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Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 20% des médecins français inscrits au Conseil national de l’Ordre des médecins sont… Algériens. Bien formés et habitués à travailler dans des conditions difficiles, ils représentent aussi une main-d’œuvre bon marché et comblent un manque d’effectifs.

«Vous avez vu, il marche maintenant !», lance une vieille dame en montrant son mari avancer prudemment dans le couloir. «Oui, c’est bien, c’est vraiment bien, il pourra sortir vendredi», répond Samir. Lunettes rectangulaires et barbe de trois jours, Samir, la trentaine, est arrivé en gériatrie un peu par hasard. Il y a exercé en tant qu’infirmier et y a pris goût. Des félicitations et des remerciements, il y en a partout sur ses feuilles d’évaluation. Après avoir obtenu le concours lui permettant d’exercer en tant que médecin en France, il attend de pouvoir être inscrit à l’Ordre des médecins et a, pour le moment, un statut de praticien attaché. Diplômé en médecine générale à Tizi Ouzou, il arrive en France en 2007. «J’ai fait des petits boulots et, en même temps, je faisais la capacité de médecine du sport. J’étais hébergé chez des amis. Après, pour me stabiliser, j’ai passé le concours d’infirmier, ça m’a permis de m’imprégner de la médecine française», explique-t-il. Il tient un an. «Je ne supportais plus de me voir en tant qu’infirmier, donner des cachets aux patients, sans responsabilité, sans rien.» Samir prépare alors la Procédure d’autorisation d’exercice (PAE). Selon la loi du 1er février 2012, les praticiens doivent passer une épreuve de vérification des connaissances. Il faut un certain nombre d’années d’exercice qu’on appelle les années probatoires, à effectuer dans des services de soins agréés pour la formation des internes français. «Le praticien passe un examen pratique écrit qui porte sur des cas cliniques concrets, plus un deuxième examen, sur présentation d’un dossier professionnel rempli par les chefs de service, sur la base duquel le parcours professionnel est évalué», explique Hocine Saal, médecin urgentiste et vice-président du Syndicat national des praticiens à diplôme hors Union européenne.

Régularisation

Il faut ensuite de nouveau déposer un dossier devant une commission d’autorisation d’exercice qui statuera sur l’aptitude du praticien à exercer en France. Après ça, le praticien s’adresse à l’Ordre des médecins et obtient son autorisation d’exercice et l’inscription à l’Ordre des médecins. «En moyenne, il s’écoule entre huit à dix ans entre le moment où le praticien pose le pied en France et le moment où il obtient l’autorisation d’exercer», précise Hocine Saal. Un délai relativement long, mais la loi de 2012 a fait beaucoup pour la régularisation des médecins diplômés hors de l’UE exerçant en France. Avant, la plupart exerçaient en tant que Faisant fonction d’interne (FFI), un statut d’étudiant à faible rémunération (1400 euros nets par mois). Cette loi a permis à tous ceux qui travaillaient en tant que FFI de changer de statut et de passer à praticien attaché ou associé, mieux rémunéré (1800 euros nets par mois). Et en quelques années via la PAE, les médecins associés ou attachés ont ensuite la possibilité de régulariser leur statut et obtenir le statut de praticien hospitalier. Une régularisation nécessaire, d’autant que la France a besoin de ces médecins étrangers, car elle manque d’effectifs. «Durant des années, les autorités ont serré le quota de médecins diplômés en France avec l’idée qu’en réduisant le nombre de médecins, ils réduisaient les dépenses de santé. Sauf que déjà à la fin des années 1980, ils savaient qu’il y avait un vide démographique. Depuis, ils ont remonté le quota des promos de médecine, mais il faudra combler ce manque pendant quelques années encore», explique Madjid Si Hocine, médecin gériatre et membre de l’association Solimed (Solidarité médicale franco-algérienne). Pour ceux qui sont arrivés avant que la loi ne donne un statut aux médecins étrangers, la situation est toute autre. Taïeb Ferradji, pédopsychiatre, est arrivé en France au début des années 1990.

A priori

Il a dû refaire intégralement ses études en France après dix ans d’études en Algérie. Soit dix-huit ans d’études en tout. «Ce qui était difficile, c’était d’arriver avec un diplôme de médecin spécialiste et de se rendre compte qu’en fait, il ne vaut rien. Il faut recommencer à zéro», explique-t-il. Madjid Si Hocine, médecin gériatre, est lui aussi arrivé en France à la même période. Jusqu’en 2005, les régularisations se font au compte-gouttes, alors dès que la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) est créée, fin 2004, Madjid Si Hocine la saisit, avec d’autres médecins. «J’ai écrit au président de la Halde qui a jugé qu’il y avait une discrimination de traitement des médecins diplômés hors UE. Cela a eu un réel impact sur les lois.». Il y a, selon le Conseil national de l’Ordre des médecins, 17 835 médecins diplômés à l’étranger en activité en France et la majorité (22%) vient d’Algérie. Alors, quel regard portent les médecins français sur ces médecins algériens ? Le sentiment partagé par plusieurs d’entre eux est que le niveau des médecins formés en Algérie a baissé depuis quelques années. «J’ai l’impression que les médecins algériens étaient meilleurs il y a dix, quinze ans. Il y a eu un moment où l’apprentissage est devenu très livresque. Des médecins, excellents en termes de connaissances pures qui, une fois face à un patient, ne sont pas bons», estime le docteur Matthias Wargon, médecin urgentiste en région parisienne. Selon lui, le niveau des médecins formés en France ou même en Tunisie est homogène, alors que celui des médecins algériens peut varier du tout au tout. «Il y a des pays pour lesquels je vais être moins méfiant comme la Tunisie, que je situe au même niveau que la France. Pour les Algériens, je vais avoir un a priori moins favorable», reconnaît Matthias Wargon, qui a eu quelques expériences malheureuses avec des médecins algériens. Pour la plupart des médecins algériens interrogés, le retour au pays est envisagé, notamment pour transmettre les connaissances et le savoir-faire acquis en France, mais ce retour n’est pas toujours réalisable, les longues années passées dans le processus d’équivalence en France n’étant pas prises en compte en Algérie.

Paupérisation

«Si on retourne on Algérie, on perd deux ou trois ans. On doit retrouver notre place de résident. Bref, on ne peut pas faire marche-arrière. On est coincés en France. Si c’était à refaire, je ne repartirais pas parce que je ne vois plus ma famille restée là-bas», confie Samir. Et pourtant, en Algérie, les possibilités d’évolution sont plus nombreuses et les salaires augmentent. «Je pense qu’en Algérie, il y a plus de potentialités qu’en France, il y a plus de moyens. En France, la profession de médecin se paupérise», estime Madjid Si Hocine. Il veut voir les médecins algériens exerçant en France comme une force de travail mobilisable par l’Algérie. «Il faut voir le côté positif des choses : cela a permis aussi à des Algériens de se construire un niveau scientifique dans des domaines auxquels ils n’ont jamais eu accès. C’est un capital en jachère, c’est comme les réserves de pétrole dans le Sahara. La gériatrie n’est pas enseignée en Algérie. Moi, j’irai très volontiers donner quelques cours là-bas.» En France, après des années d’encadrement strict du nombre d’étudiants admis au concours en première année de médecine, ce numerus clausus devrait s’ouvrir dans les années à venir pour combler les besoins dans certaines régions.

Rebuffades

En moyenne, 85% des étudiants inscrits en première année commune aux études de santé (Paces) ne passent pas en deuxième année. Un taux d’échec qui peut créer des tensions au sein des services hospitaliers, en particulier face aux médecins étrangers qui n’ont pas à passer ce concours. «Nous, nous avons des infirmiers qui ont raté la médecine, donc quand ils voient un médecin avec un diplôme étranger qui n’a pas le niveau et qui peut quand même exercer, évidemment que cela crée des rancœurs», explique le docteur Wagron. «Pour beaucoup de Français, c’est un traumatisme, car dans beaucoup de familles, il y a un cousin, un neveu qui a voulu faire médecine et qui n’a pas réussi. Ce qui peut expliquer certaines rebuffades plus tard pour accéder à certaines positions», renchérit Madjid Si Hocine. Une «rebuffade», c’est ce qu’a vécu le docteur Ferradji. «On appelle ça le plafond de verre. On voit le ciel, mais on n’y accède pas», explique-t-il. Après treize années passées dans un hôpital de la région parisienne, il a changé d’établissement lorsqu’on lui a fait comprendre qu’il ne pourra jamais devenir professeur, en raison de son origine. «La patronne que j’avais là-bas m’a dit les yeux dans les yeux : ‘Si on était en Algérie, tu serais déjà professeur’.» Avant d’ajouter : «Je ne t’autorise pas à candidater», raconte le pédopsychiatre. «Les Algériens ont fait leur chemin depuis le début des années 1990, beaucoup ont réussi professionnellement», nuance Madjid Si Hocine. Il se dit heureux, épanoui professionnellement et pense que c’est le cas de beaucoup de médecins algériens en France. Lui aurait pu devenir professeur, mais il ne l’a pas souhaité. Avec les lois successives, le statut des médecins étrangers en France s’est éclairci, est devenu plus juste et si le chemin est long, il est largement réalisable. 

Les sages-femmes dans l’impasse :

Le cas des sages-femmes qui viennent travailler en France est encore plus compliqué. Leur statut est également régi par cette loi de 2012. Elles doivent donc passer le concours, celui de la procédure d’autorisation d’exercice (PAE). Cela coince lorsque les lauréates du concours doivent effectuer leur année probatoire sous le statut de sage-femme associée, un statut qui n’existe pas dans les faits.

«Depuis que j’ai eu le concours en 2012, j’ai postulé dans les hôpitaux et je n’ai eu que des refus. Ils me disent qu’ils n’ont pas de budget, pas de poste sur le statut demandé», explique Wahida. A 38 ans et après avoir travaillé dix ans en Algérie, elle attend depuis un an de trouver un poste de sage-femme associée en France. Wahida sort tout juste d’un rendez-vous au ministère de la Santé, où elle a exposé sa situation avec d’autres sages-femmes. «On a demandé au ministère de débloquer des budgets et de réduire l’année probatoire à six mois.»

Pas si sûr que cela change la donne, mais elle a bon espoir. «Historiquement, la loi qui a créé le statut d’associé s’appliquait aux médecins, aux pharmaciens et aux chirurgiens-dentistes, mais jamais aux sages-femmes», explique Madjid Si Hocine. A choisir, les hôpitaux préfèrent embaucher une sage-femme diplômée en France qui est inscrite à l’Ordre des médecins, plutôt que de prendre une sage-femme en période probatoire.

«Depuis 2009, sur 55 lauréates seulement 6 ont pu faire leur année probatoire», s’insurge Wahida. Elle a envisagé un temps de faire autre chose, puis elle a monté un groupe et entend défendre leur position. «Le fait que je sois là aujourd’hui, au ministère de la Santé pour défendre mon métier, je le raconterai un jour à ma fille, confie-t-elle. C’est quelque chose dont je suis fière !»


Attaque cérébrale : consommer de l’huile d’olive pour réduire les risques

Info rédaction, publiée le 19 juin 2011

http://www.maxisciences.com

 

 

Illustration

Consommer de l’huile de l’olive réduit chez les personnes âgées de plus de 65 ans les risques d’attaque cérébrale. C’est ce que révèle une récente étude menée auprès de plus de 7.600 personnes en France.

Les personnes de plus 65 ans qui consomment régulièrement de l’huile d’olive ont moins de risques d’être victimes d’une attaque cérébrale que ceux qui n’en mangent pas. Telle est la conclusion d’une étude menée par des chercheurs de l’Institut National de la Santé et de la Recherche médicale (Inserm) de Bordeaux, et publiée le 15 juin dans la revue scientifique américaine Neurology.

Les chercheurs ont suivi pendant cinq ans quelque 7.625 personnes âgées de 65 ans et plus, toutes originaires de Bordeaux, Dijon et Montpellier. Les sujets ont été répartis en deux groupes : ceux qui consommaient régulièrement de l’huile d’olive, et ceux qui n’en utilisaient jamais. Au cours des cinq ans pendant lesquels a été conduite l’étude, 148 attaques cérébrales ont eu lieu parmi les participants. Les chercheurs de l’Inserm ont alors examiné les critères de poids, d’activité physique et de régime alimentaire des sujets, et c’est ainsi qu’ils ont découvert que le risque d’attaque cérébrale chez les consommateurs réguliers d’huile d’olive était 41% moins important que chez les personnes âgées qui n’en utilisent jamais.

« Notre étude tend à montrer qu’une nouvelle série de recommandations alimentaires devrait être publiée pour prévenir les attaques chez les personnes de 65 ans et plus. (…) Les attaques sont très répandues chez les personnes âgées. L’huile d’olive est une méthode peu coûteuse et simple pour aider à les prévenir« , estime Cécilia Samieri, l’un des auteurs principaux de cette recherche.

 


Sommes-nous en train de vivre un nouveau temps géologique ?

Par Pierre-François Besson | Swissinfo.ch | 28/04/2011 | 17H04

Pour certains scientifiques, nous serions passés de l’holocène à l’anthropocène. Une époque de l’histoire de la Terre modelée par les activités humaines. Professeur à IHEID de Genève et membre de la Geological society de Londres, Jacques Grinevald souhaite faire officialiser cette proposition.
Officiellement, depuis 10 000 ans, nous sommes dans l’holocène, deuxième époque géologique – et interglaciaire – du quaternaire. Mais pour une minorité croissante de scientifiques, géologues surtout mais aussi géochimistes, climatologues, ce n’est plus vrai.
L’homme, « un animal bizarre qui sort des cycles naturels »
A la suite du prix Nobel de chimie Paul Crutzen (dans , en 2002), ils proposent d’ajouter un nouvel échelon à l’échelle des temps géologiques : l’anthropocène. Soit, selon eux, la période actuelle. Celle où l’homme est devenu la principale force de mutation de la planète, qui perturbe les cycles bio-géo-chimiques, et les grands équilibres du système Terre.
Jacques Grinevald, qui a écrit un ouvrage sur la question en 2007 (« La Biosphère de l’anthropocène », Georg Editeur, collection Stratégies énergétiques), considère que ce concept dépasse la stricte stratigraphie, cette discipline de la géologie qui s’occupe des temps géologiques.
Pour l’historien du développement scientifique et technologique genevois, l’anthropocène renvoie à l’idée que, depuis la révolution industrielle, avec le développement humain – démographique et technologique –, jamais un être vivant n’a autant consommé d’énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel).
Le co-auteur d’un article paru ce printemps dans Philosophical Transactions, revue de la prestigieuse Royal Society, explique :
« Il y a aujourd’hui la surface de la Terre un animal bizarre qui sort des cycles naturels dans lesquels il était enfermé lorsque l’humanité était composée de moins d’un milliard d’habitants. »
Un critère lié au cycle du carbone
Pour le professeur genevois, avant l’ère industrielle, sur les derniers 800 000 ans, les concentrations de C02 dans l’atmosphère étaient de l’ordre de 280 ppm (parties par million) par volume, et pendant les périodes glaciaires, de 180 ppm :
« La variation du CO2 entre une période interglaciaire et une période glaciaire, c’était 100 ppm. Aujourd’hui, nous avons dépassé les 380 ppm, soit plus de cent au-dessus, et on se dirige allégrement vers 400-450 ppm et beaucoup plus. »
Toujours plus loin vers la déstabilisation du système climatique…
C’est, pour Jacques Grinevald, ce critère lié au cycle du carbone qui marque le début de l’anthropocène – la discontinuité, le début de l’accélération des changements, la rupture d’avec la stabilité de l’holocène.
En réalité, il existe plusieurs écoles et le débat n’est pas clos sur le démarrage prétendu de cette époque. Jacques Grinevald tranche :
« Fin du XVIIIe siècle ou milieu du XIXe, voire 1900 ou 1945 [l’âge nucléaire, ndlr], à l’échelle géologique, c’est des broutilles. Quoi qu’il en soit, c’est très récent. »
Certains scientifiques jugent que l’homme influence le climat depuis au moins 10 000 ans. Mais Jacques Grinevald rétorque que ces derniers cherchent surtout à « noyer le poisson » :
« Ils essaient de semer la confusion pour escamoter la responsabilité de notre modèle de société thermo-industrielle. »
L’anthropocène, c’est l’entrée dans une terra incognita, relève Jacques Grinevald.
« En termes d’impact, les hommes dépassent le volcanisme »
Jacques Grinevald fait partie d’un groupe de travail sur l’anthropocène dépendant de la commission internationale de stratigraphie. Ce groupe monte actuellement son dossier en vue du prochain Congrès géologique international en août 2012 à Brisbane, en Australie.
Mais selon le professeur genevois, il y a peu de chances que l’entrée officielle dans la nouvelle époque géologique intervienne à la première tentative :
« Les milieux des sciences de la Terre sont assez conservateurs. Toutefois, la prise de conscience s’accélère, on le voit notamment avec Fukushima. »
Quand on lui demande à quoi peut bien servir cette notion d’anthropocène, Jacques Grinevald répond : à cadrer un ensemble de discussions qui partaient dans tous les sens ces dernières années. Et à rassembler les sciences de l’homme et celles de la nature :
« L’anthropocène permet de les concentrer sur un dilemme très simple : le développement humain technologique et démographique est tel que nous sommes devenus la plus puissante force naturelle et géologique à la surface de la terre. En termes d’impact, nous dépassons le volcanisme. »
Les cycles naturels dans l’inconnue
Jacques Grinevald glisse que cela pourrait servir à « clouer le bec à Claude Allègre et à tous ceux qui minimisent l’impact de l’homme à la surface de la Terre et qui voudraient nous faire croire que l’homme n’a aucune responsabilité dans les changements climatiques ».
Plus sérieusement, une fois adoptée, la nouvelle époque géologique renforcerait la prise de conscience, estime-t-il, en soulignant ce que Crutzen écrivait en 2002 : l’anthropocène, c’est l’entrée dans une terra incognita.
Jacques Grinevald commente :
« Et face à cette situation inédite, l’enjeu philosophique, culturel, éthique et politique est énorme puisque apparemment, rien dans nos cultures, nos systèmes démocratiques et nos valeurs religieuses ne nous y a préparés. »