Déséquilibres économiques et monétaires et politique de change en Algérie

Publié: 27 février 2016 dans actualité, Economie
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Préambule

Cette contribution pour le site Algérie1 « déséquilibres économiques et monétaires et politique de change en Algérie » du docteur Camille SARI de la Sorbonne (Paris), expert financier, expert économique, à la télévision France 24, est la synthèse d’une partie du volume  sept (07), audit réalisé sous ma direction,  d’une brûlante actualité remis au Premier ministre Abdelmalek SELLAL le 15 janvier 2013.Nous n’avons procédé à aucun changement du dossier original, aux lecteurs de juger. Cette présente contributionsera suivie de deux contributions sur la grande distribution d’une amie, experte en commerce international, professeur à Bordeaux (France) et d’un expert de renommée mondiale, professeur des universités, expert international , agrégé de droit, directeur de recherches à HEC France – sur la mise à niveau du droit des affaires comme condition d’attrait de l’investissement..

Au moment où avec la chute du cours des hydrocarbures, posant la problématique de la sécurité nationale, l’Algérie risque de connaitre d’importantes tensions budgétaires, nécessitant un Front social interne solide, tenant compte des différentes sensibilités sociales grâce à un dialogue productif au profit exclusif de l’Algérie et une réorientation urgente de la politique socio-économique afin d’éviter le drame des impacts des années 1986,  j’ai jugé utile de mettre à la disposition du large public l’audit réalisé sous ma direction assisté de 20 experts internationaux (économistes- sociologues-juristes-ingénieurs) et remis au Premier Ministre le 15 janvier 2013 (huit volumes 900 pages)

Cet audit a été réalisé sans aucune rémunération, à la demande de Mr Abdelmalek SELLAL, homme de dialogue, qui nous a donné comme orientations, nous ayant laissé libre de toute initiative sans aucune contrainte,  de privilégier uniquement les intérêts supérieurs du pays et de dire la vérité, rien que la vérité, sans sinistrose, ni autosatisfaction. Cet audit réalisé avant la baisse du cours des hydrocarbures de juin 2014 au niveau mondial mais avec des prémisses dues à la chute en volume physique des exportations de SONATRACH depuis fin 2007, est d’une actualité brûlante.

Nous avons insisté fortement en préface que la bataille de la relance économique future de l’Algérie et notre place dans la compétition mondiale se remportera grâce à la bonne gouvernance et notre capacité à innover. Face aux tensions géostratégiques, des stratégies d’adaptation étant nécessaires tant au niveau extérieur qu’intérieur, espérons avoir fait œuvre utile pour le devenir de l’Algérie pour un devenir meilleur.

Professeur Abderrahmane MEBTOUL –Expert international

Contribution

« Déséquilibres économiques et monétaires et politique de change en Algérie »

Par le Dr Camille SARI expert financier, enseignant à la Sorbonne (Paris), 

Expert économique télévision France24

Premier Doctorat de 3ème cycle option monnaie-finance-banque, obtenu en 1987 à l’Université Paris X-Nanterre sur le thème : « Taux de change, rôle économique de l’Etat : à propos de modèles »

Deuxième Doctorat sur le thème : « politiques des taux de change en Algérie et au Maroc : une étude comparative » obtenu à l’Université Paris 8 en décembre 2000.

Camille SARI a enseigné dans différentes Universités parisiennes dont Paris III-Sorbonne Nouvelle, Paris XII, Paris VIII et Paris XIII ainsi que dans des grandes écoles de commerce. En tant que conférencier international, il a enseigné en Algérie, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Maroc et au Sénégal.

Animateur d’un réseau d’entreprises de l’Est parisien il a développé depuis 1982, des activités de consulting et d’accompagnement tant sur le marché français qu’au niveau international. Ainsi, il a mené des missions économiques dans 52 pays. A ce titre il a acquis des connaissances sur l’évolution économique des pays visités ainsi que sur leurs expériences lors de rencontres institutionnelles et avec des opérateurs privés.

Président de l’Institut Euro Maghrébin d’Etudes et de Prospectives.

Membre de Confrontations Europe, un Think-tank spécialisé en réflexions sur l’Union Européenne, membre de l’IRIS, il est administrateur du CAREEP (Carrefour des Entreprises de l’Est Parisien).

Chercheur-associé à l’Université du Québec de Montréal. Ancien conseiller du FMI.

Ancien membre du conseil d’Administration de l’Université Paris XIII et coordinateur de sa commission relations Université-Entreprises. Ancien secrétaire général de l’Agence de coopération franco-cambodgienne.

1.-Déséquilibres monétaires et fondements économiques

Mes propositions sont les suivantes :

-Restructurer les entreprises publiques par la formation, l’aide à l’innovation en opérant de vraies privatisations à la hongroise, c’est à dire choisir le meilleur partenaire dans son secteur d’activité. Il convient de changer en profondeur les systèmes de rémunération et de promotion interne, afin de motiver davantage les salariés et augmenter la productivité du travail. Dans la même veine, introduire plus de flexibilité et sortir des statuts du travail étatique qui sont à l’origine de beaucoup d’immobilisme.

 -Former des managers et donner aux jeunes diplômés les clés des postes les plus stratégiques au sein des banques et des entreprises et renoncer aux privilèges de la promotion par l’ancienneté. Cela ne veut pas dire la mise à l’écart des seniors mais un mix-management expérience- savoir moderne.

-Réformer dans les plus brefs délais le système bancaire avec des moyens de paiements modernes, la généralisation de l’utilisation des chèques et des cartes de crédit ainsi que l’extension de la bancarisation à l’échelle régionale et locale. Il convient d’établir de nouvelles relations banques-entreprises en stimulant la distribution de crédits aux PME et aux jeunes créateurs d’entreprises. -créer des pépinières et des incubateurs en dotant les Wilayas et les collectivités territoriales de pouvoirs économiques réels et former des animateurs de ces structures

-Introduire une dose de protectionnisme, sans tenir compte d’une hypothétique adhésion à l’OMC qui n’apportera pas grand chose à l’Algérie, compte tenu de la structure de son commerce extérieur. Des instruments doivent être mis en place afin de réduire les importations de biens de consommation, par l’encouragement de la production nationale et des variations de taxes selon les produits. L’importation de biens d’équipements et de produits semi-finis ainsi que des matières premières peut s’avérer nécessaire au développement économique.   La dévaluation ne serait pas judicieuse car elle entraînerait un renchérissement des produits importés même ceux de première nécessité (l’Etat dans ce cas doit mettre la main à la poche afin de stabiliser les prix) et surtout elles altéreraient de façon durable la confiance en la monnaie nationale. Cela pourrait générer des fuites illicites de capitaux,

-Créer un arsenal institutionnel afin de favoriser la création d’entreprises et stimuler la productivité et l’innovation des PME (prêts bonifiés, garanties d’emprunts, fiscalités différenciés et incitatives).

L’Etat peut accompagner cette nouvelle politique du crédit par des bonifications des taux d’intérêts et un ciblage des secteurs prioritaires, L’inefficacité du modèle de développement fut perceptible lors de nos visites des entreprises algériennes (SNVI, PMA, ENIEM, BCR..etc). Le visiteur étranger peut percevoir la différence de gestion entre des entités publiques et privées en comparant le management dans des hôtels étatiques et des hôtels privés. Un ancien DG de l’hôtel public de Zeralda me disait «  je suis à la tête d’un bateau qui coule, aucune politique de maintenance, le personnel pléthorique est déresponsabilisé et démotivé, l’accueil des clients est désastreux sans compter l’absence d’une politique touristique digne de ce nom. La formation et le système éducatif ont influé négativement sur la productivité du travail. Le rapport de l’OCDE 2008 a pointé leur faible efficacité interne et externe. Les taux d’abandon et de redoublement restent élevés et les diplômes sont mal préparés à la vie active. Les enseignants, mal rémunérés (comparativement à leurs voisins marocains et tunisiens) et peu préparés à des formations en adéquation avec les métiers d’avenir, n’ont pas les moyens de transmettre le savoir qui permet aux étudiants de se rendre opérationnels dès leur sortie des écoles publiques et Universités. Les Ecoles privées, à quelques exceptions près, offrent des solutions innovantes, grâce à des partenariats noués avec des instituts étrangers.. Plusieurs études montrent que le bilinguisme et le trilinguisme sont une richesse à faire acquérir dès le plus jeune âge. La formation professionnelle des salariés et des cadres dirigeants n’est pas encore au niveau, notamment dans les métiers et le management. Des grandes écoles privées tentent de pallier ce manque non sans difficultés. Elles ont le mérite d’agir dans un contexte peu favorable au système privé et accueillent des étudiants et ou cadres qui ont suivi jusqu’au baccalauréat un cursus en arabe. Les partenariats avec des Universités et grandes écoles étrangères sont d’un apport considérable. Les autorités devraient accompagner ces initiatives et ne pas encourager (sauf pour certaines formations) l’expatriation des étudiants, car il y a de forts risques à ce que ces derniers restent dans le pays d’accueil, une fois la formation terminée. -La politique salariale a joué en défaveur de la productivité. On peut déduire qu’il y a bien un problème d’efficacité économique et de rentabilité de l’économie algérienne, qui altère les rapports monétaires et par-là même la Valeur Propre de la Monnaie et sa valeur relative. En effet les déficits cumulés des entreprises algériennes appellent systématiquement au recours aux concours financiers de l’Etat, donc une création ex-nihilo excessive de la monnaie.

2- Valeur de la monnaie et politique salariale

Le marché du travail informel qui concerne les microsociétés de moins de 10 salariés, ne respecte ni le code du travail, ni les accords salariaux. D’après certaines estimations, seulement 27% des travailleurs du secteur privé furent couverts par la législation du travail en 1991 (L’observateur du 3 au 9 mars 1991). Outre que ce secteur constitue un manque à gagner pour l’Etat au niveau taxes et fiscalité, il est à l’origine de faillites d’entreprises du secteur formel.   La faible productivité est à l’origine de la dépréciation de la valeur interne de la monnaie. En effet la baisse de la production, induite par le manque de productivité, en se combinant à la distribution accrue de revenus, aiguisera les tensions inflationnistes. En apparence les faibles niveaux de salaires sont considérés comme facteur décisif de compétitivité. Mais en cas de sureffectifs de faible productivité, le coût global du travail est relativement élevé.

A partir                                                                                                                                                                                        de l’an 2000, il a été constaté des réductions d’emplois notamment dans l’industrie et le recours massif à des CDD. Ce mouvement s’est accompagné d’une baisse importante des salaires dans le PIB qui ne dépasse pas 20% en 2005, alors qu’il était de 40% en 1986. Ce niveau est nettement inférieur à celui des pays du Maghreb (Tunisie 37% et Maroc 30%) et sans commune mesure avec celui des pays industrialisés (France 52%). Lorsqu’on ajuste les données pour tenir compte de la productivité, l’Algérie passe au 2ème rang, derrière le Maroc et à une moyenne de 15% pour l’échantillon de pays. Cette situation risque d’affaiblir la compétitivité au moment précis où l’économie se libéralise avec l’Accord d’association avec l’Union européenne et l’adhésion prochaine à l’OMC. D’après des études convergentes le taux d’inflation était supérieur à 10%. L’Algérie dépend des importations dans presque tous les domaines. Or, les prix des produits comme le lait, la semoule et ceux des matières premières ont connu une forte hausse sur les marchés internationaux. On peut difficilement imaginer que cette hausse n’a eu qu’un impact de 1 point sur l’inflation algérienne. C’est donc quasiment impossible d’accepter le chiffre avancé par l’ONS. L’inflation en Algérie n’est pas importée mais elle est structurelle au marché et poussée par les pratiques spéculatives. Toutefois, tant que le marché national demeure dépendant des aléas du marché mondial, les prix à la consommation auront du mal à connaître une stabilité et, sans doute, la spéculation sur le taux d’inflation en Algérie se poursuivra. Certes, pour le moment le gouvernement a entrepris une politique de subvention de certains de ces produits, comme, le lait, les céréales et la farine, pour maintenir les prix à leurs niveaux actuels ; mais cette solution demeure provisoire et ne fait qu’alourdir les dépenses publiques. Pour surmonter définitivement le défi de l’inflation, il n’y a que la réduction de la dépendance vis-à-vis des importations, et ce, à travers la consolidation de la production locale. Alors que l’inflation est maîtrisée dans le monde entier en raison de la crise mondiale, l’Algérie connaît une flambée des prix et tous les dispositifs mis en place par le gouvernement pour contrôler les prix de certains produits semblent impuissants devant la volonté du marché, aux dépens des ménages et de leur pouvoir d’achat. L’informel serait l’une des principales causes mais pas seulement. Les rentrées de devises ont augmenté le pouvoir d’achat des classes moyennes et aisées. Mes visites à Alger en 2009 et 2010 des marchés dans les quartiers populaires comme celui plus huppé d’Hydra ont été éclairantes. Des produits importés du monde entier et le goût pour les produits étrangers caractérisent le comportement des consommateurs. Vu la désorganisation des circuits de distribution et une certaine mainmise exercée par des forces économiques occultes, on assiste à des ententes et à des mouvements spéculatifs comparables à ce que j’ai constaté en Russie ces dernières années. Ces explications permettent de cerner les facteurs internes qui influent sur la tendance haussière de l’inflation. Se pose alors la question de savoir pourquoi une déflation au niveau mondial n’a pas comme conséquence un recul de l’inflation en Algérie, du moment que la flambée des cours des matières premières en 2008 conséquemment à la chute des cours du pétrole s’était immédiatement fait ressentir.

3.-Valeur de la monnaie et déséquilibres monétaires.

 Une création excessive de monnaie sans contreparties réelles (plus précisément sans création de richesses) entraîne une dépréciation de la valeur interne de la monnaie. Ce n’est pas l’augmentation de la masse monétaire en soi qui est en cause, mais c’est la faiblesse des variables réelles qui explique les déséquilibres monétaires. La Banque Centrale d’Algérie (BCA) exerce les fonctions classiques d’une banque centrale. Il est à signaler qu’il n’existe pas un partage strict des domaines d’intervention entre les trois établissements BEA, BNA, et CPA. Les bilans publiés par les banques sont excessivement synthétiques, et indiquent rarement la prise en charge par l’Etat des défaillances. Une fraction appréciable des crédits bancaires est en fait immobilisée, voire irrécouvrable. Le caractère volontariste des interventions bancaires se déduit de la part des entreprises publiques du trésor et des collectivités locales dans les financements. Les crédits accordés aux entreprises privées restent très modiques, ceux aux ménages étaient nuls jusqu’à ces dernières années qui ont vu les prêts à la consommation flamber. La couverture des financements par les dépôts est faible. D’ailleurs 70 % des dépôts aux CPA étaient constitués d’avoirs des entreprises, la part des particuliers qui thésaurisent énormément, ne dépassant pas un quart. Les banques algériennes distribuent des prêts sur fonds publics. Plus généralement, jusqu’à une période récente, l’ensemble des financements bancaires d’investissement étaient soumis aux règles strictes de la planification. La réforme de l’entreprise publique doit logiquement entraîner celle de la banque avec une réduction de ses interventions sur ressources publiques. Les banques devant décider de manière autonome du financement des investissements décentralisés. La description des circuits et des institutions de financement suggère :

-La nature exogène de l’offre de monnaie. La création de monnaie ainsi que le volume de la masse monétaire sont des variables instrumentales au service du modèle de développement économique et social.

-L’ambiguïté de la place de l’appareil bancaire dans l’économie algérienne.

Etatique sur le plan juridique, celui-ci risque de subir les influences des techniques et des comportements des banques d’économie libérale. Son approche (qui s’avère de moins en moins discutée) consisterait à ne financer que les projets d’investissement financièrement rentables, pris un à un. Etudier l’offre de monnaie revient à étudier la quantité de monnaie créée pour permettre à l’économie de fonctionner et de croître selon les besoins de l’économie. Cependant, la création monétaire, si elle est fonction de la politique de croissance, dans le court terme, se trouve soumise à certains facteurs hétérogènes qui déterminent son évolution : revenu national, réserves de change, structure des prix relatifs et niveau moyen des prix des biens et services, taux de salaire, thésaurisation, etc…

4.-Quid de la réforme bancaire

Mon plaidoyer à travers la presse ou lors de rencontres avec des responsables de haut niveau (ministres des finances, gouverneurs et vice-gouverneurs de la banque d’Algérie..) en faveur de la réforme bancaire trouve un écho au point qu’un ministre délégué à la réforme bancaire fut crée. Sa disparition nous a surpris. Les résultats ne sont cependant pas au n iveau des exigences de l’économie nationale. D’après le quotidien El Watan (7/6/2009) qui rapporte les propos du premier ministre lors de la présentation du plan d’action aux 2 chambres fin mai 2009, la réforme bancaire n’est plus sur la table du gouvernement. Lors de mes conférences à l’INSIM en janvier 2009 sur la crise financière mondiale et son impact sur l’Algérie dont la presse a fait écho, j’ai alerté sur cette quiétude régnante à Alger au niveau des discours du 1er ministre sur la déconnexion du système bancaire algérien par rapport à la finance internationale. J’ai expliqué que tout d’abord cela ne doit pas être l’occasion de maintenir le statu quo et l’inertie et qu’au contraire l’Algérie risque de puiser dans ses réserves de change compte tenu de la chute des prix du pétrole. J’ai indiqué que cette crise doit être l’occasion de réformer le système bancaire mais aussi toute l’organisation de l’économie réelle. Le secteur bancaire est à 95% à capital public. Les banques privées sont, soit filiales de banques européennes ou arabes. Aucune banque ne dispose de capitaux algériens. Celles-ci ne sont pas autorisées à prêter aux entreprises publiques afin dit-on de prévenir des conséquences de faillite comme ce fut le cas avec Khalifa. Les institutions internationales appellent à une privatisation des banques algériennes. En vain. Les autorités ont renoncé en 2008 à la privatisation du crédit populaire alors que le dossier était bouclé et que les candidats étaient légion et de bonne qualité. Dans le cas algérien, il serait difficile de parler de politique monétaire. La Banque d’Algérie est -d’après les dires de certains de ses responsables- une grosse imprimerie de billets de banque au service d’une politique économique laxiste et d’entreprises structurellement déficitaires. Celles-ci absorbent une masse considérable de crédits et des dotations budgétaires accordées quasi automatiquement. Il est clair que de ce fait, la VPM et la VRM s’en trouvent affectées. Malgré les tentatives de réformes qu’on peut juger trop timides, le passé pèse de tout son poids et il est difficile de s’en sortir dans le contexte politique et social actuel. Des mesures draconiennes se traduiraient par des licenciements massifs et donc des tensions sociales très fortes. Le retard considérable du secteur bancaire et financier est un frein au développement des entreprises et de l’ensemble de l’économie. Le secteur financier joue un rôle fondamental dans l’accélération des processus d’échanges de biens et de services. Il est à l’origine de toutes les allocations optimales des ressources financières devant stimuler l’activité économique, l’emploi, ainsi que l’amélioration de la productivité et l’innovation. Le secteur financier renforce la résilience et augmente la flexibilité de l’économie lorsqu’elle subit un choc externe. La croissance économique a été particulièrement volatile en Algérie en raison principalement d’une structure de production insuffisamment diversifiée et de la dépendance des termes de l’échange imposés internationalement. Un secteur financier efficace permet aux ménages de maintenir leur consommation en temps troublés et aide les entreprises à opérer les adaptations conjoncturelles des facteurs de production.Une fois décrits et analysés les ingrédients plus ou moins « explosifs » provoquent les rapports monétaires, examinons à présent les contraintes extérieures qui pèsent sur une économie fortement dépendante.

5.-Politique de change et contraintes extérieures.

Les déséquilibres économiques sont liés aux structures productives nationales et aux distorsions s’exprimant sur les marchés internationaux. L’économie algérienne est de petite taille, très ouverte. De ce fait elle est dépendante de l’extérieur. L’ouverture et la dimension économique expliquent pour une grande part la naissance et le développement des déséquilibres. La spécialisation renvoie à l’intégration plus ou moins grande au sein de la division internationale du travail. La sensibilité de la production nationale à la concurrence internationale est d’autant plus importante que l’économie est de dimension modeste. Nous sommes en présence d’une hypothèse d’espace économique petit face à un « espace économique plus grand » et des interférences positives ou négatives entre les deux. Autrement dit, il s’agit de transmission des déséquilibres entre des économies d’inégal développement entre price-taker et price-maker. La contrainte extérieure prend la forme de différents déficits : déficit alimentaire, déficit commercial et déficit financier (déficit budgétaire et endettement).. Les origines de ces déséquilibres remontent à la période coloniale durant laquelle les structures productives et d’échange ne pouvaient répondre aux besoins spécifiques des populations. Le modèle algérien de développement repose sur l’utilisation extensive des ressources naturelles. Il a par la suite montré ses limites suite au retournement de conjoncture internationale, notamment en 1986 et 1998/1999. Donc spécialisation des productions et modèle de croissance sont responsables des échecs économiques. Il est paradoxal de constater que l’indépendance économique qui devait se réaliser grâce à l’industrialisation a sombré dans une dépendance inextricable. Cette tendance fut accentuée par un taux de change du dinar surévalué. La différence de prix n’est pas la seule explication, la qualité joue un rôle majeur. Cela est à l’origine de l’épanouissement des marchés informels de biens et de devises. La dépendance totale à l’égard des revenus tirés des hydrocarbures constitue un handicap très grave pour l’avenir de l’Algérie. Au cours des trente années qui suivirent l’indépendance, le pays a vécu avec l’idée que les hydrocarbures pourraient se substituer aux autres sources de revenus en devises. La volonté d’indépendance poussait vers un développement introverti de l’économie (refus d’intégration au marché extérieur) et tendait à éviter toute dépendance vis-à-vis du marché international. Cette certitude dans une option indépendantiste (économiquement parlant) a empêché la mise en valeur d’autres sources de recettes en devises : les transferts des travailleurs Algériens à l’étranger, les exportations autres que les hydrocarbures (agricoles et industries légères), le tourisme, l’artisanat…La crise financière mondiale de 2008 est le prétexte de revenir sur l’ouverture économique timidement mise en place pendant la décennie 2000. En réalité l’économie algérienne est foncièrement extravertie. L’architecture du système productif contenait les ingrédients d’une dépendance inextricable (importations par les entreprises publiques de matières premières et de pièces de rechange et plus généralement d’inputs en raison d’une diversification insuffisante du tissu industriel local). La facture alimentaire et les importations de médicaments sont en constante augmentation. Il convient de sortir le secteur du tourisme de sa léthargie en privatisant des installations hôtelières qui sont des « grands bateaux en pleine déperdition » dixit un responsable économique à Alger.

6.-L’Algérie dispose d’atouts

Un pays comme l’Algérie, qui dispose d’atouts climatiques et géographiques aussi comparables que ses voisins devraient tirer profit d’une politique touristique hardie. Mais des réticences d’ordre politique et culturel l’en empêchent. L’Etat devrait encourager les investissements privés, tant nationaux qu’étrangers et développer ce gisement, source de revenus en devises. Cela aiderait à créer des emplois et induirait des retombées économiques sur les populations. En ce qui concerne les flux monétaires à attendre des Algériens résidant à l’étranger, il est indispensable que la monnaie nationale impose sa crédibilité et acquière une valeur intrinsèquement stable. L’Algérie est l’un des rares pays (émetteur d’émigrations) à ne pas bénéficier de rapatriements conséquents de l’épargne de ses nationaux. Le manque à gagner est estimé à 6 milliards de dollars par an. L’élimination du marché noir des devises, le développement du réseau bancaire algérien en Europe et l’encouragement des investissements des Algériens résidant à l’étranger sont quelques pistes pouvant déboucher sur un retour à la confiance. C’est le leitmotiv que nous avons lancé à maintes reprises dans la presse algérienne. Un début de réponse paraît à travers les instructions du ministre des finances citées dans le quotidien arabophone Al Khabar en date du 6/11/2009 qui évoque la présence à l’étranger notamment en Europe de 100 000 entrepreneurs d’origine algérienne ainsi que la constitution d’associations professionnelles regroupant des Algériens basés en France. Les banques algériennes et les filiales de banques étrangères sont sollicitées. Il convient néanmoins de mettre en place des incitations qui déplacent l’offre de devises des résidents algériens du marché parallèle plus rémunérateur vers le marché officiel. On put citer :

-des rémunérations des dépôts plus attractifs

-un accompagnement en matière d’investissements immobiliers et industriels et commerciaux avec l’octroi de prêts bonifiés dès lors que les non résidents bloquent leurs avoirs dans le circuit bancaire

-l’organisation d’un salon de l’immoblier en France destinée à la communauté algérienne afin de faire connaître les programmes d’accession à la propriété en Algérie ainsi que les financements bancaires et les dispositifs réglementaires

-un plan de communication informant sur les avantages d’investir en Algérie

Les canaux officiels de transferts des avoirs des algériens résidant à l’étranger ne supprimeront pas le marché noir des devises. Le contrôle strict en Europe des dépôts en espèces et leur limitation. Les banques européennes ont l’obligation de demander la provenance des fonds en cas de versements d’espèces et le Gafi peut déclencher une enquête si les sommes déposées excèdent un certain montant et si le caractère répétitif est avéré. Beaucoup de transferts se font actuellement sur le marché parallèle pour des raisons d’évasion fiscale. Le plus souvent ces transferts ne se traduisent pas par des rentrées de devises au pays. L’entrepreneur ou le particulier Algérien résidant en Europe va obtenir des dinars en Algérie contre remise de devises à un résident algérien qui souhaite les dépenser et investir à l’étranger. C’est une opération neutre par rapport au solde de la balance des paiements. Dans une interview donnée au quotidien Libérté (19/04/2007), j’ai préconisé d’installer des banques algériennes à l’étranger, en particulier en France pour capter l’argent des émigrés. La communauté marocaine basée en Europe, transfère 4 à 5 milliards de dollars vers le Maroc. On peut estimer qu’il y a un potentiel équivalent concernant la communauté algérienne établie sur le Vieux Continent. Les banques marocaines pour encourager les transferts ont accordé jusqu’à 12% de taux d’intérêt. Il faut appliquer des bonus pour que les ressortissants nationaux transfèrent leur argent vers l’Algérie, leur donner la possibilité d’acquérir des biens immobiliers en Algérie, en les accompagnant s’il le faut financièrement. Les banques marocaines ont établi des succursales en Europe en partenariat avec des banques françaises. Cela facilite les transferts. L’Algérie peut drainer 10 milliards de dollars correspondant aux transferts de la communauté algérienne basée en Europe pour peu qu’une politique d’accompagnement soit mise en place. Actuellement les avoirs des résidents algériens en Europe sont échangés sur le marché parallèle, selon un fonctionnement désastreux pour l’Algérie. Des résidents algériens offrent des dinars contre des devises fournies en dehors du pays. L’opération est blanche ; pas un cent n’est transféré. L’affranchissement du tout pétrole passera par une revalorisation du travail et la sanction de tout laxisme. , l’Algérie, qui exporte presque uniquement du pétrole et du gaz, facture ses ventes en dollar. Mais la majorité de ses importations, notamment des produits alimentaires et des services, proviennent d’Europe et/ou elles sont facturées en euro. Cette situation présente au moins trois risques pour l’économie nationale : une fonte rapide des réserves de change, une forte hausse de l’inflation et l’apparition d’une dépression. Avec la chute du dollar, les recettes en devises baissent mécaniquement. L’inflation, même si elle est artificiellement contenue en interne grâce aux subventions gouvernementales, augmente fortement à l’extérieur. Et en l’absence d’un plan de relance de la production nationale conjuguée à une politique de réduction des importations, la consommation pourrait baisser durablement. La situation économique du pays deviendrait alors difficilement gérable. Et les mesures prises visant surtout à réduire les importations pour freiner les sorties de devises risquent de s’avérer rapidement inefficaces. La politique de taux de change tente de tenir compte de la stabilité externe. Mais cela ne suffit pas à impacter durablement une compétitivité externe hors hydrocarbures pour des raisons structurelles. La politique de taux de change doit être accompagnée par d’autres actions de politique économique visant à accroître la productivité et la diversification de l’économie nationale.

Les raisons d’une politique économique et des réformes sont multiples :

– la non-performance de l’économie

– le manque de diversification et d’intégration d’une économie intégrée aux exigences de la mondialisation,

-la vulnérabilité croissante de l’économie algérienne et la très forte dépendance à l’égard d’une seule source de revenus en devises pour son fonctionnement et son développement,

-l’incapacité de l’appareil productif de créer des emplois et d’assurer la croissance.

8.- Le dinar algérien sous évalué ou sur évalué ?

A propos de la réévaluation du dinar, la réponse du gouvernement algérien ne s’est pas faite attendre via la Banque d’Algérie qui a émis de fortes réserves, voire un refus. Lorsque le FMI avance l’idée d’une réévaluation du dinar la banque d’Algérie s’y oppose. Voici leurs arguments respectifs : La dévaluation a été préconisée dans le passé par le FMI. Il avait prôné, dans le cadre d’une politique d’ajustement structurel, des recommandations qu’on connaît bien, telles celles liées à la privatisation des entreprises ainsi que le retrait de l’Etat, etc. Ces mêmes recommandations ont bien montré leur échec, de l’avis même du FMI. Il y a eu ensuite cette recommandation qui porte sur la nécessité de dévaluer la monnaie algérienne. Pourquoi ? Cette dévaluation avait pour but de stimuler les exportations. Le FMI dit simplement que si vous dévaluez, vous allez exporter davantage et avec les devises engrangées vous pouvez rembourser vos dettes. J’ai établi (C. SARI, 2000) le bilan des recommandations du Fonds monétaire international où j’avais démontré que ces mêmes recommandations, celle qui porte surtout sur la dévaluation de la monnaie, ont contribué à la décroissance au détriment du développement économique. Ces recommandations étaient plutôt des schémas préfabriqués. Autrement dit, on appliquait le même remède à tous les malades. Pour le cas de l’Algérie, c’est une aberration de penser que la dévaluation du dinar est capable d’encourager les exportations. Les problèmes sont multiples. D’abord, l’Algérie est un pays exportateur d’un seul produit, à savoir les hydrocarbures. Un autre problème lié à la qualité des produits que l’on veut exporter ainsi qu’à l’insuffisance du réseau de l’exportation vers l’étranger vient compliquer davantage cette situation. Le taux de change en 2009 est équilibré et reflète quelque peu la valeur du dinar. Il répond surtout aux conditions du marché. En cas de dévaluation, cela va aggraver le pouvoir d’achat des citoyens. Une dévaluation veut dire que le prix des importations va augmenter. Cela a pénalisé les consommateurs et stimulera l’inflation. Pour les produits de première nécessité subventionnés, l’Etat devra compenser la hausse des prix des produits importés pour éviter des tensions sociales. Cela creusera davantage le déficit de l’Etat. Dans toutes les théories économiques, les économistes n’ont jamais préconisé la dévaluation pour stimuler l’économie, parce que nous avons ce que nous appelons la courbe en U, très connue chez les spécialistes. C’est-à-dire que la dévaluation commence par faire augmenter les exportations, mais ceci n’est pas applicable pour le cas de l’Algérie. On peut imaginer un appel à la dévaluation émanant de certaines entreprises qui craignent la perte de parts de marché dans le cadre de l’adhésion de l’Algérie à la Zone arabe de libre-échange. Mais les PME algériennes peuvent être aidées par le biais d’une panoplie de mesures. La dévaluation est comme une drogue, elle dure un moment mais ce n’est pas le meilleur remède pour résoudre tous les problèmes. En dévaluant le dinar le gouvernement algérien pensait museler les importations. Mais un contexte de crise mondiale, les prix des matières premières sont de tendance descendante sur les marchés internationaux. Cette tendance n’est pourtant de mise sur le marché algérien. Cela s’explique par le comportement des entreprises importatrices. Les importateurs ne reproduisent pas les mêmes prix appliqués sur les marchés internationaux. Ce que je peux constater c’est qu’en Europe, il y a une baisse importante des produits alimentaires, ceux, de l’automobile et de tous les autres destinés à la consommation des ménages. On se demande dès lors pourquoi cette même tendance ne se répercute pas en Algérie. Vu qu’il y a une ambiance d’euphorie sur la richesse du pays, les importateurs ne baissent pas leurs prix. Pis, ils augmentent leurs marges à tort et à travers et le résultat est que maintenant les niveaux de prix sont plus chers qu’en Europe. Les autorités monétaires ont la maîtrise de leur politique de change. Grâce à des réserves de change confortables, la menace d’une pénurie de devises et d’une pression du marché parallèle s’éloigné. Mais rien n’est irréversible. 50% au moins de ces réserves sont placés en bons du Trésor.

Conclusion

Le problème des investissements étrangers en Algérie ne peut pas se régler par décrets ou lois mais par un contexte économique et une base industrielle rénovée ainsi qu’une main d’œuvre qualifiée et des jeunes formés aux techniques de management et aux NTIC. L’exemple de la Chine, qui a crée massivement des zones de développement dans les provinces les plus reculées afin d’accueillir des entreprises étrangères est édifiant. Les véhicules chinois commercialisés en Algérie par ELIESCOM, sont produits par l’usine de Changchun dans le Nord est de la Chine. Cette fabrication est le fruit d’une co-production et d’un partenariat avec Wolgvagen. Je suis ce partenariat depuis 1994 et je me suis rendu compte à quel point ce mariage fut gagnant pour les deux parties allemande et chinoise. J’ai été frappé par les efforts gigantesques mis en œuvre par les sous-traitants chinois afin de moderniser leur outil de travail et former leur personnel. Le résultat est probant FAW peut se passer de l’assistance allemande. La politique du taux de change se caractérise par trois phases antinomiques. La première phase (politique de taux de change « nationaliste ») qui a duré plus de deux décennies a vu un dinar stable, surévalué et complètement déconnecté par rapport à la structure de l’économie nationale et à l’évolution de l’environnement international. Cette politique s’est révélée négative. La deuxième phase, qui a démarré en 1987, est marquée par une dépréciation constante et progressive du dinar. Le développement de la spéculation (notamment le « trabendo » qui veut dire contrebande) a aggravé la détérioration du dinar. Le tarissement des transferts de l’émigration algérienne est une des causes essentielles de cette détérioration. Contrairement à des pays « émetteurs » de main-d’œuvre ( Egypte, Maroc, Tunisie etc…), l’Algérie est le seul pays au monde qui ne bénéficie pas de transferts conséquents de ses travailleurs à l’étranger. Il y a essentiellement deux raisons qui expliquent la pénurie de devises et son corollaire l’épanouissement du marché noir des devises.

– l’Etat a verrouillé les sources d’approvisionnement en devises en instaurant un cadre dirigiste même s’il a été assoupli (ouverture de compte-devises auprès des banques nationales, importations sans transferts etc..)

– Les distorsions structurelles et politiques n’ont jamais permis à l’Algérie de diversifier et de consolider ses sources de revenus en devises. Les recettes en devises résultant d’activités touristiques sont extrêmement faibles et les exportations sont à 95 % limitées aux hydrocarbures. Le manque de confiance dans la monnaie nationale et les entraves aux échanges de biens et services ainsi qu’à la circulation des capitaux renforce les transactions sur le marché parallèle des devises. La politique de change ne peut réussir que si elle est accompagnée d’une mutation complète de l’économie. C’est celle-ci qui conditionnera la convertibilité du dinar. Plusieurs conditions objectives doivent être réunies :

-un allégement de la dette

-diversification des sources de revenus en devises en améliorant les exportations de produits autres que pétroliers.

-des réserves de change très importantes afin de soutenir la monnaie nationale.

La troisième phase (1ère décennie 2000) coïncide avec une disponibilité en devises assez confortables afin de ne pas mettre sous tension la valeur du dinar sur le marché parallèle. Néanmoins cette situation n’est pas irréversible et la recherche d’autres sources de revenus extérieurs autres que les hydrocarbures (diversification des exportations, développement du tourisme et des investissements étrangers productifs, canalisation des transfères des Algériens résidant à l’étranger..)

Par Contribution | 31/08/2015 | 15:42, Algérie1

CAMILLE SARI

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