel, on ne peut pas avoir une Banque centrale autonome et tenue par le formalisme et la légalité. C’est objectif. Ce n’est pas lié à un gouverneur particulier.

Abderrahmane Hadj Nacer dédicacera son livre, « La Martingale algérienne », samedi prochain à 14 h 30 la librairie du Tiers‑Monde, place Emir Abdelkader, Alger.