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A l’occasion de la visite officielle de John Kerry à Alger, Reporters sans frontières adresse une lettre au Secrétaire d’Etat américain afin de lui faire part de ses préoccupations quant à la situation de la liberté de l’information en Algérie.

Communiqué de RSF :

Monsieur John Kerry

Secrétaire d’Etat des Etats-Unis

2401 E. Street, N.W.

Washington, D.C. 20037

Monsieur le Secrétaire d’Etat

A l’occasion de votre visite officielle à Alger dans le cadre de la deuxième session du dialogue stratégique algéro-américain les 2 et 3 avril 2014, Reporters sans frontières souhaite vous faire part de ses inquiétudes relatives à la situation de la liberté de l’information en Algérie, et vous demande de soulever cette question cruciale au cours de vos échanges avec votre homologue algérien, Mr Ramtane Lamamra.

Le pays figure au 121ème rang sur 180 dans le classement mondial de la liberté de la presse établi pour 2014. A l’approche de l’élection présidentielle du 17 avril prochain, l’organisation a recensé un certain nombre d’interpellations de journalistes en marge des manifestations organisées en protestation à l’annonce de la volonté d’Abdelaziz Bouteflika de briguer un quatrième mandat. Par ailleurs, il est plus qu’urgent que les autorités algériennes réforment en profondeur le secteur des médias en Algérie, en optant pour un véritable pluralisme de l’information, tant au niveau de la presse écrite que de l’audiovisuel. Elles se doivent de respecter leurs engagements constitutionnels et internationaux en matière de libertés fondamentales, notamment pour ce qui est de la liberté de l’information.

Une campagne présidentielle sous tension

Des journalistes couvrant les manifestations qui ont suivi l’annonce de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour un quatrième mandat le 22 février dernier ont très souvent été pris pour cibles par les forces de l’ordre. Ces attaques s’inscrivent en porte à faux avec la résolution, adoptée le 28 mars 2014, par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies qui consacre l’importance du rôle des journalistes dans la couverture des manifestations et la nécessité pour les Etats de leur apporter la protection nécessaire . Ainsi, le 1er mars dernier, une manifestation a été organisée devant la faculté Benyoucef-Benkhedda à Alger. La journaliste d’Echorouk TV, Zineb Benzita, a déclaré : « Les policiers m’ont embarquée alors que je ne participais pas à la manifestation. J’étais sur les lieux dans le cadre de mon travail. Je suis actuellement au commissariat de Cheraga avec plusieurs autres journalistes, des militants et des manifestants interpellés ». Des journalistes ont également été interpellés, avec des manifestants, lors de la manifestation organisée par le mouvement « Barakat » le 6 mars à Alger.

Meziane Abane, journaliste à El Watan Week-end et membre actif du mouvement « Barakat », a été arrêté le 17 mars dernier alors qu’il se trouvait dans sa chambre d’hôtel à Batna (500 km à l’est d’Alger). Il avait pour projet de réaliser un reportage sur les incidents qui ont secoué la région après qu’Abdelmalek Sellal, ancien Premier ministre et actuel directeur de campagne de M.Bouteflika a tourné en dérision les origines chaouies d’un interlocuteur sous le micro des journalistes. Arrêté par des policiers et transféré vers la brigade de la gendarmerie, il a été interrogé au sujet de ses obligations militaires, malgré le fait qu’il en ait été acquitté. Le journaliste a été relâché le lendemain après avoir été présenté devant le procureur de la République.

L’affaire Djamel Ghanem a également défrayé la chronique. Caricaturiste au quotidien La Voix de l’Oranie, il a été accusé d’ « outrage au président de la République » pour une caricature non-signée et qui n’a jamais été publiée, qui faisait allusion à un 4e mandat de M. Bouteflika. Inculpé depuis le 20 novembre 2013, Djamel Ghanem a affirmé que les déclarations qui figuraient dans les procès-verbaux d’audition devant le juge d’instruction du tribunal d’Oran lui avaient été extorquées sous la pression. Le caricaturiste qui encourait une peine de 18 mois de prison ferme ainsi que 30 000 DA (environ 380 dollars) d’amende a été relaxé le 11 mars dernier par le tribunal d’Oran. Cependant, le parquet a fait appel de cette décision une semaine plus tard. Craignant pour sa sécurité et celle de sa famille à la suite de cet acharnement du parquet, Djamel Ghanem s’est résolu à quitter l’Algérie et à demander l’asile à la France.

Les correspondants de la presse étrangère ne sont pas épargnés. Depuis mi-mars, le ministère de la Communication leur impose de prévenir le-dit ministère par mail de tout déplacement à l’extérieur de la wilaya d’Alger.

Un pluralisme de façade

Si l’on se contente de regarder le nombre de titres dans les kiosques de la rue Didouche à Alger, on pourrait croire à un foisonnement de la presse et donc à une réelle liberté d’expression. Les kiosques de la capitale regorgent de près de 80 titres de quotidiens, principalement arabophones. Mais la situation de la presse, et plus généralement des médias et de la liberté d’expression, est loin d’être mesurable à l’aune du nombre de titres dans les points de vente. Nombreuses sont les publications émanant directement d’hommes d’affaires, liés aux intérêts de l’Etat et des services de renseignement. D’après le rapport du Rapporteur des Nations unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, publié le 12 juin 2012 , moins de six journaux sont réellement indépendants en Algérie.

Quant à l’audiovisuel, une nouvelle loi, adoptée le 20 janvier 2014, devrait mettre fin au monopole public, en place depuis l’indépendance. A travers ses 113 articles, elle vise à réglementer le champ audiovisuel et à en réguler son fonctionnement.Toutefois, elle ne devrait entrer en vigueur qu’après le scrutin du 17 avril prochain. Si elle venait à être appliquée, elle permettrait – pour la première fois -la création de chaînes de télévision privées diffusant depuis l’Algérie, et de mettre fin au monopole du secteur public sur l’audiovisuel. Cependant, cette loiimpose aux futures chaînes de télévision privées d’être thématiques et de limiter la durée de leurs émissions d’information. Les chaînes générales et d’informations demeurent sous le contrôle du secteur public. Une autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV) devrait être mise en place. Le manque d’indépendance de cette organisation est source d’inquiétudes. En effet, ses neuf membres sont nommés par décret présidentiel et cinq d’entre eux seront désignés par le président de la République lui-même. L’autorité de régulation a également le droit de limiter la durée des journaux télévisés dans les chaînes privées. Plusieurs associations ont depuis dénoncé ce manque d’indépendance.

A ce jour, l’autorité de régulation n’ayant pas encore vu le jour, aucune chaîne de droit privé algérien n’a donc pu être validée. Quant aux chaînes de droit étranger, elles doivent être accréditées au préalable pour pouvoir diffuser à partir du sol algérien. Ainsi, certaines ont pu être lancées, telles que Annahar TV et EchouroukTV. On ne peut que s’interroger sur les conditions dans lesquelles certaines sont parvenues à obtenir leur accréditation, même si leur ligne éditoriale, proche du pouvoir, ne laisse que peu de doute sur la réponse à cette question.

L’Affaire Al-Atlas TV, lancée en mai 2013, en est une parfaite illustration. Cette chaîne a fait l’objet d’une perquisition les 11 et 12 mars dernier. Des gendarmes en civil munis d’un mandat de perquisition ont pénétré au siège de la chaîne le 11 mars vers 16 heures. Vers 20 heures, la gendarmerie est intervenue, sans mandat de perquisition, dans les studios situés à 25 km d’Alger, loués par la société de production Alpha Broadcast, qui fournit des programmes pour Al-Atlas TV. Des scellés ont été placés par les forces de l’ordre. Le lendemain dans l’après-midi, les forces de l’ordre sont revenues au siège de la chaîne, accompagnées du Procureur de la République. Elles ont procédé à la saisie du matériel et apposé des scellés sur la chambre informatique. D’après le site d’informations Algérie Focus, les autorités algériennes auraient fait pression sur le prestataire jordanien Noorsat Satellite pour qu’il cesse d’émettre le signal d’Al-Atlas TV. Chose faite depuis le 13 mars 2014 au matin. D’après le directeur de la chaîne, Al-Atlas TV est visée par les autorités en raison de sa ligne éditoriale critique à l’encontre du gouvernement actuel, et plus spécifiquement envers le président Bouteflika. En cause également, la couverture des manifestations d’opposants à un quatrième mandat de Bouteflika pour l’élection présidentielle du 17 avril prochain.

La campagne électorale est donc couverte par les quatre chaînes d’Etat, et certaines chaînes de droit étranger à la solde des services.

Dans tous les cas, la vigilance reste de mise, le risque étant que les nouvelles chaînes à capitaux privés soient à leur tour la propriété de quelques puissants hommes d’affaires, proches des milieux politiques et des forces armées. Cette initiative positive de mettre un terme au monopole de l’audiovisuel public ne doit pas se résumer à un simple effet d’annonce. Elle doit au contraire marquer le renforcement du pluralisme de l’information en Algérie.

De son côté, la presse, ouverte au pluralisme depuis les années 90, souffre toujours de pratiques monopolistiques, notamment en matière d’impression ou de distribution. La plupart des publications sont tributaires des imprimeries (Société d’impression d’Alger) et des réseaux de diffusion contrôlés par l’Etat. L’Etat agit en toute liberté, décidant arbitrairement de l’impression, et des diffusions des publications.

La publicité est également utilisée à des fins de pressions contre les médias. L’ANEP, l’Agence nationale de l’Edition et de la Publicité créée en décembre 1967 (en vigueur depuis avril 1968) décide de l’attribution de la publicité des entreprises et des services de l’administration publique. La publicité publique constitue ainsi une ressource financière non négligeable pour la presse écrite. Le renouvellement de ces encarts n’est pas sans condition… En ce qui concerne la publicité privée, celle-ci découle bien souvent d’entreprises proches des cercles politiques du pays. Aussi, cette manne financière servira avant tout les journaux les plus dociles au pouvoir des militaires et du Département du renseignement et de la sécurité (DRS).

Il est donc facile pour l’Etat d’asphyxier économiquement les journaux au contenu critique. D’où les tentatives d’émancipation d’un certain nombre de médias. Mais les autorités disposent d’une arme redoutable : celle des redressements fiscaux. Cette épée de Damoclès peut tomber à tout moment sur les rédactions. Nécessité d’une réelle réforme législative

Comme l’a souligné le Rapporteur des Nations unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression dans son rapport, « le cadre juridique actuel est encore restrictif ». Malgré les déclarations des autorités lors de l’élaboration de la loi n°12-05 relative à l’information, la liberté d’expression et le droit à l’information n’est pas suffisamment garanti.

Dès l’adoption de la loi le 14 décembre 2011, les partis d’opposition, des journalistes et les associations de droits de l’homme ont vivement critiqué les dispositions du nouveau texte. Bien que l’article 2 de la loi n°12-05 dispose que « l’information est une activité librement exercée », il la restreint immédiatement en la soumettant au respect de douze conditions « fourre-tout », comme le respect de « l’identité nationale », des « intérêts économiques » ou de « l’ordre public ». Cette restriction s’applique également aux médias électroniques (article 71).

De nombreuses dispositions entravent de façon disproportionnée la liberté d’information comme notamment l’article 112 relatif au droit de réponse de « toute personne physique ou morale » pour les « articles portant atteinte aux valeurs nationales et à l’intérêt national », l’article 123 sur « l’outrage aux chefs d’Etat étrangers », ou encore l’article 119 relatif à la « publication de document portant atteinte au secret de l’enquête ».

La création de médias et la publication font l’objet de nombreux obstacles dans la loi. L’article 11 souligne que « l’édition de toute publication périodique est libre » et elle est pourtant soumise à une procédure d’agrément et non de simple déclaration. Le régime des publications étrangères est également trop restrictif puisque soumis au contrôle du ministère de la Communication (article 22).

« Il ne devrait pas y avoir de mécanismes publics ou de facto d’autorisation, au-delà de la notification des institutions publiques » comme le souligne le rapport de Frank La Rue, le rapporteur spécial des Nations unies. Certains syndicats et associations n’ont pas reçu les récépissés en contrepartie de leur déclaration préalable conformément à la loi n°90-07 et ne peuvent donc pas créer leur média (article 4). Les autorités algériennes devraient s’aligner sur les standards internationaux en ce qui concerne les lancements de publications. Les restrictions en amont des publications ne sont pas tolérables.

Si la mise en place d’une autorité de régulation de la presse est positive, des interrogations demeurent quant à son indépendance et à l’étendue de ses pouvoirs. En effet la composition de cette instance supérieure laisse dubitatif (article 50) : trois membres, parmi lesquels le président, sont directement nommés par le président de la République. Le président de l’Assemblée populaire nationale nomme quant à lui deux représentants et deux autres sont désignés par le président du Conseil de la Nation. Restent enfin sept autres membres, nommés à la majorité absolue, parmi les journalistes professionnels d’au moins quinze années d’expérience. Tout comme le rapporteur des Nations unies, Reporters sans frontières craint que cette autorité de régulation restreigne un peu plus la liberté de la presse.

Le risque persistant de l’incarcération

La loi n° 11-14 du 2 août 2011 a modifié les articles 144 bis et 146 du code pénal et dépénalisé la diffamation à l’égard des agents publics. De la même manière, en janvier 2012, un nouveau code de la presse est entré en vigueur, a abrogé les peines de prison pour les délits de presse. Cette avancée législative aurait pu mettre fin à la menace que constituaient jusqu’à lors les articles 144 bis, 146, 77 à 99 du code pénal. Mais le montant des amendes est disproportionné et les articles 296 et 298 du code pénal maintiennent les peines de prison pour la diffamation envers les particuliers.

S’il arrive que les procédures judiciaires engagées contre des journalistes ou des médias soient ralenties ou « oubliées », la menace de voir apparaître, a posteriori, l’exécution d’une décision de justice, constitue une menace qui incite le journaliste à s’autocensurer.

Je vous remercie sincèrement de l’attention que vous porterez à cette lettre, et vous prie d’agréer, Monsieur le Secrétaire d’Etat, l’expression de ma très haute considération.

Christophe Deloire

Secrétaire général de Reporters sans frontières


Afrique du Nord en danger

Algérie dans le viseur des USA

François Charles. http://www.lautreafrique.info lundi 10 février 2014

Il y a déjà plusieurs mois que les Etats-Unis, après avoir classé l’Algérie comme « pays à risque pour la sécurité des diplomates », ont implanté des installations militaires avec contingents de marines, à la pointe sud de l’Espagne, sans cacher le moins du monde leurs intentions interventionnistes vers le nord de l’Afrique.

Sachant par ailleurs, que les Etats-Unis visent désormais la région frontalière située entre le sud tunisien et l’Algérie : « Signe que les Etats-Unis sont décidés à agir, le Pentagone vient de récupérer, dans le sud de la Tunisie, une ancienne base désaffectée qui doit être rénovée pour intervenir sur le théâtre libyen, affirme une source diplomatique à Tunis. (le Figaro, 1er février 2014), le moins qu’on puisse dire, même s’il n’est question pour l’instant que d’intervenir en Libye, est que l’ogre se rapproche…

Menaces de punition pour n’avoir pas suffisamment soutenu l’intervention militaire française au Mali ? Projet de déstabilisation d’un dernier bastion encore par trop indépendant de l’influence US ?

Toujours est-il que, après les maliens et au vu de l’état de tension régnant dans toute la sous-région, les algériens sont fondés à nourrir de grandes inquiétudes.

Une intervention militaire annoncée

500 marines, huit avions militaires de combat…Les Etats-Unis ont ainsi déployé, depuis l’été 2013, une force militaire d’intervention conséquente, dans la petite ville de Moron en Espagne. Si le stationnement de militaires américains sur le sol espagnol n’est pas un scoop, ce qui est nouveau en revanche est la spécificité dédiée à cette nouvelle implantation. L’aveu du gouvernement espagnol à ce sujet est d’ailleurs de taille : » permettre à l’armée américaine d’intervenir dans le nord de l’Afrique en cas de troubles majeurs ». On ne saurait, en effet, être plus clair !

Aujourd’hui, alors que les USA viennent de faire une demande officielle au gouvernement Rajoy d’augmenter de moitié le contingent des marines déjà en place, appelé « Force de riposte pour la crise en Afrique », on apprend, par le quotidien espagnol El Pais, que sont prévus d’importants mouvements de la marine militaire US sur les côtes espagnoles : » Le 11 février prochain le destroyer américain USS Donald Cook arrivera avec ses 338 membres d’équipage à la base navale de Cadix. Un second navire, USS Ross arrivera en juin et deux autres, USS Porter et USS Carney, en 2015. Au total, ce seront 1100 marines, avec leurs familles, qui s’installeront sur la base de Cadix ».

Interrogé à propos de toutes ces manoeuvres et implantations militaires, Gonzalo de Benito, secrétaire d’Etat espagnol aux affaires étrangères, se contentera de commenter : » Quelles opérations réaliseront ces marines suréquipés ? Je ne peux pas le dire car ces forces sont pas venues pour des opérations précises mais pour des contingences qui peuvent se produire… »

Entre menaces et langue de bois, on mesure combien ces bruits de bottes sont à prendre au très sérieux.

Que ce soit en Italie ou en Espagne, au Nord Mali ou au Niger, qu’elles soient françaises ou US, force est de constater que les implantations militaires se multiplient dans la région proche Maghreb.

L’humanitaire d’abord et puis… la guerre

Toutes les interventions extérieures qui ont procédé, et y tendent encore, à ce processus de désintégration territoriale et politiques des nations, notamment africaines… ont toujours été précédées de campagnes ultra-médiatiques menées sur le terrain de « l’humanitaire ». On connaît parfaitement le déroulé des opérations : « humanitaires » et ONG signalent, généralement là où on le leur dit, une situation dramatique pour les civils, y dénoncent des famines en cours ou à venir, identifient des multitudes de génocides (ou risque de), abreuvent les opinions publiques d’images-choc et finalement… les grandes puissances se voient »contraintes », à leur corps défendant s’entend… d’intervenir au nom du « droit à la vie des populations concernées ». CQFD en Libye, en Côte d’Ivoire, en Centrafrique, au Mali…tous désintégrés, découpés et finalement partitionnés.

C’est ainsi que, après avoir rôdé il y a fort longtemps son procédé au Biafra et en Somalie, tous deux désintégrés (1), le »bon » docteur Kouchner, devenu ministre français de gauche et de droite, allait inventer en ex-Yougoslavie, elle aussi désintégrée, la version définitive du « droit d’ingérence » ! Invention qui, après avoir montré toute son efficacité dans l’implosion des Balkans, allait faire florès aux quatre coins d’une planète soumise à la globalisation impériale.

De l’Irak des « armes de destruction massive » à la Libye du « sanguinaire » Kadhafi » meilleur ami de la France, de la Syrie au Mali, de la Côte d’Ivoire à la Centrafrique… on s’aperçoit que c’est surtout au nombre de guerres menées, en son nom, sur le continent qu’on peut mesurer les résultats de cette politique « humanitaire ».

Afrique du Nord, Algérie et Tunisie clairement visées

Qu’on n’oublie pas que le département américain des affaires étrangères a récemment classé l’Algérie dans sa trop fameuse liste des pays « à risque sécuritaire pour les diplomates ». Par ailleurs, au même moment, sous forme d’amendements, était rediscutée au Congrès américain la loi anti-terroriste avec comme objectif affiché de permettre l’intervention des Forces Armées, sans consultation préalable en…Afrique du Nord ! Tiens donc…

Les ONG humanitaires dont on a déjà dit l’empressement à « appeler les grandes puissances » et leurs armées au secours, sont depuis longtemps à pied d’oeuvre en Algérie. Selon la centrale syndicale UGTA (Union Générale des Travailleurs Algériens) ces ONG mènent campagne dans le but de diviser et opposer les populations entre elles : Nord contre Sud, Berbères contre Arabophones, salariés contre chômeurs… En tête de liste de ces « humanitaires » on trouve les ONG telles que Freedom House, Canvas, NED…dont les liens avec la CIA sont un secret de polichinelle. (2)

L’UGTT les accuse nommément d’infiltrer les mouvements sociaux aux fins de « les dévoyer et de les conduire vers des actions violentes, cherchant ainsi à créer une situation de troubles pouvant justifier une intervention extérieure » et encore » Alors que les jeunes manifestent légitimement pour la création d’emplois, contre la précarité et l’exploitation, les jeunes animateurs de Canvas leur proposent de régler la question de l’emploi dans un cadre séparatiste, du Sud de l’Algérie, c’est à dire là où se trouvent les grandes richesses minières, pétrolières et gazières. » Comme par hasard, serait-on tenté d’ajouter ou plutôt…comme d’habitude. (3)

Insécurité et troubles sociaux provoqués en de ça des frontières, insécurité généralisée provoquée au delà. La méthode est connue. Les USA qui s’appuient déjà sur la déstabilisation régionale pour justifier le déploiement de leurs dispositifs militaires en Méditerranée ne manqueront pas de prendre demain le prétexte des troubles sociaux ou « du danger pour les diplomates » pour intervenir directement.

Ne serait-il pas légitime, pourtant, de poser la question de la responsabilité des grandes puissances, et très précisément de celle des USA, dans la prolifération des activités terroristes armées dans toute cette région d’Afrique ? N’est-ce pas, et ce n’est pas là le moindre des paradoxes, au nom de cette insécurité que les USA, par OTAN et France interposées, ont décidé de faire exploser la Libye en 2011 ? N’est-ce pas pour les mêmes raison que l’armée française est entrée en guerre au Mali en 2012. Deux interventions qui, rappelons le, loin de ramener la paix, ajoutant la déstabilisation à la déstabilisation, ont fait du Sahel, et de toute la sous-région, une véritable poudrière.

Ces nouvelles menaces US inscrites dans le cadre de la stratégie dite des « dominos », si chère à l’ancienne administration Bush, doivent être prises très au sérieux. On le voit, les prétextes même les plus fallacieux, ne manquent pas et ne manqueront pas, dans un avenir proche, pour une intervention militaire extérieure. Les grandes puissances ne s’arrêteront pas, bien au contraire, devant les risques de désintégration régionale et leurs conséquences meurtrières pour les peuples.

Déjà, c’est toute la région qui subit l’incroyable prolifération des armes due à l’explosion de l’état Libyen et au flux continu d’armements en tout genre, totalement irresponsable, à destination d’islamistes extrêmes en Syrie. Les ondes de choc de cette situation on les connait au Mali où une France militairement dépassée se montre très (trop) bienveillante à l’égard de séparatistes très bien équipés, en Algérie où ressurgit une certaine forme de terrorisme islamiste qu’on pensait éradiquée et jusqu’en Tunisie où sévissent désormais des groupes paramilitaires se réclamant de l’Islam et où, dans le même temps, le pouvoir laisse impunis les assassinats d’opposants politiques.

Il apparaît de plus en plus clairement aux populations concernées que ces menées distillatrices dirigées contre des états souverains n’ont pour objectif que de laisser des nations affaiblies aux mains de supplétifs, divisées et impuissantées, incapables de résister aux appétits des multinationales.

C’est bien pourquoi les états d’où sont originaires ces multinationales s’entendent si bien, au gré de leurs intérêts et quoi qu’ils en disent, avec les islamistes les plus furieux, qu’il s’agisse aujourd’hui du Sahel et de la Syrie ou de la Libye hier. Autrement dit, à chacun son pré-carré, à chacun ses profits et ses caisses bien remplies.

Décidément, jamais les « vieilles chimères », portées par les pères fondateurs des Indépendances, comme le « panafricanisme » ou « l’Afrique aux africains »… jetées depuis aux oubliettes de l’histoire, ne semblent pourtant avoir été autant d’actualité.

De toutes les manières et quoi qu’il en soit des débats urgents qu’impose la situation dramatique infligée au continent, l’actualité dicte que l’Algérie ne se voit pas dicter sa conduite sous intervention militaire.

1/ Après le Biafra, Bernard Kouchner expliquera qu’il convient de « convaincre » d’abord les opinions publiques. S’en suivirent alors les opérations à grand spectacles comme « un sac de riz pour la Somalie », « un bateau pour le Vietnam »…les dissensions avec MSF, son départ et la fondation de Médecins du monde.

2/ UGTA Alger le 28 juin 2013 in Fraternité journal du PT algérien

3/ Sur le rôle néfaste des « humanitaires », des ONG et la dislocation des nations, voir http://www.lautreafrique.info (« Banque Mondiale et ONG déstabilisent les états »)


: « Chakib Khalil était au cœur de la pourriture à Sonatrach»

Un nouveau câble diplomatique de l’ambassade américaine à Alger, mis en ligne par le site Wikileaks, montrent l’intérêt que les Américains portent au scandale de corruption qui a secoué la compagnie nationale Sonatrach en janvier 2010. Dans un mémo en date du 21 février 2010, l’ambassadeur analyse les conséquences à moyen et à long terme de ces affaires de malversations présumées qui ont décapité la direction de l’entreprise pétrolière. Le même révèle également que l’ancien ministre de l’Energie, Chakb Khelil, n’a pas informé ni le Premier ministre ni le Président que les capacités d’exportations de gaz, « un dossier explosif », sont menacées à l’horizon 2015.
Intitulé « les compagnies pétrolières inquiétés par l’avenir de l’énergie algérienne », le diplomate fait référence à deux rencontres tenues séparément avec le manager de PB (British Pétroleum) en Algérie ainsi que le directeur de ConocoPhillips.
En préambule, l’ambassadeur, David Pearce, note que les grands groupes pétroliers nourrissent des inquiétudes sur l’impact du scandale sur le management de Sonatrach et sur l’avenir ds projets en cours. « Le ministre de l’Energie, Chakib Khelil, est perçu comme étant au cœur de la pourriture au sein de Sonatrach (a the center of the rot in Sonatrach) », écrit le diplomate.
Il ajoute que ces compagnies estiment que les enquêtes sur la corruption constituent des attaques contre l’influence exerce le clan de l’ouest du président Bouteflika. Toutefois, note-t-il, l’ambassade américaine ne dispose pas d’éléments probants pouvant accréditer cette théorie.

Procédure de gré-à-gré

Le patron de BP, Akli Brihi, explique que les investigations à Sonatrach concernent la règle du gré-à gré instaurée par les dirigeants de l’entreprise pour octroyer des marchés à des compagnies pétrolières ou à des sociétés de services.
« La compagnie soumet une offre gonflée, puis elle rétribue les initiés de Sonatrach », dit-il. Il cite alors l’exemple de l’italienne Saïpem qui a obtenu un contrat « d’un milliard de dollar » de gré-à-gré pour l’usine de GNL d’Arzew.
Il cite aussi l’exemple de l’entreprise canadienne SNC-Lavalin qui a décroché en juillet 2009 un contrat de 320 millions de dollars, sous la même procédure, pour la construction de la « Nouvelle ville » de Hassi Messaoud. Le contrat, ajoute l’hôte de l’ambassadeur, était « souillé par un arrangement similaire ». Le directeur de ce projet, Mourad Zeriati, a été arrêté et jeté en prison.
Le manger de PB affirme « qu’il n’était pas inconcevable que les entreprises américaines soient impliquées dans ces transactions, mais il n’avait jamais entendu parler d’informations concrètes. »

Foreign Corrupt Pracices Act

David Pearce rappelle que les compagnies américaines « sont soumises à des procédures très strictes contenues dans le Foreign Corrupt Pracices Act ». Les dispositions anticorruption, votées en décembre 1977, interdisent aux sociétés, ou à leurs intermédiaires, de verser des pots-de-vin ou d’offrir un quelconque objet de valeur à un « fonctionnaire » dans le but de l’influencer ou d’en tirer un « avantage indu ».

Le directeur de PB affirme à l’ambassadeur que le scandale a éclaté à un mauvais moment, parce que Sonatrach et les autorités algériennes ne sont éveillées au fait que l’Algérie fait face à une baisse de production de gaz et à une éventuelle incapacité de satisfaire aux obligations d’exportation et la hausse de la demande intérieure à l’orée de l’année 2015.
Le manager de British Petroleum est convaincu que le ministre de l’Énergie et des Mines Chakib Khelil, dégommé de son post en mai 2010, est « responsable de la culture de corruption à Sonatrach ».

Réda Hemche l’éminence grise de Meziane

L’ambassade américaine a reçu des rapports indiquant qu’un proche de Khelil (un cousin ou un neveu), l’ancien chef de cabinet de Sonatrach, était l’homme derrière les contrats douteux.
« Travaillant pour le compte de Khelil, écrit le mémo de l’ambassade, Hemche conseillait Mohamed Meziane sur les contrats à signer, faisant de Meziane le responsables légal et laissant Hemche hors d’atteinte. Le patron de PB croit savoir que Meziane avait signé de nombreux contrats sous la contrainte.
Il a indiqué « que M. Khelil avait fait un excellent travail en tant que ministre » jusqu’à ce que sa loi sur les hydrocarbures soit rejetée en 2006. Il note que c’est à partir de cette année-là que que M. Khelil a installé Hemche et commencé à virer les cadres de haut niveau de Sonatrach pour les remplacer par des « yes-men ». Des béni oui-oui…

Réserves de gaz en baisse

Sonatrach, dit-il, n’est pas sur la bonne voie pour réaliser l’objectif déclaré publiquement par Khelil d’élever la production de gaz de 60 à 80 milliards de mètres cubes par an. La production de gaz est en baisse en raison de l’épuisement des réserves de gaz conventionnel du pays.

« L’Algérie a besoin de développer du gaz non-conventionnel », ajoute le représentant de PB. Y compris les gaz de schiste, présents en quantité mais dont l’exploitation nécessite un savoir-faire et de grands investissements.
Or il n’y a que trois entreprises qui possèdent la technologie et les ressources financières ressources pour ce faire: Exxon, BP et Shell. Il faudrait du temps et jusqu’à 50 milliards de dollars pour développer les infrastructures nécessaires, précise-t-il.

Khelil a caché un dossier explosif à Bouteflika et à Ouyahia

Interrogé par l’ambassadeur pour savoir quelle est l’étendue de cette pénurie à l’exportation qui se profile à l’horizon, le patron de PB Algérie affirme que Chakib Khelil en est conscient mais qu’il « pas présenté ce ‘dossier explosif’ au Premier ministre Ahmed Ouyahia et au président Bouteflika ».

Pourquoi les autorités algériennes ne se sont-elles pas intéressées à ce dossier ? Le patron de BP explique que « M. Bouteflika est très intelligent », mais n’écoute pas les autres. Et que dans tous les cas, le secteur de l’énergie ne constitue pas son principal centre d’intérêts, qui reste la politique. « Il a confié les questions liées à l’énergie à Khelil, qui est resté le conducteur de la politique énergétique de l’Algérie. »

Les experts de Sonatrach qui étaient au courant pendant des années de cette imminente vulnérabilité de l’Algérie ont été écartés ou marginalisés par Khelil, ajoute le câble diplomatique.

DNA – Dernières nouvelles d’Algérie


Une guerre contre l’Iran avant septembre 2011?

L’ex-chef des Services secrets israéliens prend position contre son gouvernement et met en garde contre une catastrophe pour Israël

La «Neue Zürcher Zeitung»,1 le «New York Times»2 et beaucoup d’autres journaux nous apprennent qu’Israël débat d’une éventuelle guerre contre l’Iran entre juin et fin sep­tembre. Fait extraordinaire, pour la première fois dans l’histoire du pays, un ancien chef du Mossad, c’est-à-dire des Services de renseignements, critique officiellement et sans aucune ambiguïté les dirigeants de son pays. Meir Dagan, qui a pendant plus de 8 ans, jusqu’en septembre dernier, assuré la sécurité extérieure d’Israël, ne passe pas pour un homme de gauche. Son intervention publique est d’autant plus explosive qu’elle a amené le commentateur d’un journal israélien à considérer la situation comme extrêmement grave. Et cela, selon l’ex-patron du Mossad, pour la survie de l’Etat d’Israël. Pour les médias israéliens, on ne sait pas si d’autres hauts responsables de l’establishment militaire et du renseignement partagent l’avis de Meir Dagan, mais on peut le supposer. Nous allons reproduire ci-dessous des extraits du débat et les déclarations du ministre israélien de la Défense Ehud Barak en nous fondant sur l’édition anglaise on line du quotidien israélien «Haaretz».
Des extraits de l’ouvrage de l’historien américain Stephen J. Sniegoski intitulé «Transparent Cabal. The Neoconservative Agenda, War in the Middle East and the National Interest of Israel» éclairent la dimension historique de l’implication des Etats-Unis dans cette affaire. (cf. p. 5 de notre journal). En effet, les néoconservateurs, qui ont fait la une des journaux surtout sous le gouvernement Bush, ne restent pas inactifs sous Obama. On verra si les «réalistes» autour de Zbigniew Brzezinski qui, comme Meir Dagan, sont farouchement opposés à une guerre contre l’Iran, arriveront à s’imposer.

ts. Selon la «Neue Zürcher Zeitung», le «New York Times» et divers autres journaux, en particulier des journaux israéliens, Meir Dagan, ancien chef du Mossad (chargé du renseignement, des opérations spéciales et de la lutte anti-terroristes à l’extérieur d’Israël), a déclaré, lors d’une conférence tenue le 1er juin à Tel Aviv, qu’Israël ne pourrait pas résister à un conflit régional déclenché par une attaque israélienne contre les installations nucléaires iraniennes. Il a insisté sur le fait qu’Israël n’était pas en mesure de mettre un terme aux ambitions nucléaires de l’Iran, qu’il pouvait tout au plus les retarder. Lors de sa première intervention publique après son départ en septembre 2010, Dagan avait déclaré en mai dernier, lors d’une conférence tenue à l’Université hébraïque de Jérusalem, qu’un bombardement des installations nucléaires iraniennes était «la chose la plus stupide [qu’il ait] jamais entendue». Et le 1er juin, il a été encore plus précis.
Dans un article intitulé «Selon l’ex-patron du Mossad, Israël ne résistera pas à la guerre que provoquera une attaque de l’Iran», Gili Cohen cite Dagan: «Si quelqu’un envisage sérieusement une attaque, il doit comprendre qu’il entraînera Israël dans une guerre régionale dont il ne saura pas comment sortir. Le risque pour sa sécurité serait insupportable. […] L’option militaire est la dernière option, l’ultime solution. Il faut envisager toutes les autres solutions avant le recours à la force.» A ceux qui l’ont critiqué, Dagan à répondu: «Je me sens obligé d’exprimer mon opinion sur certains sujets. Le Premier ministre et le ministre de la Défense sont les personnes en fonctions, mais parfois les bonnes intuitions et les bonnes décisions n’ont rien à voir avec le fait d’avoir été élu.»
En ce qui concerne les relations avec les Palestiniens, Dagan est d’avis qu’Israël devrait prendre l’initiative diplomatique: «Je pense qu’il devrait y avoir une initiative diplomatique. Les Palestiniens sont ici et il faudrait parvenir à un accord avec eux. Si nous ne faisons pas d’offre et que nous attendons, nous pourrions être confrontés à une réalité dans laquelle on nous imposerait des choses. Mais si nous pouvons choisir entre l’initiative et la contrainte, je préfère l’initiative.»3

Début de la guerre: entre le départ de Gates et celui de Mullen

Le 1er juin également, dans un article du «Haaretz» intitulé «Le nouvel état-major de la sécurité d’Obama pourrait approuver une attaque contre l’Iran», Amir Oren écrit qu’Obama a renouvelé une année avant les élections présidentielles son équipe chargée de la sécurité, ce qui entraîne de sérieuses conséquences pour Israël. Quatre mois avant le départ à la retraite de l’amiral Michael Mullen en tant que président des chefs d’états-majors interarmées, Obama a prévu pour lui succéder le général Martin Dempsey. Il y a peu de chances qu’au début de son mandat, Dempsey conseille à Obama d’attaquer l’Iran ou d’autoriser Israël à le faire. Il en va autrement de Mullen, qui ne réagirait pas avec enthousiasme à une attaque, mais ses liens avec l’état-major de l’armée israélienne sont si étroits qu’on peut supposer qu’il ne torpillerait pas une attaque israélienne sous Netanyahou et Barak. Oren conclut ainsi: «Entre la fin juin avec le départ de Gates et la fin septembre avec le départ de Mullen, le risque est grand que Netanyahou et Barak cherchent à créer la surprise en Iran, en particulier parce que cela détournerait l’attention de la question palestinienne.»
Voilà ce que pense Oren de la fenêtre temporelle d’une éventuelle guerre contre l’Iran.4

Absence d’aptitude au commandement

Le 3 juin, Ari Shavit évoque dans «Haaretz» une aggravation des tensions entre Dagan d’une part et Netanyahou et Barak d’autre part. Sous le titre «Dagan met en garde contre le manque de discernement de Netanyahou», il écrit que l’ex-patron du Mossad Meir Dagan s’inquiète davantage du manque d’aptitude au commandement du premier mi­nistre Benjamin Netanyahou et du ministre de la Défense Ehud Barak que des menaces iraniennes ou palestiniennes. La situation sera critique en septembre 2011 quand les Palestiniens demanderont devant l’Assemblée générale des Nations Unies la reconnaissance de leur Etat dans les frontières de 1967, demande dont Ethan Bronnen suppose, dans le «New York Times» du 3 juin, qu’elle sera approuvée.
Dagan qui, selon Shavit, est certes opposé à un tel Etat palestinien, est persuadé que pour son bien, Israël ferait mieux de prendre l’initiative diplomatique. Sinon il se pourrait que l’isolement croissant d’Israël mette ses dirigeants au pied du mur et les pousse à entreprendre des opérations irréfléchies contre l’Iran. Deux craintes ont incité Dagan à parler, Dagan qui est loin d’être un homme de gauche bien que ce soit ainsi que l’ont qualifié, à tort, les ministres du Likoud: ses opinions politiques sont plutôt un mélange de Sharon et d’Olmert. La première de ces craintes est celle, que nous avons déjà mentionnée, de voir Israël subir passivement des contraintes extérieures, si bien qu’il ferait mieux de prendre l’initiative de négociations (Dagan est favorable à l’initiative de paix saoudienne).
Sa seconde crainte, toujours selon Shavit, est que ne se développe une guerre régionale étendue à laquelle Israël aurait de la peine à résister. Si le traumatisme de Sharon était la défaite d’Israël à Latrun en 1948, celui de Dagan est la défaite de son pays au Sinaï dans les premiers jours d’octobre 1973. C’est à cause de ce traumatisme qu’il se sent obligé moralement d’empêcher une guerre inutile. C’est pourquoi, conscient qu’il brisait un tabou, il s’est adressé à l’opinion pu­blique pour ne pas faire partie de ceux qui se taisent, comme ce fut le cas avant la guerre du Yom Kippour.
Shavit loue le courage de Dagan. En temps normal, un ancien patron du Mossad ne se serait pas adressé ainsi à l’opinion publique, mais les temps ne sont pas normaux: il est moins cinq.5

Détourner l’attention de la création d’un Etat palestinien

Le 5 juin, dans «Haaretz», sous le titre «Ce que Dagan sait», Amos Harel fait part de quelques réflexions sur ce thème brûlant. Utilisant un terme du Mossad, il parle d’«assassinat ciblé» à propos de l’option militaire contre l’Iran par Dagan et relève que certains experts en sécurité, parmi lesquels il n’y a que peu de fans de Netanyahou et de Barak, craignent cependant que les déclarations de Dagan ne sapent les efforts israéliens en vue d’actions internationales contre l’Iran. Une issue positive est peu probable si l’Iran ne peut pas redouter une attaque d’Israël et si l’Occident ne peut pas comprendre qu’Israël pourrait «péter les plombs» («go berserk»). Le débat stratégique en Israël recouvre la période allant de septembre 2007, lorsqu’Israël, selon les médias occidentaux, a bombardé un réacteur nucléaire syrien, et septembre 2011, date de la tentative des Palestiniens d’obtenir de l’ONU la reconnaissance de leur Etat. De l’avis de certains experts occidentaux, la fenêtre des possibilités d’attaquer l’Iran se refermera.
Penser que Netanyahou et Barak chercheraient à éviter la crise qui les menace en septembre prochain (éventuelle reconnaissance d’un Etat palestinien par l’ONU) en attaquant l’Iran semble relever de la théorie du complot. Mais la question est de savoir quelles informations les responsables possèdent sur les événements-clés des dernières années. Si Dagan a vraiment observé un manque de discernement chez Netanyahou et Barak, il n’est pas étonnant qu’il tire la sonnette d’alarme publiquement, en particulier si son opinion est partagée, comme il semble le penser, notamment par l’ex-chef d’état-major de l’armée israélienne Gabi Ashkenazi, par l’ancien chef des Services de renseignements intérieurs (Shin Bet) Yuval Diskin et, avec moins d’enthousiasme, par l’ex-chef des Services de renseignements militaires Amos Yadlin.
Le fait qu’en parlant comme il l’a fait, Dagan ne se rende pas coupable de haute trahison est conforme au rapport intérimaire de la Commission Winograd sur la seconde guerre du Liban. On peut y lire ceci: «Le devoir suprême de loyauté parmi les professionnels est celui à l’égard de leur profession et de leur rôle, non celui à l’égard de leurs supérieurs hiérarchiques. Il vaut toujours mieux commencer par des discussions et des mises en garde à l’intérieur de l’organisation. Mais quand un supérieur ou une organisation agissent d’une manière qui peut, aux yeux d’un professionnel, causer de graves dommages, celui-ci devrait lancer une mise en garde et non chercher à éviter une confrontation directe avec son supérieur.» C’est là un principe qui réfère à des événements de la Seconde Guerre mondiale («Je n’ai fait qu’obéir aux ordres.») et aux conséquences qui en ont été tirées dans les Principes de Nuremberg (Chaque individu est personnellement responsable et ne peut pas se défausser sur la chaîne de commandement.)
Le journaliste du «Haaretz» conclut son article en écrivant que le personnage-clé d’une guerre contre l’Iran reste le chef de l’état-major. Il s’agit pour le moment de Benny Gantz. Bien que d’une manière générale, il ait l’air plus décontracté et plus ouvert à la critique que son prédécesseur Ashkenazi, un de ses anciens supérieurs a fait remarquer que c’était un homme intègre qui n’hésiterait pas, au moment critique, à rester sur ses positions.6

Le premier devoir civique de Dagan

Dans un article d’«Haaretz» du 5 juin intitulé «Israël devrait tenir compte de la mise en garde de l’ancien patron du Mossad contre une attaque de l’Iran», Gideon Levy déplore la nature du débat public en Israël. Pour lui, l’intervention publique de Dagan ne relevait pas seulement de son bon droit mais c’était son premier devoir civique. S’il avait agi autrement, il n’aurait pas rempli son rôle d’ancien chef du Mossad. Dans ses an­ciennes fonctions, il avait empêché des aventures comme celle de Netanyahou et de Barak, qu’il considère comme dangereuse. Il mérite qu’on le loue pour sa démarche responsable et courageuse. Il a agi en gardien de l’Etat désireux de lui éviter une seconde guerre du Yom Kippour. Ce n’est pas lui qui représente un danger pour Israël mais au contraire ceux qui voudraient lui interdire de parler. En se taisant, il aurait nui à la sécurité du pays. En parlant, en revanche, il la renforce. C’est l’heure de gloire de Dagan, dont le passé contient plus d’un chapitre trouble, aventureux, voire effrayant. Sur bien des points, il s’est exprimé de manière contradictoire, mais ce n’est pas un homme de gauche. Sur la question de l’Iran, il a toujours fait entendre la voix de la raison. Ceux qui lui ont confié pendant huit années le Mossad ne peuvent pas brusquement le faire passer pour fou, comme ils viennent de le faire. Si le Mossad avait été dirigé par un fou, la responsabilité en reviendrait à ses supérieurs.
A la fin de son article, Levy s’intéresse à la nature du débat public en Israël. On peut comprendre que des politiques cherchent à étouffer le débat public, bien que ce ne soit pas acceptable. Mais quand une armée de journalistes et de commentateurs s’y met, il y a quelque chose de fondamentalement faux dans la conception du rôle des médias. Au lieu de se comporter comme des hommes d’Etat ou des généraux, les médias auraient dû tirer la sonnette d’alarme, au moins aussi fort que Dagan.7

Dagan: Une attaque contre l’Iran serait contraire au droit international

Le 6 juin, «Haaretz» a publié, sous le titre «Barak: Les déclarations de Dagan sur l’Iran nuisent à la force de dissuasion d’Israël», une réplique du ministre israélien des Affaires étrangères Ehud Barak aux propos de Dagan. Il est revenu sur le sujet lors d’une interview accordée à «Israel Radio»: Toute tentative de clarifier les ambiguïtés de la question iranienne affaiblit la position d’Israël face à l’Iran. L’option militaire contre l’Iran doit rester sur la table afin que les efforts internationaux visant à stopper le programme nucléaire de l’Iran soient efficaces. Barak a précisé: «Il n’existe pas de décision d’attaquer l’Iran. Nous ne prenons pas des décisions à l’avance pour des situations hypothétiques. Je ne crois pas que quiconque serait heureux que l’on déclenche une opération militaire contre l’Iran.»
L’article de «Haaretz Service» et de «Reuters» fait remarquer en outre que Dagan a clairement fait la distinction entre deux programmes nucléaires iraniens, d’une part une structure secrète et d’autre part le programme civil. Seul le second est soumis à un contrôle international. Dagan a déclaré: «Toute at­taque contre le programme civil serait contraire au droit international.» L’article poursuit en mentionnant les craintes de Dagan dont nous avons parlé plus haut en ajoutant toutefois que l’ex-patron du Mossad a précisé qu’il était important de se rappeler que la guerre était seulement une option parmi beaucoup d’autres.8

Obama a-t-il l’intention de maintenir l’hégémonie occidentale?

Dans un article du 8 juin intitulé «Iran: Israël et les Etats-Unis tentent de provoquer une guerre régionale», «Haaretz Service» évoque l’appréciation de la situation par l’Iran. Il se réfère à un communiqué d’«Israel Army Radio» selon lequel le ministre iranien des Affaires étrangères accuse les deux pays de comploter contre l’Iran: «Les Américains croient que le résultat immédiat d’un conflit militaire dans la région sauvera le régime sioniste.» Il ajoute que les Etats-Unis et Israël essaient d’affaiblir les révoltes populaires dans la région afin de stopper l’extension de l’Islam auprès de leurs alliés dans la région. Obama veut maintenir l’hégémonie occidentale au Moyen-Orient et détruire la Répu­blique islamiste d’Iran.9

Tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie

On souhaite pour tous les habitants du Moyen-Orient, et même au-delà, que dans la situation tendue actuelle des personnalités sages, prévoyantes et diplomates puissent l’emporter sur les va-t-en-guerre, d’où qu’ils soient. En effet, la guerre signifie toujours souffrances, misère, horreurs, graves maladies et mort.    •

1    Cf. George Szpiro: Der ehemalige Mossad-Chef macht sich Sorgen, Neue Zürcher Zeitung du 8/6/11.
2    Cf. Ethan Bronner: A former spy chief questions the judgment of Israeli leaders. New York Times du 3/6/11. www.nytimes.com/2011/06/04/world/middleeast/04mossad.html
3    Cf. Gili Cohen: Israel won’t withstand war in wake of strike on Iran, ex-Mossad chief says. Haaretz du 1/6/11. www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/israel-won-t-withstand-war-in-wake-of-strike-on-iran-ex-mossad-chief-says-1.365396
4    Cf. Amir Oren: Obama’s new security staff may approve attack on Iran. Haaretz du 1/6/11.

www.haaretz.com/print-edition/opinion/obama-s-new-security-staff-may-approve-attack-on-iran-1.365251
5    Cf. Ari Shavit: Dagan warns of Netanyahu’s poor judgment. Haaretz du 3/6/11. www.haaretz.com/print-edition/news/dagan-warns-of-netanyahu-s-poor-judgment-1.365616
6    Cf. Amos Harel: What Dagan knows. Haaretz du /5/6/11. www.haaretz.com/print-edition/opinion/what-dagan-knows-1.365976
7    Cf. Gideon Levy: Israel should heed ex-Mossad head’s Iran attack warning. Haaretz du 5/6/11. www.haaretz.com/print-edition/opinion/israel-should-heed-ex-mossad-head-s-iran-attack-warning-1.365973
8    Cf. Haaretz Service/reuters «Barak: Dagan’s comments on Iran hurt Israels’s ability of deterrence». 6/6/11. www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/barak-dagan-s-comments-on-iran-hurt-israel-s-ability-of-deterrence-1.366295
9    Cf. Haaretz Service: Iran: Israel and U.S. are trying to provoke a regional war. 8/6/11.
www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/iran-israel-and-u-s-are-trying-to-provoke-a-regional-war-1.366660


Les heureux élus pour la Green-Card, à la faveur de la loterie organisée annuellement par le département d’Etat des Etats-Unis, doivent déchanter. En effet, les résultats du processus de sélection de la Loterie Diversité 2012 (DV-2012) sont annulés en raison d’une erreur informatique, annonce un communiqué de l’ambassade des Etats-Unis à Alger. Selon cette source, «les résultats disponibles auparavant via la fonction de vérification du statut de l’inscription (ESC) disponible sur le site du Département d’Etat dvlottery.state.gov, ont été postés par erreur et ne sont pas valides ». « Les résultats invalides, pour cause d’erreur d’ordre informatique, ne représentent pas une sélection équitable, aléatoire des participants comme l’exige la loi des Etats Unis », indique l’ambassade.

Dès lors toutes les personnes ayant été informées de leur sélection via le statut d’inscription (ESC) ne seront pas admises et seront soumises à un nouveau tirage au sort. « Ceci signifie que nous avons annulé toutes les annonces informant les participants qu’ils ont été tirés au sort dans le cadre de la DV-2012 ; si vous avez reçu une annonce via la fonction de vérification du statut de l’inscription (ESC) disponible sur le site dvlottery.state.gov, elle n’est plus valide », précise le communiqué ajoutant « qu’ un nouveau processus de sélection sera effectué basé sur les participants d’origine au programme DV-2012 ».

Toutefois, ceux qui se sont inscrits ne sont pas tenus de se résinscrire. « Si vous vous êtes inscrits entre le 5 octobre 2010 et le 3 novembre 2010, vous n’avez pas besoin de vous réinscrire. Votre inscription sera incluse dans la nouvelle sélection. Votre numéro de confirmation, nécessaire pour déterminer le statut de votre inscription demeure le même. Nous n’acceptons pas de nouvelles inscriptions pour le programme DV-2012 », précise le communiqué.

Les nouveaux résultats sont attendus pour le mois de juillet prochain. «Nous prévoyons les résultats de la nouvelle sélection vers le 15 Juillet 2011 via la fonction de vérification du statut de l’inscription (ESC) sur dvlottery.state.gov », souligne l’ambassade. « Nous regrettons tout inconvénient causé », conclut le communiqué.

communiqué intégrale de l’ambassade des USA ;

Importante Annonce Sur Le Programme De Lotterie Diversite 2012

Les résultats du processus de sélection de la Loterie Diversité 2012 (DV-2012) sont annulés. Les résultats disponibles auparavant via la fonction de vérification du statut de l’inscription (ESC) disponible sur le site du Département d’Etat dvlottery.state.gov, ont été postés par erreur et ne sont pas valides. Les résultats invalides, pour cause d’erreur d’ordre informatique, ne représentent pas une sélection équitable, aléatoire des participants comme l’exige la loi des Etats Unis.

Ceci signifie que nous avons annulé toutes les annonces informant les participants qu’ils ont été tirés au sort dans le cadre de la DV-2012 ; si vous avez reçu une annonce via la fonction de vérification du statut de l’inscription (ESC) disponible sur le site dvlottery.state.gov, elle n’est plus valide.

Un nouveau processus de sélection sera effectué basé sur les participants d’origines au programme DV-2012. Si vous vous êtes inscrits entre le 5 Octobre 2010 et le 3 Novembre 2010, vous n’avez pas besoin de vous réinscrire. Votre inscription sera inclue dans la nouvelle sélection. Votre numéro de confirmation, nécessaire pour déterminer le statut de votre inscription demeure le même. Nous n’acceptons pas de nouvelles inscriptions pour le programme DV-2012.

Nous prévoyons les résultats de la nouvelle sélection vers le 15 Juillet 2011 via la fonction de vérification du statut de l’inscription (ESC) sur dvlottery.state.gov.

Nous regrettons tout inconvénient causé. Pour d’autres informations et détails sur le programme 2012 DV, visitez les sites suivants:

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http://www.dvlottery.state.gov/
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http://travel.state.gov/visa/immigrants/types/types_1322.html