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G 20

Entretien avec Mohand Amokrane Cherifi

L’Algérie face à la crise financière de ses principaux partenaires

Il faut d’abord noter que la crise financière dont on parle n’est pas celle de l’Algérie, mais celle de ses partenaires.L’Algérie, quant à elle, a atteint une réelle stabilité macro-économique, avec un taux d’inflation autour de 4 %, des fondamentaux qui reflètent sa bonne santé financière dont une dette extérieure globale ramenée à 5 milliards de dollars, une dette interne estimée à moins de 15 % du PIB et des réserves de change de l’ordre de 170 milliards de dollars, soit près de 4 ans d’importation, sans compter le fonds de régulation des recettes estimé à 50 milliards de dollars et les réserves non monétaires de la Banque centrale. La gestion de ces réserves reste toutefois à optimiser pour une meilleure rentabilisation. Leur conservation, pour une grande part sous forme de bons de Trésor américain, les dévalue, sachant la perte de valeur prévisible de ces bons du fait du fort endettement des Etats-Unis ; sans exclure le risque de défaut systémique ou de gel de ces avoirs dans des cas  de situations exceptionnelles. Si l’on ajoute à cela la fragilité de la zone euro, une gestion avisée de ces fonds requiert une diversification des monnaies de réserve incluant le yuan chinois et des placements appropriés. Mais le meilleur placement demeure leur utilisation pour la diversification de l’économie nationale.De plus l’Algérie n’est pas exposée sur le plan financier à l’endettement des Etats partenaires, car elle n’est pas connectée de façon significative aux principales places financières internationales, et que les parts de marché des banques étrangères installées dans le pays sont relativement faibles.
Mais ceci n’est pas un indicateur de progrès car la configuration actuelle du système financier algérien n’irrigue pas suffisamment l’économie algérienne. Il suffit de se rappeler que les disponibilités bancaires sont de l’ordre de 50 milliards de dollars en 2010, dont 30 milliards de dollars destinés aux crédits  à l’économie et 20 milliards de dollars restant sous forme de surliquidités chez les banques.

Cela étant, si la situation de crise structurelle des finances publiques et de désordre monétaire de ses principaux partenaires  (Europe et Etats Unies) n’a pas d’impact notable sur sa situation financière de l’Algérie, elle n’entraine pas moins des conséquences, préjudiciables à la fois à son économie et à sa population, compte tenu des échanges commerciaux de biens et services avec ces pays. C’est par ce biais que l’Algérie se trouve exposée aux effets de cette crise.

La crise financière a donc eu un impact sur la sphère économique réelle en Algérie ?

Sur le plan économique, l’Algérie a en effet subi et continue de subir négativement les effets de cette crise :- Les exportations d’hydrocarbures, sa principale ressource de devises (97 %), même si le volume n’a pas été réduit du fait de la faiblesse conjoncturelle de la demande, ont connu une diminution significative des recettes du fait des fluctuations à la baisse des prix sur le marché. Faute de diversification de l’économie (moins de 1 milliard de dollars d’exportation hors hydrocarbures), le pays connaîtra une vulnérabilité plus grande à l’avenir, voire une crise majeure à terme, car le pétrole et le gaz sont des ressources en cours d’épuisement. Pour cette raison, en même temps que la diversification, l’ouverture du chantier des énergies renouvelables centrées sur le solaire, devient urgent.– Sur le plan des importations, (tendance 2011: 40 milliards de dollars) le pays a connu un renchérissement des prix des produits alimentaires de base et des équipements, du fait de la spéculation sur les matières premières et de l’inflation générée par l’endettement des pays exportateurs. En l’absence d’une stratégie d’autosuffisance alimentaire et de partenariat véritable garantissant des transferts effectifs de technologie, la dépendance économique du pays à l’égard de l’étranger, s’accentuera.

– Quant aux investissements directs étrangers, il y a stagnation voire régression dans la sphère productive hors hydrocarbures. Sur le plan des causes de cette situation, il est difficile de faire la part des choses entre l’insécurité dans le pays, la LFC qui impose 51% de participation algérienne, et les conditions de crédit à la fois restrictives et onéreuses des banques étrangères du fait de la crise.
Cela étant, si le pays n’améliore pas le climat des affaires, car il est actuellement à la traine des classements internationaux dans ce domaine, le risque de désinvestissement est inéluctable.

– Les variations du taux de change du dollar (monnaie de paiement de ses exportations d’hydrocarbures) par rapport à l’euro (monnaie de paiement de la majeure partie de ses importations, lui ont été globalement défavorables. Cette situation perdurera compte tenu de la dette américaine laquelle tire vers le bas le dollar, et de la dépendance de l’économie algérienne à l’égard de la zone euro. Le salut viendra de la conquête du marché intérieur par les entreprises algériennes, publiques et privées et de la diversification des approvisionnements nationaux hors de la zone euro


Et quel est l’impact sur la population ?

Indépendamment de la crise, il faut savoir que l’acte d’importation des produits de pays étrangers, équivaut à soutenir la production et l’emploi dans ces pays, et à créer du chômage chez nous.
Cela étant, l’endettement des pays partenaires a entraîné une inflation et un renchérissement des crédits. La population paie ainsi plus cher les biens et services importés, heureusement subventionnés en partie, s’agissant des produits alimentaires de première nécessité.Le pire est à venir avec la libéralisation des importations aussi bien avec l’Union Européenne ou, plus largement, qu’avec l’OMC- avec lesquels on négocie le démantèlement des barrières tarifaires-  qui entrainera inévitablement, si non mise à niveau, la marginalisation de la production nationale. Ce qu’on observe aujourd’hui dans l’industrie manufacturière, notamment textile, qui représente moins de 5% du PIB alors qu’elle avait atteint près de 20 % dans les années 80, risque de toucher également les autres segments de l’économie.
Pour l’ensemble de ces raisons, j’ai  toujours préconisé une stratégie de substitution des importations avec un programme d’exonération d’impôts et  d’encouragements fiscaux et une protection ciblée de la production nationale publique et privée non compétitive, Car il faut savoir que  la concurrence des pays étrangers est déloyale. Tout en dressant chez eux des barrières tarifaires et non tarifaires à nos produits, ces pays détruisent en même temps notre industrie et notre agriculture en soutenant  leurs exportations à coups de subventions, de crédits déguisés et de dévaluations monétaires.

Pour atténuer les effets de la crise sur l’Algérie à cours et moyen terme, quel serait le rôle de l’Etat ?

En tirant les leçons de cette crise, il ressort à l’évidence l’importance du rôle de l’Etat pour faire face aux implications de l’endettement financier de nos partenaires sur notre économie et notre population.En effet, que ce soit pour diversifier l’économie, pour  réaliser l’autosuffisance alimentaire ou pour assurer un développement durable intégrant une croissance économique, un progrès social et la préservation de l’environnement, il faudra inévitablement l’intervention de l’Etat qui dispose des instruments appropriés sur le plan législatif et financier dont le budget, le crédit et la fiscalité.La question qui se pose en vérité est de savoir si le processus actuel de décision politique, économique et sociale de l’Etat est à la hauteur de ces défis. Force est de constater que le système de décision dans la sphère économique est (i) très lent face à la globalisation de l’économie mondiale qui s’accélère et qui accroît la compétition dans tous les domaines et (ii) très polarisé sur les réponses à apporter au jour le jour à l’insécurité et aux revendications des différentes catégories sociales, n’agissant ainsi que sur le court terme et davantage sur les effets que sur la cause de ces phénomènes.

Je dois dire que, comme pompier, l’Etat est performant pour atténuer la crise sociale et sa propagation.

De mon point de vue, le système actuel doit évoluer rapidement pour éviter à l’Algérie de devenir un pays périphérique instable, exclu du nouvel ordre économique mondial qui s’articule autour de l’Europe, des Etats Unies et des pays émergents (dont le BRIC : Brésil, Russie, Inde, Chine).

Cette évolution, je la conçois dans l’élaboration d’une nouvelle politique économique, qui renforce le front intérieur face à  la mondialisation prédatrice, avec une stratégie de mise en œuvre basée sur la décentralisation et l’autonomie des acteurs économiques.

Les éléments constitutifs de cette politique s’appuient sur une double ouverture :

– Au plan interne, en finir avec une économie administrée, en décrétant l’autonomie effective de l’entreprise publique et la liberté d’entreprendre du secteur privé, avec les facilités de création et de financement de leurs activités, ainsi que la décentralisation locale avec une réforme fiscale dotant les collectivités d’une réelle autonomie administrative et financière.

– Au plan externe, organiser la libéralisation progressive des importations dans les secteurs de production aval, en mesure de supporter la compétition, et la préservation des secteurs stratégiques, situés en amont et au niveau intermédiaire, car facteurs d’entrainement de l’économie et sources de développement.

De toute évidence, nous avons  besoin d’une vision de ces secteurs stratégiques pour assurer notre indépendance à long terme. Dans cette perspective, l’urgence de doter notre pays d’une nouvelle ambition industrielle, sur la base des avantages comparatifs  des différentes filières, et l’impératif d’assurer par la production nationale les besoins alimentaires de base de la population, notamment en céréales, devraient faire consensus.

Sur le plan géographique, la conquête du marché intérieur gagnerait à intégrer la dimension maghrébine, en exploitant au mieux les complémentarités dans la perspective d’une ouverture progressive au marché international.

En tant qu’Expert auprès des Nations Unies ne pensez-vous pas que pour faire face à la crise mondiale, des changements doivent être apportés à nos institutions ?

Gouverner n’est pas facile dans le monde globalisé d’aujourd’hui. Au contact d’autres pays en développement, j’ai observé que ceux qui s’en sortent le mieux ont un dénominateur commun : Ils ont tous mis l’accent sur le développement humain selon deux axes stratégiques : La mise en œuvre d’une éducation/formation de qualité et l’organisation de la participation des citoyens sur le plan politique, économique et social.Au final, ces pays se sont dotés d’institutions, au niveau central et local, très fortes, car légitimées par une population qui les a choisies et dont ils sont l’émanation. Une population qui se reconnaît dans ses institutions travaille plus et mieux, accepte les sacrifices chaque fois que de besoin et se mobilise à toute épreuve, notamment dans les périodes de crise comme c’est le cas aujourd’hui, pour affronter les menaces véhiculées par la mondialisation.Il s’agit là d’un Nouveau Patriotisme auquel on assiste dans les pays émergents, construit sur des Nations soudées par des valeurs communes et des Etats fondés sur le droit et la démocratie. Une chose est sûre, l’Algérie a les capacités humaines et matérielles pour s’inscrire dans cette perspective.
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Mohand Amokrane Cherifi, Expert auprès des Nations Unies, actuellement Conseiller Principal de l’UNITAR (Agence des Nations Unies pour la Formation et la Recherche)
Membre de présidium du FFS
in la nation
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, le projet d’un Internet hors de tout contrôle

| 30.08.11 | 17h28   •  Mis à jour le 30.08.11 | 18h44

 

Une vingtaine de jeunes gens finalisent un logiciel permettant la création de réseaux sans fil à haut débit 100 % autonomes, qui fonctionneront sur les fréquences Wi-Fi, sans s’appuyer sur aucune infrastructure existante.Conspiritech / Wikimedia commons

Un immeuble confortable et anonyme, au cœur de Washington, à quelques rues de la Maison Blanche. Dans une enfilade de bureaux au fond du 5e étage, une vingtaine de jeunes gens, surtout des garçons, travaillent discrètement, dans une ambiance à la fois studieuse et décontractée. Cette petite équipe, composée d’informaticiens, de juristes et de sociologues, est en train de réaliser l’utopie suprême des hackers et des militants libertaires du monde entier : un logiciel permettant la création de réseaux sans fil à haut débit 100 % autonomes, qui fonctionneront sur les fréquences Wi-Fi, sans s’appuyer sur aucune infrastructure existante – ni relais téléphonique, ni câble, ni satellite. Ils seront mouvants, horizontaux, entièrement décentralisés et échapperont à toute surveillance, car le trafic sera anonyme et crypté.

Ce projet ambitieux – nom de code Commotion– est dirigé par Sascha Meinrath, 37 ans, militant de longue date de l’Internet libre et précurseur des réseaux citoyens – au sein du collectif de journalistes en ligne Indymedia, puis à l’université d’Urbana-Champaign (Illinois), un des berceaux du logiciel libre, et dans diverses start-up et ONG d’action sociale : « J’ai bricolé mon premier réseau autonome il y a dix ans. Les antennes étaient faites avec des boîtes de conserves. » Depuis ces temps héroïques, Sascha Meinrath a fait du chemin. Dans sa version actuelle, Commotion est un projet très officiel. Il est hébergé et financé par l’Open Technology Initiative (OTI), département high-tech de la New America Foundation, organisme prestigieux consacré à l’étude des grands problèmes de la société américaine, et présidé par Eric Schmidt, l’un des patrons de Google.

Grâce à cette tutelle, Sascha Meinrath dispose d’un budget annuel de 2,3 millions de dollars (1,6 million d’euros), auxquels est venue s’ajouter une subvention exceptionnelle de 2 millions, octroyée par le département d’Etat. En effet, les diplomates américains s’intéressent de près à la technologie des réseaux sans fil autonomes, légers et faciles à installer. Ils espèrent les déployer bientôt sur le terrain dans diverses situations d’urgence : dans des zones dévastées par une guerre ou une catastrophe naturelle ; dans les régions les plus déshéritées de la planète, où les populations sont privées de moyens de communication modernes ; et, enfin, comme « outil de contournement » dans des pays dictatoriaux, pour aider les dissidents politiques à communiquer entre eux et avec le reste du monde, en déjouant la surveillance policière et la censure. « Fin 2010, se souvient Sascha Meinrath, j’ai appris un peu par hasard que le département d’Etat avait décidé d’aider ce type de recherches. Nous avons déposé un dossier, en concurrence avec d’autres organisations, et nous avons été choisis. Les autres projets s’appuyaient en partie sur les infrastructures existantes, alors que Commotion les court-circuite entièrement. »

« LE SEUL OUTIL À APPORTER SUR LE TERRAIN, C’EST UNE CLÉ USB »

La subvention fédérale n’a pas suffi à transformer l’équipe de Commotion en fonctionnaires. Josh King, 28 ans, le responsable technique, a gardé son look très rebelle – vêtu de noir de la tête aux pieds, avec chaîne, piercing et cheveux en bataille… Son bureau est encombré d’appareils de toutes sortes, sur lesquels il fait des tests approfondis, car Commotion doit pouvoir fonctionner avec un assemblage hétéroclite. Ses logiciels transforment un routeur Wi-Fi ordinaire, un simple PC ou un smartphone en relais intelligents, capables de connaître en temps réel la configuration du réseau, et de trier les données pour les envoyer vers leurs destinataires, ou vers un autre relais, plus proche du but. Par ailleurs, Commotion peut être facilement raccordé au reste du monde : il suffit qu’un seul des appareils soit connecté à Internet pour que tous les autres profitent de l’accès. « En fait, résume Josh King, le seul outil indispensable à apporter sur le terrain, c’est une clé USB contenant les logiciels, qui doivent être installés sur chacun des appareils appelés à faire partie du réseau. » Depuis le printemps 2011, OTI propose des éléments de Commotion en téléchargement libre sur Internet. Une version de travail complète sera disponible en septembre, afin que des experts de tous les pays puissent l’étudier et faire des suggestions. Sascha Meinrath ne sait pas exactement qui télécharge quoi, car il ne garde aucune trace des internautes venant sur le site : « Si nous conservions une liste de nos visiteurs, nos serveurs pourraient être piratés par différents gouvernements – y compris le nôtre. »

Récemment, OTI a reçu des messages de militants du « printemps arabe », vivant en Egypte, en Syrie, en Libye, à Bahreïn et au Yémen : « Ils veulent se procurer Commotion, mais nous essayons de les dissuader. C’est trop tôt, il n’est pas sécurisé, ce serait risqué de s’en servir contre un régime répressif. Cela dit, si ça se trouve, des groupes clandestins utilisent déjà des versions provisoires, sans nous le dire. Certains interlocuteurs sont peut-être des agents au service des dictatures, mais peu importe, nous montrons la même chose à tout le monde. »

Sascha Meinrath se donne jusqu’à fin 2012 pour produire une version utilisable par le grand public. Pour aller plus vite, OTI s’approprie des systèmes mis au point par d’autres équipes. Pour la sécurisation, Commotion va intégrer les programmes du projet TOR (The Onion Router), inventé par une bande d’hackers allemands et américains pour circuler sur Internet en évitant d’être repéré. TOR a notamment été utilisé pour protéger les communications du site WikiLeaks –qui a divulgué en 2010 des masses de documents secrets appartenant au gouvernement des Etats-Unis. L’un des créateurs de TOR, l’Américain Jacob Appelbaum, fut un temps très proche de l’équipe de WikiLeaks. A deux reprises, en 2010, il a été arrêté par la police américaine, qui l’a interrogé sur ses activités au sein de WikiLeaks et a saisi ses téléphones et ses ordinateurs. Or, Jacob Appelbaum est aussi un ami personnel de Sascha Meinrath, qui fait appel à lui comme conseiller pour la mise au point de Commotion.

Pour expliquer cette situation paradoxale, Sascha Meinrath évoque la « schizophrénie » du gouvernement fédéral : « Parmi les responsables de Washington, il y a encore des gens formés pendant la guerre froide, qui rêvent de tout bloquer et de tout surveiller, mais il y a aussi des jeunes arrivés avec Obama, qui sont partisans de la transparence et de la liberté d’expression. En privé, de nombreux fonctionnaires du département d’Etat étaient en colère de voir leur hiérarchie critiquer WikiLeaks aussi violemment. Selon eux, l’affaire aurait pu être l’occasion de montrer au monde que les Etats-Unis savent défendre la liberté d’expression et la transparence, en toutes circonstances. »

A présent, Jacob Appelbaum participe à un vaste projet baptisé Freedom Box – un ordinateur basique et bon marché transformé en serveur crypté et sécurisé pour le grand public. Sascha Meinrath envisage d’intégrer Freedom Box au réseau Commotion, notamment pour bénéficier d’une fonction dite de « connexion différée » : « Par exemple, lors d’une manifestation réprimée par la police, un manifestant prend une photo avec un smartphone connecté à Commotion. Internet a été coupé ce jour-là dans le quartier par les autorités, la photo ne peut pas sortir du pays, mais grâce à Commotion, elle est stockée à l’abri, sur une freedoom box locale. Puis, dès qu’Internet est rétabli, la box envoie automatiquement la photo dans le monde entier. »

LES ENTREPRISES DE TÉLÉCOMS, ENNEMIS POTENTIELS

OTI songe à intégrer d’autres appareils expérimentaux, qui permettront aux utilisateurs de partager des masses de fichiers lourds, de faire transiter sur Commotion des appels téléphoniques passés avec des mobiles ordinaires, de transmettre des données dans toutes les gammes de fréquences, et même d’interconnecter plusieurs réseaux voisins : « En juillet, raconte Sascha Meinrath, une équipe d’hackers en camionnette a monté un réseau éphémère, couvrant une zone de 60 km sur 30, à cheval sur l’Autriche, la Croatie et la Slovénie. C’est la preuve qu’on peut fournir une connexion Internet à toute une zone frontalière, sans être physiquement présent dans le pays. » Commotion n’est pas prêt pour un déploiement dans les zones à risque, mais il peut déjà être testé aux Etats-Unis – par exemple, dans les quartiers pauvres des grandes villes, dont les habitants ne peuvent pas se payer d’abonnement Internet classique. A Washington, à Detroit, et dans une réserve indienne californienne, l’OTI est entré en contact avec des associations de quartiers et des groupes militants qui avaient entrepris de créer des réseaux sans fil sauvages, pour offrir aux habitants des accès Internet gratuits. Grâce à son expertise et à son carnet d’adresses, l’équipe d’OTI a fourni à ces amateurs une aide technique et financière décisive.

Cette fois, les ennemis potentiels sont les entreprises de télécoms, qui pourraient faire pression sur les autorités, pour qu’elles tuent ces initiatives citoyennes à coups de lois et de restrictions bureaucratiques. Sascha Meinrath est conscient de la menace : « Notre technologie va bousculer pas mal de choses, y compris aux Etats-Unis. Si les gens se mettent à construire leurs propres réseaux, le business model des groupes de télécoms va s’effondrer. Il faut s’attendre à ce qu’ils contre-attaquent brutalement. » Commotion devra aussi affronter l’hostilité des majors d’Hollywood, car il peut faciliter le piratage des œuvres sous copyright. Sascha Meinrath est à la fois fataliste et optimiste : « Que ce soit aux Etats-Unis, au Moyen-Orient ou ailleurs, qui va mettre en place ces réseaux alternatifs ? Pas des vieux, on le sait. Ce sont les ados qui vont s’en emparer. Ils s’en serviront pour contester l’ordre établi et aussi pour partager leur musique et leurs films. Ce sera peut-être négatif pour les détenteurs de droits, mais le bilan global sera très positif. »

Yves Eudes

 


Semaine du Web d’Alger

« L’entreprise des TIC ressemble à ce beau cyber parc …entouré de zones hostiles »
Samir Hir, Maghreb Emergent, 25 Avril 2011

La semaine du web d’Alger s’est déroulée du 18 au 23 avril dans le bâtiment baptisé « l’incubateur » du cyber-parc de Sidi Abdellah. Pour rejoindre cet « échantillon » de la future Algérie, situé dans la commune de Mehelma à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Alger, point de train électrique, de bus à propulsion d’hydrogène ou de jet pack. Il faut se munir de bonnes chaussures de trappeur, avoir un bon sens de l’orientation en guise de GPS et une capacité d’étonnement au-dessus de la normale.

A chercher le lieu sur google earth, on risque de se perdre. On finit par les découvrir, en marchant, nichés au milieu de vastes champs verdoyants – boueux et impraticables quand on s’y aventure – que se partagent les communes de Mehelma et Rahmania. Les blocs d’immeubles cubiques, gris béton ou bleu vitrail, du cyber parc cassent le paysage à la façon du monolithe de l’odyssée de l’espace 2001. Un habitant du coin à la langue de scie affirme que se connecter à internet reste encore une histoire de science-fiction malgré la proximité du « célèbre » cyber-parc. 2001 n’est pas que la référence d’un film culte. C’est aussi en cette année qu’avait été lancée l’étude de faisabilité de la «technopole » Sidi Abdellah. Et de son cyber-parc qui devait regrouper une série de dix bâtiments «intelligents ». Dix ans plus tard, seul trois blocs sont achevés avec l’inévitable revêtement aluminium et verre pour suggérer la modernité de l’ouvrage. Les autres bâtiments, nul besoin de vos dix doigts et encore moins d’une calculette pour les compter, sont encore à l’état de grandes carcasses en béton entourées de charpentes métalliques dénudées inesthétiques. Moussa Benhamadi, le ministre de la Poste et des TIC, himself, qui se disait « sceptique » lors de la réception de la demande de parrainage de l’évènement, est bien venu pour inaugurer la semaine du web. Un jeune participant – décidément, ils respectent rien ces jeunots ! – a trouvé le visiteur « un peu encombrant » puisqu’il a « retardé le déroulement du programme » et focaliser l’attention des médias avec des déclarations sans grande nouveauté. Pourquoi la connexion ADSL reste chère et plafonnée à 1 méga ? Comment expliquer le retard, difficilement justifiable, de la 3G et du paiement électronique ? Réponses à noyer un poisson électronique et rendez-vous fixé à… juin. Mais le ministre s’informe et demande ce que coute le prix de l’abonnement ADSL… 2000 dinars ? Etonnement. Ce n’est pas si cher que cela ! Mais avec un public « averti », le ministre a eu les bonnes comparaisons : c’est le prix que payer un européen avec un salaire minimum dix fois supérieur à celui de l’Algérien pour avoir une connexion d’un débit 20 fois plus rapide et bien plus riche en valeurs ajoutés. Pour la 3G, le ministre évoque le caractère «colossal » de l’investissement. Des « avertis » refont la comparaison et rappellent ce temps, pas si lointain, où personne ne misait sur la rentabilité de la téléphonie mobile avant l’arrivée de l’opérateur privé. Remarque balayée et non avenue ! Pour le payement en ligne, rien de neuf. Une affaire de mentalité des algériens qui continuent à préférer du palpable. Les centaines d’étudiants et visiteurs de la semaine du web auraient eu des avis fort différent mais ils étaient déjà occupés ailleurs.

De cent fournisseurs à… aucun

Ailleurs. C’est un programme qui s’est étalé sur six jours. Plusieurs conférences, dont une, très remarquée, en présence du ministre des TIC, animée par Mebarek Boukaba directeur général de Vorax Technologies et vice-président de l’association algérienne des fournisseurs de services internet. Des chiffres sont lancés sur les régressions enregistrées notamment pour les fournisseurs de services internet passés d’une « centaine en 2000 » à « aucun » aujourd’hui pour cause d’agréments retirés. La régression se décline même sur un mode poétique (poé-TIC ?) : «l’entreprise des TIC en Algérie ressemble à ce beau cyber parc…entouré de zones hostiles ». Ah, ces embuches administratives ! Et cet environnement pas préparé. Le programme de la semaine du web, initié principalement par deux jeunes entrepreneurs, Omarouayache Ahmed Mehdi fondateur de CONNEXT, une web agence installée au parc technologique de Sidi Abdellah, et Arab Farid, fondateur de Pureplayer (agence publicitaire) et acteur du web parisien, était riche. Le meilleur, c’était la « startup week-end Alger ». Un concours qui consiste à créer une start-up (entreprise naissante) en moins de 52 heures. On commence par présenter une idée en une minute ! Il faut faire fastoche au pays du dougua dougua (doucement- doucement). De sélection en sélection, sur les 36 équipes participantes, dix sont choisies. Elles passeront deux nuits autour d’une table pour travailler et affiner leurs idées. Au final, quatre équipes décrochent le gros lot, celui d’être suivie professionnellement au sein de l’incubateur du cyber-par cet une possibilité de louer un local dans l’aile des start-up (5000 DA par mois) pour créer une entreprise.

Un pauvre petit méga

Durant cette semaine, on beaucoup parlé de Joomla, système de gestion de contenu web, avec lancement officiel et interventions d’experts venus de l’étranger. Le seul bémol de cette semaine du web est dans… son site web, semaineduweb.com… Un site finalement pas très dynamique, pourtant certifié Joomla, qui manquait de mise à jour, et ne permettait même pas de suivre le déroulement de la semaine du web…sur le web. Les organisateurs ne sont pas les seuls fautifs. Dans ce haut-lieu des TIC qui est censé préfigurer l’E-Algérie de demain, on ne dispose que d’une connexion d’un méga.

Vincent, entrepreneur et développeur web français, invité de la semaine du web d’Alger résume un peu la situation sur son blog (blognode.fr) « Pour les français qui me suivent et qui ont l’habitude d’avoir au minimum 8 Méga de débit avec de l’ADSL ou même du 100 Mega avec de la fibre optique, il faut imaginer qu’en Algérie une connexion de 1 Mega est sans doute un des meilleurs débits que vous pourrez trouver à prix abordable. Du coup, la plupart des sites web algériens proposent peu de contenu, pour l’instant… »