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L’ouvrage intitulé De la fuite des cerveaux à la mobilité des compétences –  Une vision du Maghreb, publié cette semaine par le Centre de recherche en études appliquées pour le développement (Cread) en collaboration avec le bureau de l’Organisation internationale du travail (OIT) à Alger sous la houlette du sociologue et chercheur Mohamed Saïb Musette, offre une analyse   intéressante sur un phénomène qui vide le pays de sa substance et incite à s’interroger sur la place des  élites dans la société algérienne.

Les médecins spécialistes voient leur avenir ailleurs

Beaucoup de médecins, formés en Algérie, voient leur avenir sous d’autres cieux. C’est, en tout cas, l’un des enseignements de l’étude De la fuite des cerveaux à la mobilité des compétences… publiée cette semaine par le Centre de recherche en études appliquées pour le développement (Cread). Il y aurait, à en croire le Dr Zehnati, statisticien, près de 10%  de médecins formés en Algérie à exercer dans les hôpitaux français. Au-delà du simple constat, il est à s’interroger sur les raisons qui poussent les blouses blanches à accepter un déclassement et un niveau de vie inférieur.

Les motivations des médecins qui choisissent de s’exiler demeurent une énigme pour les chercheurs du Cread. Elles ne sont probablement pas salariales vu que les docteurs en médecine sont mieux lotis en cette matière que d’autres secteurs. Affirmer que les médecins algériens sont bien payés serait bien sûr aller vite en besogne, mais les salaires qu’ils perçoivent sont plus importants que ceux des autres cadres du secteur public. «Si nous comparons le salaire moyen avec les salaires perçus par les médecins du secteur public, il est clair qu’ils gagnent plus que le salaire moyen d’un cadre en Algérie.

 

Le médecin généraliste perçoit 32% de plus que le salaire moyen, le maître assistant 54% de plus, le médecin spécialiste de santé publique perçoit 88% de plus, et le professeur chef d’unité est rémunéré presque quatre fois plus qu’un cadre dans les autres secteurs  de l’économie», souligne le Dr Zehnati. La raison est donc à chercher probablement, susurrent des chercheurs au Cread, dans le type de gouvernance qui domine dans le système médical. Cela s’apparenterait à un «mouvement socio-politique». «L’individu se sent mort dans la communauté», explique un sociologue qui insiste néanmoins sur une étude psychologique du phénomène.

 

Ce sont les psychiatres algériens qui sont les premiers à répondre aux sirènes de l’occident, représentant un taux de 30% installés en France, suivis par les radiologues (15,55%), les ophtalmologues (13,10%) et les anesthésistes en réanimation (12,96%). Quant à la chirurgie générale et la gynéco-obstétrie, elles affichent les plus faibles taux de fuite avec respectivement 3,45% et 3,18%. Les docteurs en médecine représentent 22,46% de l’ensemble des effectifs des diplômés les plus élevés exerçant en France. Ils se situent presque au même niveau que les ingénieurs avec 23,73% de l’ensemble.

37% des compétences algériennes en France touchent plus  de 2500 Euros

Les Algériens qualifiés osent désormais l’aventure professionnelle sous d’autres cieux. Mohamed Saïb Musette, qui a analysé les différentes statistiques, fait remarquer dans une étude consacrée à la fuite des cerveaux que les hommes et les femmes ayant un niveau d’études supérieur et qui choisissent de s’établir à l’étranger sont désormais – presque – à parts égales. «On constate, explique-t-il, qu’il y a 24,8% des femmes et 27% des hommes avec un niveau d’études supérieur. Peu de différences existent entre les femmes et les hommes, avec une forte féminisation chez les jeunes. Ils sont en majorité en pleine maturité (classe d’âge 25-45 ans)».

 

Au vu des chiffres, il apparaît que les compétences algériennes installées à l’étranger s’en sortent plutôt bien. Plus de la moitié des immigrés algériens qualifiés avaient un contrat de travail à durée indéterminée, 11% exerçaient des professions libérales, et 9,2% étaient au chômage. Pas moins de 34% d’Algériens installés en France sont des cadres ou exercent des professions intellectuelles, contre 14% qui sont des «employés».

Le niveau des rémunérations des compétences originaires d’Algérie varie entre moins de 500 euros à 8000 euros et plus. Le regroupement des niveaux, en trois classes plus ou moins homogènes, donne 35% des personnes qui perçoivent moins de 1500 euros, 25% entre 1500 et 2500 euros, et puis 37% avec plus de 2500 euros. La rémunération comprend, précisent les auteurs, une catégorie de personnes sous-payées, mais elle dépend aussi du volume horaire de travail, donc de la nature du contrat de travail. Une part importante des médecins a obtenu son diplôme en Algérie. On observe aussi une progression d’Algériens détenteurs de 3e cycle.

Ils sont pour la plupart en activité. Ils connaissent certes le chômage, mais nettement moins que ceux qui n’ont pas de formation universitaire. Ils occupent pour la plupart des postes d’emploi dans des professions libérales et intellectuelles. En tout et pour tout, il y a un niveau assez faible de «brain waste» – soit à travers des emplois n’exigeant pas de niveau supérieur ou alors ils sont sous-employés avec une faible rémunération. «Ce phénomène peut donner lieu à des  »gains » pour l’Algérie d’une autre manière à partir de la migration de retour, réelle ou virtuelle», estime Saïb Musette, optimiste.

«Certaines compétences se sentent inutiles en Algérie»

La course à l’obtention  d’un bac français ou d’un diplôme d’équivalence (notamment en médecine) le prouve : les compétences nationales cherchent souvent de belles opportunités de travail hors des frontières de leur pays natal. La liste des «causes endogènes» suscitant une envie d’ailleurs chez les intellectuels algériens égrenée par Mohamed Saïb Musette est longue : la recherche de meilleures opportunités de travail, l’attrait des diplômes des universités de renommée ou des grandes écoles étrangères, les avantages matériels et financiers offerts aux cadres et universitaires algériens, la prospection d’un meilleur environnement professionnel et d’un cadre de vie qualitatif, les lourdeurs administratives, les blocages bureaucratiques, les difficultés socio-économiques et les limites d’épanouissement culturel motivent le départ de cadres et d’universitaires, les faibles débouchés pour les diplômés, en particulier universitaires, le souci d’assurer un meilleur avenir à ses enfants.

La cause du départ dépasse, selon lui,  le cadre individuel et se détermine pour des considérations familiales et sociales. En effet, souligne le sociologue, des adultes, des jeunes, issus principalement de familles aisées, quittent le pays dès l’obtention du bac «français». «Ce phénomène, dit-il, s’est amplifié avec l’avènement des écoles privées et l’ouverture des lycées français en Algérie qui préparent à ce bac. Des instituts et des écoles supérieures privées sont ouverts principalement à Alger, affiliés à des établissements similaires étrangers. Les enfants d’expatriés algériens ne rejoignent pas le pays après la fin de leur cursus universitaire ou à la sortie d’une grande école.»

Le fait est que le référent de la réussite sociale et professionnelle en dehors de l’accomplissement universitaire et scientifique a été flouée dans ses références et ses valeurs. «Un segment de compétences (intellectuelle et professionnelle), décrypte Musette,  se considèrent comme marginalisées et inutiles. Le savoir et les diplômes ne seraient pas des critères objectifs et incontournables de l’ascension sociale et professionnelle, l’affairisme et le favoritisme seraient devenus les moyens reconnus et privilégiés. Les compétences vont donc tenter de s’accomplir et de s’épanouir ailleurs, notamment dans certains pays du Nord.»

A cela s’ajoutent des facteurs exogènes, comme les facilitations d’installation dans le pays d’accueil, l’octroi de bourses d’études,  l’impact des «success stories» dans les motivations de la recherche des opportunités d’études et de travail à l’étranger ou encore le recrutement à la source, en Algérie, des compétences.  Entre les facteurs de répulsion (endogènes) et les facteurs d’attraction (exogènes), il existe une multitude d’obstacles qui sont autant de barrières à franchir. Dans son «Etude sur les étudiants maghrébins en France», (2004), Abdelkader Latreche observait que 27% des étudiants algériens en France n’envisagent pas le retour au pays, la plupart en formation doctorale, dont 46% pensent partir vers d’autres horizons.

Le difficile retour des migrants

Les migrants qui passent le moins de temps dans leur pays d’accueil sont plus amenés à revenir. A en croire l’étude menée par le sociologue et chercheur Mohamed Saïb Musette,  près de 37% des migrants maghrébins qualifiés qui sont rentrés au pays n’ont séjourné que 5 années ou moins dans le pays d’accueil, et seulement une minorité (8%) est restée une période de 27 ans ou plus. Il faut dire que pour les binationaux, les difficultés sont grandes. Mohamed Saïb Musette en relate quelques-unes dans l’ouvrage du De la fuite des cerveaux à la mobilité des compétences publié cette semaine. Les migrants de retour sont parfois vus d’un mauvais œil par leurs compatriotes algériens.

 

Aux compétences envoyées par le gouvernement pour suivre une formation à l’étranger et préférant rester dans le pays de leurs études on reproche leur égoïsme et le manque de leur engagement pour leur pays qui les a formées. «Ayant signé un contrat d’engagement avant leur départ pour l’étranger, ces compétences doivent faire l’objet, selon les partisans de cette attitude de poursuites judiciaires pour rembourser les frais de leur formation payée en devises. Les clivages et les attitudes hostiles des compétences algériennes restées au pays sont étroitement liés aux avantages matériels et les conditions de travail revendiqués par les compétences sollicitées en contrepartie de leur participation.

Le rapport aux compétences établies à l’étranger se transforme, ainsi, en un problème dès qu’il est perçu sous l’angle des privilèges de la réussite», fait remarquer le sociologue. Il cite notamment l’exemple du recrutement du groupe Cevital de deux cadres émigrés. «A la recherche de deux cadres de haut niveau capables d’apporter un savoir-faire nécessaire à la compétitivité du groupe sur le marché national et régional, relate-t-il, les responsables de ce groupe ont fait appel à un cabinet de recrutement anglais qui a jugé que le recrutement des deux cadres d’origine algérienne est plus approprié pour le contexte algérien (…)

L’installation de ces deux cadres a donné lieu dans un premier temps à un mouvement de mécontentement des cadres du groupe qui ont reproché à la direction de suivre une politique de discrimination entre les cadres exerçant les mêmes fonctions. Ce mouvement de mécontentement a vite évolué vers un mouvement de grève qui a fini par obliger la direction du groupe à renoncer au recrutement des deux cadres en question». S’il est vrai qu’il y a eu des échecs, il est à noter qu’il existe aussi de belles réussites des compétences algériennes revenues au bercail.

Innovation : Une richesse inexploitée

L’Algérie dispose d’une richesse inestimable : notre pays compte pas moins de 539 inventeurs…mais ils  vivent dans 23 pays différents. Les inventeurs algériens comptent à leur actif pas moins de 3036 inventions contre seulement 300 dans leur pays. «Malheureusement, écrit Mohamed Saïb Musette,  l’Algérie ne profite guère de ses inventeurs qui résident pour la majorité d’entre eux aux Etats Unis d’Amérique, en France et au Canada.

L’existence de ce potentiel intervient au moment où les capacités d’invention en Algérie sont très faibles.» Le fait est que le recueil de l’invention publié par la Direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique (DGRSDT) révèle l’écart important entre le nombre de brevets déposés par les inventeurs algériens restés au pays et celui des inventeurs établis à l’étranger.

 

Amel Blidi in El-watan le 11.02.16 |
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fuite-cerveaux_2612210_465x348100.000 diplômés ont quitté l’Algérie en moins de 30 ans

La question de la fuite des cerveaux qui n’a pas été évoquée publiquement par le successeur d’Ahmed Ouyahia ne donne pas l’impression de constituer une priorité pour le nouveau gouvernement.

L´Algérie a-t-elle échoué dans le projet qu´elle s´est fixé pour retenir ses compétences? Le sujet serait-t-il à ce point tabou pour qu’il n’ait pas fait partie des priorités de l’action du gouvernement? Si tel est le cas, on peut affirmer d’ores et déjà que le développement économique auquel elle aspire est sérieusement compromis. S’il existe un  phénomène sur lequel les gouvernements successifs depuis 1962 se sont cassés les dents, c’est bien celui de la fuite des cerveaux auquel il faut ajouter celui plus récent des harraga. Le second est plus violent.
Dramatique et tragique il met en exergue le mal-être de ses acteurs et souligne la fracture et le désamour entre eux et cette terre qui les a vu naitre. Dans les deux cas c’est l’Algérie qui se vide de ses forces vives. Le thème de la gestion de la ressource humaine et des préoccupations de la jeunesse ont toujours été au centre des interventions du chef de l’Etat. «Le plus grand défi que nous devons relever aujourd´hui est la bonne gestion des ressources humaines, qui reste un acquis stratégique, à travers l´orientation et la formation du capital humain», avait déclaré Abdelaziz Bouteflika, le 19 mai 2008, à l´occasion de l´ouverture des Assises nationales sur l´enseignement supérieur et la recherche scientifique. Le gouvernement Sellal qui s’est doté d’un programme ambitieux pour sortir le pays du marasme dans lequel il barbotte depuis pratiquement l’indépendance ne peut s’en passer. Il ne peut marginaliser ces compétences ou cette force de travail, indispensables à la réussite de sa mission. Surtout qu’il est pratiquement pris à la gorge. Le secteur du tourisme ambitionne toujours d’attirer 2,5 millions de touristes d’ici l’horizon 2015, alors que le ministre de l’Industrie, de la PME et de la Promotion de l’investissement, annonce la création de deux millions de PME d’ici 2025,celui de l’habitat, la construction de 3 millions de logements comme est prévue l’amélioration des prestations des établissements hospitaliers…Certains secteurs (BTP, ressources en eau…) ont fait appel à la main d’oeuvre et au savoir-faire étranger à l’instar de celui de la culture qui se plaint de ne pas avoir de spécialistes en matière de restauration du patrimoine immobilier. La ressource humaine est donc au coeur de ces objectifs qui ont été assignés à la nouvelle équipe gouvernementale. Comment les atteindre lorsque l’on sait que quelque 100.000 diplômés ont quitté l’Algérie en moins de 30 ans et font actuellement le bonheur de leur pays d’accueil tandis que certaines statistiques font mention de quelque 5000 algériens qui, tous les ans, partent s’installer au Canada. 4000 médecins se sont installés en France. A ce rythme, soit une génération, l´Algérie sera vidée de ce qu´elle a de plus précieux: sa matière grise, sa jeunesse. «D´ici à 25 ans, l´Algérie aura perdu toutes ses compétences», avait déclaré au début du mois d’août 2008 sur les ondes de la Radio nationale chaine III, le président de l´Agence algérienne des ressources humaines, M.Ahmed Mena. Tout porte à croire que tous ces cadres sont définitivement perdus pour le pays. Que souhaitent ceux qui sont tentés de les rejoindre? La réponse est claire: Des conditions de travail attrayantes dans un environnement sain expurgé des contraintes bureaucratiques et de la cooptation, en d’autres termes bannir le piston, bénéficier d’un environnement et d’un salaire dignes de leur statut. L’Algérie peut-elle les leur offrir? En principe oui. Les 200 milliards de dollars de réserves de change peuvent y largement contribuer. L´économie nationale ne doit pas être condamnée à faire sans cesse appel au savoir-faire étranger et au transfert de technologie. Une politique qui fait la part belle aux affairistes.
Elle a sous la main un potentiel de matière grise qui peut relever le défi du développement, reste à lui en donner les moyens…

*L’Expression-03.10.2012.

Plus de 6.000 médecins formés en Algérie exercent à l’étranger

Le nombre de médecins formés en Algérie et qui sont partis à l’étranger pour exercer le métier est de plus de 6000 a indiqué mercredi à Alger, le Pr. Moussa Achir, pédiatre à l’Hôpital Bir-Traria.
« Plus de 6000 médecins ayant suivi leurs études en Algérie ont quitté le pays pour exercer le métier à l’étranger notamment en France », a précisé le Pr. Achir dans une intervention à la conférence consacrée à la prise en charge de la santé du citoyen dans la région du Maghreb.
Alors que les établissements de santé en Algérie souffrent d’un manque d’encadrement surtout des spécialistes, et faute de prise en charge, plusieurs médecins préfèrent aller à l’étranger, a-t-il regretté.
L’intervenant a mis l’accent sur la nécessité de trouver une solution à cette situation par la prise en charge des préoccupations des médecins. « Nous ne pouvons pas demander à un médecin spécialiste d’aller travailler au sud si les conditions sociales ne lui sont pas favorables », a-t-il expliqué.
Soulignant, par ailleurs, que l’Algérie est en retard en matière de technologies nouvelles, le professeur Achir qui est aussi chef de projet télémédecine-télédiagnostic à l’Hôpital Bir-Traria a plaidé pour la mise en place d’un système de télémédecine dans toutes les structures hospitalières.
Pour parer à ce manque d’encadrement, l’Algérie est appelée à développer les nouvelles technologies dont la télémédecine pour que les médecins puissent donner leurs avis médicaux à distance, une solution pratiquée dans les pays développés qui est moins coûteuse et moins pénible pour le patient, a conclu

Moussa Achir.*APS-04.10.2012.


L’exode des compétences algériennes vers les pays de l’hémisphère nord a lourdement affecté les efforts entrepris en matière de développement. Les conditions socioprofessionnelles et sécuritaires des années 90 étant, nettement, dégradées ont favorisé la fuite, l’installation et l’épanouissement de ces compétences sous d’autres cieux sans que l’Algérie ne puisse en tirer le moindre profit. Pire encore, l’ampleur des dégâts occasionnés à l’économie algérienne par ce phénomène est extrêmement ahurissante. « La fuite des compétences à cause de certaines conditions aussi délicates que dramatiques a coûté à l’Algérie plus de 100 milliards de dollars. » C’est du moins ce qu’a déclaré, hier, Farid Benyahia, professeur en relations internationales et consultant au Pnud, à l’issue d’une table ronde tenue au Forum d’El Moudjahid. Cet expert, auteur d’un ouvrage sur l’adhésion de l’Algérie à l’OMC, dira que cet état de fait constitue l’élément clé qui a grandement entravé le processus d’adhésion de l’Algérie à l’Organisation Mondiale du Commerce. Il faut dire, dans ce contexte, que les chercheurs et les experts algériens sont, pour le moins que l’on puisse dire, tenus à l’écart des bouleversements socioéconomiques et grandement marginalisés au plan social. On sollicite rarement leurs opinions concernant des questions aussi pertinentes soient-elles. Et avec les événements dramatiques survenus durant la décennie noire, l’exode vers les pays occidentaux est perçue comme unique solution afin de vivre en paix et avoir en main la clé de voûte de leurs projets. Plus de 100 milliards de dollars, ce chiffre, comparable à des revenus nationaux de certains pays, est malheureusement ce qu’a perdu l’Algérie en laissant ses élites, formées localement ou ailleurs avec des fonds nationaux, « errer » dans d’autres pays. « Maintenant, l’État doit investir davantage et revaloriser le capital humain », a clamé Farid Benyahia. L’Algérie se porte bien au niveau de la macroéconomie. Mais en contrepartie, ce succès reste, aux yeux de cet expert, grandement entravé par l’absence d’une stratégie économique claire. « Il faut bien réfléchir et avoir une stratégie industrielle, chose qui n’existe pas actuellement. Jusqu’ à quand les pouvoirs publics continueront-ils d’agir sans se doter d’une stratégie industrielle claire? », se demande l’intervenant et d’ajouter en guise de réponse : « pour ce faire, on doit revaloriser nos compétences et faire revivre la flamme du vrai nationalisme. Car rien n’est impossible quand on est motivé par l’amour du pays. C’est des hommes de valeur qui manquent. Actuellement l’Algérie ne possède guère de stratèges », a observé le conférencier. Selon lui, l’Algérie renferme des compétences professionnelles et des moyens techniques et financiers importants, mais elle est victime d’un système et à chaque fois qu’il y ait une occasion d’un décollage économique réel, des entraves de tous bords surgissent. « On a fait beaucoup d’erreurs. On a perdu beaucoup d’argent, tout simplement perce qu’on n’a pas de planification. Il faut savoir gérer son argent. On gère l’Algérie le jour au jour. Il n’y a pas de bonne gouvernance. L’Algérie et l’Algérien ont besoin de liberté, liberté économique, de penser et d’initiatives. L’Algérien réussit mieux dans un environnement de liberté », at- il déclaré sur un ton ferme, tout en ajoutant qu’« il faut qu’il y ait une vision lointaine et une volonté politique pour changer les choses et par ricochet adhérer à l’OMC ». Outre la fuite des cerveaux et l’inexistence d’une stratégie, le professeur Farid Benyahia, soulève plusieurs autres obstacles. Un système bancaire qui reste archaïque, d’énormes problèmes au niveau de la micro-économique, problèmes aigues au niveau de la gestion du foncier agricole et industriel… sont entre autres des problèmes qui font que notre économie a du mal à s’adapter aux règles de l’adhésion à cette organisation. En évoquant l’importation, il donnera l’exemple du commerce de véhicules qui est estimé, en 2008, à 3 milliards de dollars, ce coût permettra facilement la construction de 8 à 10 unités de montage. Même son de cloche chez un autre intervenant à cette table ronde en ce qui concerne l’inexistence d’une volonté politique permettant l’accession de l’Algérie à l’OMC. Outre cet état de fait, cet intervenant a tenu à soulever le problème de l’instabilité des membres du comité chargé de faire aboutir le dossier algérien. « On se demande si réellement les négociateurs sont à la hauteur de la mission dont ils ont la charge : Faire adhérer l’Algérie à l’OMC tout en défendant ses intérêts», s’est interrogé Alaoui.

In le Courrier d’Algérie-28.01.2010.


*Plus de 268.000 compétences se sont installées à l’étranger

La fuite des cerveaux algériens est désormais quantifiée. Le pays a connu une véritable saignée, notamment depuis le début des années 1990. Rien qu’en Europe, l’Algérie compte le plus grand «bataillon» de migrants qualifiés, dont l’effectif dans les pays de l’OCDE est de 267 799 personnes, soit 26% des Algériens installés dans cette région du monde.

C’est ce que relève une étude sur «La fuite des cerveaux et le développement dans l’espace de l’UMA : le cas Algérie», réalisée par le Cread. Présenté hier à Alger, ce rapport élaboré par une équipe de chercheurs conduite par le sociologue Mohamed Saïb Musette, renseigne sur l’ampleur du phénomène de la migration qui touche, particulièrement, l’élite.

Selon cette étude, sur les 267 799 Algériens de niveau supérieur en Europe, il y a 1,2% qui sont titulaires d’un PHD (plus haut niveau d’études). «On constate aussi qu’il y a 24,8% de femmes et 27% d’hommes qui ont un niveau d’études supérieur. Ces proportions sont quasi équitables. La répartition des émigrés qualifiés, d’origine algérienne, par âge, nous montre la prédominance de la classe active (35-54 ans) chez les deux sexes, quoique chez les femmes, la classe des 25-34 ans est presque aussi importante que celle qui la suit», lit-on dans ce rapport.

La France : destination préférée des algériens

Selon ce rapport, les «têtes pleines» algériennes préfèrent la France. Ce pays a accueilli 75% des migrants qualifiés d’Algériens, contre 11% pour le Canada et 4% pour la Grande-Bretagne. «Cependant, l’Espagne et l’Italie, qui sont les destinations favorites après la France et le Canada pour les Algériens en général, n’attirent pas pour autant les personnes qualifiées», soulignent les chercheurs de Cread. Ces derniers, afin de comprendre la dimension réelle de la fuite des cerveaux, ont élargi leur étude même aux Algériens nés et vivant à l’étranger.

Dans ce sens, la proportion d’Algériens ne jouissant que de la nationalité algérienne est de 24%. Par contre, «75% des immigrés algériens qualifiés possèdent la nationalité du pays d’accueil, dont 48% d’entre eux l’avaient déjà à la naissance. La nationalité acquise à la naissance correspond à la situation des migrants nés ‘étrangers’  en Algérie», indique le document.

En France, ajoute encore l’étude, il y a un volume important d’Algériens qualifiés, avec un effectif de 139 000 sur un effectif d’émigrés qualifiés (bac+2 ans) de l’ordre de 454 000 environ, soit 31% de la totalité, nettement supérieur à la moyenne observée dans les pays de l’OCDE. Sur cette base, les chercheurs du Cread ont fait trois lectures.

La première, la plus rigoureuse, est celle qui considère la fuite de cerveaux à partir du niveau de la licence, d’ingéniorat et d’un diplôme de médecine. «Sur cette base, ils ne sont que 52 800 diplômés, avec 33% de médecins, 27% des ingénieurs et 33% ayant au moins une licence.» Une autre acception, légère peut-être, faite en intégrant aussi les niveaux bac+2, ce qui donne un taux de 68% qui détient un diplôme supérieur à un bac+2 années d’études universitaires.

10 318 médecins algériens en France

L’autre chiffre qui donne encore le tournis est celui de médecins algériens ou d’origine algérienne qui activent en France. Se référant aux statistiques publiées par l’Ordre des médecins (France) en 2014, le rapport relève l’existence de 54 168 médecins, nés hors de France, soit 26% du potentiel. Parmi eux, il y a 40% de Maghrébins inscrits à l’Ordre, dont plus de la moitié sont originaires d’Algérie. «Le nombre de médecins algériens est estimé à 10 318, dont 92% sont des salariés.

L’élément le plus important revient au lieu de formation : 27% des médecins algériens ont été formés en Algérie», expliquent les auteurs de ce document. Sur les 10 318 médecins activant en France, 2858 ont fait leur formation en Algérie. Que fait cette catégorie d’émigrés, une fois installée à l’étranger ? L’étude démontre qu’ils s’intègrent facilement dans le monde du travail dans le pays d’accueil.

En effet, plus de la moitié des immigrés algériens qualifiés ont un contrat de travail à durée indéterminée, 11% exercent des professions libérales et 9,2% seulement sont au chômage. «Selon la catégorie socioprofessionnelle, on constate que 34% d’Algériens installés en France sont des cadres ou exercent des professions intellectuelles, contre 14% qui sont des employés», précise-t-on.

Le niveau des rémunérations des compétences originaires d’Algérie, lit-on dans le rapport, varie entre moins de 500 euros à 8000 euros et plus. «Le regroupement des niveaux, en trois classes plus ou moins homogènes, donne 35% des personnes qui perçoivent moins de 1500 euros, 25% entre 1500 et 2500 euros et puis 37% plus de 2500 euros. La rémunération comprend, certes, une catégorie de personnes sous-payées, mais elle dépend aussi du volume horaire de travail, donc de la nature du contrat de travail des migrants», ajoutent les auteurs de cette enquête.

Les diplômés des universités réussissent

L’étude met l’accent sur les profils des personnes qui s’installent en France. Il ressort qu’il n’y a aucune différence entre les femmes et les hommes. Les cerveaux algériens qui quittent le pays pour la France ont également des caractéristiques bien définies : ils sont jeunes et en pleine maturité (classe d’âge 25-45 ans) et ils sont diplômés des universités (3e cycle au minimum). «Ces émigrés sont pour la plupart en activité. Ils connaissent certes le chômage, mais nettement moins que ceux qui n’ont pas de formation universitaire.

Ils occupent pour la plupart des postes d’emploi dans des professions libérales et intellectuelles», observe l’enquête en question. Tout en analysant les causes qui sont à l’origine de cette fuite des cerveaux qui ne s’arrête toujours pas, le rapport relève également la faible intensité des retours des compétences. Et par conséquent, l’Algérie ne pourra pas profiter de leur savoir-faire. «Même s’il y a retour, un nouveau départ n’est pas exclu.

Le retour ‘virtuel’ des compétences est une piste à explorer. Les changements observés récemment dans le profil des migrants algériens, pour la plupart des personnes de niveau universitaire, méritent une observation constante quant au renforcement des liens avec le pays d’origine. L’analyse des causes et des attentes des migrants scientifiques nous a permis de situer les efforts à engager une stratégie devant permettre leurs contributions au développement économique et social du pays», recommande le rapport.

De nombreux étudiants algériens à l’étranger ne reviennent pas au pays

Le nombre d’étudiants algériens dans les universités des pays de l’OCDE était de 27000 en 2011, soit 23% de l’ensemble des étudiants maghrébins. Ce chiffre s’établit à 23 298 personnes en 2014, selon les données de l’Unesco.

Selon la même source, 88% des étudiants algériens ont choisi la France. «Ce volume ne représente qu’une très faible proportion (à peine 2%) par rapport à l’effectif des étudiants inscrits dans les établissements de formation supérieure en Algérie. Et tous les étudiants algériens ne sont pas nécessairement boursiers de l’Etat.

Cette revue, pour intéressante qu’elle soit, mérite d’être complétée par des études sur le parcours des étudiants algériens à l’étranger, notamment le retour des étudiants boursiers, en particulier en formation doctorale, et leur intégration dans le marché du travail aussi bien à l’étranger qu’au niveau national», explique un rapport du Cread sur la fuite des cerveaux, présenté hier à Alger.

Selon une étude sur «Les étudiants maghrébins en France» (Abdelkader Latreche, 2004), citée dans ce rapport, 27% des étudiants algériens en France n’envisagent pas le retour au pays, la plupart en formation doctorale, dont 46% pensent partir vers d’autres horizons.

*Madjid Makedhi–in El Watan-mercredi 15/04/2015


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Le Temps d’Algérie : Est-il envisageable que la Russie intervienne militairement en Libye après son intervention en Syrie ?

Mouloud Idir : Une chose est sûre, le chaos libyen actuel découle en large partie de l’expédition punitive de l’OTAN de 2011. Une expédition justifiée au nom d’un principe qui est celui de la responsabilité de protéger qui a été largement décrédibilisé depuis et qui s’est avéré, si la preuve était à faire, être un énième subterfuge de l’axe de l’OTAN. Même la juriste canadienne Louise Arbour a été récemment jusqu’à dire que ce principe moral et humanitaire qui préside au droit d’ingérence a été un échec. C’est donc dire à quel point le sens commun a compris et a pris acte des véritables motivations derrière cette intervention qui a envoyé ce pays dans le chaos. Cela est criminel. Ce pays est désormais dans une sorte de partition de fait. Le problème actuellement est que tout bombardement n’arrangera rien. De plus, il n’y a pas de gouvernement avec une légitimité forte en Libye. Le récent marchandage en vue d’aboutir à un gouvernement d’union nationale peut être l’objet d’une longue analyse critique. On est aux prises avec une logique de privatisation de la guerre et la prolifération de milices et de compagnies de sécurité privée. Nous sommes dans le capitalisme du désastre si bien analysé par Naomi Klein. Cette logique d’État failli (Failed state en anglais) est à inscrire au compte de la sociologie des conflits dans la phase néolibérale actuelle.
Pour aller vite et pour revenir à votre question, il faut dire que ladite «communauté internationale», euphémisme pour ne pas parler des pays dominants de l’OTAN, a enfin réussi à se positionner de fait dans une posture de patronage politique d’une autorité «légale» qui la sollicitera pour «intervenir» contre l’État islamique. Par ailleurs, le récent bombardement US de la ville de Sabrata est pour moi une violation de la souveraineté libyenne. Même le gouvernement libyen «reconnu» par l’Occident a condamné ce raid.
Quoi qu’il en soit, les bombardements et opérations auxquels se livrent les Occidentaux ont une légitimité assez faible sur le plan du droit international.
Il y a certes une sorte de consentement (arraché) de certaines franges du gouvernement en place, mais la logique de tutelle et de dépendance est éludée par cette lecture assez peu critique des rapports de pouvoir qui président à l’établissement du droit international.
Les assassinats ciblés, comme les interventions virtuellement téléguidées, cherchent à créer un état de fait et à faire accepter le consensus politique mondial qui existerait, soi-disant, en faveur de la guerre au terrorisme.
L’ordre humanitaire international qui en est tributaire place ainsi de nombreux pays, et les citoyens de ceux-ci, dans des logiques de tutelle, voire de protectorat.
Cela s’inscrit dans le registre de la survie. Cette logique désigne ses sujets non pas comme des porteurs de droits fondamentaux ou comme des agents actifs de leur émancipation, mais comme des bénéficiaires qu’il faudrait protéger. Plutôt qu’à des citoyens dotés de droits, les bénéficiaires de l’ordre humanitaire s’apparentent ainsi trop souvent à des victimes recevant des actes de charité.
Le thuriféraire du Pentagone Peter Cook disait que les récents bombardements en Libye respectent le droit international et ce que les USA appellent l’Autorisation du recours à la force militaire (AUMF) ratifiée par le Congrès peu de temps après les attentats du 11 septembre 2001. Justification douteuse et boiteuse qui a donné une sorte de chèque en blanc à l’administration Bush et qu’Obama nous réchauffe actuellement. C’est donc la Russie qui est du côté de la légalité internationale sur ces questions, même si je ne perds pas de vue que cela est accessoire pour elle. Wikileaks a d’ailleurs révélé dans un câble datant de fin janvier des plans militaires européens en Libye au prétexte de contenir ce qu’ils appellent le contrôle de la vague migratoire. Je rappelle que la Libye dispose de riches réserves gazières et pétrolières.

Comment va agir la Russie dans la conjoncture actuelle ?
La Russie, pour sa part, ne dispose pas d’un interlocuteur crédible depuis la chute de la Jamahiriya et de Kadhafi. La Russie ne laissera pas le capital symbolique et le prétexte de la «lutte au terrorisme et à Daesh» en Libye au seul crédit d’une coalition occidentale.
La Russie et la Chine qui n’ont pas exercé leur veto au Conseil de sécurité en 2011 pour barrer la route au triumvirat Sarkozy, Cameron et Obama ne comptent pas regarder le train passer. Ces pays savent que l’Occident a beaucoup perdu de son autorité morale quant à l’établissement de la paix. La destruction de l’Irak en 2003 marque l’apogée de cet impérialisme de l’OTAN. Celle de la Libye en 2011, et de la Syrie et du Yémen en cours, en sont des sursauts désespérés.
Pour ma part, je crois qu’il est urgent de demander un cessez-le-feu, le retrait de l’OTAN et autres mercenaires de la Libye. Il importe d’exiger la transparence et le respect de la souveraineté nationale dans la gestion et l’exploitation des ressources pétrolières du pays. Le peuple libyen gagnerait à exiger qu’aucune base militaire étrangère ne s’installe dans ce pays. La rapacité de l’ordre dominant s’échine aussi à faire main basse sur le pétrole libyen, mais aussi à séquestrer des dizaines de milliards de dollars de fonds souverains libyens. Il faut faire la lumière sur cela aussi. En somme, un traquenard dans lequel l’Algérie doit refuser de se laisser entraîner. Car un marécage la guette.

Est-il encore possible de trouver des solutions politiques à la crise libyenne alors que Daech semble y avoir trouvé un terrain fertile ?
C’est une question sérieuse et profonde. La solution politique existe et existera toujours. elle doit toutefois découler d’un processus qui donne la parole à des acteurs qui soient en phase avec la société libyenne dans sa pluralité. Ce qui compte est d’éviter la polarisation entre islamistes et libéraux. L’accord entre les parties libyennes survenu à Tunis en décembre dernier est à suivre. C’est les bases d’une démocratie pluraliste et sans exclusive qu’il faut encourager. Il faut ouvrir des canaux d’expression aux composantes essentielles de la société libyenne. Les acteurs et forces politiques à soutenir ne doivent toutefois pas se limiter à des féodalités claniques régionalistes ou à des chefs de milices inféodés au Qatar, au régime d’Al Sissi ou à des acteurs issus des think tanks de Londres et de Washington.
Aussi, on ne dira jamais assez la perversité des décennies de règne autocratique de Kadhafi qui a réduit à néant l’exercice du pluralisme politique ou de tout antagonisme. Les emprisonnements et les assassinats ne sont pas à oublier. On paie aujourd’hui au prix fort les avatars de 42 ans d’un autoritarisme féroce et d’un étatisme apolitique et antidémocratique. Car sous prétexte d’incarner la souveraineté populaire dans son entièreté, le régime de la Jamahiriya s’opposait à toute forme d’expression politique et a interdit tout parti d’opposition ou toute association de la société civile le remettant en cause. L’absence de solution politique réside en partie dans ces considérations internes. Toutefois, des considérations externes pèsent lourdement. Pour ce qui est de la solution politique dont on parle actuellement, je me permets un petit pas en arrière. Je rappelle que dès 2011, des médiations politiques ont été rejetées par l’OTAN en vue d’essayer de trouver une solution sans recourir aux bombardements et pour épargner la voie armée. La première proposition de sortie de crise a été celle de février 2011 initiée par des pays d’Amérique du Sud : l’Alliance bolivarienne (AB) a offert une médiation pour une résolution pacifique en vue d’empêcher l’attaque des grandes puissances occidentales. Ils ont même suggéré d’envoyer une délégation internationale qui puisse être conduite par l’ex-président étasunien Jimmy Carter pour commencer un processus de négociation entre le gouvernement et les groupes armés coalisés derrière le Conseil national de transition (CNT). L’Espagne s’est dite intéressée par cette idée qui a été rejetée par Nicolas Sarkozy et David Cameron. Pour sa part, le ministre allemand des Affaires étrangères de l’époque, Guido Westerwelle, a notamment exhorté la France à ne pas rejeter cette offre sans l’examiner. Sans succès.
Second exemple : en mai 2011, Jacob Zuma, le président sud-africain, a été chargé par l’Union africaine (UA) de négocier un accord de paix et ce, pour la deuxième fois, la précédente tentative d’avril 2011 n’ayant pas abouti. Jacob Zuma a réitéré son appel au cessez-le-feu, déplorant que les raids aériens de l’OTAN sapaient les efforts de l’UA. Le cessez-le-feu était le premier point d’une feuille de route qui prévoyait notamment une période de transition, suivie d’élections démocratiques. L’initiative a été acceptée par le régime de Kadhafi mais rejetée par le CNT, l’organe de direction desdits rebelles, et les pays dominants de l’OTAN. Voilà pour le rappel.

Quel est, selon vous, le défi de la Libye à la lumière de tout cela ?
Quoi qu’il en soit, le défi majeur actuellement en Libye tient en l’absence d’une structure nationale libyenne en mesure d’établir un minimum de contrôle sur l’immense territoire. L’absence d’une armée libyenne structurée inquiète aussi légitimement et à juste titre les États riverains comme la Tunisie et l’Algérie. Je vous rappelle que la plupart des armées des États africains ont été cooptées par les forces des États impérialistes et leurs milices privées et autres compagnies de sécurité. Ces forces, de surcroît, alimentent, directement ou indirectement, le péril terroriste qui prospère sur le terreau des effets destructeurs du néolibéralisme. Sinon, elles s’ingénient à freiner les avancées démocratiques comme en Afrique du Nord en fragilisant certains pays ou en soutenant par des pays alliés du Moyen-Orient des régimes rétrogrades. La mise sous tutelle de nos pays est très avancée, en raison de leur déstructuration par trois décennies d’ajustements structurels, de désengagement de l’État, de gouvernance managériale, de diversion démocratique et de dépolitisation.
Vigilance, vigilance et vigilance sont donc mes mots d’ordre. Ce qui arrive en Libye est à inscrire dans ce topo général, ce que les anglo-saxons appellent le bigpicture.

K. A. Les 29 et 30 FÉVRIER 2016

IN http://www.letempsdz.com/


 

politique mone-change

Préambule

Cette contribution pour le site Algérie1 « déséquilibres économiques et monétaires et politique de change en Algérie » du docteur Camille SARI de la Sorbonne (Paris), expert financier, expert économique, à la télévision France 24, est la synthèse d’une partie du volume  sept (07), audit réalisé sous ma direction,  d’une brûlante actualité remis au Premier ministre Abdelmalek SELLAL le 15 janvier 2013.Nous n’avons procédé à aucun changement du dossier original, aux lecteurs de juger. Cette présente contributionsera suivie de deux contributions sur la grande distribution d’une amie, experte en commerce international, professeur à Bordeaux (France) et d’un expert de renommée mondiale, professeur des universités, expert international , agrégé de droit, directeur de recherches à HEC France – sur la mise à niveau du droit des affaires comme condition d’attrait de l’investissement..

Au moment où avec la chute du cours des hydrocarbures, posant la problématique de la sécurité nationale, l’Algérie risque de connaitre d’importantes tensions budgétaires, nécessitant un Front social interne solide, tenant compte des différentes sensibilités sociales grâce à un dialogue productif au profit exclusif de l’Algérie et une réorientation urgente de la politique socio-économique afin d’éviter le drame des impacts des années 1986,  j’ai jugé utile de mettre à la disposition du large public l’audit réalisé sous ma direction assisté de 20 experts internationaux (économistes- sociologues-juristes-ingénieurs) et remis au Premier Ministre le 15 janvier 2013 (huit volumes 900 pages)

Cet audit a été réalisé sans aucune rémunération, à la demande de Mr Abdelmalek SELLAL, homme de dialogue, qui nous a donné comme orientations, nous ayant laissé libre de toute initiative sans aucune contrainte,  de privilégier uniquement les intérêts supérieurs du pays et de dire la vérité, rien que la vérité, sans sinistrose, ni autosatisfaction. Cet audit réalisé avant la baisse du cours des hydrocarbures de juin 2014 au niveau mondial mais avec des prémisses dues à la chute en volume physique des exportations de SONATRACH depuis fin 2007, est d’une actualité brûlante.

Nous avons insisté fortement en préface que la bataille de la relance économique future de l’Algérie et notre place dans la compétition mondiale se remportera grâce à la bonne gouvernance et notre capacité à innover. Face aux tensions géostratégiques, des stratégies d’adaptation étant nécessaires tant au niveau extérieur qu’intérieur, espérons avoir fait œuvre utile pour le devenir de l’Algérie pour un devenir meilleur.

Professeur Abderrahmane MEBTOUL –Expert international

Contribution

« Déséquilibres économiques et monétaires et politique de change en Algérie »

Par le Dr Camille SARI expert financier, enseignant à la Sorbonne (Paris), 

Expert économique télévision France24

Premier Doctorat de 3ème cycle option monnaie-finance-banque, obtenu en 1987 à l’Université Paris X-Nanterre sur le thème : « Taux de change, rôle économique de l’Etat : à propos de modèles »

Deuxième Doctorat sur le thème : « politiques des taux de change en Algérie et au Maroc : une étude comparative » obtenu à l’Université Paris 8 en décembre 2000.

Camille SARI a enseigné dans différentes Universités parisiennes dont Paris III-Sorbonne Nouvelle, Paris XII, Paris VIII et Paris XIII ainsi que dans des grandes écoles de commerce. En tant que conférencier international, il a enseigné en Algérie, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Maroc et au Sénégal.

Animateur d’un réseau d’entreprises de l’Est parisien il a développé depuis 1982, des activités de consulting et d’accompagnement tant sur le marché français qu’au niveau international. Ainsi, il a mené des missions économiques dans 52 pays. A ce titre il a acquis des connaissances sur l’évolution économique des pays visités ainsi que sur leurs expériences lors de rencontres institutionnelles et avec des opérateurs privés.

Président de l’Institut Euro Maghrébin d’Etudes et de Prospectives.

Membre de Confrontations Europe, un Think-tank spécialisé en réflexions sur l’Union Européenne, membre de l’IRIS, il est administrateur du CAREEP (Carrefour des Entreprises de l’Est Parisien).

Chercheur-associé à l’Université du Québec de Montréal. Ancien conseiller du FMI.

Ancien membre du conseil d’Administration de l’Université Paris XIII et coordinateur de sa commission relations Université-Entreprises. Ancien secrétaire général de l’Agence de coopération franco-cambodgienne.

1.-Déséquilibres monétaires et fondements économiques

Mes propositions sont les suivantes :

-Restructurer les entreprises publiques par la formation, l’aide à l’innovation en opérant de vraies privatisations à la hongroise, c’est à dire choisir le meilleur partenaire dans son secteur d’activité. Il convient de changer en profondeur les systèmes de rémunération et de promotion interne, afin de motiver davantage les salariés et augmenter la productivité du travail. Dans la même veine, introduire plus de flexibilité et sortir des statuts du travail étatique qui sont à l’origine de beaucoup d’immobilisme.

 -Former des managers et donner aux jeunes diplômés les clés des postes les plus stratégiques au sein des banques et des entreprises et renoncer aux privilèges de la promotion par l’ancienneté. Cela ne veut pas dire la mise à l’écart des seniors mais un mix-management expérience- savoir moderne.

-Réformer dans les plus brefs délais le système bancaire avec des moyens de paiements modernes, la généralisation de l’utilisation des chèques et des cartes de crédit ainsi que l’extension de la bancarisation à l’échelle régionale et locale. Il convient d’établir de nouvelles relations banques-entreprises en stimulant la distribution de crédits aux PME et aux jeunes créateurs d’entreprises. -créer des pépinières et des incubateurs en dotant les Wilayas et les collectivités territoriales de pouvoirs économiques réels et former des animateurs de ces structures

-Introduire une dose de protectionnisme, sans tenir compte d’une hypothétique adhésion à l’OMC qui n’apportera pas grand chose à l’Algérie, compte tenu de la structure de son commerce extérieur. Des instruments doivent être mis en place afin de réduire les importations de biens de consommation, par l’encouragement de la production nationale et des variations de taxes selon les produits. L’importation de biens d’équipements et de produits semi-finis ainsi que des matières premières peut s’avérer nécessaire au développement économique.   La dévaluation ne serait pas judicieuse car elle entraînerait un renchérissement des produits importés même ceux de première nécessité (l’Etat dans ce cas doit mettre la main à la poche afin de stabiliser les prix) et surtout elles altéreraient de façon durable la confiance en la monnaie nationale. Cela pourrait générer des fuites illicites de capitaux,

-Créer un arsenal institutionnel afin de favoriser la création d’entreprises et stimuler la productivité et l’innovation des PME (prêts bonifiés, garanties d’emprunts, fiscalités différenciés et incitatives).

L’Etat peut accompagner cette nouvelle politique du crédit par des bonifications des taux d’intérêts et un ciblage des secteurs prioritaires, L’inefficacité du modèle de développement fut perceptible lors de nos visites des entreprises algériennes (SNVI, PMA, ENIEM, BCR..etc). Le visiteur étranger peut percevoir la différence de gestion entre des entités publiques et privées en comparant le management dans des hôtels étatiques et des hôtels privés. Un ancien DG de l’hôtel public de Zeralda me disait «  je suis à la tête d’un bateau qui coule, aucune politique de maintenance, le personnel pléthorique est déresponsabilisé et démotivé, l’accueil des clients est désastreux sans compter l’absence d’une politique touristique digne de ce nom. La formation et le système éducatif ont influé négativement sur la productivité du travail. Le rapport de l’OCDE 2008 a pointé leur faible efficacité interne et externe. Les taux d’abandon et de redoublement restent élevés et les diplômes sont mal préparés à la vie active. Les enseignants, mal rémunérés (comparativement à leurs voisins marocains et tunisiens) et peu préparés à des formations en adéquation avec les métiers d’avenir, n’ont pas les moyens de transmettre le savoir qui permet aux étudiants de se rendre opérationnels dès leur sortie des écoles publiques et Universités. Les Ecoles privées, à quelques exceptions près, offrent des solutions innovantes, grâce à des partenariats noués avec des instituts étrangers.. Plusieurs études montrent que le bilinguisme et le trilinguisme sont une richesse à faire acquérir dès le plus jeune âge. La formation professionnelle des salariés et des cadres dirigeants n’est pas encore au niveau, notamment dans les métiers et le management. Des grandes écoles privées tentent de pallier ce manque non sans difficultés. Elles ont le mérite d’agir dans un contexte peu favorable au système privé et accueillent des étudiants et ou cadres qui ont suivi jusqu’au baccalauréat un cursus en arabe. Les partenariats avec des Universités et grandes écoles étrangères sont d’un apport considérable. Les autorités devraient accompagner ces initiatives et ne pas encourager (sauf pour certaines formations) l’expatriation des étudiants, car il y a de forts risques à ce que ces derniers restent dans le pays d’accueil, une fois la formation terminée. -La politique salariale a joué en défaveur de la productivité. On peut déduire qu’il y a bien un problème d’efficacité économique et de rentabilité de l’économie algérienne, qui altère les rapports monétaires et par-là même la Valeur Propre de la Monnaie et sa valeur relative. En effet les déficits cumulés des entreprises algériennes appellent systématiquement au recours aux concours financiers de l’Etat, donc une création ex-nihilo excessive de la monnaie.

2- Valeur de la monnaie et politique salariale

Le marché du travail informel qui concerne les microsociétés de moins de 10 salariés, ne respecte ni le code du travail, ni les accords salariaux. D’après certaines estimations, seulement 27% des travailleurs du secteur privé furent couverts par la législation du travail en 1991 (L’observateur du 3 au 9 mars 1991). Outre que ce secteur constitue un manque à gagner pour l’Etat au niveau taxes et fiscalité, il est à l’origine de faillites d’entreprises du secteur formel.   La faible productivité est à l’origine de la dépréciation de la valeur interne de la monnaie. En effet la baisse de la production, induite par le manque de productivité, en se combinant à la distribution accrue de revenus, aiguisera les tensions inflationnistes. En apparence les faibles niveaux de salaires sont considérés comme facteur décisif de compétitivité. Mais en cas de sureffectifs de faible productivité, le coût global du travail est relativement élevé.

A partir                                                                                                                                                                                        de l’an 2000, il a été constaté des réductions d’emplois notamment dans l’industrie et le recours massif à des CDD. Ce mouvement s’est accompagné d’une baisse importante des salaires dans le PIB qui ne dépasse pas 20% en 2005, alors qu’il était de 40% en 1986. Ce niveau est nettement inférieur à celui des pays du Maghreb (Tunisie 37% et Maroc 30%) et sans commune mesure avec celui des pays industrialisés (France 52%). Lorsqu’on ajuste les données pour tenir compte de la productivité, l’Algérie passe au 2ème rang, derrière le Maroc et à une moyenne de 15% pour l’échantillon de pays. Cette situation risque d’affaiblir la compétitivité au moment précis où l’économie se libéralise avec l’Accord d’association avec l’Union européenne et l’adhésion prochaine à l’OMC. D’après des études convergentes le taux d’inflation était supérieur à 10%. L’Algérie dépend des importations dans presque tous les domaines. Or, les prix des produits comme le lait, la semoule et ceux des matières premières ont connu une forte hausse sur les marchés internationaux. On peut difficilement imaginer que cette hausse n’a eu qu’un impact de 1 point sur l’inflation algérienne. C’est donc quasiment impossible d’accepter le chiffre avancé par l’ONS. L’inflation en Algérie n’est pas importée mais elle est structurelle au marché et poussée par les pratiques spéculatives. Toutefois, tant que le marché national demeure dépendant des aléas du marché mondial, les prix à la consommation auront du mal à connaître une stabilité et, sans doute, la spéculation sur le taux d’inflation en Algérie se poursuivra. Certes, pour le moment le gouvernement a entrepris une politique de subvention de certains de ces produits, comme, le lait, les céréales et la farine, pour maintenir les prix à leurs niveaux actuels ; mais cette solution demeure provisoire et ne fait qu’alourdir les dépenses publiques. Pour surmonter définitivement le défi de l’inflation, il n’y a que la réduction de la dépendance vis-à-vis des importations, et ce, à travers la consolidation de la production locale. Alors que l’inflation est maîtrisée dans le monde entier en raison de la crise mondiale, l’Algérie connaît une flambée des prix et tous les dispositifs mis en place par le gouvernement pour contrôler les prix de certains produits semblent impuissants devant la volonté du marché, aux dépens des ménages et de leur pouvoir d’achat. L’informel serait l’une des principales causes mais pas seulement. Les rentrées de devises ont augmenté le pouvoir d’achat des classes moyennes et aisées. Mes visites à Alger en 2009 et 2010 des marchés dans les quartiers populaires comme celui plus huppé d’Hydra ont été éclairantes. Des produits importés du monde entier et le goût pour les produits étrangers caractérisent le comportement des consommateurs. Vu la désorganisation des circuits de distribution et une certaine mainmise exercée par des forces économiques occultes, on assiste à des ententes et à des mouvements spéculatifs comparables à ce que j’ai constaté en Russie ces dernières années. Ces explications permettent de cerner les facteurs internes qui influent sur la tendance haussière de l’inflation. Se pose alors la question de savoir pourquoi une déflation au niveau mondial n’a pas comme conséquence un recul de l’inflation en Algérie, du moment que la flambée des cours des matières premières en 2008 conséquemment à la chute des cours du pétrole s’était immédiatement fait ressentir.

3.-Valeur de la monnaie et déséquilibres monétaires.

 Une création excessive de monnaie sans contreparties réelles (plus précisément sans création de richesses) entraîne une dépréciation de la valeur interne de la monnaie. Ce n’est pas l’augmentation de la masse monétaire en soi qui est en cause, mais c’est la faiblesse des variables réelles qui explique les déséquilibres monétaires. La Banque Centrale d’Algérie (BCA) exerce les fonctions classiques d’une banque centrale. Il est à signaler qu’il n’existe pas un partage strict des domaines d’intervention entre les trois établissements BEA, BNA, et CPA. Les bilans publiés par les banques sont excessivement synthétiques, et indiquent rarement la prise en charge par l’Etat des défaillances. Une fraction appréciable des crédits bancaires est en fait immobilisée, voire irrécouvrable. Le caractère volontariste des interventions bancaires se déduit de la part des entreprises publiques du trésor et des collectivités locales dans les financements. Les crédits accordés aux entreprises privées restent très modiques, ceux aux ménages étaient nuls jusqu’à ces dernières années qui ont vu les prêts à la consommation flamber. La couverture des financements par les dépôts est faible. D’ailleurs 70 % des dépôts aux CPA étaient constitués d’avoirs des entreprises, la part des particuliers qui thésaurisent énormément, ne dépassant pas un quart. Les banques algériennes distribuent des prêts sur fonds publics. Plus généralement, jusqu’à une période récente, l’ensemble des financements bancaires d’investissement étaient soumis aux règles strictes de la planification. La réforme de l’entreprise publique doit logiquement entraîner celle de la banque avec une réduction de ses interventions sur ressources publiques. Les banques devant décider de manière autonome du financement des investissements décentralisés. La description des circuits et des institutions de financement suggère :

-La nature exogène de l’offre de monnaie. La création de monnaie ainsi que le volume de la masse monétaire sont des variables instrumentales au service du modèle de développement économique et social.

-L’ambiguïté de la place de l’appareil bancaire dans l’économie algérienne.

Etatique sur le plan juridique, celui-ci risque de subir les influences des techniques et des comportements des banques d’économie libérale. Son approche (qui s’avère de moins en moins discutée) consisterait à ne financer que les projets d’investissement financièrement rentables, pris un à un. Etudier l’offre de monnaie revient à étudier la quantité de monnaie créée pour permettre à l’économie de fonctionner et de croître selon les besoins de l’économie. Cependant, la création monétaire, si elle est fonction de la politique de croissance, dans le court terme, se trouve soumise à certains facteurs hétérogènes qui déterminent son évolution : revenu national, réserves de change, structure des prix relatifs et niveau moyen des prix des biens et services, taux de salaire, thésaurisation, etc…

4.-Quid de la réforme bancaire

Mon plaidoyer à travers la presse ou lors de rencontres avec des responsables de haut niveau (ministres des finances, gouverneurs et vice-gouverneurs de la banque d’Algérie..) en faveur de la réforme bancaire trouve un écho au point qu’un ministre délégué à la réforme bancaire fut crée. Sa disparition nous a surpris. Les résultats ne sont cependant pas au n iveau des exigences de l’économie nationale. D’après le quotidien El Watan (7/6/2009) qui rapporte les propos du premier ministre lors de la présentation du plan d’action aux 2 chambres fin mai 2009, la réforme bancaire n’est plus sur la table du gouvernement. Lors de mes conférences à l’INSIM en janvier 2009 sur la crise financière mondiale et son impact sur l’Algérie dont la presse a fait écho, j’ai alerté sur cette quiétude régnante à Alger au niveau des discours du 1er ministre sur la déconnexion du système bancaire algérien par rapport à la finance internationale. J’ai expliqué que tout d’abord cela ne doit pas être l’occasion de maintenir le statu quo et l’inertie et qu’au contraire l’Algérie risque de puiser dans ses réserves de change compte tenu de la chute des prix du pétrole. J’ai indiqué que cette crise doit être l’occasion de réformer le système bancaire mais aussi toute l’organisation de l’économie réelle. Le secteur bancaire est à 95% à capital public. Les banques privées sont, soit filiales de banques européennes ou arabes. Aucune banque ne dispose de capitaux algériens. Celles-ci ne sont pas autorisées à prêter aux entreprises publiques afin dit-on de prévenir des conséquences de faillite comme ce fut le cas avec Khalifa. Les institutions internationales appellent à une privatisation des banques algériennes. En vain. Les autorités ont renoncé en 2008 à la privatisation du crédit populaire alors que le dossier était bouclé et que les candidats étaient légion et de bonne qualité. Dans le cas algérien, il serait difficile de parler de politique monétaire. La Banque d’Algérie est -d’après les dires de certains de ses responsables- une grosse imprimerie de billets de banque au service d’une politique économique laxiste et d’entreprises structurellement déficitaires. Celles-ci absorbent une masse considérable de crédits et des dotations budgétaires accordées quasi automatiquement. Il est clair que de ce fait, la VPM et la VRM s’en trouvent affectées. Malgré les tentatives de réformes qu’on peut juger trop timides, le passé pèse de tout son poids et il est difficile de s’en sortir dans le contexte politique et social actuel. Des mesures draconiennes se traduiraient par des licenciements massifs et donc des tensions sociales très fortes. Le retard considérable du secteur bancaire et financier est un frein au développement des entreprises et de l’ensemble de l’économie. Le secteur financier joue un rôle fondamental dans l’accélération des processus d’échanges de biens et de services. Il est à l’origine de toutes les allocations optimales des ressources financières devant stimuler l’activité économique, l’emploi, ainsi que l’amélioration de la productivité et l’innovation. Le secteur financier renforce la résilience et augmente la flexibilité de l’économie lorsqu’elle subit un choc externe. La croissance économique a été particulièrement volatile en Algérie en raison principalement d’une structure de production insuffisamment diversifiée et de la dépendance des termes de l’échange imposés internationalement. Un secteur financier efficace permet aux ménages de maintenir leur consommation en temps troublés et aide les entreprises à opérer les adaptations conjoncturelles des facteurs de production.Une fois décrits et analysés les ingrédients plus ou moins « explosifs » provoquent les rapports monétaires, examinons à présent les contraintes extérieures qui pèsent sur une économie fortement dépendante.

5.-Politique de change et contraintes extérieures.

Les déséquilibres économiques sont liés aux structures productives nationales et aux distorsions s’exprimant sur les marchés internationaux. L’économie algérienne est de petite taille, très ouverte. De ce fait elle est dépendante de l’extérieur. L’ouverture et la dimension économique expliquent pour une grande part la naissance et le développement des déséquilibres. La spécialisation renvoie à l’intégration plus ou moins grande au sein de la division internationale du travail. La sensibilité de la production nationale à la concurrence internationale est d’autant plus importante que l’économie est de dimension modeste. Nous sommes en présence d’une hypothèse d’espace économique petit face à un « espace économique plus grand » et des interférences positives ou négatives entre les deux. Autrement dit, il s’agit de transmission des déséquilibres entre des économies d’inégal développement entre price-taker et price-maker. La contrainte extérieure prend la forme de différents déficits : déficit alimentaire, déficit commercial et déficit financier (déficit budgétaire et endettement).. Les origines de ces déséquilibres remontent à la période coloniale durant laquelle les structures productives et d’échange ne pouvaient répondre aux besoins spécifiques des populations. Le modèle algérien de développement repose sur l’utilisation extensive des ressources naturelles. Il a par la suite montré ses limites suite au retournement de conjoncture internationale, notamment en 1986 et 1998/1999. Donc spécialisation des productions et modèle de croissance sont responsables des échecs économiques. Il est paradoxal de constater que l’indépendance économique qui devait se réaliser grâce à l’industrialisation a sombré dans une dépendance inextricable. Cette tendance fut accentuée par un taux de change du dinar surévalué. La différence de prix n’est pas la seule explication, la qualité joue un rôle majeur. Cela est à l’origine de l’épanouissement des marchés informels de biens et de devises. La dépendance totale à l’égard des revenus tirés des hydrocarbures constitue un handicap très grave pour l’avenir de l’Algérie. Au cours des trente années qui suivirent l’indépendance, le pays a vécu avec l’idée que les hydrocarbures pourraient se substituer aux autres sources de revenus en devises. La volonté d’indépendance poussait vers un développement introverti de l’économie (refus d’intégration au marché extérieur) et tendait à éviter toute dépendance vis-à-vis du marché international. Cette certitude dans une option indépendantiste (économiquement parlant) a empêché la mise en valeur d’autres sources de recettes en devises : les transferts des travailleurs Algériens à l’étranger, les exportations autres que les hydrocarbures (agricoles et industries légères), le tourisme, l’artisanat…La crise financière mondiale de 2008 est le prétexte de revenir sur l’ouverture économique timidement mise en place pendant la décennie 2000. En réalité l’économie algérienne est foncièrement extravertie. L’architecture du système productif contenait les ingrédients d’une dépendance inextricable (importations par les entreprises publiques de matières premières et de pièces de rechange et plus généralement d’inputs en raison d’une diversification insuffisante du tissu industriel local). La facture alimentaire et les importations de médicaments sont en constante augmentation. Il convient de sortir le secteur du tourisme de sa léthargie en privatisant des installations hôtelières qui sont des « grands bateaux en pleine déperdition » dixit un responsable économique à Alger.

6.-L’Algérie dispose d’atouts

Un pays comme l’Algérie, qui dispose d’atouts climatiques et géographiques aussi comparables que ses voisins devraient tirer profit d’une politique touristique hardie. Mais des réticences d’ordre politique et culturel l’en empêchent. L’Etat devrait encourager les investissements privés, tant nationaux qu’étrangers et développer ce gisement, source de revenus en devises. Cela aiderait à créer des emplois et induirait des retombées économiques sur les populations. En ce qui concerne les flux monétaires à attendre des Algériens résidant à l’étranger, il est indispensable que la monnaie nationale impose sa crédibilité et acquière une valeur intrinsèquement stable. L’Algérie est l’un des rares pays (émetteur d’émigrations) à ne pas bénéficier de rapatriements conséquents de l’épargne de ses nationaux. Le manque à gagner est estimé à 6 milliards de dollars par an. L’élimination du marché noir des devises, le développement du réseau bancaire algérien en Europe et l’encouragement des investissements des Algériens résidant à l’étranger sont quelques pistes pouvant déboucher sur un retour à la confiance. C’est le leitmotiv que nous avons lancé à maintes reprises dans la presse algérienne. Un début de réponse paraît à travers les instructions du ministre des finances citées dans le quotidien arabophone Al Khabar en date du 6/11/2009 qui évoque la présence à l’étranger notamment en Europe de 100 000 entrepreneurs d’origine algérienne ainsi que la constitution d’associations professionnelles regroupant des Algériens basés en France. Les banques algériennes et les filiales de banques étrangères sont sollicitées. Il convient néanmoins de mettre en place des incitations qui déplacent l’offre de devises des résidents algériens du marché parallèle plus rémunérateur vers le marché officiel. On put citer :

-des rémunérations des dépôts plus attractifs

-un accompagnement en matière d’investissements immobiliers et industriels et commerciaux avec l’octroi de prêts bonifiés dès lors que les non résidents bloquent leurs avoirs dans le circuit bancaire

-l’organisation d’un salon de l’immoblier en France destinée à la communauté algérienne afin de faire connaître les programmes d’accession à la propriété en Algérie ainsi que les financements bancaires et les dispositifs réglementaires

-un plan de communication informant sur les avantages d’investir en Algérie

Les canaux officiels de transferts des avoirs des algériens résidant à l’étranger ne supprimeront pas le marché noir des devises. Le contrôle strict en Europe des dépôts en espèces et leur limitation. Les banques européennes ont l’obligation de demander la provenance des fonds en cas de versements d’espèces et le Gafi peut déclencher une enquête si les sommes déposées excèdent un certain montant et si le caractère répétitif est avéré. Beaucoup de transferts se font actuellement sur le marché parallèle pour des raisons d’évasion fiscale. Le plus souvent ces transferts ne se traduisent pas par des rentrées de devises au pays. L’entrepreneur ou le particulier Algérien résidant en Europe va obtenir des dinars en Algérie contre remise de devises à un résident algérien qui souhaite les dépenser et investir à l’étranger. C’est une opération neutre par rapport au solde de la balance des paiements. Dans une interview donnée au quotidien Libérté (19/04/2007), j’ai préconisé d’installer des banques algériennes à l’étranger, en particulier en France pour capter l’argent des émigrés. La communauté marocaine basée en Europe, transfère 4 à 5 milliards de dollars vers le Maroc. On peut estimer qu’il y a un potentiel équivalent concernant la communauté algérienne établie sur le Vieux Continent. Les banques marocaines pour encourager les transferts ont accordé jusqu’à 12% de taux d’intérêt. Il faut appliquer des bonus pour que les ressortissants nationaux transfèrent leur argent vers l’Algérie, leur donner la possibilité d’acquérir des biens immobiliers en Algérie, en les accompagnant s’il le faut financièrement. Les banques marocaines ont établi des succursales en Europe en partenariat avec des banques françaises. Cela facilite les transferts. L’Algérie peut drainer 10 milliards de dollars correspondant aux transferts de la communauté algérienne basée en Europe pour peu qu’une politique d’accompagnement soit mise en place. Actuellement les avoirs des résidents algériens en Europe sont échangés sur le marché parallèle, selon un fonctionnement désastreux pour l’Algérie. Des résidents algériens offrent des dinars contre des devises fournies en dehors du pays. L’opération est blanche ; pas un cent n’est transféré. L’affranchissement du tout pétrole passera par une revalorisation du travail et la sanction de tout laxisme. , l’Algérie, qui exporte presque uniquement du pétrole et du gaz, facture ses ventes en dollar. Mais la majorité de ses importations, notamment des produits alimentaires et des services, proviennent d’Europe et/ou elles sont facturées en euro. Cette situation présente au moins trois risques pour l’économie nationale : une fonte rapide des réserves de change, une forte hausse de l’inflation et l’apparition d’une dépression. Avec la chute du dollar, les recettes en devises baissent mécaniquement. L’inflation, même si elle est artificiellement contenue en interne grâce aux subventions gouvernementales, augmente fortement à l’extérieur. Et en l’absence d’un plan de relance de la production nationale conjuguée à une politique de réduction des importations, la consommation pourrait baisser durablement. La situation économique du pays deviendrait alors difficilement gérable. Et les mesures prises visant surtout à réduire les importations pour freiner les sorties de devises risquent de s’avérer rapidement inefficaces. La politique de taux de change tente de tenir compte de la stabilité externe. Mais cela ne suffit pas à impacter durablement une compétitivité externe hors hydrocarbures pour des raisons structurelles. La politique de taux de change doit être accompagnée par d’autres actions de politique économique visant à accroître la productivité et la diversification de l’économie nationale.

Les raisons d’une politique économique et des réformes sont multiples :

– la non-performance de l’économie

– le manque de diversification et d’intégration d’une économie intégrée aux exigences de la mondialisation,

-la vulnérabilité croissante de l’économie algérienne et la très forte dépendance à l’égard d’une seule source de revenus en devises pour son fonctionnement et son développement,

-l’incapacité de l’appareil productif de créer des emplois et d’assurer la croissance.

8.- Le dinar algérien sous évalué ou sur évalué ?

A propos de la réévaluation du dinar, la réponse du gouvernement algérien ne s’est pas faite attendre via la Banque d’Algérie qui a émis de fortes réserves, voire un refus. Lorsque le FMI avance l’idée d’une réévaluation du dinar la banque d’Algérie s’y oppose. Voici leurs arguments respectifs : La dévaluation a été préconisée dans le passé par le FMI. Il avait prôné, dans le cadre d’une politique d’ajustement structurel, des recommandations qu’on connaît bien, telles celles liées à la privatisation des entreprises ainsi que le retrait de l’Etat, etc. Ces mêmes recommandations ont bien montré leur échec, de l’avis même du FMI. Il y a eu ensuite cette recommandation qui porte sur la nécessité de dévaluer la monnaie algérienne. Pourquoi ? Cette dévaluation avait pour but de stimuler les exportations. Le FMI dit simplement que si vous dévaluez, vous allez exporter davantage et avec les devises engrangées vous pouvez rembourser vos dettes. J’ai établi (C. SARI, 2000) le bilan des recommandations du Fonds monétaire international où j’avais démontré que ces mêmes recommandations, celle qui porte surtout sur la dévaluation de la monnaie, ont contribué à la décroissance au détriment du développement économique. Ces recommandations étaient plutôt des schémas préfabriqués. Autrement dit, on appliquait le même remède à tous les malades. Pour le cas de l’Algérie, c’est une aberration de penser que la dévaluation du dinar est capable d’encourager les exportations. Les problèmes sont multiples. D’abord, l’Algérie est un pays exportateur d’un seul produit, à savoir les hydrocarbures. Un autre problème lié à la qualité des produits que l’on veut exporter ainsi qu’à l’insuffisance du réseau de l’exportation vers l’étranger vient compliquer davantage cette situation. Le taux de change en 2009 est équilibré et reflète quelque peu la valeur du dinar. Il répond surtout aux conditions du marché. En cas de dévaluation, cela va aggraver le pouvoir d’achat des citoyens. Une dévaluation veut dire que le prix des importations va augmenter. Cela a pénalisé les consommateurs et stimulera l’inflation. Pour les produits de première nécessité subventionnés, l’Etat devra compenser la hausse des prix des produits importés pour éviter des tensions sociales. Cela creusera davantage le déficit de l’Etat. Dans toutes les théories économiques, les économistes n’ont jamais préconisé la dévaluation pour stimuler l’économie, parce que nous avons ce que nous appelons la courbe en U, très connue chez les spécialistes. C’est-à-dire que la dévaluation commence par faire augmenter les exportations, mais ceci n’est pas applicable pour le cas de l’Algérie. On peut imaginer un appel à la dévaluation émanant de certaines entreprises qui craignent la perte de parts de marché dans le cadre de l’adhésion de l’Algérie à la Zone arabe de libre-échange. Mais les PME algériennes peuvent être aidées par le biais d’une panoplie de mesures. La dévaluation est comme une drogue, elle dure un moment mais ce n’est pas le meilleur remède pour résoudre tous les problèmes. En dévaluant le dinar le gouvernement algérien pensait museler les importations. Mais un contexte de crise mondiale, les prix des matières premières sont de tendance descendante sur les marchés internationaux. Cette tendance n’est pourtant de mise sur le marché algérien. Cela s’explique par le comportement des entreprises importatrices. Les importateurs ne reproduisent pas les mêmes prix appliqués sur les marchés internationaux. Ce que je peux constater c’est qu’en Europe, il y a une baisse importante des produits alimentaires, ceux, de l’automobile et de tous les autres destinés à la consommation des ménages. On se demande dès lors pourquoi cette même tendance ne se répercute pas en Algérie. Vu qu’il y a une ambiance d’euphorie sur la richesse du pays, les importateurs ne baissent pas leurs prix. Pis, ils augmentent leurs marges à tort et à travers et le résultat est que maintenant les niveaux de prix sont plus chers qu’en Europe. Les autorités monétaires ont la maîtrise de leur politique de change. Grâce à des réserves de change confortables, la menace d’une pénurie de devises et d’une pression du marché parallèle s’éloigné. Mais rien n’est irréversible. 50% au moins de ces réserves sont placés en bons du Trésor.

Conclusion

Le problème des investissements étrangers en Algérie ne peut pas se régler par décrets ou lois mais par un contexte économique et une base industrielle rénovée ainsi qu’une main d’œuvre qualifiée et des jeunes formés aux techniques de management et aux NTIC. L’exemple de la Chine, qui a crée massivement des zones de développement dans les provinces les plus reculées afin d’accueillir des entreprises étrangères est édifiant. Les véhicules chinois commercialisés en Algérie par ELIESCOM, sont produits par l’usine de Changchun dans le Nord est de la Chine. Cette fabrication est le fruit d’une co-production et d’un partenariat avec Wolgvagen. Je suis ce partenariat depuis 1994 et je me suis rendu compte à quel point ce mariage fut gagnant pour les deux parties allemande et chinoise. J’ai été frappé par les efforts gigantesques mis en œuvre par les sous-traitants chinois afin de moderniser leur outil de travail et former leur personnel. Le résultat est probant FAW peut se passer de l’assistance allemande. La politique du taux de change se caractérise par trois phases antinomiques. La première phase (politique de taux de change « nationaliste ») qui a duré plus de deux décennies a vu un dinar stable, surévalué et complètement déconnecté par rapport à la structure de l’économie nationale et à l’évolution de l’environnement international. Cette politique s’est révélée négative. La deuxième phase, qui a démarré en 1987, est marquée par une dépréciation constante et progressive du dinar. Le développement de la spéculation (notamment le « trabendo » qui veut dire contrebande) a aggravé la détérioration du dinar. Le tarissement des transferts de l’émigration algérienne est une des causes essentielles de cette détérioration. Contrairement à des pays « émetteurs » de main-d’œuvre ( Egypte, Maroc, Tunisie etc…), l’Algérie est le seul pays au monde qui ne bénéficie pas de transferts conséquents de ses travailleurs à l’étranger. Il y a essentiellement deux raisons qui expliquent la pénurie de devises et son corollaire l’épanouissement du marché noir des devises.

– l’Etat a verrouillé les sources d’approvisionnement en devises en instaurant un cadre dirigiste même s’il a été assoupli (ouverture de compte-devises auprès des banques nationales, importations sans transferts etc..)

– Les distorsions structurelles et politiques n’ont jamais permis à l’Algérie de diversifier et de consolider ses sources de revenus en devises. Les recettes en devises résultant d’activités touristiques sont extrêmement faibles et les exportations sont à 95 % limitées aux hydrocarbures. Le manque de confiance dans la monnaie nationale et les entraves aux échanges de biens et services ainsi qu’à la circulation des capitaux renforce les transactions sur le marché parallèle des devises. La politique de change ne peut réussir que si elle est accompagnée d’une mutation complète de l’économie. C’est celle-ci qui conditionnera la convertibilité du dinar. Plusieurs conditions objectives doivent être réunies :

-un allégement de la dette

-diversification des sources de revenus en devises en améliorant les exportations de produits autres que pétroliers.

-des réserves de change très importantes afin de soutenir la monnaie nationale.

La troisième phase (1ère décennie 2000) coïncide avec une disponibilité en devises assez confortables afin de ne pas mettre sous tension la valeur du dinar sur le marché parallèle. Néanmoins cette situation n’est pas irréversible et la recherche d’autres sources de revenus extérieurs autres que les hydrocarbures (diversification des exportations, développement du tourisme et des investissements étrangers productifs, canalisation des transfères des Algériens résidant à l’étranger..)

Par Contribution | 31/08/2015 | 15:42, Algérie1

CAMILLE SARI