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Historiquement, sont les grandes puissances qui définissent les règles de jeu et les puissances moyennes sont plus ou moins contraintes de suivre. C’est ce que nous confirme une fois de plus la crise syrienne. Les pays du Golfe et la Turquie ont rapidement été appelés à se ressaisir par leur allié américain. Pour se faire comprendre, l’OTAN a clairement fait savoir à Ankara que l’Alliance ne se laissera pas entrainer dans une guerre ouverte avec la Russie. Le paysage de sécurité dans cette partie du monde est extrêmement volatile alors que chacun a déjà le doigt sur la gâchette. La stratégie poursuivie par les acteurs impliqués dans ce conflit (y compris européens, américain, et en particulier turc, saoudien, qatarien) considérant le terrorisme comme, pour paraphraser Carl von Clausewitz, « la continuation de la politique par d’autre moyens » a montré ses limites. De la même façon qu’il est vivement déconseillé d’exhorter un militaire à désobéir au civil/politique et cela quel que soit le contexte et l’urgence par crainte de créer un précédent, il est vigoureusement conseillé de bannir le terrorisme comme une stratégie. Car il est impossible de manipuler le terrorisme sans y subir les conséquences. Dans cet article, un accent sera mis sur la Turquie et la Russie.

La faillite du récit stratégique en Syrie :
La nature ne supporte le vide aussi longtemps. C’est mauvais pour les affaires. Le vide laissé par renversement du régime irakien fut une occasion pour les puissances régionales d’investir le terrain dans un contexte marqué par la diversité des enjeux et la multiplicité des acteurs. Comme chacun des acteurs impliqués y voit un jeu à somme nulle, le chaos était inévitable. Damas en a payé le prix. La Syrie est un mélange explosif fait de ; rivalités géopolitiques régionales ; luttes pour les ressources ; jeu des grandes puissances ; instrumentalisation de la religion et manipulation de l’identité ; difficultés économiques et sociales ; changements structurelles et aspirations démocratiques des populations de région.

Sont nombreux qui se sont trompés sur la Syrie. Dès le début de ce est appelé par euphémisme le « printemps arabe », les pays du Golfe, la Turquie et certaines capitales Occidentales prévoyaient (et parce qu’ils travaillaient à) l’effondrement du régime syrien dans quelques semaines voire mois. La suite est connue. Ce que subit la Syrie est une version plus subtile améliorée du « changement de régime » à l’irakienne. Dire cela, on vous fait sortir, comme à chaque fois, la « théorie de complot » pour discréditer toute lecture qui conteste le discours dominant véhiculant les bienfaits du « militarisme » humanitaire démocratique. Est-il nécessaire de citer l’ancien secrétaire à la défense Robert Gates. « La démilitarisation de l’Europe  », dit-il le 23 février 2010, constitue « une entrave à la réalisation de la sécurité réelle et d’une paix durable dans la 21e siècle ». Les dirigeants américains changent rapidement de logiciel lorsqu’un autre pays comme la Chine modernise ses forces. Dire cela n’est pas une indifférence à l’égard de la souffrance du peuple syrien. Mais c’est pour dire que la réalité est complexe et les solutions ne sont pas toujours aussi simples. Après tout sont ceux qui en parlent trop sur la souffrance des syriens qui soit en font peu pour la soulager soit l’aggravent davantage.

Certaines justifient ; le régime syrien est une dictature qui réprime sa population. Mais, enfin, la population au Bahreïn a connu le même sort. Mais personne n’en parle. D’autres exemples peuvent être cités. La réalité est que la révolte en Syrie (ainsi qu’en Libye) était dès le début militarisée et soutenue par des acteurs extérieurs avec un agenda géopolitique bien précis. Ces deux pays font partie de ceux que l’administration Bush fils a prévu de renverser militairement dans le cadre de son projet de reconfiguration géopolitique et géoéconomique du Grand Moyen-Orient. Comme le rappelle le général Wesley Clark, les pays dans la ligne de mire du Pentagone en 2003 étaient l’Irak, l’Iran, la Syrie, le Soudan, la Somalie, le Liban et la Libye. L’insurrection irakienne a modifié les plans initiaux. Aujourd’hui, on est face à des versions ajustées de la stratégie de « Changement de régime ». Bref, ici n’est pas le lieu d’aborder cette question. Ce que l’on contacte est simple : pour les grandes puissances le terrorisme « est la continuation de la politique par d’autre moyens ». Une organisation aussi abjecte que le « Front al-Nosra », par exemple, est considérée comme modérée.

Ce qui différencie la Syrie des autres endroits où le terrorisme est utilisé comme une stratégie, c’est qu’en Syrie les masques sont tombés. En Syrie, le récit stratégique de la guerre a perdu sa cohérence, devenant incapable d’assumer et de rationnaliser les contradictions qui lui sont inhérentes. Le récit d’un conflit est en effet un aspect important de légitimation et pour créer un consensus sur l’utilisation de la force. La tache est plus compliquée avec la connectivité mondiale et (qui intensifie) l’ « effet CNN ». Théoriquement, le contexte politique des guerres irrégulières contemporaines (pour être justifiées) nécessite que le but et la pratique des forces militaires soient régis par les valeurs libérales. La réalité est autre. Il s’agit d’un enfumage. Comme l’explique Lawrence Freedman, l’intégration des guerres avec la société civile rend l’application des valeurs libérales difficile et ce défi devient plus facile à y faire face lorsque les opérations militaires sont comprises pour contribuer à l’élaboration d’un récit fascinant sur l’évolution et les conséquences probables d’un conflit, dans lequel ces valeurs sont exposées pour être respectées. Ainsi, les récits  sont « stratégiques parce qu’ils ne surgissent pas spontanément, mais sont délibérément construits ou renforcés sur les idées et les pensées qui sont déjà en cours. Ils expriment un sentiment d’identité et d’appartenance et communiquent un sens de la cause, de but et de mission ». En outre, les « récits stratégiques ne sont pas analytiques et peuvent, lorsqu’ils ne sont pas fondés sur des preuves ou de l’expérience, compter sur les appels à l’émotion, ou sur des métaphores suspectes et des analogies historiques douteuses ».

Le stylo devient chaque jour plus puissant que l’épée. « Les mots sont importants et comment nous les utilisons dans notre dialogue est extrêmement important », prévient le général américain James Jones. En effet, l’importance de la langue est nette dans la guerre. Elle qui « est utilisée pour isoler et confondre les ennemis, rallier et motiver les amis, et obtenir le soutien des spectateurs hésitants ». Plutôt d’être simplement un outil de guerre, le discours peut façonner une guerre. « Le même langage dirige –ou dirige mal- l’effort militaire; la rhétorique du conflit politique devient la réalité de la théorie stratégique ». Le processus et le choix des mots sont d’une importance vitale. Par-dessus tout, le commandant doit établir le genre de guerre qu’il mène car « les noms donnés à un conflit peut influer sur le conflit lui-même ». Le processus de nomination et l’utilisation de la langue a « la conséquence involontaire de contraindre ou de mal orienter l’action ». Fréquemment, les types de mots et de caractères utilisés sont nécessaires pour maintenir le soutien politique à la maison ou à consolider la cohésion dans une coalition multilatérale.

Une erreur d’appréciation et de formulation pourrait empêcher non seulement l’État, mais aussi son armée, de faire les choix opérationnels les plus astucieux ou optimaux. De manière général, l’importance qu’accordent les systèmes politiques et militaires à la création, la diffusion et le contrôle du langage dans la guerre est un élément clé du conflit. Une fois introduits dans le discours politico-militaire, les mots peuvent façonner un champ de bataille. En Syrie, les contradictions sont telles qu’elles ne peuvent pas être rationnalisées. Comment convaincre les gens que le Front Al-Nosra fait un bon boulot ? L’Arabie saoudite lutte contre le terrorisme ? C’est une blague ! Qui pourrait croire que les pays du Golfe, parmi les régimes archaïques et sclérosés au monde, défendent la démocratie en Syrie ou ailleurs ? Même les Etats-Unis avec leur capital moral son incapables de jeter discrédit sur l’actions de la Russie. L’écart entre la réalité (les objectifs cachés) et le discours (objectifs déclarés de la coalition Etats-Unis, Turquie, Golfe persique et quelques capitales européennes) est tellement grand qu’aucun ajustement n’est possible sans remettre en cause la stratégie a cours.

Les discours élaborés pour des raisons politiques ou militaires peuvent avoir des effets très différents de ceux que visait le discours qui a été introduit. Le discours joue un rôle essentiel dans les conflits, direct ainsi qu’indirect. Le discours peut prendre une vie propre, forçant les dirigeants politiques et militaires et leurs institutions associées à être victime d’un piège de discours. « En temps de guerre », explique Michael Vlahos, « le récit est beaucoup plus qu’une simple histoire. Le ‘récit’ peut sembler un mot littéraire extraordinaire, mais il est en fait le fondement de toute stratégie, sur laquelle tout le reste -la politique, la rhétorique et l’action- est construit. Les récits de guerre doivent être identifiés et examinés de façon critique sur leurs propres termes, pour qu’ils puissent éclairer la nature intime de la guerre elle-même ». Plus clairement, le « récit de la guerre fait trois choses essentielles. Premièrement, il est le cadre de l’organisation de la politique. La politique ne peut pas exister sans une base de verrouillage des ‘vérités’ que les gens acceptent facilement, car elles semblent être évidentes et indéniables. Deuxièmement, cette ‘histoire’ fonctionne comme un cadre, précisément parce qu’elle représente justement une telle vision existentielle. Les ‘vérités’ qu’elle affirmait sont culturellement impossible à démonter ou même à critiquer. Troisièmement, après avoir présenté une logique de guerre qui est incontestable, le récit sert alors pratiquement comme le manuel rhétorique oint pour la façon dont guerre doit être débattue et décrite ».

La Turquie : La quête d’une « profondeur stratégique »

Depuis 1945, au moins, l’ancrage de la Turquie en Occident s’est progressivement affirmé et assumé. Durant les décennies suivantes, les impératifs de la guerre froide ont largement déterminé la politique étrangère et la stratégie de défense du pays. La Turquie ne conçoit en aucun cas sa stratégie de défense en dehors de l’OTAN. L’évolution de l’environnement international suite à l’effondrement de l’Union soviétique, les changements subséquents en l’Europe centrale et orientale, la poursuite de l’intégration et de l’élargissement de l’Union européenne, entre autres, ont profondément affecté la politique Turque. Ainsi dès le début des années 1990, Ankara est venue à réévaluer son environnement de sécurité régional. Toujours attachée à l’Alliance atlantique, la stratégie de défense de la Turquie prend la forme de « deux guerres et demie » ; les principales menaces étant la Grèce, la Syrie et une insurrection à l’intérieur du territoire national, en l’occurrence kurde.

Cette doctrine est en partie confortée par l’accord gréco-syrien de sécurité en 1995, la présence d’Abdullah Öcalan (le leader du Parti des travailleurs du Kurdistan actuellement en prison) en Syrie et les relations de l’organisation séparatiste avec Athènes. Cela exige le maintien d’un important appareil de défense dissuasif. Faisant également partie de cette stratégie, l’établissement d’une alliance avec Israël face à la Syrie, celle-ci étant déclinante depuis l’arrivée au pouvoir en 2002 du Paris de la Justice et du développement.

Malgré les tensions, les relations avec la Syrie n’ont jamais été rompues. Il y a même eu un rapprochement après l’intervention américaine en Irak et renversement de Saddam. La coopération entre les deux capitales est dictée par des intérêts commun y compris l’endiguement du chaos irakien et la prévention de l’émergence d’un Etat kurde indépendant. En outre, le désir de la Turquie d’adhérer à l’Union européenne l’a conduit à améliorer ses relations avec la Grèce depuis 1999 et a commencé à réduire sa présence militaire sur Chypre.

Géographiquement, la Turquie est un vrai pivot géopolitique qui a l’ambition de devenir un carrefour stratégique des stratégies énergétiques et une puissance régionale de premier plan. Sa posture gaulliste a suscité parfois des tensions et des crises même avec les Alliés les plus importants y compris les Etats-Unis. L’adoption la « doctrine de zéro problème avec les voisins » était censée fournir à la Turquie une « profondeur stratégique » lui permettant de tirer un avantage certain de sa situation. Cette politique élaborée par Ahmet Davutoğlu dans son ouvrage Profondeur stratégique édité en 2001, où il établit le cadre théorique qui doit permettre à la Turquie d’accéder au rang de puissance globale en consolidant son rôle de pôle régional, notamment en établissant des relations étroites avec les pays l’avoisinant.

Son idée est simple ; dans son environnement régional, des Balkans au Proche-Orient, la Turquie a à la fois le devoir et un « droit naturel » d’intervenir comme un leader. « La mer Méditerranée est notre mer : elle l’a toujours été, elle le sera toujours », disait un proche conseiller du ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu. Et voilà ce qui explique l’hétérie du ministre de la défense turc, Ismet Yilmaz, qui ose, lors d’une conférence de presse tenue aux Emirats arabes unis, critiquer l’Algérie pour « soutenir le terrorisme au Moyen-Orient ». Cette zone ne devrait pas être la scène de l’intervention des pays africains tels que l’Algérie et le Maroc. « Vous savez que la position de la Turquie a toujours été de lutter contre le terrorisme. On aurait du mal à me convaincre de la nécessité de la présence algérienne au Moyen-Orient, cette intervention pourrait provoquer notre réaction militaire contre les intrus », dit-il. Si cette information est avérée, on peut dire que la Turquie est gravement désorientée. vivant une vraie expérience de « privation sensorielle » causée par les échecs répétitifs. Encore une fois de plus, Ankara se retrouve hors-jeu. Ce devient une habitude. En effet, l’identité algérienne s’est forgée à son corps défendant. Sans ignorer les faiblesses de l’Algérie, le pays reste un fournisseur de sécurité et un exportateur de stabilité.

Pour rappel, l’expression de « profondeur stratégique » a été utilisée par Dick Cheney au début des années 1990 dans la nouvelle stratégie défense pour remplacer l’expression « bloquer tout rival » utilisée dans la controversée Defense Planning Guidance, publiée en février 1992. En termes militaires, elle a une connotation avec un territoire supplémentaire qui fournit une marge de sécurité supplémentaire dans la lutte contre des adversaires. Par exemple, une Afghanistan contrôlée par les Talibans –est dit- donne au Pakistan une « profondeur stratégique »  face à l’Inde. Lorsque les responsables du Pentagone ont commencé à utiliser le terme en 1990, il avait cette même connotation géographique. Mais dans la révision de Lewis ‘Scooter’ Libby, la phrase prend un sens plus large et plus abstrait; « profondeur stratégique » se réfère à la position avantageuse de l’Amérique dans le monde, son vaste réseau de bases, armements et niveaux de la technologie militaire. Pour Davutoglu, décrit comme le « Kissinger de la Turquie », l’idée de « prendre parti » est une relique de la guerre froide. « Nous ne tournons pas notre visage à l’Est ou à l’Ouest », dit-il. Plus que tout, le Turquie rêve d’intégrer l’UE et s’imposer comme le leader naturel au Moyen-Orient. La lenteur des négociations d’adhésion à l’UE a conduit Ankara à se tourner vers le monde musulman. Mais son leadership est contesté dans l’« Orient complique ». Ni l’Iran, ni l’Egypte ni l’Arabie saoudite n’est disposé à lui reconnaitre ce statut.

De « zéro problème avec les voisins  » à «  zéro voisin sans problèmes  »

Ce n’était qu’une question de temps avant que la doctrine de « zéro problème » ne tombe désuète. Pour avoir zéro problème, il faut se focaliser à mettre l’ordre chez soi. Mais l’esprit du « néo-ottomanisme » est si fort que la Turquie ne peut pays y résister. De « zéro problèmes », elle passe à « zéro amis », «  zéro voisin sans problèmes  ». Il ne s’agit pas uniquement de la Syrie. En Egypte, Ankara s’est aussi mise du mauvais côté. Le premier ministre Erdoğan a publiquement dit qu’« il n’y a aucune différence » entre Bachar el-Assad et Abdel Fattah al-Sissi. Le renversement des Frères musulmans en Egypte a été échec pour la diplomatie Turque. Les relations avec Israël sont gravement dégradées. Avec l’UE, la relation n’est pas meilleure. A plusieurs reprises les responsables turcs ont accusé les Etats occidentaux d’avoir orchestré et financés les manifestations et diverses « forces obscures » (ce qu’Erdoğan appelle le «lobby» international « du taux d’intérêt ») dans le pays.

Les interventions turques en Irak sont une source de tension. L’Iran est clairement opposé à la vision d’Ankara. Leurs stratégies régionales se neutralisent. Il est peu probable que les Iraniens abandonnent leur allié syrien. La Syrie fait partie des intérêts vitaux des Téhéran. L’abattement d’un avion militaire russe a encore compliqué la situation de la Turquie. L’ampleur de l’engagement militaire russe en Syrie montre la détermination de Moscou qu’une décision ne peut être prise sans son accord. Le dernier coup de disgrâce est venu leur allié ; les Etats-Unis font des Kurdes une pièce maitresse de leur stratégie contre Daech.

La Turquie s’est retrouvée hors-jeu. Cela signifie que l’ennemi principal pour Turquie, en l’occurrence, n’est pas considéré comme un groupe terroriste par les Américain, mais un allié. Une série d’erreur d’appréciation de la situation. Il est encore temps de temps de se ressaisir. Au bout du compte la position régionale d’Ankara est plus que jamais difficile. Face à l’offensive de la Russie et l’Iran, les moyens de la Turquie de peser sur le règlement du conflit syrien sont désormais réduits. Seul le renforcement de ses liens avec l’Occident est susceptible de lui sauver la face. Mais la solidarité atlantique a ses limites. L’Alliance atlantique a clairement fait savoir que l’OTAN ne se laissera en aucun cas entrainé dans une guerre avec la Russie pour un différend avec la Turquie. D’après les médias allemands, « des diplomates européens ont averti le gouvernement turc qu’il ne pourrait pas compter sur le soutien de l’OTAN si le conflit avec la Russie devait dégénérer en conflit armé ». La Turquie a intérêt à prendre en compte sérieusement les préoccupations sécuritaires de la Russie qui sont réelles. Dans un environnement régional extrêmement volatile, une simple erreur de calcul et l’ « impensable » pourrait se produire. L’ampleur de l’engagement russe en Syrie ne laisse guère de doute quant à la détermination de Moscou d’aller au bout de sa compagne militaire et sa volonté de peser sur l’issue du conflit syrien.

La Russie : entre sentiment de vulnirabilité stratégique et ambitions de puissance 

Les intérêts stratégiques de la Russie sont plutôt plus modestes. Elle n’a ni aucune intention d’entrer dans une confrontation avec l’Occident. Ce qui est considéré comme un comportement russe irrationnel ou la volonté de reconstituer l’empire perdu fait partie de cette longue histoire d’idées fausses et d’échecs à comprendre les forces motrices du comportement extérieur de Moscou, qui peut être expliqué par le caractère durable de sa culture stratégique ; le sentiment de vulnérabilité stratégique. Comme une formule académique, l’idée de la culture stratégique souffre d’un certain nombre de faiblesses. Le concept de culture est amorphe, et il est difficile de prouver l’importance des facteurs culturels dans l’élaboration de résultats stratégiques -la culture de manière générale se manifeste autour de trois niveaux différents allant des « Artifacts » aux « valeurs défendues » et aux « Hypothèses de base ». Cependant, le concept a une valeur considérable comme un ombrage ajouté à une image plus large.

Les différents Etats ont des cultures stratégiques différentes, qui sont enracinées dans les expériences de formation de l’Etat, et sont influencés dans une certaine mesure par les caractéristiques philosophiques, politiques, culturelles et cognitives de l’Etat et ses élites. L’effet global de la culture de la sécurité nationale est de prédisposer les sociétés en général et les élites politiques en particulier à l’égard de certaines actions et politiques au détriment d’autres. De cette façon, elle limite les choix de comportement qui fait que l’on pourrait tirer des prédictions précises sur le choix stratégiques. Certaines options ne seront tout simplement pas imaginées, certaines sont plus susceptibles d’être rejetées comme inappropriés ou inefficaces que d’autres. La culture stratégique peut être comprise comme une prédisposition culturelle profondément ancrée pour une pensée ou un comportement particulier, dérivé de l’histoire et la géographie d’un pays, les mythes et les symboles nationaux, les traditions et les institutions politiques d’un pays. Pour Colin Gray, la culture stratégique, « découle de la géographie et des ressources, de la société et de la structure politique » et, plus important, « se référant à des modes de pensée et d’action à l’égard de la force ».

La culture stratégique n’est pas un simple produit de la culture militaire, et ce n’est pas le seul domaine où son influence se fait sentir. Elle influe également sur les systèmes politiques, et les traditions et pratiques de politique étrangère d’un pays ; la raison pour laquelle le concept a été élargi pour se concentrer sur les grandes stratégies des Etats et comprend (en plus de moyens militaires pour atteindre les objectifs d’un Etat) des variables telles que l’économie et la diplomatie. Ainsi, non seulement la façon dont le pouvoir politique est acquis et utilisé, mais aussi la façon dont un pays particulier voit et traite le monde extérieur sont des facteurs déterminants dans la formation de la culture stratégique de l’Etat. Les objectifs de la politique étrangère qui sont poursuivis par un état, et qui reflètent son identité et les intérêts, sont définis par sa culture stratégique. Le Commandement du Sud des États-Unis définit la culture stratégique comme « la combinaison des influences et expériences internes et externes -géographique, historique, culturelle, économique, politique et militaire- qui façonnent et influencent la façon dont un pays comprend sa relation avec le reste du monde, et comment un Etat se comportera au sein de la Communauté internationale ».

Comment le pays conçoit son propre rôle dans le système international et sa perception de la sécurité font également partie de sa culture stratégique. Privée d’une profondeur stratégique, la géopolitique de la Russie est marquée par l’indéfendabilité. C’est-à-dire elle est géopolitiquement instable et qu’elle n’est pas sure, ni dans le temps de l’empire ni à l’époque (post)soviétique. Quand l’URSS était une puissance dominante dans le système bipolaire, la culture stratégique russe a été basée sur la perception de l’infériorité stratégique et la question clé est : comment maintenir la sécurité. Ce sentiment de vulnérabilité habite les dirigeants russes. L’élargissement de l’Otan aux frontières russes, le système de défense anti-missiles de l’Otan, etc. ne font qu’accroitre ce sentiment. Ce cycle n’a rien à voir avec l’idéologie ou le caractère russe. Il a tout à voir avec la géographie, qui à son tour génère l’idéologie et façonne le caractère. La culture stratégique du pays est fondée sur « une perception quasi obsessionnelle d’une menace générale à la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Russie ». Les dirigeants russes appréhendent le monde d’abord à travers un prisme réaliste, dans lequel la recherche d’un équilibre du pouvoir est une caractéristique permanente. Pour eux, la Russie doit favoriser l’émergence d’un monde multipolaire -ses intérêts y dépendent.

Les principaux éléments de sa culture stratégique russe -combativité, compétitivité, affirmation de soi politique, fermeté face à ce qui est perçu comme la plus grande menace à sa sécurité et ses ambitions- sont présents les aspirations renaissantes du pays pour retrouvé un statut de grande puissance. Cela a clairement était affirmé dans le « Concept de politique extérieure » approuvé en Juillet 2008 par le président Medvedev, qui visait « à assurer la sécurité nationale, à préserver et renforcer sa souveraineté et l’intégrité territoriale, à atteindre de fortes positions d’autorité dans le monde… ». L’engagement de la Russie dans le théâtre syrien constitue changement majeur. Il traduit une stratégie multidimensionnelle.

Les objectifs sont multiples. En premier lieu, c’est une démonstration de puissance en direction de l’OTAN. Ensuite, placer la Russie en acteur incontournable dans la recomposition du Proche et Moyen-Orient tout en préservant ses intérêts stratégiques. « L’enjeu, pour les Russes, est celui de l’accès aux mers chaudes et à leurs ports. Enfin, il s’agit également pour la Russie de répondre à la menace de l’islamisme radical : les combattants étrangers de Daech comptent en effet, dans leurs rangs, 4 000 russophones dont 2 000 Russes », a indiqué le général Didier Castres, sous-chef d’état-major Opérations de l’armée française. La Russie va donc continuer à réagir fermement à tout ce qui est perçu comme une menace à son influence, sécurité et intégrité territoriale en premier lieu Daech est ses groupes affiliés. La connexion des groupes actifs en Syrie aux organisations de l’Asie centrale est sérieusement prise en compte par les Russes. C’est tout simplement est intolérable. A plusieurs reprises, Poutine a clairement fait savoir qu’il n’hésitera en aucun cas à recourir la force militaire pour protéger ce qu’il considère comme les intérêts vitaux de la Russie (Géorgie, Ukraine, Syrie, etc.).

Source : Quotidien d’Oran/Algeria.

Tewfik HAMEL

Consultant, chercheur en Histoire militaire et Chef de la Rédaction d’African Journal of Political Science


Aujourd’hui s’ouvre la session parlementaire du printemps dans un contexte national, régional et international trouble et troublé.

Au plan interne, l’activité politique a été dominée par l’adoption d’une loi de finances 2016 et une révision de la constitution.

Une loi de finances anti-nationale et anti-sociale; une révision constitutionnelle,  qui, en raison des conditions de son élaboration et  de son adoption, constitue un véritable coup de force institutionnel et constitutionnel.

L’immense majorité des Algériennes et des Algériens commence à subir les conséquences dramatiques de cette loi de finances scélérate et reçoivent des électrochocs répétés suite à une flambée des prix qui n’est pas prête de s’éteindre.

Pourtant, il y a quelques mois, les mêmes autorités assuraient que le pays ne connaissait pas de crise  et qu’il ne serait pas touché par l’austérité.

Aujourd’hui, on prêche le discours de vérité, quel discours tenait-on hier et avant-hier ; le discours de la ruse, du mensonge, du déni de la réalité et de la violence.

Encore aujourd’hui, l’imposture n’est pas finie ; on veut faire croire à l’extérieur que le pays est sur la voie d’une démocratisation graduelle alors que les options retenues visent simplement à renforcer le régime par le droit et non à limiter le pouvoir. Ces options instituent la régression des libertés par la judiciarisation du politique.

Comment peut-on parler de séparation des pouvoirs alors que jusqu’à l’heure actuelle, l’initiative des lois demeure le domaine réservé de l’Exécutif.

Chaque matin, tout Algérien qui sort de chez-lui sait qu’il n’est pas dans un pays plus uni, plus juste, plus libre et plus stable.

Dans ce contexte, l’activité parlementaire va être lourdement impactée par la programmation des lois organiques, à la suite de la dernière révision de la constitution.

Comment ne pas voir que nous sommes en présence d’un véritable carrousel; il y a eu inversion des priorités et cela révèle la logique personnelle, si ce n’est partisane ou clanique, qui a conduit à programmer cette révision en dernier. Ce qui est sûr, c’est qu’on va encore réviser des lois et des réformes qui viennent d’être adoptées.

Cette révision ne permettra pas le changement.

Un aspect méconnu de cette révision, même si elle a donné lieu à quelques lectures d’experts, est son contenu économique.

Nous partageons le point de vue de tous  ceux qui estiment que cette constitution consacre la rupture avec l’Etat-social, la régression syndicale, la dérèglementation de la sphère économique et « l’open sky » en matière du droit du travail.

Ce nouveau modèle économique, n’aurait-il pas nécessité un grand débat  citoyen, un grand débat démocratique ? Ce débat n’a pas eu lieu parceque le pouvoir et certaines forces politiques n’ont pas pu, n’ont pas su ou n’ont pas voulu lever le préalable politique. Pour rassembler les énergies, pour renforcer la cohésion sociale, il eut fallu opter pour un dialogue politique véritable pour reconstruire le consensus national.

A ce propos, le FFS souligne que les différentes initiatives politiques présentes sur la scène médiatico-politique ne se confondent  pas.

Le pouvoir persiste dans une démarche unilatérale et autoritaire parce qu’il pense disposer  des ressources politiques, diplomatiques, financières, économiques, culturelles et sociales pour continuer dans cette voie et qu’il escompte un retournement de la conjoncture pétrolière en sa faveur.

Les origines de la crise algérienne remontent au lendemain de l’indépendance du pays. La crise était présente avant la chute des revenus des hydrocarbures ; même cette dernière l’a aggravé et révélé les vulnérabilités du pays. Chaque jour qui passe démontre qu’aucun acteur politique ou social ne peut à lui seul trouver une issue politique et mettre le pays sur la voie d’un développement durable.

Dans la conjoncture actuelle, le FFS se veut dans la continuité du message de Novembre et du congrès de la Soummam. Il reste fidèle à ses engagements primordiaux de construire démocratiquement la nation algérienne et l’Etat démocratique et social. C’est pourquoi le FFS décide de commémorer le 60ème anniversaire de la création de l’UGTA, bras syndical de la révolution algérienne, par ce recueillement sur la tombe de Aissat Idir.

Dans le domaine de l’action parlementaire, le FFS continuera de populariser et de potentialiser les revendications légitimes de la population.

Le FFS poursuivra dans le travail de proximité auprès de la population et continuera de rechercher et de proposer des mécanismes et des cadres de dialogue et de concertation pour reconstruire le consensus national. Ce consensus ne saurait être la réédition de projets frontistes dépassés ou d’alternances claniques qui ne répondent pas à l’espérance démocratique du peuple algérien.

Sur le plan régional,  le FFS constate avec inquiétude la difficulté des Etats de la région  à peser sur les enjeux régionaux voire à contrecarrer les manœuvres et les options retenues par les puissances étrangères.

Pour le FFS les politiques  de guerre,  loin de lutter efficacement contre le terrorisme, aboutissent souvent à la destruction des Etats et à des situations humanitaires catastrophiques.

Dans cet esprit le FFS soutient une  solution politique en Libye et se prononce contre toute intervention militaire  étrangère dans la région.

Le FFS continue  de croire que la construction démocratique du Maghreb est à même d’apporter à la région et à nos concitoyens la paix, la stabilité et le développement.

Le 1er Secrétaire, Mohamed Nebbou, 

Alger, le 02 mars   2016

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INTERVIEW William Lawrence, expert en géostratégie et directeur associé spécialiste de l’Afrique du Nord au sein du cabinet de conseil en risques politiques, opérationnels et sécuritaires, Control Risks, répond aux questions d’Algérie-Eco sur les risques auxquels la région Moyen-Orient-Afrique du Nord (MENA) et l’Algérie doivent faire face en pleine crise du pétrole et les solutions qui s’offrent aux différents acteurs.

AE : Pensez-vous que l’accord signé à Doha mi-février entre le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Russie et le Venezuela portant sur le gel des productions pétrolières peut endiguer la chute du prix du baril qui a depuis l’été 2014 perdu 70% de sa valeur ?

WL : C’est une démarche mais ce n’est pas suffisant, parce que l’Iran et l’Irak surtout n’ont pas signé. Pour moi, il faut voir cet accord comme une première tentative. C’est une bonne tentative mais qui ne résout pas le problème. Il faudrait beaucoup plus de coordination entre les pays pour arrêter la chute des prix ou bien pour stabiliser les prix et les faire remonter peu à peu.

Cela dit, je trouve cela extraordinaire quand je vois que les Saoudiens et les Russes qui ne sont pas de très bon amis, travaillent de cette manière. C’est un changement géopolitique. Et il y a des changements extraordinaires en ce moment concernant le Moyen-Orient et je crois que ces changements ne sont pas encore terminés. On va encore trouver de nouvelles alliances entre les pays.

L’Iran devrait, incessamment sous peu après trois ans d’embargo, se remettre à exporter. En matière d’hydrocarbures, il y a des rumeurs selon lesquelles la compagnie Total serait d’ailleurs déjà sur le coup. Est-ce que vous pensez que ce retour peut annihiler les tentatives pour revenir à un prix du baril élevé ?

On ne sait pas encore. Une chose est claire : c’est avec le temps que ce problème va se régler. Le prix du pétrole est très difficile à prédire. Il y a des risques dont nous connaissons la nature mais il y a aussi des risques de choc c’est à dire des risques que personne n’a prévu (climatiques, environnementaux, …). Il y a une chose qui est sûre, quand le prix baisse, normalement il se réduit de beaucoup plus que ce que les gens pensaient. Et quand le prix augmente, il a tendance à augmenter beaucoup plus que ce à quoi les gens s’attendaient.

Donc, il est très difficile de dire à quel point le prix va baisser. Il y a quelques années le prix du pétrole a atteint les 8 dollars le baril. Ca peut baisser encore.

Je ne suis pas sûr que l’on ait vu le plus bas prix. Les prix peuvent encore descendre. La plupart des experts disent que fin 2016 début 2017, on va avoir un prix qui va ré-augmenter. Ils pensent que le prix va atteindre les 60 dollars le baril, vers 2018. Mais en vrai on en sait rien, on ne peut pas prédire.

Pour votre cabinet de conseil, vous avez établit qu’un des quatre grands risques pour la région MENA pour l’année 2016 est la chute des prix du pétrole. Dans quelle mesure, en Algérie et pour l’ensemble de la région, cela devrait inciter les gouvernements, les administrations, les entités économiques à des changements à cause de la limitation de leurs budgets ?

Cela devrait les inciter à des changements ou bien à la considération de ces changements. Cela ne veut pas dire qu’ils vont agir, mais qu’ils doivent se poser la question « est-ce que c’est le bon moment ? est-ce que l’on doit faire certains changements ? ».

On ne peut pas savoir à l’avance ce que des gouvernements vont faire ou ce que la société va demander et tolérer en tant que changements.

Mais les pressions sur les gouvernements sont claires et les pays producteurs de pétrole et de gaz ont beaucoup de pressions. Mais le degré de pression dépend des pays. En Irak, on a neuf mois de réserves de devises. En Lybie, c’est entre 17 et 19 mois. En Arabie Saoudite c’est trois ou quatre ans. Pour l’Algérie, je sais pas, je dirais de trois à cinq ans mais je ne sais pas exactement. Même si les réserves sont pleines, il peut y avoir des problèmes de liquidités.

Et ces problèmes de liquidités peuvent entraîner des augmentations d’impôts, des taxes, …

Et des emprunts. Des emprunts qui ne sont pas mauvais mais qu’il faut bien investir. Si c’est pour consommer ou pour les investir ce n’est pas la même chose.

Il y a beaucoup de pression pour les pays producteurs, est-ce qu’ils vont faire ces changements ? On n’est pas sûrs. La chute des prix du pétrole est une occasion à saisir pour lancer de nouvelles réformes dans les pays producteurs de pétrole. Mais y a des problèmes administratifs dans les gouvernements producteurs de pétrole. Il y a des manques administratifs et des manques de capacité d’application. Par exemple, on peut décider d’appliquer une taxe et même passer une loi, mais il y a des problèmes de d’application et de surveillance de cette application.

Le grand enjeu, la grande question est de savoir : est-ce que les gouvernements des pays producteurs de pétrole vont saisir l’occasion de la chute des prix pour réformer ou non ? Et là, c’est pas clair si ça va se faire, dans l’ensemble des pays ou pas et à quelle vitesse. Aussi, si le prix du pétrole remonte rapidement, ça retirerai la pression pour les réformes. Si les prix restent en bas il y a plus de pression qui se prolongera pour faire les réformes nécessaires.

Dans l’idéal, pour profiter de la situation, quelles seraient les pratiques, les politiques qu’il faudrait mettre en place pour faire face à cette chute des prix, pour diversifier l’économie, pour se réorienter et s’ouvrir ?

Une bonne réponse prendrait trop longtemps parce qu’il s’agit de tout un programme économique pour un gouvernement. Dans la plupart des pays, il faudrait s’ouvrir à de nouveaux secteurs. Il y a des reflexes de protectionnisme dans les lois mais aussi dans les pays. Il y a des reflexes de souveraineté étatique. Ce sera difficile à faire. Il faut des changements de mentalité. Dans la plupart des pays arabes, les jeunes comprennent ça mais il faudra que les nouvelles élites et les jeunes technocrates montent dans les positions de pouvoir, dans les hiérarchies pour pouvoir appliquer ce genre de vision.

Est-ce que cette économie de l’ouverture est réellement un idéal qu’il faut atteindre ? Est-ce si néfaste de rester dans une économie à forte ingérence gouvernementale, nationalisée ou basée sur les richesses naturelles (que sont les hydrocarbures en l’Algérie) ?

Ca dépend ce que l’on fait. Si l’on compare les Emirats Arabes Unis et Oman. Le premier pays a fait les bons choix pour investir, pour que la population et que le pays profite de la richesse.

Le second a beaucoup de potentiel mais ils ne l’ont pas développé. Il faut dire aussi que les choix politiques ne sont pas automatiques et les leaders font face à certaines problématiques, certaines dynamiques qui sont plus ou moins identiques dans tous les pays. Est- ce qu’ils veulent faire des choix de court terme, pour leur succès politique de court terme ou est-ce qu’ils sont prêts à risquer tout, parfois même leur carrière politique pour engager des réformes structurelles et viser des objectifs à moyen ou long terme ?

C’est difficile pour les pays, notamment les pays producteurs de pétrole de privilégier le long ou moyen terme au court terme. Pour cela, il faut des leaders qui puissent porter cette idée et que la population voit les choses à long terme et pas à l’instant T.

Propos recueillis par Sarah Mechkour

1 mars 2016 17:25 in http:/algerie-eco.com/


afrique fuite des cerveaux ok_1_0

L’Organisation internationale du travail (OIT) et le Centre algérien de recherche en économie appliquée pour le développement viennent de publier le premier rapport qui s’intéresse à la fuite des cerveaux dans les pays du Maghreb. Intitulé «Fuite des cerveaux ou mobilité des compétences ? Une vision du Maghreb», ce rapport, que RFI a pu consulter, montre que de la Mauritanie à la Libye, le départ des élites diplômées est supérieur à la moyenne mondiale.

La fuite des cerveaux est un des problèmes cruciaux de ces trois dernières décennies au Maghreb. Leur principale destination ? L’Europe. Et surtout, la France. En 2012, plus de 850 000 Maghrébins diplômés de l’université vivaient dans les pays de l’OCDE. A cela, il faut ajouter 100 000 étudiants du Maghreb venus obtenir un diplôme étranger. 9 sur 10 sont Algériens ou Marocains.

D’abord, ce sont des médecins, des ingénieurs et des titulaires d’un master qui quittent ces pays. En Algérie par exemple, 1 partant sur 4 est diplômé de médecine. Autre point commun, les motifs de départ. Dans toute la région, le chômage des universitaires est aussi très élevé. Plus de 30% en Tunisie au moment de l’étude. Ces pays tentent-ils d’atténuer l’effet de la fuite des cerveaux ?

De son côté, après avoir tenté de bloquer les départs, le Maroc a choisi de donner plus de possibilités aux ressortissants installés à l’étranger pour collaborer à l’économie depuis l’Europe et de faciliter leur retour au pays.

Pour ce qui est de la Mauritanie, le rapport pointe le manque de prise en compte des diplômés par les stratégies économiques et les politiques publiques développées depuis des années, mais aussi les salaires des fonctionnaires qui sont parmi les moins élevés de la sous-région.

En Mauritanie, le corps médical particulièrement touché

« Je suis dans une équipe médicale où j’ai un rôle mais je pense que je serai facilement remplaçable et que je serai beaucoup plus utile en Mauritanie. » Boubou Camara est aujourd’hui pneumologue à Grenoble en France. Originaire du sud de la Mauritanie, il a étudié au Maroc et a ensuite tenté de rentrer dans son pays.

Pendant deux ans, aucun recrutement de médecin n’a eu lieu dans le service public. Il décide donc d’aller se spécialiser en France. Ce choix a déterminé la suite de sa carrière mais c’est un choix par défaut, explique-t-il. « Moi, j’aurais souhaité mettre toutes ces compétences au service de ma nation, le problème c’est que rien n’est organisé pour ça. C’est vraiment, je pense, un problème d’organisation et de volonté politique. »

Pour Boubou Camara, ce n’est pas le salaire qui freine les expatriés à rentrer mais le manque d’intérêt manifesté par les autorités qui ne valorisent pas assez les compétences.

« Parcours du combattant »

Outouma Soumaré, premier neurochirurgien de Mauritanie, confirme qu’il faut avoir de l’énergie et un vrai projet, quand on a étudié en France et qu’on veut rentrer dans son pays. C’est le choix qu’il a fait, depuis 15 ans. Même si l’organisation du système de santé a parfois raison de son énergie.

« Je consulte dans un hôpital, je prescris des examens, notamment l’IRM, qui ne sont pas pratiqués dans l’hôpital où j’exerce et ensuite j’opère dans un troisième hôpital. C’est un parcours du combattant pour le patient mais aussi pour le praticien que je suis », confie-t-il.

Outouma Soumaré a dû multiplier les heures dans le privé pour compléter son salaire de 500 euros à l’hôpital public. Il ne cache pas qu’il a parfois des doutes sur son travail. Mais quand il craque dans sa tête explique-t-il, il lui suffit de penser aux progrès réalisés dans la prise en charge des malades ces 15 dernières années dans son pays.

Par RFI Publié le 09-11-2015 Modifié le 09-11-2015 à 05:00


brain tunisie

Des données rendues publiques indiquent que plus de 4200 Tunisiens hautement qualifiés résident à l’étranger et exercent dans divers domaines de compétences. D’après la troisième session du forum des compétences tunisiennes résidant à l’étranger, conjointement organisée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et l’Agence tunisienne de la Coopération technique (ATCT), 31% des Tunisiens hautement qualifiés résident en France, 13% au Canada, 11% aux USA, et 10% en Allemagne. Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Technologie a, à l’occasion, annoncé la mise en place d’un programme pour le renforcement des liens de coopération scientifique et technique entre les structures et les équipes de recherche tunisiennes et les chercheurs tunisiens résidant à l’étranger

Le programme vise à favoriser l’accueil des chercheurs tunisiens installés à l’étranger dans les structures de recherche du pays afin d’entreprendre des actions conjointes de recherche et de développement technologique. Il a aussi pour objectif de favoriser la création d’une dynamique de coopération et de partenariat scientifique et technique entre les structures de recherche tunisiennes et celles au sein desquelles exercent les chercheurs tunisiens résidant à l’étranger. APA a appris, auprès des responsables de l’ATCT, que le programme de coopération avec les chercheurs tunisiens concerne «prioritairement » les domaines de recherche et de développement technologique suivants : Technologies de l’information et de la communication, la biotechnologie, l’énergie, l’eau, lenvironnement, l’agriculture, les sciences et technologies de la mer, la santé, et les sciences sociales et humaines. Il a également été annoncé que l’accueil des chercheurs tunisiens résidents à l’étranger dans les structures de recherche et de développement technologique (centres de recherche, laboratoires et unités de recherche, établissements publics de santé, centres techniques, technopoles) est prévu sous forme de séjour scientifique et technique de un à dix mois. Le Pr Abderrahmane Robanna, membre du Comité de lecture de l’International Journal of Management and Technologies, et le savant Mohamed El­awsat Ayari, directeur conseiller au département de l’exploration aérospatiale à la NASA, dans l’Etat du Colorado, figurent en bonne place parmi les valeurs sûres de la diaspora tunisienne. Cinq autres savants tunisiens font partie des chercheurs les plus en vue dans les laboratoires de physique nucléaire aux Etats­Unis.

Lundi 18 Août 2008 APA­ Tunis.


maroc drain brain


397.000 diplômés du supérieur se sont installés à l’étranger

Les Marocains constituent la première communauté maghrébine installée à l’étranger. Ils représentent 46% suivis par les Algériens (23%), les Tunisiens (20%), les Libyens (7%) et les Mauritaniens (4%). L’ensemble de ces ressortissants représente environ 5% de la population maghrébine. Un taux nettement supérieur au taux moyen mondial estimé à 3,2%. C’est ce qui ressort d’une étude  du  Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD) présentée mardi dernier à Alger.
Réalisée  entre décembre 2014 et février 2015 sur  la fuite des cerveaux et le développement dans l’espace de l’Union du Maghreb arabe (UMA), cette étude a observé une nette progression du nombre de migrants diplômés du supérieur. Ils sont estimés actuellement à 853.000 personnes contre 585.000 en 2000, soit un taux de croissance de 31%. En 2000, le taux d’émigration des Marocains ayant fait des études supérieures a été de 17%, de 13% pour les Tunisiens et de 9% pour les Algériens.   Les ressortissants marocains arrivent en tête du peloton des migrants diplômés du supérieur au niveau du Maghreb avec 397.000 soit un taux de 46 % devant l’Algérie (37%) et la Tunisie (12%).  La Libye et la Mauritanie viennent en 4ème et 5ème positions, avec respectivement 3% et 1%.
Le Maroc est également bien situé au niveau des migrations estudiantines provenant des pays de l’UMA qui ont connu une progression constante ces dernières années, précise l’étude. Il compte plus de la moitié des effectifs des étudiants maghrébins à l’étranger. Une place fortement concurrencé par la Tunisie qui enregistre une croissance de 50% depuis l’an 2000.
Entre 2010 et 2011, date de  la révolution du jasmin, 306.000  Tunisiens ont quitté leur pays. Un ancien rapport du Forum euro-méditerranéen des instituts de sciences économiques (FEMISE) a indiqué  qu’entre 2003 et 2008, le nombre d’étudiants tunisiens en Europe a été multiplié par deux, et le pourcentage de ceux qui y restent travailler est d’autant plus élevé.
De son côté, l’étude du CREAD a souligné  que le taux de croissance moyen  de cette migration pour les trois pays du Maghreb central (Algérie, Maroc et Tunisie) était de 26% entre 2000 et 2012.  Pourtant, Mohamed Charef, directeur de l’Observatoire  régional de migration et l’un des participants à l’atelier de présentation de l’étude du CREAD, estime que l’appellation «fuite des cerveaux» est équivoque et préfère parler plutôt de mobilité de compétences. «On ne peut pas empêcher les gens d’aller étudier ou travailler à l’étranger comme on ne peut pas les contraindre à revenir dans leur pays d’origine une fois qu’ils ont décroché leurs diplômes», nous a-t-il précisé avant d’ajouter : «Et même la notion de compétence reste floue puisqu’on n’arrive pas à s’accorder sur son contenu. Faut-il limiter ce concept aux seuls ingénieurs, professeurs ou faut-il inclure également les artistes et  les sportifs?».
D’ailleurs, il estime que le Maroc ne souffre pas de ce phénomène malgré ces taux élevés. «On n’a pas encore atteint la situation de certains pays qui connaissent une hémorragie au niveau de leurs compétences. Le Royaume entretient de bonnes relations avec ses compétences à l’étranger via des associations et des partenariats», a-t-il conclu.
Hassan Bentaleb in LIBÉRATION
Lundi 20 Avril 2015

drain brain

L’ouvrage intitulé De la fuite des cerveaux à la mobilité des compétences –  Une vision du Maghreb, publié cette semaine par le Centre de recherche en études appliquées pour le développement (Cread) en collaboration avec le bureau de l’Organisation internationale du travail (OIT) à Alger sous la houlette du sociologue et chercheur Mohamed Saïb Musette, offre une analyse   intéressante sur un phénomène qui vide le pays de sa substance et incite à s’interroger sur la place des  élites dans la société algérienne.

Les médecins spécialistes voient leur avenir ailleurs

Beaucoup de médecins, formés en Algérie, voient leur avenir sous d’autres cieux. C’est, en tout cas, l’un des enseignements de l’étude De la fuite des cerveaux à la mobilité des compétences… publiée cette semaine par le Centre de recherche en études appliquées pour le développement (Cread). Il y aurait, à en croire le Dr Zehnati, statisticien, près de 10%  de médecins formés en Algérie à exercer dans les hôpitaux français. Au-delà du simple constat, il est à s’interroger sur les raisons qui poussent les blouses blanches à accepter un déclassement et un niveau de vie inférieur.

Les motivations des médecins qui choisissent de s’exiler demeurent une énigme pour les chercheurs du Cread. Elles ne sont probablement pas salariales vu que les docteurs en médecine sont mieux lotis en cette matière que d’autres secteurs. Affirmer que les médecins algériens sont bien payés serait bien sûr aller vite en besogne, mais les salaires qu’ils perçoivent sont plus importants que ceux des autres cadres du secteur public. «Si nous comparons le salaire moyen avec les salaires perçus par les médecins du secteur public, il est clair qu’ils gagnent plus que le salaire moyen d’un cadre en Algérie.

 

Le médecin généraliste perçoit 32% de plus que le salaire moyen, le maître assistant 54% de plus, le médecin spécialiste de santé publique perçoit 88% de plus, et le professeur chef d’unité est rémunéré presque quatre fois plus qu’un cadre dans les autres secteurs  de l’économie», souligne le Dr Zehnati. La raison est donc à chercher probablement, susurrent des chercheurs au Cread, dans le type de gouvernance qui domine dans le système médical. Cela s’apparenterait à un «mouvement socio-politique». «L’individu se sent mort dans la communauté», explique un sociologue qui insiste néanmoins sur une étude psychologique du phénomène.

 

Ce sont les psychiatres algériens qui sont les premiers à répondre aux sirènes de l’occident, représentant un taux de 30% installés en France, suivis par les radiologues (15,55%), les ophtalmologues (13,10%) et les anesthésistes en réanimation (12,96%). Quant à la chirurgie générale et la gynéco-obstétrie, elles affichent les plus faibles taux de fuite avec respectivement 3,45% et 3,18%. Les docteurs en médecine représentent 22,46% de l’ensemble des effectifs des diplômés les plus élevés exerçant en France. Ils se situent presque au même niveau que les ingénieurs avec 23,73% de l’ensemble.

37% des compétences algériennes en France touchent plus  de 2500 Euros

Les Algériens qualifiés osent désormais l’aventure professionnelle sous d’autres cieux. Mohamed Saïb Musette, qui a analysé les différentes statistiques, fait remarquer dans une étude consacrée à la fuite des cerveaux que les hommes et les femmes ayant un niveau d’études supérieur et qui choisissent de s’établir à l’étranger sont désormais – presque – à parts égales. «On constate, explique-t-il, qu’il y a 24,8% des femmes et 27% des hommes avec un niveau d’études supérieur. Peu de différences existent entre les femmes et les hommes, avec une forte féminisation chez les jeunes. Ils sont en majorité en pleine maturité (classe d’âge 25-45 ans)».

 

Au vu des chiffres, il apparaît que les compétences algériennes installées à l’étranger s’en sortent plutôt bien. Plus de la moitié des immigrés algériens qualifiés avaient un contrat de travail à durée indéterminée, 11% exerçaient des professions libérales, et 9,2% étaient au chômage. Pas moins de 34% d’Algériens installés en France sont des cadres ou exercent des professions intellectuelles, contre 14% qui sont des «employés».

Le niveau des rémunérations des compétences originaires d’Algérie varie entre moins de 500 euros à 8000 euros et plus. Le regroupement des niveaux, en trois classes plus ou moins homogènes, donne 35% des personnes qui perçoivent moins de 1500 euros, 25% entre 1500 et 2500 euros, et puis 37% avec plus de 2500 euros. La rémunération comprend, précisent les auteurs, une catégorie de personnes sous-payées, mais elle dépend aussi du volume horaire de travail, donc de la nature du contrat de travail. Une part importante des médecins a obtenu son diplôme en Algérie. On observe aussi une progression d’Algériens détenteurs de 3e cycle.

Ils sont pour la plupart en activité. Ils connaissent certes le chômage, mais nettement moins que ceux qui n’ont pas de formation universitaire. Ils occupent pour la plupart des postes d’emploi dans des professions libérales et intellectuelles. En tout et pour tout, il y a un niveau assez faible de «brain waste» – soit à travers des emplois n’exigeant pas de niveau supérieur ou alors ils sont sous-employés avec une faible rémunération. «Ce phénomène peut donner lieu à des  »gains » pour l’Algérie d’une autre manière à partir de la migration de retour, réelle ou virtuelle», estime Saïb Musette, optimiste.

«Certaines compétences se sentent inutiles en Algérie»

La course à l’obtention  d’un bac français ou d’un diplôme d’équivalence (notamment en médecine) le prouve : les compétences nationales cherchent souvent de belles opportunités de travail hors des frontières de leur pays natal. La liste des «causes endogènes» suscitant une envie d’ailleurs chez les intellectuels algériens égrenée par Mohamed Saïb Musette est longue : la recherche de meilleures opportunités de travail, l’attrait des diplômes des universités de renommée ou des grandes écoles étrangères, les avantages matériels et financiers offerts aux cadres et universitaires algériens, la prospection d’un meilleur environnement professionnel et d’un cadre de vie qualitatif, les lourdeurs administratives, les blocages bureaucratiques, les difficultés socio-économiques et les limites d’épanouissement culturel motivent le départ de cadres et d’universitaires, les faibles débouchés pour les diplômés, en particulier universitaires, le souci d’assurer un meilleur avenir à ses enfants.

La cause du départ dépasse, selon lui,  le cadre individuel et se détermine pour des considérations familiales et sociales. En effet, souligne le sociologue, des adultes, des jeunes, issus principalement de familles aisées, quittent le pays dès l’obtention du bac «français». «Ce phénomène, dit-il, s’est amplifié avec l’avènement des écoles privées et l’ouverture des lycées français en Algérie qui préparent à ce bac. Des instituts et des écoles supérieures privées sont ouverts principalement à Alger, affiliés à des établissements similaires étrangers. Les enfants d’expatriés algériens ne rejoignent pas le pays après la fin de leur cursus universitaire ou à la sortie d’une grande école.»

Le fait est que le référent de la réussite sociale et professionnelle en dehors de l’accomplissement universitaire et scientifique a été flouée dans ses références et ses valeurs. «Un segment de compétences (intellectuelle et professionnelle), décrypte Musette,  se considèrent comme marginalisées et inutiles. Le savoir et les diplômes ne seraient pas des critères objectifs et incontournables de l’ascension sociale et professionnelle, l’affairisme et le favoritisme seraient devenus les moyens reconnus et privilégiés. Les compétences vont donc tenter de s’accomplir et de s’épanouir ailleurs, notamment dans certains pays du Nord.»

A cela s’ajoutent des facteurs exogènes, comme les facilitations d’installation dans le pays d’accueil, l’octroi de bourses d’études,  l’impact des «success stories» dans les motivations de la recherche des opportunités d’études et de travail à l’étranger ou encore le recrutement à la source, en Algérie, des compétences.  Entre les facteurs de répulsion (endogènes) et les facteurs d’attraction (exogènes), il existe une multitude d’obstacles qui sont autant de barrières à franchir. Dans son «Etude sur les étudiants maghrébins en France», (2004), Abdelkader Latreche observait que 27% des étudiants algériens en France n’envisagent pas le retour au pays, la plupart en formation doctorale, dont 46% pensent partir vers d’autres horizons.

Le difficile retour des migrants

Les migrants qui passent le moins de temps dans leur pays d’accueil sont plus amenés à revenir. A en croire l’étude menée par le sociologue et chercheur Mohamed Saïb Musette,  près de 37% des migrants maghrébins qualifiés qui sont rentrés au pays n’ont séjourné que 5 années ou moins dans le pays d’accueil, et seulement une minorité (8%) est restée une période de 27 ans ou plus. Il faut dire que pour les binationaux, les difficultés sont grandes. Mohamed Saïb Musette en relate quelques-unes dans l’ouvrage du De la fuite des cerveaux à la mobilité des compétences publié cette semaine. Les migrants de retour sont parfois vus d’un mauvais œil par leurs compatriotes algériens.

 

Aux compétences envoyées par le gouvernement pour suivre une formation à l’étranger et préférant rester dans le pays de leurs études on reproche leur égoïsme et le manque de leur engagement pour leur pays qui les a formées. «Ayant signé un contrat d’engagement avant leur départ pour l’étranger, ces compétences doivent faire l’objet, selon les partisans de cette attitude de poursuites judiciaires pour rembourser les frais de leur formation payée en devises. Les clivages et les attitudes hostiles des compétences algériennes restées au pays sont étroitement liés aux avantages matériels et les conditions de travail revendiqués par les compétences sollicitées en contrepartie de leur participation.

Le rapport aux compétences établies à l’étranger se transforme, ainsi, en un problème dès qu’il est perçu sous l’angle des privilèges de la réussite», fait remarquer le sociologue. Il cite notamment l’exemple du recrutement du groupe Cevital de deux cadres émigrés. «A la recherche de deux cadres de haut niveau capables d’apporter un savoir-faire nécessaire à la compétitivité du groupe sur le marché national et régional, relate-t-il, les responsables de ce groupe ont fait appel à un cabinet de recrutement anglais qui a jugé que le recrutement des deux cadres d’origine algérienne est plus approprié pour le contexte algérien (…)

L’installation de ces deux cadres a donné lieu dans un premier temps à un mouvement de mécontentement des cadres du groupe qui ont reproché à la direction de suivre une politique de discrimination entre les cadres exerçant les mêmes fonctions. Ce mouvement de mécontentement a vite évolué vers un mouvement de grève qui a fini par obliger la direction du groupe à renoncer au recrutement des deux cadres en question». S’il est vrai qu’il y a eu des échecs, il est à noter qu’il existe aussi de belles réussites des compétences algériennes revenues au bercail.

Innovation : Une richesse inexploitée

L’Algérie dispose d’une richesse inestimable : notre pays compte pas moins de 539 inventeurs…mais ils  vivent dans 23 pays différents. Les inventeurs algériens comptent à leur actif pas moins de 3036 inventions contre seulement 300 dans leur pays. «Malheureusement, écrit Mohamed Saïb Musette,  l’Algérie ne profite guère de ses inventeurs qui résident pour la majorité d’entre eux aux Etats Unis d’Amérique, en France et au Canada.

L’existence de ce potentiel intervient au moment où les capacités d’invention en Algérie sont très faibles.» Le fait est que le recueil de l’invention publié par la Direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique (DGRSDT) révèle l’écart important entre le nombre de brevets déposés par les inventeurs algériens restés au pays et celui des inventeurs établis à l’étranger.

 

Amel Blidi in El-watan le 11.02.16 |
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