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La mondialisation de la protestation

Joseph E. Stiglitz
Mardi 15 Novembre 2011

lanation.info

NEW YORK – Le mouvement protestataire qui a débuté en Tunisie en janvier pour s’étendre par la suite à l’Égypte puis à l’Espagne est désormais un phénomène mondial, avec des manifestations qui prennent d’assaut Wall Street et plusieurs villes d’Amérique. La mondialisation et la technologie moderne permettent désormais aux mouvements sociaux de transcender les frontières aussi rapidement que les idées. Et la contestation sociale a trouvé un terrain fertile partout dans le monde : un sentiment que le « système » a échoué et la conviction que, même au sein d’une démocratie, le processus électoral n’arrangera pas les choses – du moins, en l’absence d’une forte pression de la part de la rue.En mai, je me suis rendu sur les lieux des manifestations tunisiennes ; en juillet, j’ai eu l’occasion de parler avec les indignados espagnols ; je suis ensuite allé rencontrer les jeunes révolutionnaires égyptiens sur la place Tahrir au Caire ;  il y a quelques semaines enfin, j’ai discuté avec les contestataires d’Occupy Wall Street, à New York. Il existe un thème commun, exprimé par le mouvement
, et qui se résume en une phrase simple : « Nous représentons les 99% ».

Ce slogan fait écho au titre d’un article que j’ai récemment  publié : « Of the 1%, for the 1%, and by the 1% » (Des 1%, pour les 1%, et par les 1%), décrivant l’augmentation considérable des inégalités aux États-Unis : 1% de la population détient plus de 40% de la richesse et perçoit plus de 20% des revenus. Et les personnes appartenant à cette strate raréfiée sont souvent grassement récompensées, non pas pour leur contribution à la société – bonus et plans de sauvetage anéantissent clairement cette justification des inégalités – mais parce qu’ils sont, disons les choses clairement, des rentiers prospères (et parfois corrompus).

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Libye : le pays des mirages

 

Par Victor Kotsev pour Asia Times Online

Les absurdités de la guerre en Libye ont atteint un nouveau degré, avec des voix contradictoires qui rendent très difficile de faire la part entre réalité et fantasme. Toutefois, il est clair que dans un futur prévisible, aucun vainqueur ne sera prêt à émerger et que ce conflit s’enfoncera un peu plus dans le chaos et le carnage.

 

Au cours de la semaine qui vient de s’écouler, les absurdités de la guerre de Libye ont atteint un nouveau degré. Les responsables américains disent que les collaborateurs de Kadhafi veulent négocier sa sortie ; Kadhafi dit qu’il va mourir en martyr (en réalité, cela fait un certain temps que l’OTAN tente de l’aider à faire exactement cela).

Les rebelles disent qu’ils progressent avec « difficulté », comme le soulignent le grand nombre de victimes dans leur camp et la situation sur le terrain. La Cour Pénale Internationale (CPI) dit qu’elle veut ajouter le viol de masse à l’inculpation de Kadhafi pour crimes de guerre, tandis que la Turquie offre des « garanties » au colonel s’il devait démissionner. En attendant, les bannières opposées de l’intervention humanitaire et de la souveraineté des États flottent si haut qu’elles semblent avoir perdu tout point d’ancrage sur le terrain.

Croyez ce que vous voulez ! Comment pourrons-nous un jour nous souvenir que cette guerre sera résolue seulement une fois terminée, probablement dans bien longtemps, par une variation de la règle universelle que l’histoire est racontée par les vainqueurs. Cependant, dans un avenir prévisible, aucun vainqueur n’émergera, mais seulement plus de chaos et plus de carnage. Ces moments constituent les angles morts de l’histoire : la Libye se trouve donc dans une période sombre, non seulement d’un point de vue humanitaire, mais aussi du point de vue de l’histoire.

Kadhafi, ainsi que l’influent think-tank américain Stratfor le soutient, semble faire le pari d’une impasse. Stratfor a écrit dans un rapport récent :

Kadhafi a perdu toute chance de pouvoir réunifier la Libye sou son règne, mais il continue à espérer qu’il pourra survivre à la campagne aérienne de l’OTAN. Il est impossible de dire s’il croit vraiment ou non pouvoir reconquérir toutes les régions qu’il a perdues depuis février. Malgré tout, si Kadhafi devait parvenir à tenir pendant les prochains mois, il pourrait contraindre l’Occident à négocier un accord sur une certaine forme de partition, aussi dur à avaler que cela puisse paraître pour les pays qui mènent la campagne aérienne sous l’égide du Conseil des rebelles. En public, il nie avoir la partition comme objectif, mais avec une victoire totale qui est hors de question, ce serait le meilleur résultat possible qui resterait pour le dirigeant libyen.

En effet, la plupart des combats récents se sont déroulés autour d’importants terminaux d’exportation de pétrole, et l’on rend compte que Kadhafi et les rebelles se livrent une vive concurrence pour le contrôle des capacités de production de pétrole. Comprendre : sur le terrain, les deux camps sont à la recherche d’une source de revenu stable à long terme, très probablement en prévision d’une impasse prolongée qui nécessiterait de se réarmer constamment. Avec de puissants réseaux de contrebande d’armes qui ont déjà pris racine en Libye, l’embargo sur les armes, de toute façon régulièrement violé par toutes les parties, n’est guère une nuisance.

Sur le terrain, à l’Ouest de la Libye, le gouvernement a eu recours en grande partie à la même stratégie que celle qu’il a appliquée précédemment pour conduire à une impasse à l’Est. Ses tactiques et son équipement militaires supérieurs démoralisent les rebelles et leur infligent de lourdes pertes. Le lourd bilan civil sert à élargir la division et à inciter à la haine entre les partisans de Kadhafi et les rebelles, sclérosant ainsi ce conflit et consolidant la base de soutien du colonel. (La CPI envisage d’inculper Kadhafi de crimes de guerre contre la population civile ; les frappes aériennes de l’OTAN de plus en plus intensives produiraient également de lourds « dommages collatéraux »).

Sur le plan militaire, Kadhafi est confronté à une milice relativement nouvellement recrutée à l’Ouest, sans doute composée en grande partie d’hommes mécontents venant de la grande ville portuaire de Misrata, le principal fief rebelle dans cette partie du pays et l’épicentre de violents combats, ces deux ou trois derniers mois. Outre les bombardements aériens implacables de l’OTAN contre les forces du gouvernement, un facteur majeur derrière les avancées récentes des rebelles a été la disponibilité en hommes et en armes légères de contrebande arrivées par voie maritime.

« Les rebelles de Misrata ont de grandes ressources potentielles en hommes », explique un reportage de la BBC. « Dans cette population de 300.000 personnes beaucoup se sont durcis dans leur opposition au Colonel Kadhafi, durant de ce que les dirigeants occidentaux ont comparé à un « siège médiéval », disent les habitants [1]. »

Les rebelles sont forts lorsqu’ils combattent en ville, sur des lignes d’approvisionnement et de communication courtes et sur un terrain qui leur est intimement familier. Cependant, une fois qu’ils avancent vers Tripoli, la capitale de Kadhafi, comme ils l’ont tenté à maintes reprises ces dernières semaines, leur manque de discipline et d’entraînement de base devient déterminant.

Ils sont susceptibles de tomber dans des pièges et des embuscades où les armes lourdes de Kadhafi, cachées dans des endroits difficiles à découvrir à l’avance et à bombarder depuis les airs, les déciment. C’est ce qui s’est passé sur le front de l’Est entre les villes de Ajdabiya et de Brega, il y a deux mois [2] ; en fait, ce s’y est produit à nouveau dimanche dernier, quand une attaque rebelle sur Brega a été repoussé et que plus de la moitié de leurs forces ont été blessées ou tuées [3].

Aujourd’hui, la ligne de combat entre Misrata et les villes voisines à l’Ouest semble très similaire à la ligne de combat fluide dans l’est dans les premiers jours de la campagne de l’OTAN. Les rebelles ont repoussé de Misurata les troupes du gouvernement et ont avancé en direction de Tripoli, avec de violents combats dans les villes de Zlitan et de Zawiya.

Cependant, les forces de Kadhafi ont par la suite contre-attaqué et, en fin de semaine dernière, les combats se déroulaient à nouveau autour de Misrata, faisant des dizaines de morts et un nombre inconnu de blessés parmi les rebelles. Dimanche, le gouvernement a emmené des journalistes étrangers pour une brève visite tendue du centre de Zawiya [4]. Tôt lundi, des reportages sont sortis disant que les rebelles avaient de nouveau avancé vers la ville.

Une milice berbère rebelle distincte s’est emparée de la ville de Yafran, mais on rapporte qu’il y a eu peu ou pas de résistance et qu’il est peu probable que les Berbères avancent sur Tripoli. Selon certaines sources, Kadhafi garde en réserve ses troupes d’élite les mieux préparées ; actuellement, il semble s’appuyer sur une stratégie de guerre de mouvement et de contre-attaques, afin de retarder la campagne et de consolider son contrôle sur un territoire de base.

Pendant ce temps, L’OTAN a intensifié ses bombardements, la capitale Tripoli et le siège désormais vide de Kadhafi attirant un grand nombre des bombes. Cette stratégie semble viser à démoraliser le cercle rapproché du colonel, dans l’espoir que ce dernier sera éliminé par un putsch interne. La secrétaire d’Etat états-unienne Hillary Clinton a récemment affirmé que des propositions « nombreuses et répétées », faites par des personnes proches de Kadhafi pour qu’il négocie son départ du pouvoir, lui était parvenues [5].

En dépit des rapports faisant état qu’une poignée de proches collaborateurs de Kadhafi ont été tués, blessés ou ont fait défection, cette stratégie ne semble pas fonctionner. Kadhafi insiste sur le fait qu’il restera dans son pays jusqu’à la fin (ce qui signifie, au pouvoir sous une certaine forme), et il est peu probable que son cercle rapproché, constitué de ses proches et des personnes dont le destin est intimement liée au sien, prendrait des mesures contre sa volonté.

La proposition de la Turquie visant à lui offrir des « garanties », sans doute contre des poursuites pénales, semble vide, en particulier à la lumière de l’intention déclarée de la CPI de l’inculper de crimes de guerre. L’exemple du Nigeria, qui est revenu sur des garanties similaires faites à l’ancien président libérien Charles Taylor et qui l’a extradé 2006, est susceptible d’être encore présent à l’esprit de Kadhafi.

Il existe deux façons de sortir de l’impasse [6] : en éliminant physiquement Kadhafi et une grande partie de son cercle rapproché ou si l’OTAN envoie des forces terrestres en Libye. Un certain nombre de bombardements de l’OTAN dans les derniers mois ressemblait beaucoup à des attentats contre sa vie ; l’un d’eux aurait tué le fils obscur de Kadhafi, Saif al-Arab, et plusieurs petits-enfants du colonel. De manière ironique, la fille de Kadhafi a récemment intenté un procès pour crimes de guerre contre l’OTAN sur la base de cet incident.

Même s’il est difficile de dire combien de personnes en dehors de Kadhafi l’OTAN aurait à tuer pour abattre son régime, certains responsables de l’OTAN ont déjà commencé à tergiverser (plutôt que d’émettre des réfutations) pour savoir si Kadhafi est un objectif officiel de la campagne. « Tandis que l’assassinat de dirigeants étrangers est généralement mal vu et rarement admis, Kadhafi ne devrait probablement pas compter sur la loi pour le protéger », conclut Joshua Keating, dans une récente analyse juridique parue dans Foreign Policy [7].

Quant à une invasion terrestre, c’est une option encore plus risquée et serait le signe que l’OTAN considère que tout le reste a échoué. Toutefois, plusieurs indices montrent que l’alliance pose les bases d’une possible guerre terrestre en Libye, notamment, l’utilisation d’hélicoptères et la surenchère d’allégations de crimes de guerre.

Hormis ces deux options, il ne semble pas y avoir grand chose d’autre qui puisse chasser Kadhafi du pouvoir. Nous devrions envisager des replis tactiques du colonel à la lumière de ces menaces. S’ils ne se concrétisaient pas, une impasse en Libye serait pratiquement assurée au bout du compte. En attendant, ce conflit nous réserve plus de chaos et de confusion.

Victor Kotsev

 


encore et toujours

L’économie de la Libye est totalement dépendante des revenus liés au pétrole. Son industrie n’est que peu développée et peu diversifiée. De plus, à l’instar de nombreux pays en transition vers une économie de marché, la Libye connaît des difficultés liées à la faiblesse institutionnelle du pays, à son cadre juridique peu adapté et aux rigidités de sa structure qui sont autant de frein face aux possibles réformes. Un troisième élément qui peut expliquer les difficultés que connaît le pays concerne les sanctions économiques internationales imposées par les Nations Unies entre 1992 et 1999 et par les Etats-Unis entre 1986 et 2006. Ces sanctions ont créé un isolement de la Libye par rapport au commerce international en décourageant les investisseurs étrangers dont une industrie pétrolière comme celle de la Libye a fortement besoin. Ces sanctions ont eu une influence considérable sur le secteur pétrolier, particulièrement sur les activités d’exportation et le développement de ce secteur. Kadhafi a régulièrement utilisé cet argument pour expliquer les difficultés économiques et sociales de son pays. Il estime que ces sanctions internationales lui ont coûté entre 24 et 28 milliards de dollars, ont affaibli le taux de croissance de son pays, ont provoqué un taux de chômage important ainsi qu’une inflation élevée.

Un faible renouvellement de l’appareil productif

La faiblesse de l’investissement étranger, mais également national n’a pas permis de nouvelles explorations. L’interdiction, depuis 1993, de vendre à la Libye tout matériel lié à l’industrie pétrolière a eu un effet dévastateur pour le pays. Le manque de pièce de rechange et donc l’entretien difficile ont ralenti la capacité de production du pays qui a baissé de 3,3 millions de barils par jour en 1973 à seulement 1,73 millions en 2007. Un expert pétrolier au Caire explique : «Même si la Libye a pu conserver son niveau de production autour de 1,5 million de barils par jour, il est devenu de plus en plus difficile et onéreux d’acheter des pièces de rechange sur le marché parallèle. Il existe un risque que la production chute brutalement. Ce serait dramatique pour le régime» . La levée de ces sanctions a permis à ce secteur de retrouver une certaine vitalité. Conscient des risques d’explosion sociale liés à une telle économie, le colonel Kadhafi a choisi de laisser sa fierté de côté et d’extrader les deux suspects des attentats de Lockerbie vers les Pays-Bas pour ainsi mettre fin à cet isolement. Cependant, si les Nations Unies annoncent rapidement la suspension des sanctions, la Libye continue à être isolé sur le plan international. Il reste encore trois importants dossiers à régler. Ce sont : les attentats, le terrorisme et les armes de destruction massive. Les Etats-Unis considèrent le régime du colonel Kadhafi comme un Etat terroriste depuis 1979, à cause du soutien qu’il a apporté à des organisations terroristes au Moyen Orient ou en Europe, ainsi qu’à des groups révolutionnaires d’Amérique latine. Cependant, la condamnation par Tripoli des attentats du 11 septembre 2001 comme la légitimité accordée de l’intervention américaine en Afghanistan vont donner une nouvelle dynamique à un rapprochement entre les deux pays.
Dès la levée de ces sanctions, le colonel Kadhafi a souhaité montrer au reste du monde que son pays avait changé, qu’il était devenu plus humain et n’était plus un pays révolutionnaire. Dans ce but, il a encouragé la Libye à se tourner vers les autres pays de son continent, ainsi qu’à accepter les investissements étrangers et à reprendre un dialogue avec les Etats-Unis. Il estimait que les pays arabes ne l’avaient pas assez soutenu durant ces années d’isolement international. C’est pour cette raison que, depuis 1997, Kadhafi a choisi de développer des relations avec des pays d’Afrique. Il a donc noué des liens étroits avec certains pays. Il a créé en 1998 la Communauté des Etats sahélo-sahariens.

Une économie basée sur le pétrole

La croissance de l’économie du pays est fortement liée au secteur énergétique. Le PIB suit l’évolution du prix du pétrole. Lorsque celui-ci augmente, le PIB fait de même. La croissance du PIB est estimée à 6,8 % en 2007 contre 5,6 % en 2006. Le pétrole est le moteur de la croissance nationale. Avec un prix du baril assez élevé, la dépendance de l’économie nationale au secteur pétrolier se renforce. En 2007, 99 % du revenu des exportations et 78 % des recettes publiques sont liées à ce secteur.
Pour diversifier son économie, la Libye devrait encourager la croissance dans d’autres secteurs que celui de l’hydrocarbure et créer de nouveaux emplois. Elle pourrait faciliter la transition vers une économie de marché en utilisant dans ce but les revenus du pétrole par un renforcement de la gestion des finances publiques, une plus grande transparence dans la formulation et l’exécution du budget et une bonne gestion des revenus liés au pétrole. Contrairement à d’autres pays, la Libye a une situation économique assez confortable pour lui permettre une telle transition tout en mettant en place des « filets de sauvegarde » lui permettant de réduire les coûts liés à l’ajustement à cette transition.
Pour passer à une économie de marché, il est aussi important de renforcer le secteur privé. Dans ce but, la Libye a rédigé, en octobre 2003, une liste de 360 entreprises, provenant de secteurs variés tels que l’acier, la pétrochimie, le ciment ou l’agriculture, potentiellement privatisables entre 2004 et 2008.
La Libye est un pays vaste. Sa surface équivaut à quarante fois celle de la Suisse. Cependant, il compte seulement un peu plus de 5 millions d’habitants. La population a été estimée à 5,32 millions lors du recensement de 2006. Le taux de croissance démographique, qui est en recul par rapport aux décennies précédentes, s’élève à 1,8 %. La part de la population âgée de plus de 15 ans est passée de 51 % en 1984 à 68 % lors du dernier recensement. Comme une majorité a moins de 20 ans, le marché du travail subit une pression importante, tout comme l’éducation et la santé.

Politique monétaire

En 1971, le dinar est sorti de la zone sterling. Depuis cette date, la politique de change de la Libye a beaucoup évolué. Le taux de change du dinar a continué à s’ajuster. La Banque centrale du pays avait mis en place une politique de change très active.
Il y a, jusqu’à aujourd’hui, quatre grandes phases caractéristiques dans le système de change libyen. Il y a d’abord eu, entre 1952 et 1986, la phase de l’étalon-or ; puis la phase de rattachement aux droits de tirage spéciaux entre 1986 et 1994 ; une phase avec deux taux de change fixes entre 1994 et 2001 et finalement le retour à un taux de change fixe et unique depuis février 1999. La Banque centrale de Libye (BCL) intervient fréquemment en dévaluant la monnaie dans le but de conserver un taux de change fixe.
Entre 2000 et 2004, le pouvoir d’achat a connu une amélioration importante en Libye, principalement grâce à l’unification des taux de change et aux mesures de libéralisation commerciale. Mais le désengagement de l’Etat, le développement du secteur privé, comme les pressions inflationnistes sont de réelles menaces. Selon des statistiques, 14 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Cependant, le nombre absolu de ces personnes est passé de 605 000 en 1993 à 739 000 en 2001.

De nombreuses avancées sociales

Selon le recensement de 2006, 30,7 % de la population occupe une activité sur le marché du travail. Bien que ce taux soit plus important que dans les années 1990, il reste bas par rapport à d’autres pays de la région. Son taux de chômage, bien qu’il y baissé ces dernières années, reste élevé. Il se situe à 14,8 % en 2006. Comme l’Etat emploi 60,5 % de la population, la transition vers l’économie de marché et ses conséquences au niveau social sera une étape cruciale à maîtriser. De plus, l’Etat a un rôle important dans la tendance à faire s’estomper les inégalités. L’Etat libyen apporte une aide importante en subventionnant et soutenant diverses aides sociales. Ce mécanisme peut être profondément altéré par une transition vers une économie de marché.
Des progrès sociaux importants ont été réalisés ces dernières années. L’espérance de vie à la naissance est passée de 63 ans en 1993 à 69 ans en 2004. Alors que le taux de mortalité infantile pour les moins de 5 ans est descendu de 16 % en 1970 à 1,9 en 2001. De plus en plus d’enfants sont vaccinés. Selon un rapport du PNUD, 99 % des enfants de moins de un an sont vaccinés contre la tuberculose et 93 % contre la méningite. Quant au taux d’alphabétisation, il a également considérablement augmenté. Le taux de la population analphabète est passé de 26,6 % à 18,3, alors que le taux de scolarisation atteint 94 % contre seulement 88 au milieu des années 1990. Depuis novembre 2007, la Libye occupe la 56e place mondiale et la première place africaine dans le classement des Nations unies. Elle est d’ailleurs passée d’un pays ayant un indice de développement humain moyen à un des 70 pays ayant un indice de développement élevé.
Bien que le pays possède plusieurs hôpitaux publics et centres de santé, dont les principaux se situent à Tripoli et à Benghazi, les années de sanction internationale ont débouché sur une détérioration de la qualité des services offerts. C’est pourquoi les Libyens possédant des capacités financières en-dessus de la moyenne se déplacent vers l’étranger et en particulier vers la Tunisie pour y subir des soins. Cependant, depuis 2002, le gouvernement libyen a décidé d’augmenter le budget de la santé dans le but d’en améliorer les services.

Bien que la Libye semble avoir réalisé des progrès considérables ces dernières années, sur les plans économique et social, il lui reste encore beaucoup à faire. Elle se doit avant tout de diversifier son économie, pour ne plus être totalement dépendante du pétrole, une ressource épuisable.

Eugénie Bron
Assistante de recherche

Sources :

Haddad, Saïd, « La Libye et l’Occident depuis 1999 : entre tropisme américain et ancrage euroméditerranéen », in Afrique contemporaine, Printemps 2004, pp. 179-196.

Martinez Louis, « L’économie libyenne à l’épreuve de la suspension de l’embargo », in Gongofi, Paola, Libia ogggi. I quaderni di Merifor. Sguardi sul Mediterraneo, 2005, Casa editrice il Ponte.

Martinez, Louis, « Libye : transformations socio-économiques et mutations politiques sous l’embargo », in Centre d’étude et de recherche internationale, juillet-août 1999, URL : http://www.ceri-sciencespo.com/archive/jaugust/artlmli.pdf

OCDE, Perspective économique en Afrique, 2008, URL : http://www.oecd.org/dataoecd/5/30/40570608.pdf

World Bank, Social and Economic Development Group, Middle East and North Africa Region, « Socialist People’s Libyan Arab Jamahiriya Country Economic Report », Report No. 30295-LY, July 2006