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Au fond des choses avec Hocine Malti : Sur Sonatrach, les réserves de gaz, la formation des cadres et l’état de l’Algérie

Ali Saket
Mardi 27 Septembre 2011
lanation.info

Le secteur vital des hydrocarbures a été mis en « débat » récemment avec la publication des câbles diplomatiques par l’organisation Wikileaks avec notamment des estimations alarmistes sur l’état des réserves gazières. Ce thème et d’autres questions liées au secteur des hydrocarbures et donc nécessairement à l’état général du pays sont évoqués au fond dans cet entretien avec Hocine Malti, un des fondateurs de Sonatrach et l’auteur d’une « Histoire Secrète du Pétrole Algérien » publié aux éditions « La Découverte ».

La Nation : Un câble de Wikileaks rendu public récemment  laisse penser que l’Algérie éprouverait bientôt des difficultés à honorer ses contrats gaziers en raison de l’épuisement des gisements. Qu’en est-il d’après vous ?

Hocine Malti : En fait, ce câble reprend les propos de l’ancien DG de BP Algérie qui annonce que le pays ne pourrait plus honorer ses engagements à partir de 2014. Si l’on se base sur les chiffres publiés par le ministère de l’Energie, l’Algérie aurait exporté 69 milliards de m3 de gaz naturel en 2008 et 63 en 2009. Certes il y a une diminution des quantités exportées non pas en raison de l’épuisement de la ressource mais du fait de la baisse de la demande, probablement en lien avec la crise économique globale.  L’Algérie produit environ 140 milliards de m3 par an dont grosso modo la moitié est réinjectée dans les puits (après extraction des condensats) et l’autre moitié est commercialisée. Au rythme actuel de production et de consommation les quantités de gaz réinjectés représentent à elles seules la couverture des besoins de l’exercice suivant. Il est néanmoins certain que dans un avenir assez lointain la production pourrait baisser mais certainement pas dans les années à venir et encore moins à partir de 2014. Cette réalité peut être illustrée, entre autres,  par le fait que le nouveau gazoduc Galsi qui doit approvisionner l’Italie via la Sardaigne devrait entrer en fonctionnement en 2014. Ce gazoduc est propriété d’un consortium composé de Sonatrach, associé minoritaire et de compagnies étrangères, italiennes en particulier, dont on voit mal qu’elles se seraient engagées avec une confondante légèreté sur des engagements à long terme. Le même raisonnement explique le récent règlement du litige qui avait opposé la Sonatrach à la compagnie espagnole Gas Natural.

Siège de la Direction Générale de Sonatrach à Alger
Mais alors pourquoi ce représentant de BP avance-t- il des prévisions aussi alarmantes ?

Soit par incompétence soit, ce qui est plus probable, parce qu’il cherche à nuire à l’image de Sonatrach. Ce dirigeant avance, selon ce même télégramme, que BP est l’une des trois grandes compagnies mondiales qui maitrise la technique d’exploitation des gaz de schiste, ce qui est exact. S’agirait-il alors d’une approche marketing qui viserait à pousser Sonatrach à se lancer dans l’exploitation de ces fameux gaz de schiste ?

Il est quand même incompréhensible qu’un responsable de ce niveau puisse colporter de telles allégations et que l’ambassadeur des Etats-Unis les prenne pour argent comptant. Ceci alors même qu’il aurait pu vérifier une information aussi sensationnelle auprès des compagnies américaines présentes en Algérie !

C’est effectivement incompréhensible. Par ailleurs, dans l’hypothèse où la situation des gisements aurait atteint un tel seuil catastrophique, à brève échéance de surcroit,  je vois mal l’ancien ministre de l’énergie ne pas en référer au chef de l’Etat, quoique l’on puisse penser des uns et des autres. Cette autre affirmation de l’ancien DG de BP est au moins aussi surprenante que celle relative au soi-disant épuisement des réserves de gaz. Imaginez vous que l’on dise aujourd’hui pour le lendemain qu’on ne livre plus de gaz à la France ou à l’Italie…C’est purement invraisemblable. Il ne s’agit pas de gestion boutiquière, mais bien de relations stratégiques et de questions éminemment sensibles. Comment penser qu’à l’image d’un épicier de quartier Sonatrach dise à l’un de ses clients « Ca manque…. ». Ce n’est pas sérieux.

La presse nationale s’est fait récemment l’écho de propos particulièrement sévères de l’actuel ministre de l’énergie Yousfi sur la situation héritée de son prédécesseur le décidemment très contesté Khelil en matière de formation. Existe- il vraiment un risque de pénurie de cadres dans le secteur des hydrocarbures ?

Si les propos rapportés par la presse sont exacts et si la réalité est telle que décrite, nous nous trouvons alors devant une situation désastreuse : l’Algérie est revenue quarante ans en arrière, au moins. Le ministre dit que nous avons pris un énorme retard dans le forage et que nous n’avons pas d’équipes d’engineering. S’agissant du forage, l’effort de formation consenti dès les années soixante-dix avait permis de produire un nombre de cadres qualifiés au point qu’une bonne partie des équipes de foreurs opérant aujourd’hui dans le Golfe sont constituées d’Algériens. En Algérie même, les plus grandes compagnies de forage au monde, Nabors par exemple, emploient des ingénieurs et techniciens algériens débauchés de Sonatrach. Au sujet de l’engineering, le ministre ne fait que confirmer ce que l’on savait et que j’avais personnellement dénoncé en de nombreuses occasions, à savoir que BRC n’avait pas formé d’Algériens dans ce domaine et n’était, en réalité, qu’une courroie de transmission, un apporteur d’affaires agissant pour le compte de Brown and Root, filiale de Halliburton, dont le président n’était autre que Dick Cheney, vice-président des Etats-Unis.
L’exode massif de cadres est le résultat direct de la faiblesse des rémunérations, de l’absence de plan de carrières et plus généralement de la politique de gestion de personnel voulue par Chakib Khelil en personne. Le système mis en place pour la promotion des cadres par ce ministre n’a servi en définitive que de camouflage à la promotion des pistonnés et des protégés et bien évidemment, au départ en nombre des plus expérimentés et des plus méritants. D’ailleurs pour revenir à ce fameux télégramme diplomatique américain, l’ambassadeur reconnait lui même qu’à une seule exception, tous les cadres supérieurs de la Sonatrach restés en place après les arrestations de 2010 ne présentaient pas le niveau requis par leurs fonctions.
Quant à l’IAP, sa situation s’est particulièrement  dégradée suite à la décision de Chakib Khelil de transformer l’Institut en entreprise privée en y associant une compagnie étrangère, la norvégienne Statoil. L’actuel ministre déplore que l’Algérie  n’ait pas formé le moindre spécialiste de l’offshore. Ceci est d’autant plus étonnant que l’associé norvégien est précisément l’un des plus grands spécialistes au  monde de l’offshore…On  peut se poser légitimement des questions sur un tel état de fait plutôt curieux. Peut-être est il plus profitable pour des intérêts particuliers de faire appel à des compétences extérieures plutôt qu’à des nationaux…

La situation du secteur des hydrocarbures nous emmène naturellement à évoquer celle du pays. Dans un contexte international troublé l’Algérie semble en panne de projet et de perspectives ?

Le seul projet que l’on peut identifier est celui du maintien en l’état du régime grâce à la rente hydrocarbures justement. Le régime dispose d’un très important matelas financier qui lui permet d’acheter un semblant de paix sociale et de conforter ses fragiles alliances extérieures. Ce que l’on constate aujourd’hui est que de l’ensemble des pays de la région, le seul pays immobile est l’Algérie. Tous ont bougé, du Maroc, même si c’est superficiel, à l’Egypte. L’Algérie est sans voix alors même que l’Otan est à ses portes. Il fut un temps où les Occidentaux tenaient  compte de la position algérienne, sourcilleuse quant aux intrusions étrangères et aux aventures militaires des puissances extracontinentales. Cela appartient au passé. Le régime actuel est complètement dépendant pour sa survie de ces puissances qui ne rencontrent donc plus aucune résistance dans leurs stratégies de domination. Mais cette situation ne peut perdurer,  car un pays composé à plus de 70% de jeunes de moins de trente ans ne peut indéfiniment être dirigé par un groupe inamovible de quasi-octogénaires. C’est le même personnel, en place depuis l’indépendance il y a cinquante ans, qui conduit dans une impasse renouvelée une société en panne.

Beaucoup se posent la question : pourquoi la jeunesse algérienne ne bouge-t-elle pas ?


Je ne vous apprendrai rien en vous disant que cette jeunesse ne veut pas imposer au pays le retour à la violence et aux atrocités de la guerre civile des années quatre-vingt-dix. Chacun de ces jeunes a un parent, un voisin, un ami ou connait quelqu’un qui a tué ou a été tué, torturé ou emprisonné ; cette jeunesse est saturée de violence et ne veut pas revivre ce cauchemar. Par ailleurs, le régime  continue de bénéficier du soutien des grandes puissances qui n’ont pas encore sifflé la fin de partie. Mais aussitôt que les Occidentaux auront stabilisé la situation en Libye, ils seront amenés naturellement à traiter l’exception algérienne. Les puissances qui ont conduit la guerre en Libye ne rééditeront probablement pas le même scénario en Algérie, les conditions n’étant  pas les mêmes que chez le voisin.  Elles affirment néanmoins haut et fort que la stabilité à long terme, dont elles ont besoin pour la préservation de leurs intérêts, ne peut être garantie que par un système  démocratique. L’épouvantail islamiste semble avoir fait son temps et l’alibi ne trompe plus grand monde. Il est certain que des pressions de plus en plus vives s’exerceront sur le pouvoir réel pour l’amener à évoluer et à ouvrir sérieusement le champ politique. Personne ne se satisfera à l’intérieur et à l’extérieur de réformettes cosmétiques. Les risques induits par le blocage actuel sont très importants en termes de sécurité régionale notamment. La panne économique et sociale de l’Algérie pourrait déboucher sur des ruptures extrêmement graves. L’évolution démocratique est inscrite dans la logique de l’Histoire.

En conclusion, êtes-vous  plutôt optimiste ou pessimiste ?

Hocine Malti: Je suis de nature optimiste et j’ai confiance en la jeunesse algérienne. Elle saura imposer le changement. Les potentialités sont immenses et la construction d’une société libre et heureuse appartient au domaine du possible. Utiliser nos ressources pour construire un pays prospère où tous auraient leur chance est largement dans nos moyens. Les facteurs du blocage actuel, aussi puissants soient-ils, sont condamnés à disparaitre. Espérons que leur chute sera la moins douloureuse possible pour une population qui a déjà payé un tribut très élevé pour sa liberté.

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Les Etats-Unis en voie d’exiger l’éviction d’Assad hors de Syrie

18 août

par Bill Van Auken pour WSWS

Le gouvernement Obama est en voie d’exiger explicitement la chute du président Bachar al-Assad de Syrie alors que des puissances régionales rivales intriguent pour se positionner dans le pays déchiré par la crise.

Des responsables gouvernementaux, s’exprimant anonymement, ont déclaré à certains milieux médiatiques qu’Obama publierait un communiqué dès cette semaine pour appeler, au bout de cinq mois d’affrontements sanglants entre les forces de sécurité et les adversaires du régime, à la fin des 11 années de règne d’Assad. Certains avaient prédit que l’annonce paraîtrait jeudi.

Au lieu de cela, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, s’est montrée prudente, refusant de se laisser induire à exiger le retrait du président syrien. A une question posée lors d’une interview jeudi à la chaîne de télévision CBS News sur les raisons pour lesquelles Washington n’avait pas « fait un demi pas de plus » pour dire « Il doit partir », Clinton a hésité.

« Et bien, je pense que nous avons été très clair dans ce que nous avons dit sur sa perte de légitimité, » a-t-elle dit. « Mais, il est important qu’il ne s’agisse pas seulement de la seule voix américaine. Et nous voulons veiller à ce que ces voix émanent du monde entier. »

Clinton a alors adressé requête non pas à Assad, mais aux puissances de l’Europe occidentale : « Ce que nous devons vraiment faire pour mettre la pression sur Assad c’est sanctionner l’industrie pétrolière et gazière. Et nous voulons voir l’Europe faire plus d’avancées dans cette direction. »

Entre-temps, la Maison Blanche d’Obama a diffusé son propre communiqué jeudi et qui s’est aussi abstenu de réclamer un « changement de régime » syrien. A la place, le communiqué décrit la conversation qui a eu lieu jeudi sur la Syrie entre Obama et le premier ministre turc Recep Tayyip Ergodan. « Les deux dirigeants ont souligné l’urgence de la situation en réitérant leur profonde préoccupation concernant l’usage de la violence par le gouvernement syrien contre les civils et leur conviction de la nécessité de répondre à l’exigence légitime d’une transition démocratique du peuple syrien, » précise le communiqué de la Maison Blanche.

Mercredi, Washington a annoncé une légère augmentation des sanctions américaines contre la Syrie, visant la banque commerciale d’Etat de la Syrie (Commercial Bank of Syria) et le premier opérateur de téléphonie mobile syrien, Syriatel.

Le communiqué diffusé jeudi par la Maison Blanche se fait l’écho du contenu de ce que les médias turcs ont appelé un « ultimatum » lancé par le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, qui était en déplacement mardi à Damas où il a eu un entretien de six heures avec Assad.

L’ambassadeur turc s’est ensuite rendu dans la ville de Hama qui avait été occupée par les forces de sécurité syriennes, et qui auraient utilisé des chars contre les détracteurs du régime, tuant un grand nombre de personnes. S’exprimant à Ankara, Davutoglu a dit que la visite avait confirmé le retrait des unités militaires et des chars syriens de la ville. Hama, un point chaud central dans l’actuelle série de troubles, avait été le théâtre en 1982 de la répression sanglante d’une révolte islamiste. Dirigée contre le père de l’actuel président et son prédécesseur, Hafez al-Assad, la répression avait provoqué la mort de 10.000 à 20.000 personnes.

Le premier ministre Erdogan a qualifié le retrait de victoire de l’intervention diplomatique turque. « Notre ambassadeur est allé à Hama et a dit que les chars et les forces de sécurité avaient commencé à quitter Hama, » a-t-il dit lors d’une intervention télévisée. « C’est extrêmement important pour montrer que nos initiatives ont eu des résultats positifs. »

Même après l’intervention turque, des reportages ont fait état de nouveaux actes de répression militaire, y compris dans des villes situées près de la frontière turque.

Davutoglu a toutefois semblé minimiser ces actions en refusant de les interpréter comme un défi des exigences de la Turquie. « Il est difficile de s’attendre à un retrait dans de telles conditions lorsque la tension s’est tellement exacerbée, » a dit aux journalistes le ministre des Affaires étrangères à Ankara.

L’intervention de la Turquie a fait suite aux dénonciations dimanche dernier de la répression du régime d’Assad par le roi Abdallah d’Arabie saoudite dans ce qui a été décrit comme un discours public sans précédent au peuple syrien.

Abdallah a qualifié les actions du régime d’Assad d’« inacceptables » et a exigé la fin de « la machine de mort et de l’effusion de sang. » Il a aussi demandé au régime syrien d’accorder des « réformes étendues rapidement. »A la fin de ses remarques, le roi saoudien a annoncé qu’il rappelait l’ambassadeur saoudien de Damas. Le Koweït et Bahreïn ont rapidement fait de même.

Le discours et les initiatives diplomatiques de la part des émirats ont été salués publiquement par Washington qui a probablement encouragé ces actions. Les Etats-Unis ne se soucient visiblement pas de la franche ironie de ces trois puissances qui ont collaboré dans la répression sanglante du mouvement de masse en faveur de réformes démocratiques au Barheïn, où est basée la Cinquième flotte américaine, et qui se présentent maintenant en  défenseurs de la démocratie en Syrie.

Alors que des groupes d’opposition syriens et des gouvernements occidentaux ont fait état de 1.600 à 2.000 Syriens tués – dont près d’un cinquième sont du personnel de sécurité – durant les cinq mois de répression et d’affrontements, ce n’est pas la souffrance du peuple syrien qui motive Washington et les autres pouvoirs régionaux à adopter une ligne plus dure contre Assad mais bien plutôt des intérêts stratégiques.

Avec 260 millions de dollars investis en Syrie en 2010, la Turquie détient des intérêts majeurs en Syrie qu’elle est déterminée à sauvegarder et à développer. Il existe aussi des préoccupations de longue date qui ont souvent dominé des relations turco-syriennes conflictuelles, notamment des préoccupations relatives au séparatisme kurde.

Selon le quotidien turc Zaman, Erdogan a tenu la semaine dernière une réunion consacrée à la sécurité avec sa hiérarchie militaire nouvellement nommée pour discuter du « terrorisme » et de la situation syrienne.

Le journal a cité un rapport secret préparé par l’Organisation nationale de renseignement turc, estimant que quelque 1.500 parmi les 3.800 combattants supposés du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) actifs dans le Sud-Est de la Turquie, près de la frontière syrienne, sont soit des Kurdes syriens soit sont basés en Syrie. Tout en reconnaissant que le régime d’Assad a mené sa propre répression du mouvement kurde, des responsables des services de sécurité turcs se sont plaints de ce que la Syrie a refusé d’extrader vers la Turquie des membres capturés du PKK.

Ils se sont aussi plaints de ce que l’Iran, tout en bombardant les bases de l’aile iranienne du PKK, le Parti pour une vie libre du Kurdistan (PJAK), dans le Nord de l’Irak, a refusé de pratiquer tout échange de renseignement avec la Turquie.

Les implications de ces plaintes sont que la Turquie considère l’instabilité en Syrie comme une menace pour sa sécurité nationale interne. Elle est également hostile à l’influence de l’Iran en Syrie qu’elle cherche à supplanter.

La monarchie saoudite qui est restée silencieuse des mois durant sur les événements en Syrie, même lorsqu’elle a aidé la monarchie de Bahreïn à organiser sa propre répression sanglante, regarde également les événements survenus en Syrie par le prisme de son hostilité à l’influence iranienne dans la région. Sa subite intervention publique peut être motivée par une combinaison de pression exercée par Washington et une tentative opportuniste de déplacer l’équilibre du pouvoir en sa faveur dans des conditions où Assad pourrait être contraint de partir.

L’Iran quant à lui a cherché à renforcer le régime d’Assad, son seul Etat allié dans le monde arabe, tout en cherchant à gagner un soutien arabe contre une intervention américaine dans la crise syrienne. Le président de la Commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du parlement iranien Majlis, Alaeddin Boroujerdi, a rencontré jeudi au Caire le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, et loué la déclaration de ce dernier appelant à un « dialogue sérieux » en Syrie.

Boroujerdi a aussi déconseillé à la Turquie d’adopter un ton menaçant vis-à-vis de la Syrie, en avertissant que les Etats-Unis étaient en train d’accroître leur intervention dans la région parce qu’ils avaient perdu leur « base » en Egypte après les soulèvements qui ont renversé le président Hosni Moubarak.

Dans sa réaction aux événements syriens, Washington est freiné par sa crainte que la chute d’Assad pourrait provoquer le chaos dans l’ensemble de la région et créer un régime moins inféodé aux intérêts des Etats-Unis. S’exprimant au terme d’une visite la semaine dernière en Irak, le chef d’état-major des armées des Etats-Unis, l’amiral Mike Mullen, a exclu toute intervention directe de l’armée américaine en Syrie.

« En ce qui concerne la Syrie, nous critiquons la violence et la violence doit cesser aussi rapidement que possible, » a dit Mullen aux journalistes. « Il n’y aucune indication de quelque sorte que ce soit que les Américains. seront impliqués directement dans cette affaire. »

Washington, tout comme les pouvoirs régionaux, tente d’exploiter la crise pour promouvoir ses propres intérêts dans la région. Les exigences que Clinton a adressées aux puissances européennes donnent un exemple de la diplomatie intéressée de Washington. Alors que les investissements américains en Syrie sont négligeables, les entreprises pétrolières européennes détiennent des intérêts significatifs dans le pays qui exporte environ 150.000 barils par jour vers l’Europe. Les exportations pétrolières comptent pour près de 30 pour cent des revenus du régime d’Assad.

C’est en raison des intérêts de profit des groupes énergétiques européens, comme Total en France et le géant anglo-hollandais Royal Dutch Shell, que l’Union européenne traîne des pieds pour imposer des sanctions majeures contre le régime syrien.

A l’occasion d’une réunion la semaine passée des ambassadeurs européens en Allemagne, Reuters a rapporté qu’une décision avait été prise pour l’élaboration d’un texte présentant plusieurs options pour « entamer le processus d’examen de la question » des sanctions. Il doit être présenté lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne le 2 et 3 septembre prochain en Pologne, a dit un responsable de l’UE à l’agence de presse.

Bill Van Auken

(Article original paru le 12 août 2011)

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Source : WSWS



Par Arezki Derguini
Mardi 31 Mai 2011

Dans un texte antérieur (« Des préférences collectives à la corruption ») j’avais soutenu l’idée que la corruption commençait avec nos préférences collectives, qu’ensuite advenaient les problèmes de droits de propriété mal définis et de marchés inefficients et que finalement, la rente en tant que revenu spécifique n’était pas vraiment une cause. En vérité, ces diverses causes conspirent conjointement à la formation du même état, des mêmes comportements. On ne peut ignorer le fait que la rente comme revenu prépondérant est à l’origine de la concentration du pouvoir.

La propriété illégitime.

Je parlerai de malédiction dans le sens de la culture populaire quand on parle de ce qu’il faut attendre de « la consommation de l’illicite ». Selon le Vénézuélien Juan Pablo Pérez Alfonzo, l’un des fondateurs de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), le pétrole n’est pas de l’or noir, c’est l’excrément du diable. Il y aurait malédiction parce que nous étant appropriés quelque chose qui ne nous appartient pas, quelque chose qui ne nous est pas dû ou ne devait pas nous revenir, la chose n’étant pas allée à sa place, il s’ensuit un désordre, une corruption du monde, desquels nous finirons par récolter les fruits et être tenus responsables par une quelconque partie de l’univers. Cette idée de malédiction comporte celle d’une justice immanente, en ce que le résultat de nos actions, s’il ne nous affecte pas immédiatement le fera plus tard, étant simplement différé, décalé dans le temps. L’effet de nos actions s’il n’était pas décalé d’une génération, passant d’une vie à l’autre, relèverait d’une justice immanente immédiate et aurait été rapidement dissuasif. Ainsi les parents consommant de l’illicite ont beau eux-mêmes échapper aux néfastes effets de leurs actions, la mémoire collective n’oubliera pas de rapporter le malheur de leur progéniture à leurs actions. Sanction que n’aura de cesse d’exécuter un bras vengeur ou une œuvre de la providence. Cette culture suppose la croyance en l’existence d’une justice dans ce monde et une justice qui ne peut être continuellement empêchée. Nous ne sommes pas loin de l’idée libérale d’un ordre (d’un équilibre) naturel empêché par les hommes et la société, mais qui n’a de cesse de se rétablir, de retrouver son cours ou de la croyance scientifique en l’existence de lois gouvernant le monde qui ne peuvent être impunément défiées.
A qui appartiennent les richesses naturelles que sont le sol et renferment le sous-sol ? Dans nos traditions, il est établi que nous appartient que ce qui a été acquis par nous-mêmes : nous ne pouvons vendre ce que nous n’avons pas acheté. Ce que la logique n’a pas eu de mal à accepter : sur la production privée s’établit la propriété privée. On peut ajouter ici que la propriété privée telle que nous la connaissons dans le monde occidental a une histoire très ancienne bien antérieure à la propriété mobilière de la bourgeoisie. Elle a son origine dans l’histoire de la féodalité. Alors que la propriété dans nos sociétés est celle que se divise continuellement des frères, en Occident elle est celle de maisons qui cultivent la conservation du patrimoine. La propriété a donc une histoire pour chaque société, pour chaque civilisation (entendue au sens de la civilisation matérielle de Fernand Braudel où chaque société se fonde sur un certain nombre de choix). Pour ce qui concerne notre sujet ici, je soutiendrai que la propriété du sol et du sous-sol est collective et ne peut être à priori privée. La colonisation en léguant un énorme secteur public n’a pas modifié les choses. Peut être la propriété privée trouvera-t-elle sa voie dans le futur, mais pour le moment, notre société, du point de vue de son expérience collective, ne peut accepter que ces biens sortent de la propriété collective sans qu’elle y consente. Parce que ses membres peuvent y consentir parfois malencontreusement, la propriété a besoin d’être protégée de l’appropriation privative sauvage. En ce qui concerne les richesses du sous sol, les générations actuelles ne peuvent se considérer comme les propriétaires exclusifs, elles doivent les considérer comme un capital naturel qu’elles n’ont pas produit et dont elles ne peuvent donc disposer librement. Ces richesses doivent être considérées comme un legs des générations passées et un prêt des générations futures aux générations présentes, et répétons le, comme un capital qu’elles n’ont pas produit et dont elles ne peuvent donc disposer librement. On ne peut envisager la construction d’une société complexe sans une propriété absolument légitime et la seule légitimité de la propriété dans les temps modernes c’est le travail. Pas de travail, pas de multiplication de droits, pas d’extension de leurs échanges. Les revenus principaux de la société doivent être ceux du travail. Le revenu de la rente doit être un revenu secondaire, un prêt à l’économie. C’est la seule façon de sortir de l’économie de la prédation qui n’a de cesse d’appauvrir, de prolétariser la société.

La formation des préférences

Ce retour de bâton, cette sanction divine, pour nous être appropriés ce qui ne nous appartient pas, s’expriment dans le phénomène que les économistes appellent la malédiction des ressources naturelles ou la maladie hollandaise (« dutch disease »). Ce phénomène tout en étant une consommation de capital naturel (par définition non reproductible), exprime la destruction des autres formes de capitaux. Jusqu’au capital social que certains économistes appellent cinquième facteur de production et qui se manifeste par une défiance sociale généralisée. Il explique, pour faire simple, comment en enrichissant une minorité (celle qui accumule des fortunes à l’étranger, possède des comptes en Suisse), le pétrole appauvrit, détruit les conditions d’existence de la majorité : avec l’accroissement de la part des exportations de pétrole dans l’ensemble des exportations, nos productions diminuent et nos importations augmentent. Nos productions diminuent parce qu’elles coûtent plus chères que nos importations et qu’elles diminuent le pouvoir d’achat de nos dollars. Car en vérité nous avons des dollars mais pas de « monnaie nationale ». Le marché mondial détermine nos valeurs sans que nous y ayons quelques parts. La monnaie nationale exprimant la compétitivité des capitaux nationaux : son pouvoir d’achat s’accroit ou diminue avec leur puissance. Avec nos dollars, plutôt que de produire nous préférons importer des marchandises ou du travail pour produire ce qui ne peut être importé (infrastructures). Préférant importer plutôt que de produire, il n’y a pas de raison que l’on épargne pour investir. Tous nos projets de production sont en vérité des projets de distribution de la rente que chacun se dispute comme il peut. La mauvaise monnaie chassant la bonne, les dollars qui entrent cherchent rapidement la sortie. Nous sommes donc condamnés à nous appauvrir si nous refusons d’envisager une transformation de notre système de préférences en faveur de l’accumulation du capital, car nous détruisons notre stock de capital sans être en mesure de le renouveler.

Remettre le travail au centre de l’économie contributive.

Cependant on ne peut remettre en cause un système de préférences si on ne remet pas en cause la centralité de la rente pétrolière dans l’économie contributive. De même que l’adoption d’un régime démocratique ne permettra pas d’échapper à la « malédiction des richesses naturelles » car la prépondérance de la rente dans le revenu national est une incitation forte à la connivence entre les hommes politiques et les hommes d’affaires et elle n’en empêchera pas moins l’effet économique tel que décrit par le syndrome ou maladie hollandais. Les contrepouvoirs garants de la responsabilité des dirigeants sont absents car font défaut les institutions capables de faire contrepoids (Hicham El MOUSSAOUI 2009). La démocratie et ses institutions ne peuvent limiter la concentration du pouvoir si elle ne s’attaque pas à l’unicité de la source du pouvoir, de la richesse. Le régime politique du parti unique est en très bonne accointance avec le régime économique rentier basée sur l’exploitation d’une ressource naturelle « monopolisable » telle le pétrole. Ici le pouvoir est un parce que le contribuable est un. Ce régime ne peut être confondu avec un régime économique basé sur la propriété privée de la terre car la rente foncière ne conduit pas à une concentration du pouvoir puisqu’elle ne permet pas une monopolisation de la source de richesse au niveau national. On ne peut donc soutenir qu’il faut dissocier la question de la rente énergétique de l’analyse du fonctionnement global de l’économie (Talahite 2000) étant donné sa prépondérance. On ne peut confondre le cas de la Norvège et des Etats Unis avec ceux des pays africains ou moyen-orientaux. Et les institutions internationales suivent un peu trop la pente des intérêts de leurs membres influents quand elles critiquent le régime politique et ferment les yeux sur le régime économique qui consacre une division internationale du travail en faveur des anciennes puissances. La démocratie devient alors une idéologie de combat pour empêcher le renchérissement des matières premières qui accompagnent la hausse de la demande mondiale suite à l’émergence de nouvelles puissances d’un côté et la diminution du pouvoir d’achat des « monnaies nationales » des pays exportateurs et l’accroissement de leurs besoins de l’autre. Il faut simultanément transformer le système de préférences, définir clairement les droits de propriété et établir un système de gestion démocratique.

Inventer une société.

Cependant le problème majeur auquel renvoie le système de préférences (préférences vis-à-vis du futur par rapport au présent, de l’appropriation productive par rapport à la prédation) pose le problème de la hiérarchie sociale que la société a toujours éludé dans son organisation et que l’on a vainement essayé de lui imposer. Nos échecs en matière de développement renvoient largement à nos refus de construire les hiérarchies civiles nécessaires à nos entreprises, nos universités et nos marchés. Nous sommes devant le dilemme suivant : inventer une société souveraine ou renoncer à la souveraineté.
Il faut donc associer différentes transformations : en clarifiant les droits de propriété sur les richesses du sol et du sous-sol (comprenant le droit des générations futures) et en se disposant à redonner au travail la place centrale dans l’économie contributive (seule façon de rétablir le lien entre propriété et travail, travail et puissance), en transformant notre système de préférences en faveur d’une différenciation sociale basée sur le travail et en nous projetant dans une nouvelle société, nous obtenons les conditions nécessaires à la formation d’une économie performante et à un fonctionnement démocratique de la société.


encore et toujours

L’économie de la Libye est totalement dépendante des revenus liés au pétrole. Son industrie n’est que peu développée et peu diversifiée. De plus, à l’instar de nombreux pays en transition vers une économie de marché, la Libye connaît des difficultés liées à la faiblesse institutionnelle du pays, à son cadre juridique peu adapté et aux rigidités de sa structure qui sont autant de frein face aux possibles réformes. Un troisième élément qui peut expliquer les difficultés que connaît le pays concerne les sanctions économiques internationales imposées par les Nations Unies entre 1992 et 1999 et par les Etats-Unis entre 1986 et 2006. Ces sanctions ont créé un isolement de la Libye par rapport au commerce international en décourageant les investisseurs étrangers dont une industrie pétrolière comme celle de la Libye a fortement besoin. Ces sanctions ont eu une influence considérable sur le secteur pétrolier, particulièrement sur les activités d’exportation et le développement de ce secteur. Kadhafi a régulièrement utilisé cet argument pour expliquer les difficultés économiques et sociales de son pays. Il estime que ces sanctions internationales lui ont coûté entre 24 et 28 milliards de dollars, ont affaibli le taux de croissance de son pays, ont provoqué un taux de chômage important ainsi qu’une inflation élevée.

Un faible renouvellement de l’appareil productif

La faiblesse de l’investissement étranger, mais également national n’a pas permis de nouvelles explorations. L’interdiction, depuis 1993, de vendre à la Libye tout matériel lié à l’industrie pétrolière a eu un effet dévastateur pour le pays. Le manque de pièce de rechange et donc l’entretien difficile ont ralenti la capacité de production du pays qui a baissé de 3,3 millions de barils par jour en 1973 à seulement 1,73 millions en 2007. Un expert pétrolier au Caire explique : «Même si la Libye a pu conserver son niveau de production autour de 1,5 million de barils par jour, il est devenu de plus en plus difficile et onéreux d’acheter des pièces de rechange sur le marché parallèle. Il existe un risque que la production chute brutalement. Ce serait dramatique pour le régime» . La levée de ces sanctions a permis à ce secteur de retrouver une certaine vitalité. Conscient des risques d’explosion sociale liés à une telle économie, le colonel Kadhafi a choisi de laisser sa fierté de côté et d’extrader les deux suspects des attentats de Lockerbie vers les Pays-Bas pour ainsi mettre fin à cet isolement. Cependant, si les Nations Unies annoncent rapidement la suspension des sanctions, la Libye continue à être isolé sur le plan international. Il reste encore trois importants dossiers à régler. Ce sont : les attentats, le terrorisme et les armes de destruction massive. Les Etats-Unis considèrent le régime du colonel Kadhafi comme un Etat terroriste depuis 1979, à cause du soutien qu’il a apporté à des organisations terroristes au Moyen Orient ou en Europe, ainsi qu’à des groups révolutionnaires d’Amérique latine. Cependant, la condamnation par Tripoli des attentats du 11 septembre 2001 comme la légitimité accordée de l’intervention américaine en Afghanistan vont donner une nouvelle dynamique à un rapprochement entre les deux pays.
Dès la levée de ces sanctions, le colonel Kadhafi a souhaité montrer au reste du monde que son pays avait changé, qu’il était devenu plus humain et n’était plus un pays révolutionnaire. Dans ce but, il a encouragé la Libye à se tourner vers les autres pays de son continent, ainsi qu’à accepter les investissements étrangers et à reprendre un dialogue avec les Etats-Unis. Il estimait que les pays arabes ne l’avaient pas assez soutenu durant ces années d’isolement international. C’est pour cette raison que, depuis 1997, Kadhafi a choisi de développer des relations avec des pays d’Afrique. Il a donc noué des liens étroits avec certains pays. Il a créé en 1998 la Communauté des Etats sahélo-sahariens.

Une économie basée sur le pétrole

La croissance de l’économie du pays est fortement liée au secteur énergétique. Le PIB suit l’évolution du prix du pétrole. Lorsque celui-ci augmente, le PIB fait de même. La croissance du PIB est estimée à 6,8 % en 2007 contre 5,6 % en 2006. Le pétrole est le moteur de la croissance nationale. Avec un prix du baril assez élevé, la dépendance de l’économie nationale au secteur pétrolier se renforce. En 2007, 99 % du revenu des exportations et 78 % des recettes publiques sont liées à ce secteur.
Pour diversifier son économie, la Libye devrait encourager la croissance dans d’autres secteurs que celui de l’hydrocarbure et créer de nouveaux emplois. Elle pourrait faciliter la transition vers une économie de marché en utilisant dans ce but les revenus du pétrole par un renforcement de la gestion des finances publiques, une plus grande transparence dans la formulation et l’exécution du budget et une bonne gestion des revenus liés au pétrole. Contrairement à d’autres pays, la Libye a une situation économique assez confortable pour lui permettre une telle transition tout en mettant en place des « filets de sauvegarde » lui permettant de réduire les coûts liés à l’ajustement à cette transition.
Pour passer à une économie de marché, il est aussi important de renforcer le secteur privé. Dans ce but, la Libye a rédigé, en octobre 2003, une liste de 360 entreprises, provenant de secteurs variés tels que l’acier, la pétrochimie, le ciment ou l’agriculture, potentiellement privatisables entre 2004 et 2008.
La Libye est un pays vaste. Sa surface équivaut à quarante fois celle de la Suisse. Cependant, il compte seulement un peu plus de 5 millions d’habitants. La population a été estimée à 5,32 millions lors du recensement de 2006. Le taux de croissance démographique, qui est en recul par rapport aux décennies précédentes, s’élève à 1,8 %. La part de la population âgée de plus de 15 ans est passée de 51 % en 1984 à 68 % lors du dernier recensement. Comme une majorité a moins de 20 ans, le marché du travail subit une pression importante, tout comme l’éducation et la santé.

Politique monétaire

En 1971, le dinar est sorti de la zone sterling. Depuis cette date, la politique de change de la Libye a beaucoup évolué. Le taux de change du dinar a continué à s’ajuster. La Banque centrale du pays avait mis en place une politique de change très active.
Il y a, jusqu’à aujourd’hui, quatre grandes phases caractéristiques dans le système de change libyen. Il y a d’abord eu, entre 1952 et 1986, la phase de l’étalon-or ; puis la phase de rattachement aux droits de tirage spéciaux entre 1986 et 1994 ; une phase avec deux taux de change fixes entre 1994 et 2001 et finalement le retour à un taux de change fixe et unique depuis février 1999. La Banque centrale de Libye (BCL) intervient fréquemment en dévaluant la monnaie dans le but de conserver un taux de change fixe.
Entre 2000 et 2004, le pouvoir d’achat a connu une amélioration importante en Libye, principalement grâce à l’unification des taux de change et aux mesures de libéralisation commerciale. Mais le désengagement de l’Etat, le développement du secteur privé, comme les pressions inflationnistes sont de réelles menaces. Selon des statistiques, 14 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Cependant, le nombre absolu de ces personnes est passé de 605 000 en 1993 à 739 000 en 2001.

De nombreuses avancées sociales

Selon le recensement de 2006, 30,7 % de la population occupe une activité sur le marché du travail. Bien que ce taux soit plus important que dans les années 1990, il reste bas par rapport à d’autres pays de la région. Son taux de chômage, bien qu’il y baissé ces dernières années, reste élevé. Il se situe à 14,8 % en 2006. Comme l’Etat emploi 60,5 % de la population, la transition vers l’économie de marché et ses conséquences au niveau social sera une étape cruciale à maîtriser. De plus, l’Etat a un rôle important dans la tendance à faire s’estomper les inégalités. L’Etat libyen apporte une aide importante en subventionnant et soutenant diverses aides sociales. Ce mécanisme peut être profondément altéré par une transition vers une économie de marché.
Des progrès sociaux importants ont été réalisés ces dernières années. L’espérance de vie à la naissance est passée de 63 ans en 1993 à 69 ans en 2004. Alors que le taux de mortalité infantile pour les moins de 5 ans est descendu de 16 % en 1970 à 1,9 en 2001. De plus en plus d’enfants sont vaccinés. Selon un rapport du PNUD, 99 % des enfants de moins de un an sont vaccinés contre la tuberculose et 93 % contre la méningite. Quant au taux d’alphabétisation, il a également considérablement augmenté. Le taux de la population analphabète est passé de 26,6 % à 18,3, alors que le taux de scolarisation atteint 94 % contre seulement 88 au milieu des années 1990. Depuis novembre 2007, la Libye occupe la 56e place mondiale et la première place africaine dans le classement des Nations unies. Elle est d’ailleurs passée d’un pays ayant un indice de développement humain moyen à un des 70 pays ayant un indice de développement élevé.
Bien que le pays possède plusieurs hôpitaux publics et centres de santé, dont les principaux se situent à Tripoli et à Benghazi, les années de sanction internationale ont débouché sur une détérioration de la qualité des services offerts. C’est pourquoi les Libyens possédant des capacités financières en-dessus de la moyenne se déplacent vers l’étranger et en particulier vers la Tunisie pour y subir des soins. Cependant, depuis 2002, le gouvernement libyen a décidé d’augmenter le budget de la santé dans le but d’en améliorer les services.

Bien que la Libye semble avoir réalisé des progrès considérables ces dernières années, sur les plans économique et social, il lui reste encore beaucoup à faire. Elle se doit avant tout de diversifier son économie, pour ne plus être totalement dépendante du pétrole, une ressource épuisable.

Eugénie Bron
Assistante de recherche

Sources :

Haddad, Saïd, « La Libye et l’Occident depuis 1999 : entre tropisme américain et ancrage euroméditerranéen », in Afrique contemporaine, Printemps 2004, pp. 179-196.

Martinez Louis, « L’économie libyenne à l’épreuve de la suspension de l’embargo », in Gongofi, Paola, Libia ogggi. I quaderni di Merifor. Sguardi sul Mediterraneo, 2005, Casa editrice il Ponte.

Martinez, Louis, « Libye : transformations socio-économiques et mutations politiques sous l’embargo », in Centre d’étude et de recherche internationale, juillet-août 1999, URL : http://www.ceri-sciencespo.com/archive/jaugust/artlmli.pdf

OCDE, Perspective économique en Afrique, 2008, URL : http://www.oecd.org/dataoecd/5/30/40570608.pdf

World Bank, Social and Economic Development Group, Middle East and North Africa Region, « Socialist People’s Libyan Arab Jamahiriya Country Economic Report », Report No. 30295-LY, July 2006


LES GRANDS ENTRETIENS DU MAGHREB

HOCINE MALTI

 

Entretien réalisé par Madjid Larib.

Repères Biographiques : Spécialiste des questions pétrolières internationales, Hocine MALTI est ingénieur des pétroles, l’un des pionniers qui ont créé la compagnie nationale algérienne des pétroles Sonatrach, dont il a été vice président. Conseiller technique du secrétaire général de l’Organisation des Pays Arabes Exportateurs de Pétrole (OPAEP), il a été nommé par le conseil des ministres de l’organisation, directeur général de l’Arab Petroleum Services Company (APSC), une holding multinationale. Hocine MALTI est aujourd’hui consultant pétrolier.

Le Maghrébin : Monsieur Hocine Malti, vous publiez régulièrement des articles et des contributions sur l’Algérie et les questions liées aux hydrocarbures ; qu’est ce qui vous fait réagir ? Qu’est-ce qui vous motive pour réagir à l’actualité économique mais plus largement à l’actualité politique dans sa dimension énergétique ? Pourquoi avez vous créé de fait ce débat et pourquoi l’avez vous suscité ?

Hocine Malti : Vaste sujet… (Rires) Parce que l’industrie pétrolière algérienne est, à mon avis, en danger depuis l’arrivée de Bouteflika au pouvoir. Il y a eu un changement ces derniers temps, mais sinon pendant des années, il avait tout cédé aux américains. S’il n y avait pas eu sa maladie – on en parlera peut-être plus tard – c’était fini, l’industrie pétrolière était entre les mains des américains. Ce sont eux qui auraient tout contrôlé et cela, personnellement, je ne pouvais l’accepter. Je considère que c’est plus que de la trahison, c’est un véritable abandon de souveraineté. C’est tout simplement céder le pays, puisque le pétrole est la source de vie de tout un peuple. Donc personnellement, je ne pouvais me taire. La première fois que je suis intervenu publiquement c’était au moment de l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures en 2002. J’avais réagi à ce moment là en publiant des articles sur le sujet. J’avais bien compris, en 2003, que le gel de la loi n’était que purement tactique pour passer le cap de la réélection de 2004. Et puis ensuite, lorsque Bouteflika a remis la chose à l’ordre du jour et a fait approuver la loi, cela m’a personnellement révolté. Mais actuellement, il me semble qu’il a fait marche arrière jusqu’à un point de non retour et j’ai bien noté cela.

Le Maghrébin : Vous avez été un des fondateurs de la SONATRACH, c’est certainement cela qui vous a conduit à suivre de près l’évolution de cette entreprise et c’est peut-être avec chagrin que vous voyez se défaire ce qui a été péniblement construit au lendemain de l’indépendance ?

Hocine Malti : C’est mon métier de pétrolier d’une part, et d’autre part effectivement, j’étais parmi les premiers ingénieurs et cadres supérieurs de la SONATRACH. Donc, j’ai vu ce bébé grandir pendant une quinzaine d’années avant de le quitter. Evidement, cela me touche. Voir tout ce qui se passe en Algérie, que les choses ont complètement dévié du cours normal, de l’évolution normale, au point de revenir à la situation néocoloniale qui prévalait dans les années soixante, du temps du régime des concessions. Alors même que tous les autres pays producteurs expriment de plus en plus fort leur volonté de protéger leurs ressources nationales. On voit ainsi le Vénézuélien Hugo Chavez et le Bolivien Evo Morales mettre à l’ordre du jour ce que nous avons fait an Algérie durant les années soixante-dix. Entre temps, on constate chez nous une dérive ultralibérale incontrôlée dénuée de toute vision et qui ne mène nulle part, si ce n’est à la perte de souveraineté et au transfert de propriété de nos ressources stratégiques.

Le Maghrébin : Et vous avez constaté ça effectivement avec l’arrivée de Bouteflika mais aussi de Chakib Khelil ?

Hocine Malti : Dans cette affaire, ils sont plusieurs acteurs mais la décision ultime c’est malgré tout Bouteflika qui la signe et qui l’assume. Mais celui qui suggère, qui propose toutes les décisions, c’est bien Chakib Khelil et Chakib Khelil n’est qu’un pion dans le dispositif des Etats-Unis. Il faut dire les choses telles qu’elles sont : de mon point de vue, ce ministre est un agent des américains placé au cœur du pouvoir algérien. C’est comme s’il avait été envoyé en mission, en Algérie, pour faire un travail et le conduire à son terme. On parlera peut-être après du volet militaire, mais au plan civil, c’est comme cela que les choses se passent.

Le Maghrébin : Vous dites que Bouteflika est revenu sur sa décision initiale, que la dynamique de préservation des ressources difficilement réversible. Mais est-ce que pour autant le danger est passé et ne risque-t-on pas de revenir à la situation antérieure ?

Hocine Malti : Tant que Bouteflika sera au pouvoir, il me semble que c’est fini, qu’il ne pourra plus revenir là-dessus. La manière dont personnellement j’interprète les événements, c’est que sa maladie a eu un retentissement très important sur son comportement, sur son attitude. On a l’impression que le fait qu’il ait été confronté à la mort, l’a fait revenir à des réalités beaucoup plus concrètes ; on a l’impression qu’une fois que sa maladie a été découverte, il s’est dit qu’après tout le pouvoir n’est rien, c’est éphémère, il ne parle plus de révision de la constitution, qui lui aurait permis de faire un troisième mandat. Ainsi que la désignation d’un vice-président qui aurait joué vis-à-vis de lui, le rôle qu’il a lui-même joué vis-à-vis des militaires, c’est à dire le couvrir contre toute tentative malveillante. Il y a, à mon avis, toute une série de choses qui dénotent que conserver le pouvoir coûte que coûte ne l’intéresse plus. Et a partir de la, je pense que du coté du DRS, puisque ce sont eux les faiseurs de rois et de lois, ils n’ont plus sur lui l’emprise qu’ils avaient par le passé. Auparavant, ils exerçaient un chantage sur lui (« Tu fais ce qu’on te demande ou on te dégomme. Si tu veux refaire un mandat, il faut faire la charte. etc. ») J’ai l’impression qu’actuellement, ils n’ont plus ce levier de pressions sur lui. A partir du moment où il s’est libéré lui-même de cette emprise, il s’est dit maintenant, je vais faire plus au moins ce que je veux.

Le Maghrébin : Vous attribuez ce revirement d’attitude uniquement à la maladie, ou existerait-il d’autres influences, d’autres éléments politiques à l’intérieur du régime et à l’extérieur du pays, des forces qui se sont rapprochées de lui pour lui demander de revoir un peu sa copie ?

Hocine Malti : Je pense que l’élément déclencheur reste la maladie. Il est certain que d’autres facteurs sont intervenus. Il y a le fait que les américains qui, visiblement, étaient très informés de sa maladie et de certains faits politiques, se sont dit qu’il était fini et qu’en attendant son remplacement, la meilleure approche était de traiter avec les chefs du DRS, qui eux sont toujours là ; ils sont permanents. Il y a donc eu cette attitude négative des américains à son égard. Il y a eu aussi des interventions de pays amis, l’intervention de Chavez qui était venu le voir et lui dire de faire attention aux conséquences, aux répercussions, de la loi sur les hydrocarbures. En effet, cette loi porte préjudice non seulement à l’Algérie mais elle nuit aussi aux intérêts de l’ensemble des pays de l’OPEP. A partir du moment où une brèche est ouverte quelque part, d’autres pays risquent de suivre ; peut être même que certains parmi les membres de l’OPEP n’attendent que cela, qu’un précédent soit créé, qu’un pays cède pour le suivre. Comme un effet de dominos en quelque sorte. Il y a eu également ses amis des Emirats qui auraient attiré son attention sur le fait que la loi sur les hydrocarbures, dans son volet sur les impôts, était défavorable à l’Algérie. Ce serait suite à leur intervention qu’il aurait pris la décision d’imposer à 100% la tranche au-delà de 30 dollars, de tous les contrats dont le prix de vente est supérieur à 30 dollars le baril. C’est quand il a compris qu’il allait quitter le pouvoir, d’une manière ou d’une autre, soit parce que la volonté divine l’aura voulu, soit faute d’être reconduit à la fin de son mandat, quand il a donc compris que dans tous les cas de figures, à un moment ou un autre, il s’en ira, alors il s’est mis à faire en sorte que ses associés-rivaux du pouvoir réel n’en profitent pas.

C’est donc comme en guise de représailles, comme si Bouteflika voulait se venger des américains suite à leur attitude et pour contrecarrer aussi des militaires, des généraux, qu’il a pris une série de mesures de blocage.

Bouteflika, on l’a vu, a tout fait pour faire échouer le fameux traité d’amitié avec la France. Il avait d’abord commencé à hausser le ton vis-à-vis de la France, ce qu’il ne faisait auparavant. Il avait découvert, avec un certain retard, l’existence de la loi du 23 février 2005, puis avait commencé à parler de génocide avant de se mettre à exiger des excuses officielles, à la veille d’une élection présidentielle en France ! Visiblement il savait que Jacques Chirac ne pourrait pas satisfaire cette exigence. C’était à mon avis un sabotage délibéré du traité d’amitié. Car il faut bien comprendre qu’un traité d’amitié avec la France, pays des droits de l’homme, aurait naturellement servi de certificat de bonne conduite pour les généraux algériens, ce que lui ne voulait plus leur concéder.

Vis-à-vis des américains, il est revenu sur la loi sur les hydrocarbures comme il a déclenché l’enquête sur l’affaire BRC. Il était au fait bien avant de tout ce qui se passait au sein de BRC. Il était parfaitement informé de cette histoire de mallettes de commandement, des surfacturations… Son frère Abdelghani était l’avocat conseil de BRC – il a d’ailleurs profité lui aussi de cette manne – il ne pouvait donc pas ignorer toutes ces choses là.

Dans la série de mesures prises contre les américains, en dehors du secteur des hydrocarbures, il y a celles qui concernent le domaine sécuritaire. Il y a eu, comme tout le monde le sait, cette histoire de base militaire dans le grand sud et celle qui concerne le nouveau commandement américain pour l’Afrique, l’Africom. Il a fait arrêter la construction par Halliburton d’une base de l’armée américaine à Tamanrasset. Au sujet de l’Africom, il y a eu la non participation déguisée de l’Algérie à la réunion de Dakar, l’année dernière. Ce n’est pas le général Gaid Salah, chef d’état major qui y avait participé ; c’est un officier de moindre envergure qui a été délégué à cette rencontre qui a regroupé les chefs d’Etat-major des pays membres de la TSCTI, dont celui de l’armée américaine. Bouteflika a fait dernièrement une déclaration dont laquelle il a carrément signifié l’inutilité de l’Africom, en soutenant que les problèmes sécuritaires du continent devaient être réglés par une force de l’Union Africaine. Il a donc remis en cause l’idée même du commandement spécial pour l’Afrique et tout cela a des répercussions et des conséquences. Il a fait, selon moi, tout cela pour punir les américains et mais aussi les généraux. Il a voulu enlever à ces derniers toutes les couvertures qu’ils avaient, que ce soit du côté français ou du côté américain.

Le Maghrébin : Qu’est ce que l’affaire BRC ? Comment a-t-elle commencé ? Quelle est la genèse de cette société mixte entre la SONATRACH et Brown & Root Condor elle même filiale de Halliburton, à l’époque dirigée par Dick Cheney, l’actuel vice-président des Etats-Unis?

Hocine Malti : Brown & Root Condor, BRC, a été crée en 1994. A l’origine c’était, comme son objet l’indique une société d’engineering et de construction, crée en association avec une société de renommée mondiale Kellog Brown & Root (elle-même filiale de Halliburton). Cette société n’a jamais pris réellement son envol, elle a toujours été délibérément maintenue par les américains, à un faible niveau de compétences. BRC n’est pas capable de mener par elle-même un chantier de construction, ni même de concevoir une unité industrielle importante. Donc, elle n’a jamais été autre chose qu’une courroie de transmission vers la société-mère Kellog Brown & Root. Halliburton est connue, ce n’est pas seulement la société dirigée par Dick Cheney, mais c’est d’abord une entreprise qui travaille pour le compte de l’armée américaine. C’est Halliburton qui a construit nombre de bases militaires américaines à l’étranger. C’est cette entreprise qui a réalisé la plus grande base américaine en dehors des Etats-Unis, celle du Kosovo. En Irak, c’est Halliburton, omniprésent, qui fait tout. C’est donc une source de revenus importants sur les plans pétrolier et militaire. Et comme cette société intervient dans des secteurs stratégiques tels que l’industrie pétrolière et la défense, elle a automatiquement connaissance de tout ce qui se passe dans les pays où elle intervient. C’est comme cela que BRC est devenue, non seulement une source d’enrichissement pour les américains, mais en même temps une source de renseignement et de collecte d’informations sur l’industrie pétrolière algérienne. Depuis l’arrivée de Bouteflika au pouvoir et surtout depuis la nomination de Chakib Khelil à l’énergie, cette société a pratiquement changé de statut. Elle est devenue le représentant quasi officiel du lobby texan da la Maison-Blanche en Algérie. Et puis derrière, il y a la CIA, les services de renseignements américains qui exploitent ce filon. Elle est la seule société au sujet de laquelle Chakib Khelil avait lui-même déclaré, lorsque l’enquête a été déclenchée, « c’est une société de statut algérien qui bénéficie donc d’un traitement de faveur par rapport aux autres ; elle est systématiquement retenue même quand elle est plus chère de 15% que le moins disant ». Pour certains généraux, c’était également une source d’enrichissement grâce aux grosses commissions qu’ils percevaient sur tous les contrats passés entre BRC et la Sonatrach, ses filiales ou certains ministères, dont celui de la défense. Pour s’enrichir, ils ont fermé les yeux sur un tas de manoeuvres illégales ; c’est comme cela que l’on est arrivé jusqu’à la compromission extrême avec les américains dans cette histoire de mallettes de commandement, des équipements ultra sophistiqués de communication et de transmissions militaires.

Le Maghrébin : Comment une société d’engineering pétrolier se retrouve-t-elle en position d’acheter des systèmes de télécommunication pour le compte de l’armée algérienne ?

Hocine Malti : Parce que BRC a ses propres parrains, ses propres sponsors. Dans le domaine pétrolier, il n y a pas de miracles, on ne peut réussir en Algérie, dans ce secteur en particulier, que si on est soutenu par des militaires de haut rang.
Après les surfacturations dont a profité la société mère de BRC ainsi que ses sponsors algériens, ceux-ci sont passés à l’étage au dessus. S’il n y a pas de business dans le domaine pétrolier, pourquoi ne pas lui donner la construction de l’hôpital d’Oran ? Alors qu’il est notoire que ce n’est pas son domaine. C’est une société spécialisée dans la réalisation d’infrastructures pétrolières, par conséquent elle n’a pas à construire ni un hôpital, ni le siège de la DGSN et encore moins à fournir du matériel militaire.

Je suis convaincu que Bouteflika ne pouvait pas ignorer ce qui se passait à l’intérieur de cette société. S’il a déclenché une enquête, il y a de cela à peu près une année, c’est parce qu’il a voulu dévoiler au grand jour certaines choses, que ces choses soient rendues publiques, pour entraver l’action des deux partenaires, les américains d’un côté et les généraux du DRS de l’autre. C’est un scandale tellement énorme qu’il est impossible à étouffer. Comme à l’habitude en Algérie, encore une fois, lorsque les choses en arrivent à ce point, il faut bien sacrifier quelqu’un. Un fusible doit sauter quelque part ; cette personne est toute désignée, c’est le directeur général qu’on accuse d’intelligence avec l’étranger. Quelle « intelligence » peut-il avoir eu avec l’étranger dans cette affaire de mallettes, lui qui était chargé de gérer une société pétrolière ? Cette « intelligence » est ailleurs, ce n’est pas lui qui a ordonné l’achat de ces mallettes de commandement, la commande vient de l’armée, c’est probablement un très haut gradé de l’armée qui lui a donné instruction de passer commande.

Le Maghrébin : Pour ce qui est justement de ces mallettes de commandement, il se dit que ce sont les Russes qui ont informés les militaires algériens qu’elles étaient reliées aux écoutes de la CIA. N’est-il pas vraiment inquiétant de voir que ceux qui ont la charge de protéger notre pays être incompétents au point de ne pas savoir que les mallettes en cause étaient connectées aux systèmes d’espionnage américains ? Où bien ils le savaient mais ils ont laissé passer cela ?

Hocine Malti : Je ne pense pas qu’ils soient nuls à ce point là. Toute personne qui a un tout petit peu de bon sens, sait qu’à partir du moment où on achète du matériel aussi sensible aux USA, les américains ne peuvent pas ne pas être tentés de mettre une petite puce quelque part. (Rires). Ceux qui ont commandé ces mallettes le savaient ; je suis convaincu qu’ils savaient pertinemment ce qu’elles contenaient, mais ils ont fermé les yeux.

Le Maghrébin : La Gazette du Maroc semble être bien informée il y a eu un article le 14 septembre dernier qui soulignait que le président de la société pétrolière d’Anadarko avait exprimé, dans des circonstances qu’on ne connaît pas, son irritation à l’endroit des généraux algériens, aurait même menacé de plier bagages. Pourquoi cette sortie du président d’Anadarko ?

Hocine Malti : Je doute de la réalité de cette déclaration ! A moins qu’elle ne soit tronquée ou déformée. Elle a cependant le mérite de confirmer ce qui se dit dans le milieu pétrolier, à savoir qu’ANADARKO est parrainée par le DRS ; donc les choses ne peuvent que bien marcher pour elle. Et si vraiment son directeur général accuse les généraux, cela veut dire qu’il considère qu’ils n’ont pas suffisamment défendu son entreprise, qu’ils perçoivent une dîme pour rien. C’est grâce à eux que la société prospère. Quant à la menace de plier bagages, je ne pense pas qu’ANADARKO quitterait l’Algérie, car elle y a investi des milliards de dollars et y conduit des opérations extrêmement juteuses, mais c’est une manière de mettre encore plus de pression sur les « sponsors » et donc d’attiser encore plus la rivalité Bouteflika – DRS.

Le Maghrébin : Vous dites que suite à sa maladie, Bouteflika s’est libéré de l’emprise des généraux. Pourquoi ne va-t-il pas plus loin avec le DRS ? En changeant les têtes…

Hocine Malti : On peut, évidemment, se poser cette question. Mais a-t-il les moyens de le faire ? Sur le plan théorique, il est le président de la République, c’est lui qui nomme et démet tous les hauts fonctionnaires. Officiellement, il est le ministre de la défense, chef des armées, donc il peut prendre la décision de mettre fin aux fonctions du chef du DRS. Mais peut-il le faire réellement ? Peut-il publier le décret ? En supposant qu’il réussisse, a-t-il les moyens d’aller plus loin si l’autre refuse d’exécuter ? Il ne peut pas, à mon avis, les affronter et encore moins les réduire mais par contre il peut les bloquer.

Le Maghrébin : Donc aujourd’hui, l’avenir des ressources algériennes est tributaire, finalement, des états d’âme d’un chef d’Etat impotent dont les capacités sont réduites, et du bon vouloir « diplomatique » des chefs du DRS à la recherche d’appuis extérieurs ?

Hocine Malti : Exactement ! D’après les informations dont je dispose sur ce qui se passe dans le milieu pétrolier algérien, les patrons des sociétés américaines qui travaillent en Algérie et le lobby pétrolier américain d’une manière générale, n’ont pas perdu l’espoir – et ils font tout pour – que Chakib Khelil fasse passer la loi sur les hydrocarbures. Ceci dit, je ne pense pas que les américains réussiront dans cette entreprise tant que Bouteflika sera là.

Le Maghrébin : Sur un plan plus géostratégique, on voit qu’il y a un fort intérêt américain pour l’Algérie ! D’ailleurs dans quelques semaines il y aura à Houston une réunion organisée sur la sécurité et l’énergie en Afrique du nord. Bien entendu le pays de l’Afrique du nord le plus concerné est l’Algérie. Visiblement à travers ce séminaire, l’on perçoit un certain nombre de signes, avec ce qui ce passe à nos frontières sud, avec ce qui se passe en terme de mouvement militaire, de subversion dans la zone Sahélo–Saharienne… Et d’un conflit possible avec l’Iran ?

Hocine Malti : Bien sur. A l’origine même de la PSI (Pan-Sahel Initiative), de la TSCTI (Trans-Saharian Counter Terrorism Initiative) ou de l’installation d’une base américaine dans le sud algérien, se trouvent la protection des intérêts pétroliers américains dans la région, mais aussi l’idée de prendre les dispositions nécessaires en vue d’un conflit éventuel au Moyen-Orient. Cette base qu’ils ont voulu installer dans le Sahara aurait servi justement d’escale, de point d’appui pour des actions militaires dans la région du Golfe.

Le Maghrébin : Une question que se pose beaucoup de gens, comment vous voyez l’évolution des prix de pétrole dans une perspective à cours et moyen termes, dans les six à douze mois à venir ?

Hocine Malti : Ça ne peut qu’augmenter, c’est certain. On est très proche de la barre fatidique des 100 dollars. Il y a l’hiver qui arrive et il suffit d’une petite étincelle quelque part, au Nigeria par exemple, ou il arrive fréquemment que les populations locales mettent le feu à des installations pétrolières, pour que l’on atteigne et dépasse cette barrière. Des petits incidents de ce genre peuvent facilement faire grimper les prix. Il ne faut pas non plus oublier que la hausse des prix arrange beaucoup les compagnies américaines, autant si ce n’est plus que les pays de l’OPEP. Les Etats-Unis sont un pays consommateur mais c’est aussi un grand pays producteur. Les compagnies pétrolières américaines, les majors, sont directement intéressées par la vente du brut. Elles ont autant d’influence sur les prix que l’OPEP, si ce n’est plus. Plus les prix augmentent, plus cela les arrange.

Le Maghrébin : Mais si le prix du pétrole aujourd’hui à 90 dollars peut paraître énorme, en termes de pouvoir d’achat, il est inférieur à ce que coûtait le baril durant les années quatre-vingt, particulièrement lorsqu’on voit la détérioration du pouvoir d’achat dans notre pays qui est un importateur en euros. La question que d’aucuns soulèvent : Pourquoi les pays exportateurs ne libellent-ils pas leurs exportations en euros ?

Hocine Malti : Je ne connais pas toutes les implications d’une telle décision. Néanmoins, ce que l’on peut déjà dire, c’est qu’à la base les mentalités ont beaucoup changé. Cette décision, les pays de l’OPEP l’on prise en 1975, quand ils ont crée un panier de monnaies pour les transactions pétrolières. Il n’y avait pas que le dollar pour libeller le prix du baril. Mais depuis beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et l’OPEP n’est plus ce qu’elle était il y a vingt ou trente ans. Je vois difficilement les pays membres se mettre d’accord là dessus. Ça tire de tous les cotés, il y a des tensions, il y a des alliances…Mais il y a des pays qui font quelques transactions en euros comme l’Iran, mais se sont là des initiatives nationales.

Le Maghrébin : Quepense l’ingénieur : Est-ce que l’Algérie est un pays suffisamment exploré ?

Hocine Malti : L’Algérie est un pays largement inexploré. Il y a des zones immenses qui n’ont pas été concernées par la recherche. De toute la partie occidentale du Sahara, à part les gisements de gaz connus depuis les années cinquante dans la région d’In Salah, on ne sait pas grand-chose. Comme les premières découvertes faites dans cette zone c’était du gaz et que le gaz a longtemps été considéré comme le parent pauvre de l’industrie des hydrocarbures, on ne s’y est pas beaucoup intéressé. Les travaux de recherche sont extrêmement coûteux, donc il y a eu peu de recherche pétrolière. C’est un peu comme au casino : soit on trouve alors c’est le banco, soit on ne trouve pas et on y laisse sa peau.

Le Maghrébin : La région Sahélo–saharienne ne cesse d’attirer les grandes puissances de ce monde. Que cache réellement cette région pour qu’elle soit tant convoitée ?

Hocine Malti : Il existe de gigantesques réserves de pétrole dans cette région et tout autour. Le Nigeria représente 110 millions de tonnes de pétrole brut par an. Au nord, il y a l’Algérie et la Libye. La Libye produit aujourd’hui 70 à 75 millions de tonnes par an et elle peut passer facilement, dans le cas où elle ouvrirait toutes les vannes, à plus de 100 millions de tonnes de brut par an. Il y a le Tchad où de gros gisements de pétrole ont été découverts, c’est ce qui a d’ailleurs déclenché l’intérêt des américains pour toute la zone, surtout depuis la mise en exploitation du pipe-line qui transporte, entre le Tchad et le Cameroun, du pétrole purement américain, appartenant à Texaco et Exxon. Il y a la Mauritanie qui semble déceler de grosses réserves, il y a l’Angola…etc. Et les américains font tout cela pour préserver leurs intérêts. Le rapport qui a été établi par l’administration Bush montre que 30% de la consommation américaine était importée et que ce pourcentage allait augmenter à l’avenir. Pour garantir les ressources d’approvisionnement, l’Afrique est le continent le plus proche, où il est facile de s’installer. Et puis, il y a le phénomène chinois. Les chinois sont devenus de grands consommateurs d’énergie, ils se sont mis à la recherche de ressources pétrolières et ont commencé à s’installer un peu partout, en Afrique entre autres. Cela fait du pétrole en moins pour les USA, un pétrole qui va chez l’ennemi N° 1 de demain.

Le Maghrébin : Quel est le rôle de la France dans la région ? On voit de moins en moins Total, au Niger il semble qu’il y a de sérieux problèmes avec AREVA…A quoi est dû cet effacement de la France ?

Hocine Malti : C’est certain qu’il y a un recul de la France parce que de l’autre côté il y a un rouleau compresseur. Quand les américains se mettent en marche, il n’y a pas seulement l’aspect militaire qui est mis en branle, mais également l’aspect civil. Comme vous le savez, ils ont crée le MEPI (Middle East Partnership Initiative). C’est un grand programme pour acheter les organisations de la société civile dans tous les pays arabes. Dans le cas précis de l’Algérie, je pense que c’était un peu pour contrer l’offensive américaine que le président Jacques Chirac avait lancé l’idée de pacte d’amitié algéro-français.

Le Maghrébin : Monsieur Malti, nous arrivons bientôt au terme de cette interview. Nous souhaiterions que vous évoquiez pour nos lecteurs quelques questions d’importance qui ont agité récemment le landernau médiatique. D’abord, quelle est votre opinion sur l’éventuelle création d’une Opep du gaz ? Ensuite vous voudrez bien nous faire part de vos observations sur les relations de l’Algérie avec la France et l’Espagne au plan énergétique.

OPEP DU GAZ

La question de la création d’une OPEP du gaz est devenue d’actualité depuis un peu plus d’une année. Dans le courant de l’été 2006, un accord de coopération portant sur différents domaines de l’industrie pétrolière avait été passé entre la Sonatrach et le géant russe Gazprom. Craignant de subir une situation semblable à celle vécue par l’ensemble des pays européens au cours de l’hiver 2005, les Italiens ont été les premiers à voir dans cet accord les prémices de la création d’une OPEP du gaz. En décembre 2006, c’est l’ayatollah Khamenei qui le premier a formulé plus clairement l’idée au lendemain de la visite de Hugo Chavez en Iran.

La naissance d’une telle organisation n’est cependant pas pour demain, pour de très nombreuses raisons, dont celle de la politique de fixation des prix. Le prix du gaz est actuellement indexé sur celui du pétrole ; une OPEP du gaz voudrait très certainement mener sa propre politique de prix. Il y aurait donc conflit entre les gros producteurs de pétrole et les gros producteurs de gaz. L’OPEP est actuellement dominée par l’Arabie Saoudite, tandis qu’une organisation similaire pour le gaz serait elle dominée par la Russie. Il y a donc une question de leadership. Les conflits d’intérêts entre les « pétroliers » d’un côté et les « gaziers » de l’autre pourraient à la limite déboucher sur l’auto destruction des deux organisations, s’il n’y a pas d’harmonisation des objectifs, ce qui semble a priori très difficile à réaliser. Ceci n’est qu’un des aspects d’une question qui semble très attractive mais qui n’en mérite pas moins une réflexion très approfondie.

RELATIONS ENERGETIQUES ALGERO FRANCAISES

C’est une très vaste question qui mériterait à elle seule un débat aussi long que celui que nous venons d’avoir. Pour faire bref disons que ces relations sont comme le reste des relations entre l’Algérie et la France très passionnelles et empreintes de méfiance de part et d’autre.

CRISES CYCLIQUES ENTRE L’ALGERIE ET L’ESPAGNE

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que tant que l’affaire du Sahara occidental n’aura pas été réglée, il y aura de temps à autre une crise dans les relations politiques algéro–espagnoles. Dans le domaine pétrolier par contre, il n’y a jamais eu de contentieux entre les deux pays, en dehors de ces derniers mois où des affaires commerciales ont pris une teinte politique, en raison du parasitage créé par la prise de position du gouvernement espagnol sur l’affaire du Sahara, une position favorable à la thèse marocaine. L’autre raison qui se trouve à l’origine de cette crise est liée à la crainte qu’ont les pays européens, parmi eux l’Espagne, quant à leur approvisionnement en gaz de par une trop grande dépendance de la Russie et de l’Algérie dans ce domaine. C’est pourquoi le gouvernement espagnol avait refusé de donner une suite favorable à la demande algérienne de commercialiser directement du gaz en Espagne, par le biais de la Sonatrach. En représailles, les algériens ont décidé d’annuler un gros contrat, celui de la mise en valeur du champ de Gassi Touil, qui avait été attribué à une entreprise espagnole. L’ensemble du contentieux semble néanmoins être en voie de règlement.

Le Maghrébin : Merci beaucoup, Monsieur Malti, il vous appartient à présent, si vous le voulez bien, de conclure cet entretien.

Hocine Malti : Que dire en conclusion, si ce n’est que le pétrole est une ressource non renouvelable et donc déjà de ce fait extrêmement précieuse. Il est pour la quasi-totalité des pays producteurs l’unique source de revenus ; c’est donc l’existence même des populations de ces pays qui en dépend. Hélas, les dirigeants et en Algérie tout particulièrement, utilisent cette ressource d’abord et avant tout pour leur bénéfice personnel. C’est en monnayant leur pouvoir contre des commissions faramineuses perçues sur toute la chaîne de l’industrie pétrolière, depuis la recherche jusqu’à la mise sur le marché des produits pétroliers, qu’ils ont bâti des fortunes fabuleuses. Ils ont ainsi garanti leur avenir, leur bien être et ceux de plusieurs générations de leur descendance, alors même que l’algérien moyen a tout juste les moyens – quand il les a – de sa survivance. Ils utilisent aussi les richesses pétrolières du pays pour asseoir encore plus leur pouvoir. C’était le cas de Bouteflika quand il s’agissait, pour lui, de garantir sa réélection en 2004 ou de s’affirmer face aux généraux qui l’ont placé là où il est. C’était et c’est encore le cas des généraux algériens qui utilisent le pétrole aux mêmes fins.

Le pétrole est par ailleurs une matière stratégique. Sans pétrole, il n’y a pratiquement pas d’industrie, il n’y a pas de transport, ni de marchandises, ni de personnes ; il n’y a pas d’avions, ni civils, ni militaires ; pas de navires, ni navires de croisières, ni sous marins, ni porte avions, ni destroyers. Que serait la puissance américaine sans pétrole ? Peut-on même imaginer une telle situation ? Alors pour maintenir cette puissance, les Etats-Unis font la guerre, à la recherche de pétrole, en Irak, en Afghanistan ; ils déstabilisent des pays comme l’Ukraine ou la Géorgie ; ils viennent s’installer dans le Sahel, pour soi disant combattre Al Qaïda. Pour s’accaparer des richesses pétrolières d’autrui ils corrompent des dirigeants et asservissent des peuples. De la même manière que dans les siècles passés, il y a eu des guerres pour le sel, pour les épices ou pour la soie, il y a aujourd’hui des guerres pour le pétrole.